BANK
NOTENBANK
Circulation ....
Portefeuille commercial
Portefeuille titres .
Le montant total de l'émission de ces banques atteint près de 160 millions de marks.
La Banque Impériale d'Allemagne, depuis quelque trente années surtout, a été dirigée — étant donné sa constitution et le milieu où elle évolue -— avec beaucoup cfhabileté. M. le Dr Koch, qui est demeuré gouverneur de cet établissement jusqu'en 1907 et, après lui, M. le Dr Havenstein, ont contribué à donner une grande élasticité à l'organisation allemande, en introduisant ou en perfectionnant les virements et les transferts gratuits. C'est un des moyens les plus efficaces d'économiser la
monnaie. Ces opérations ont augmenté dans d'énormes proportions. Les virements, qui étaient de 35 milliards de marks en 1880 et de 94 milliards en 1895, ont atteint 361 milliards en 1913. D'un autre côté, on ne s'en est pas tenu au billet de 100 marks, et une loi a autorisé l'émission de billets de 50 et de 20 marks. Le résultat a été de faire augmenter l'encaisse or de la Reischbank. On estime qu'elle détenait en 1913 le cinquième de la quantité de métal jaune existant en Allemagne, quantité que l'on évaluait à un chiffre situé entre 3.500 millions et 3.800 millions de marks.
L'essor industriel et commercial de l'Allemagne a provoqué une demande croissante de crédit. La conséquence de ce fait a été le renchérissement des capitaux. La circulation moyenne des effets de commerce a augmenté dans de fortes proportions.
Lorsque la crise aiguë, qui frappa les Etats-Unis en 1907, eut son contre-coup en Europe, l'Allemagne en ressentit assez vivement le choc en retour dans l'état de réceptivité où elle se trouvait. Cette situation devait forcément conduire la Keiehsbank, en raison de l'énorme développement du crédit et des nécessités produites par la crise américaine, à accroître son émission, et à faire baisser, quoique dans des proportions moindres, son encaisse. Le tableau ' suivant permet dé suivre et de comparer l'encaisse et la circulation, qui sont représentées par leur moyenne, leur minimum et leur maximum pendant les années 1902, 1908 et 1907.
Moyenne
Milli
ons de marks
Billets en circulation. . .
Circulation à découvert. .
Couverture des billets 0/0.
Minimum
Billets en circulation. . .
Circulation à découvert . .
Couverture des billets 0/0.
1 Extrait du Marché financier, par A. Raffalovich, p. 281.
Maximum
Encaisse 1.148 1.120 1.102
Billets en circulation. . . 1.516 1.776 1.836
Circulation à découvert. . 702 1.045 1.099
Couverture des billets 0/0. 103 89,5 81,4
La Reîschbank s'est défendue dans cette crise par le véritable moyen économique : la hausse de l'escompte. Voici quelles ont été les variations qu'a subies le taux de l'escompte en 1907, dans cet établissement : du lef au 21 janvier : 7 p. 0/0 ; — du 22 janvier au 22 avril : 6 p. 0/0 ; — du 23 avril au 28 octobre : 5 1/2 p. 0/0 ; — du 29 octobre au 7 novembre : 6 1/2 p. 0/0 ; — du 8 novembre au 31 décembre : 7 1/2 p. 0/0.
Le portefeuille commercial de laReischbank a augmenté constamment depuis 1903. Son chiffre minimum, en cette dernière année, était de 669 millions de marks et son chiffre maximum de 1.138 millions de marks; en 1907, ces chiffres respectifs sont 863 millions, et 1.493 millions; en 1913, ils s'élèvent, l'un à 847 millions, l'autre à 1.732 millions. Ajoutons qu'en raison des taux élevés d'escompte pratiqués généralement en Allemagne, une partie du papier de commerce de ce pays est l'objet de négociations sur d'autres places étrangères plus favorisées et mieux pourvues de capitaux disponibles.
La Reischbank possède aujourd'hui 480 succursales. Elle joue dans certaines limites, en Allemagne, le rôle de la Banque de France en notre pays vis-à-vis des grandes sociétés de crédit. Elle est, comme la Banque de France chez nous, la maison de secours où les sociétés vont chercher aide par le réescompte de leur portefeuille dans les temps de crise. Mais elle n'est pas autant qu'en France le centre du système des banques, par la raison que les grands établissements de crédit allemands ne travaillent pas absolument comme les nôtres.
