ACTE Ier
m'aimes. J t achète ti pas des rubans, sans r proche, à tous les marchands qui passons ? Je m suis ti pas rompu l’cou à t aller dénicher des maries r j’fais ti pas jouer pour toi tous les violons, quand vient 1 jour d ta fête... et tout ça, c’est comm1 si j’frappais ma tête contre un mur. Vois-tu, ça n'est ni biau ni honnête d'n’aimer pas les gens qui nous aimons.
JACQUELINE
Mais, mon Dieu, Colas, je t'aime ben aussi.
COLAS
Oui, tu m'aimes d'une belle dégainé!
Quément veux-tu donc qu'on fasse ?
COLAS
J’veux qu'l'on fasse comme l'on fait quand on aimon comme il faut.
JACQUELINE
Est-ce que je n't'aimons pas comme i faut ?
COLAS
Non. Quand ça est, ça s'voit, et l’on fait mille petites singeries aux personnes quand on les aime d'bon cœur. R'garde la grosse Thomasse, comme aile batifole avec l'jeune Robin; aile est toujours autour de li à l'agacer. Toujours aile li fait queuque niche, ou li baille queuque taloche en passant, et l’aut' jour, qu'il était assis sur un escabiau, aile fut Etirer de d'sous li et l'fit choir tout d’son long par terre. Jarni ! v'ia oùsqu'on voit les gens qui nous aimons. Mais toi, tu ne m’dis jamais mot; t'es toujours là comme une vraie bûche d’bois; j’pass’rais vingt fois d'vant toi, qu'tu ne te grouillerais pas tant seulement pour m’bailler le moindre coup, ou m'dire la moindre chose. Ventreguienne, ce n’est pas biau après tout, et t es trop froide pour les gens.
JACQUELINE
Qu veux-tu qu'j 'y fasse?... (Test mon himeur. J pis pas me rfondre.
UNE NOCE AU VILLAGE
— ACTE Ier.
COLAS
I gnia himeur qui tienne. Quand on z'a d l'amitié pour les personnes, l'on en baille toujours queuque p'tite signiliance.
Enfin, j't'aime tout autant que j'pis et si tu n'es pas content d'ça, tu n'as qu'ci en aimer queuque autre.
COLAS
Eh bian, v là ti pas mon compte, tétigué ! Si tu m'aimais m'dirais-tu ça?
JACQUELINE
Pourquoi m’viens-tu aussi tarabuster l'esprit?
COLAS
Morgue! que mal qu'j'tai fait?... J'te d'mande qu'un peu d'amiquié.
JACQUELINE
Ben ! laisse un peu faire aussi et ne m’presse pas tant. P'tètre que ça viendra tout d’un coup, sans y songer. J f rai c’que j'pourrai; mais i faut qu'ça vienne dlui-même Colas, écoute que j’te conte queuque chose qui va t'faire ben plaisir : 1 n'y a-t-un monsieur, tu sais ben c'monsieur qu'est t’écrivain chez l'notaire d'not canton et qui s'appelle M. Jolicœur.
COLAS
Eh! ben, quéqu'tu veux dire avec ton M. Jolicœur?
JACQUELINE
Ben ! j’avons causé tout à l'heure et m'a dit qui z'allait faire un voyage d'huit jours et pis après qui redemanderait en mariage à ma mère.
COLAS
Quément, jarni !... m'es-tu pas promise?...
JACQUELINE
Ça ni fait rien, Colas; si tu m’aimes ben, tu dois z’ètre ben aise que j'deviennc Muie Jolicœur.
UNE NOCE AU VILLAGE
- ACTE Ier.
COLAS
Jarni, non!... J'aimons mieux t'voir crévée que d'te voir à un autre qu’à moi.
JACQUELINE
Va, va Colas, ne t’mets pas en peine. Si j’sis madame, j te ferai gagner queuque chose et t’apporteras du beurre et du fromage cheu nous.
COLAS
Ventreguienne ! j’n’y port’ rai jamais! quand i m’paierait deux fois autant... Est-ce donc comme ça qu't’écoute c'qu'on t’dit pour t’enjoler? Morguienne. Si j'avais su ça tantôt, je m’s’rais ben gardé d’venir te voir.
JACQLELINE.
Ah !• ben, tu peux ben t'en r'tourner si tu veux, c'est dit.
COLAS
Pis qu'c’est dit, c’est dit. J'm’en vas!
JACQUELINE
Colas, n’te fâche pas.
COLAS
J veux m fâcher ! et tes une vilaine, toi! d’endurer qu'on t’cajole
(il sorl).