XVI PREFACE DE LA ONZIEME EDITION
la Banque d'Angleterre le prouve — c'est, au moment des crises et lorsque les Banques ont le plus grand besoin de se faire des « disponibilités » au moyen du réescompte de leur portefeuille commercial par les Banques d'émission, enlever à ces établissements, véritables maisons de secours en cette circonstance, leur fonction première, rationnelle. Elles manquent ainsi, en effet, de moyens pour conjurer la crise.
Chez nous, en France, la limitation du chiffre de l'émission de la Banque est en temps normal fixée par la loi. En fait, lorsque le besoin d'étendre cette émission s'est fait sentir, le Parlement ne s'est jamais refusé à accorder cette extension et cela successivement. Pendant la guerre le ministre des Finances avait même obtenu d'accroître, par simple décret, le chiffre de l'émission, mais pour des fins qui n'avaient rien de commercial, puisqu'il s'agissait d'avances à l'État. Ceci constaté, il convient de remarquer que dans les quelques jours qui précédèrent la déclaration de guerre et dans les semaines qui suivirent, la Banque de France a rempli son rôle d'aide, par le réescompte, aux Banques et aux Sociétés de crédit auxquels les déposants en foule réclamaient leurs fonds. On verra au chapitre V du livre III du présent ouvrage, les conditions dans lesquelles s'effectuèrent, dès les premiers jours qui précédèrent la déclaration de guerre, vers la fin du mois de juillet 1914 et dans les semaines qui suivirent, les opérations de réescompte par la Banque de France. Piappelons cependant que le portefeuille commercial de notre grand établissement d'émission était, le 23 juillet 1914, de 1.540 millions de francs, s'élevait le 31 du même mois, soit huit jours après, à 2.440 millions, et montait jusqu'au 15 octobre 1914 à 4.359 millions, soit une augmentation de 2 milliards environ. Cette opération normale,, d'ordre commercial, a apporté un grand soulagement au marché, bien qu'il eut été fort troublé par une mesure de moratorium trop rapidement conçue sous l'influence d'un manque de sang-froid. Aujourd'hui on peut voir que les opérations de réescompte effectuées