SCENE II
Mme RAGOT, RAGOT (un peu gris, portant un vieux tableau).
Mme RAGOT.
Eh ben ! te v’ià donc? D'où ce que tu reviens comm' ça
RAGOT
D'où ce que je reviens ? tiens, regarde ce tableau-là.
Mme RAGOT.
Eh ben ! après : qu‘est-ce que c’est que ça?
C'est un original, ma femme.
LES BATTUS PAIENT L AMENDE
Mmc RAGOT.
Original toi-mème... Voyez un peu c t animal, avec sa guenille !.. . et ton argent, où est-il?
RAGOT {en montrant le tableau).
Regarde ça, je te dis.
Mme RAGOT.
Comment ! regarde ça ! ça ne te coûte pas les dix écris que tu as emportés, peut-être?
RAGOT
Non dà. Encore douze francs que je redois dessus.
Mnie RAGOT.
Encore douze francs ! Est-ce que tu te moques de moi ?
RAGOT {lut cognant lenezaveO.
Mais regarde-le donc, tu verras ce que c’est.
Mme RAGOT.
Ah ! misérable ! peux-tu faire des marchés comme ça ! nous v'ià ruinés !
RAGOT
C'est toi qui me ruines ! tu ne sais pas vendre.
Mme RAGOT.
Je ne sais pas vendre?
RAGOT
Non : je devrais être à présent le plus grand fripier de Paris, avec les marchés d’or que je fais tous les jours; mais tu n'entends rien au commerce : tu ne sais pas vendre, je te dis.
Mme RAGOT.
Mais, imbécile, c’est toi qui ne sais pas acheter. Qu'est-ce que tu veux que je vende quand tu m’apportes des vilenies comme ça?
LES BATTUS PAIENT l’aMENDE.
RAGOT
Des vilenies comme ça! Insolente! un original qui sort du cabinet d'un percepteur.
Mme RAGOT.
Une belle autorité! Et pourquoi qu'il le vend pisque c'est si beau?
RAGOT
C'est un petit arrangement que la justice fait par représailles.
Mme RAGOT.
Comment ! par représailles?
RAGOT
Oui : ce percepteur a fait sortir les fonds de la caisse pour meubler son cabinet, et à présent on fait sortir les tableaux de son cabinet pour remeubler la caisse : ca fait la navette.
Mme RAGOT.
V’ià ce qui t'arrivera au premier jour ? on vendra ton lit pour payer tes belles emplettes.
RAGOT
Allons, allons, taisez-vous, femme. Vous n’êtes pas faite pour vous connaître à tout ça; mêlez-vous de vendre les prix que je vous dis, et ne raisonnez pas sur mes marchés.
Mme RAGOT.
Vendre les prix que tu dis ! et qui diable en voudrait ? Tes marchandises sont si belles, que personne ne les regarde tant seulement pas.
RAGOT
C'est qu’il ne passe pas de connaisseurs dans c'te rue-ci : faut changer de quartier... Voyez-moi c'te tableau! Ces petits bouquets, comme c’est délicat ! c’te bataille ! C’est ti pas réjouissant. La, ne dirait-on pas que toutes ces bouteilles-là sont pleines? rien qu’à les regarder, ça donne envie de boire.
LES BATTUS PAIENT l’aMENDE.
Mme RAGOT.
Tu les regardes donc depis le matin jusqu’au soir, car t’as c't’envie-là toute la journée ?
RAGOT
Taisez-vous, madame Ragot, et rentrez-moi tout ça; ça devrait déjà être dans la boutique.
Mme RAGOT.
Que ne reviens-tu de meilleure heure ! Est-ce que je peux rentrer ça à moi toute seule? ( elle rentre \
RAGOT
Vous ne pouviez pas vous faire aider par Janot ? Où est-ti, c’t’animal ? Janot! oh! Janot! (il appelle).