Ils font assurément les opérations de banques de commerce, opérations de caisse, comptes courants, escompte, recouvrement, etc. ; mais ils y joignent des opérations de placement ou de commandite et se montrent plus audacieux que les sociétés de crédit françaises à cet égard. Nous sommes trop partisans de la séparation des
risques en matière de banque pour ne pas trouver que cette confusion des risques présente des dangers et n'est pas conforme, par conséquent, aux principes défendus dans ce livre et qui sont des principes de prudence, reposant d'ailleurs sur la nature des choses. Plusieurs des grandes sociétés allemandes ont de nombreuses participations dans des affaires industrielles et coloniales. Elles rendent, à n'en pas douter, par cette intervention, des services aux industries bu'elles soutiennent ou même qu'elles fondent et alimentent. Toutefois, comme nous le gavons, cette fonction nécessaire devrait être remplie par Ses maisons se livrant avec leur capital propre, et non avec les dépôts de clients de toute catégorie, à des opérations qui sont tout autres que des opérations de banques de commerce. Les participations industrielles et coloniales immobilisent des capitaux; elles ne permettent pas de réunir, à la première alerte, les disponibilités, qu'exigent les dépôts et surtout les dépôts à vue, en général les plus nombreux, ainsi que les comptes courants créditeurs qui sont les ressources immédiates auxquels recourent les commerçants ou industriels dans les moments où ils en ont un pressant besoin.
Ces sociétés de crédit ont pris un grand développement, suivant en cela îe développement industriel de l'Allemagne, qui a été considérable en ces trente dernières années. Jusqu'en 1914, c'est-à-dire jusqu'à la veille de la guerre européenne, il n'y avait pas eu, à proprement parler, da coups extrêmement graves, qui soient venus troubler leur rapide croissance. Mais la commotion qui vient d'ébranler le monde aura sur l'économie de l'Allemagne, comme sur celle des autres belligérants, de telles répercussions qu'elle entraînera sans doute un changement dans leur condition et leurs .raéjhodes.
Nous donnons dans îe tableau suivant les chiffres des comptes des principales de ces banques en 1913 ; ces sociétés sont classées d'après l'importance de leur capital :
W — 7 85 " fl
-s; ce m
W ce w «
Eh E-
« O Ch
En milli
ons de marks
Deutsche Bank.
Disconto -Gesells-
chaft
DresUiïer Bank . .
Darmstaecller Bank
Schaaffhausen'shër
Bankvereîn . . .
BerlinerHandelges.
ïl convient de constater que le portefeuille titres n'est pas précisément mobilisable à volonté, surtout au moment d'une crise et que les chiffres représentant les acceptations et les avals, c'est-à-dire des prêts à découvert, sont fort élevés.
Notons enfin, pour terminer cet aperçu sur les sociétés de crédit allemandes, que la concentration des banques s'est opérée, là comme en France et sur une bien plus grande échelle, depuis plusieurs années. Cependant il semblerait qu'en raison même du particularisme qui anime certaines des grandes villes de l'Empire, la résistance à l'envahissement par les banques affiliées aux banques de Berlin se fasse plus vive depuis quelque temps.
Les banques allemandes pendant la guerre de 1914-1918
La Banque impériale d'Allemagne ou Beichsbank a été, comme la Banque de France, peut-être même à un degré plus grand, le pivot de la mobilisation financière nécessitée par la guerre. Le rôle qu'elle aurait à remplir, à cet égard, avait été minutieusement prévu bien avant le début des hostilités. Les textes modifiant les conditions normales de son fonctionnement étaient prêts quand la guerre éclata et n'attendaient plus que la sanction du Beichstag.
Dans les dix-sept lois exceptionnelles d'ordre écono-
mique que vola le Parlement d'Empire le 4 août 1914, tfôis concernaient la Reichsbank et le régime de l'émission fiduciaire ; le cours forcé était donné aux billets de banque ainsi qu'aux bons de Caisse de l'Empire, émis en contre-partie des réserves métalliques déposées à la tour Julius à Spandau et qui étaient remises à la Reiehsbank. Celle-ci était dispensée, jusque nouvel ordre, d'acquitter l'impôt de 5 p. 0/0 sur la circulation à découvert excédant les contingents prévus en 1909. Elle était autorisée à escompter des traites de l'Empire, à échéance maxima de trois mois, et à les comprendre dans la couverture de la circulation à découvert « même lorsque lesdites traites n'engagent pas d'autres personnes ». Cette autorisation était étendue aux obligations de V Empire ou bons du Trésor sans intérêt, remboursables dans un délai de trois mois au plus.
Afin de donner plus d'élasticité aux avances sur nantissement, des organismes spéciaux, appelés Caisses de prêts (Darlehenskassen) furent créés et installés dans les bureaux et succursales de la Reichsbank qui en assure la gestion. En réalité c'est le compartiment ordinaire des avances sur titres qui a été constitué en service spécial, autorisé à faire des prêts sur toutes sortes de valeurs mobilières et sur marchandises et à émettre, en contre-partie de ces prêts, des billets spéciaux (Darlehenskassenscheine) garantis par l'Empire. Ces bons des Caisses de prêts ont cours légal limité, c'est-à-dire qu'ils doivent être acceptés par toutes les Caisses de l'Etat et par la Reichsbank, mais ils ne peuvent pas être imposés en paiement aux particuliers. Ils sont assimilés aux bons de caisse de l'Empire et peuvent, au même titre que l'encaisse métallique, servir de couverture à la circulation fiduciaire de la Reichsbank.
