‹ Les ombres chinoises de mon pèreChapitre 56 sur 180 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

er

WILLIAM

Tu es un enfant, quand donc seras-tu plus raisonnable ? ne sommes-nous pas convenus que tu partirais sans prévenir tes parents?

ROBINSON

Oui, sans doute, et ma résolution est bien prise; mais je n’en suis pas moins tourmenté.

WILLIAM

Eh ! bon dieu ! puisque ton parti est pris, pourquoi te tourmenter inutilement ?

Je suis plus heureux que toi, mon ami; le chagrin glisse sur mon cœur sans jamais y pénétrer; comme un vaisseau glisse sur l’eau, sans y laisser de trace.

Écoute, si tu veux être bon marin, il faut d’abord en prendre le caractère (il chante ) :

Chacun a sa philosophie.

Un marin a la sienne aussi,

Sur ma frégate, je défie Et les chagrins et les soucis :

Pour les dompter,

Les éviter.

Toujours avec moi j embarque la folie;

Dans le hamac.

Sur le tillac,

Je me distrais en fumant mon tabac Et quand ma pipe est allumée,

Je me dis, que sont les grandeurs.

Les biens, l’amour et les honneurs?

Ma toi, de la fumée! (bis.)

Laisse, mon ami, tes soucis de côté; c'est une mauvaise marchandise à embarquer en voyage. Prépare-toi, plutôt, à faire gaiement ta première campagne; puisque ta fortune et ton bonheur en dépendent. Crois-moi, profite de l'occasion qui se présente, afin de ne pas regretter un jour d’avoir fait l'enfant.

Je ne t'en dis pas davantage; car je ne suis pas ici pour te faire de la morale, mais plutôt pour te prévenir que nous levons l’ancre à la pleine mer, vers io heures; je viendrai alors te chercher. En attendant, je retourne au navire et puisque tes effets sont prêts, je vais à l’instant les faire prendre par un de mes matelots pour les conduire à bord (il se retourne et descend le môle comme à son arrivée).

ROBINSON CRUSOÉ. — ACTE Ie •

William a raison, je me

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