‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 44 sur 180 · LAFLÈCHE, HARPAGON · texte numérisé non relu

LAFLÈCHE, HARPAGON

LAFLÈCHE

O ciel! ô disgrâce imprévue! ô malheureux père! pauvre M. Harpagon!

HARPAGON

Qui t'amène en ces lieux et que dis-tu de moi avec cet air affligé?

LAFLÈCHE

Ah! monsieur, je vous cherche partout.

HARPAGON

Je n'ai pas quitté la maison ; qu'y a-t-il donc ?

LAFLÈCHE

Monsieur. ..

Quoi...

HARPAGON

LAFLECHE.

Monsieur votre lils...

l’avare. - ACTE Ier.

HARPAGON

Eh ! bien ?

Est tombé

mon fils...

LAFLÈCHE

dans le malheur le plus étrange

du monde.

HARPAGON

Comment ?

LAFLÈCHE

Je l'ai trouvé tantôt tout triste de je ne sais quoi et cherchant à divertir cette tristesse, nous sommes allés promener sur le port. Là, entr'autres plusieurs choses, nous avons arrêté nos yeux sur une galère turque, beau bâtiment, très bien équipé. Un jeune turc d'assez bonne mine nous a invités de nous embarquer dans ce navire et nous a présenté la main. Nous y sommes entrés. Il nous a fait mille civilités, nous a donné la collation et nous avons mangé des fruits les plus excellents qui se puissent voir, nous avons bu aussi du vin que nous avons trouvé le meilleur du monde.

HARPAGON

Qu’y a-t-il de si affligeant à tout cela?

LAFLÈCHE

Attendez, monsieur, nous y voici. Pendant que nous mangions, il a mis la galère à la voile et se voyant éloigné du port, il m'a fait placer dans un canot pour venir vous dire, que si vous ne lui envoyez pas par moi cinq cents écus, il emmènera votre fils en Barbarie.

HARPAGON

Comment, diantre! cinq cents écus!

LAFLÈCHE

Oui, monsieur, et de plus, il ne m’a donné pour cela que deux heures.

HARPAGON

Ah! le pendard de turc! m’assassiner de la façon!

LAFLÈCHE

C'est à vous, monsieur, d'aviser promptement aux moyens de sauver des fers un fils que vous aimez avec tant de tendresse.

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