Dès le 5 août 1914, 150 Caisses de prêts avaient ouvert leurs guichets ; fin septembre, il y en avait $17. Les avances étaient consenties pour trois ou six mois renouvelables. Fin décembre 1914, le montant des avances consenties s'élevait déjà à plus de 1.300 millions de marks; fin 1915 il était de 2.350 millions en chiffres ronds;
de 3.400 millions fin 1916; de 7.689 millions fin 1917; de 15,626 millions fin 1918. Ces avances ont atteint leur maximum fin juin 1919 avec un total de 21.185 millions. L'émission correspondante des bons de Caisse était aux mêmes dates partagée entre la circulation effective Bt les Caisses de la Reicnsbank de la façon suivante :
Reichsbank Circulation
(en millions
de marks)
Fota!
Fin décembre -1914. .
Fin juin 1919 . . . .
Depuis le mois d'avril 1915, une émission de 120 millions de bons des Caisses de prêts, qui ne figure pas dans les chiffres de ce tableau, a été affectée à la couverture d'une émission égale de Bons de Caisse de V Empire de 10 marks. Cette émission supplémentaire de coupures de 10 marks était rendue nécessaire par le retrait des pièces d'or de même montant, dont près de 300 millions de marks avaient été retirés.
Ces chiffres permettent de se rendre compte combien la Reichsbank a été théoriquement allégée par les Caisses de prêts. Celles-ci ont surtout émis, les premiers temps, des petites coupures divisionnaires de 1, 2 et 5 marks. Plus tard, pour les opérations plus importantes, elles ont émis des coupures de 20 et de 50 marks. Enfin de très grosses coupures ont été créées pour servir aux règlements de compte entre l'administration centrale des Caisses de prêts et la Caisse principale de la Reichsbank.
Ainsi dégagée, la Reichsbank a pu fonctionner plus complètement comme « banque de guerre » au profit de l'Etat. Dans les premières semaines de la guerre, cependant, elle a dû venir au secours des banques et sociétés de crédit privées en réescomptant largement leur portefeuille afin qu'elles puissent faire face aux demandes de retrait de leurs déposants. À la situation du 23 juillet 1914 le port feuille d'escompte de la Banque d'Empire figure pour 750 millions de marks. Le 15 août il était à
4.426 millions de marks, sur lesquels 2.980 millions représentaient des escomptes commerciaux et, le surplus, des traites ou obligations de l'Empire.
Par la suite, le portefeuille d'effets de commerce a diminué grâce aux paiements des principaux obligés ou des banques. Fin janvier 1915 il n'était plus guère que de 600 millions de marks. Par contre, les traites et obligations de l'Empire ont été en augmentant sans cesse. À cette dernière date, la Reichsbank en avait absorbé plus de 3 milliards de marks, non compris les renouvellements et la part importante cédée par l'institut d'émission aux banques privées pour servir d'emploi à leurs disponibilités dans l'intervalle des emprunts.
Si l'on fait abstraction du gonflement exceptionnel du portefeuille, qui s'est produit dans les périodes précédant 1 émission des emprunts de guerre, c'est-à-dire chaque année régulièrement en mars et en septembre, et de l'allégement momentané dans la semaine ou la quinzaine qui a suivi l'émission, on constate que les escomptes de la Reichsbank ont été sans cesse en augmentant pour atteindre entre 28 et 30 milliards au mois d'août 1919.
La circulation des billets de la Reichsbank a suivi une progression parallèle ; elle a passé de moins de 2 milliards, au 23 juillet 1914, à 28.253 millions au 23 août 1919. A cet engagement vis-à-vis des porteurs viennent s'ajouter les engagements vis-à-vis des créditeurs en compte. Cette dernière nature d'engagements a également beaucoup augmenté ; de moins d'un milliard avant la guerre, les dépôts et comptes courants ont passé à un peu moins de 10 milliards au mois d'août 1919. Dans le courant de l'année ils ont atteint au plus haut 13.730 millions de marks.
Il convient de noter que, de même que les traites et obligations de l'Empire sont bloquées dans le chapitre « Portefeuille » des situations de la Reichsbank, avec les effets commerciaux, de même le compte courant du Trésor est bloqué avec les comptes-courants et dépôts des particuliers. Mais tandis que le montant des créances des particuliers constitue la très grosse partie de ce dernier
poste, le montant des effets commerciaux ne représente aujourd'hui encore qu'une fraction insignifiante du chiffre total du Portefeuille.
Le tableau ci-après permettra de suivre les mouvements des principaux comptes de la Reichsbank, semestre par semestre, dans la période de guerre et depuis la fin des hostilités.
ENCAISSE