PC
En millions de marks
1 Situation au 7 Dec. 1918. Les autres bilans n'ayant pas été publiés.
La Schaaffhausen'scher bankverein, qui figurait dans le tableau d'avant-guerre, a été absorbée par la Discontogesellschaft en 1914.
On a pu se rendre compte, par ce qui précède, de la perturbation profonde apportée par la guerre dans l'édifice du crédit en Allemagne. Avant que n'éclatât le conflit européen la stabilité de cet édifice avait été mise plusieurs fois en question ; les lourdes immobilisations des grandes sociétés de dépôt, consécutives à leurs participations directes ou indirectes dans la constitution des entreprises industrielles opérant en Allemagne ou à l'étranger, rendaient leur dégagement difficile en cas de crise économique et financière. On a pu dire que, à cet égard, la guerre avait dérivé une situation qui menaçait de dégénérer en une crise très grave pour quelques-unes des grandes banques allemandes.
Mais elle n'a pu produire ce résultat qu'en substituant aux exagérations imprudentes de crédit, auxquelles se livraient ces établissements au profit des entreprises privées, d'autres exagérations plus dangereuses encore au profit de l'Etat et de cette entreprise formidable de destruction qu'a été la guerre. Comment tout cela se liquidera-t-il ? On n'en sait rien. La liquidation sera difficile et longue; le retour à des conditions de crédit normales ne se peut concevoir avant plusieurs années, peut-être même plusieurs décades. Il est possible que les grandes Sociétés de dépôt en profitent pour rétablir progressivement leur activité dans le cadre qui convient aux institutions de l'espèce et pratiquer une politique de plus grande liquidité de leur actif. C'est le conseil, qu'en Allemagne même, on leur donne de divers côtés où l'on a pu juger des inconvénients des méthodes d'avant-guerre.
Banques Schullze-Delitzsch. — Ces banques sont des caisses d'épargne, fondées, alimentées et administrées par des artisans pour faire des avances à d'autres artisans. « Ces banques, dit leur fondateur, ont été établies sans le secours de capitalistes, d'administrateurs ou de protecteurs quelconques, par les efforts combinés de petits fabricants et d'ouvriers. Le capital dont elles dis-
posent se forme d'actions souscrites par les associés et payables par cotisations mensuelles, et de fonds prêtés à l'association par des tiers. Ces cotisations sont obligatoires pour les souscripteurs jusqu'à ce qu'elles aient complété une action, à laquelle un dividende est attribué. Ces associations ne font d'avances qu'à leurs membres ».
C'est, comme on le voit, une application de l'association ouvrière à la caisse d'épargne et une affectation très heureuse des fonds de la caisse d'épargne aux opérations en apparence les plus périlleuses, quoique, en réalité, elles soient passablement sûres. Ces banques, étant fondées et administrées par des artisans, connaissent mieux que toutes les autres ceux auxquels elles prêtent, et peuvent attendre de ceux-ci plus d'efforts, plus de volonté de remplir leurs engagements et plus de résignation en cas de rigueur que toutes les autres banques. Là est le principe de leur vie. Il ne pouvait se rencontrer dans aucune autre combinaison destinée à faire des avances aux ouvriers.
Les banques populaires ont-elles toujours été aussi exemptes de patronage que le dit leur fondateur? Cela est possible ; mais peu de personnes l'ont cru : on a pensé généralement qu'une partie considérable des fonds déposés était remise aux banques, surtout au début, dans une intention de bienfaisance, d'autant plus louable qu'elle était réellement éclairée, puisqu'elle tendait à fomenter dans la classe ouvrière, avec l'esprit d'ordre et d'éco* nomie, le sentiment d'indépendance et de responsabilité individuelles.
M. Schultze-Delitzsch comptait, à la fin de 1862, de 5 à 600 banques de prêts mutuels en Allemagne, dont 243 lui avaient adressé leurs comptes. Ces 243 banques comptaient 69.202 sociétaires dont les dividendes, intérêts payés, s étaient élevés à 404.800 ft\ Le capital et le fonds de réserve réunis s'élevaient à 10.81 1.765 fi\, et leurs dépôts à 12.903.875 fr. Les avances aux sociétaires dans le courant de l'année avaient atteint 88.778.480 fr.
Ces banques sont aujourd'hui au nombre de plus de
2.000, toutes relevant du système SchuiUe-Deliizsch. D'autres banques dites de système RaiiFeisea sont aussi établies au nombre d'un millier en Allemagne, mais leur principe n'est nullement le même que celui des banques de Schultze-Delitzsch. En effet, ces dernières sont de vraies banques commerciales en ce qu'elles font des bénéfices qu'elles distribuent à leurs actionnaires mutuellistes ; les autres, au contraire, sont, non fondées sur l'intérêt, mais sur une sorte de solidarité morale. Les banques de Schultze- Delitzsch ont eu un succès beaucoup plus grand que les banques Raifïeisen et par l'importance des affaires et par la preuve qu'elles donnent que le « milieu » allemand, réputé si réfractaire à l'initiative individuelle, se plierait parfaitement aux conditions de responsabilité qu'exige la liberté. On a débuté en Allemagne parle système de Bûhriing pour les banques foncières, système qui rendait obligatoire la solidarité des coopérateurs de ces banques. Depuis, tout est devenu obligatoire en Allemagne en matière d'assurances contre la maladie, les accidents et la vieillesse. Cependant, malgré la puissance des socialistes de la chaire très influents sur le pouvoir, les banques de Schultze-Delitzsch restent en témoignage de ce que peuvent faire de saines théories sur un terrain économique aussi mal préparé.
En ces dernières années, le nombre des banques Schultze- Delitzsch, qui ont remis leur compte, soit près de 1.100 environ, représente la moitié de leur nombre total. La statistique du nombre des associés ne peut donc pas être très précise, étant donné qu'une partie de ces institutions ne fournissent pas de renseignements complets ; ensuite l'on confond assez souvent ensemble toutes les coopératives du type Schultze-Delitzsch. Néanmoins, on peut estimer leur nombre à plus d'un million, chiffre minimum. Un tiers de ces associés est composé de petits propriétaires, de cultivateurs, pêcheurs, etc. ; un autre tiers comprend des artisans et des ouvriers de fabrique; le dernier tiers des commerçants, des employés, des domestiques et des petits rentiers.
L'actif social e*t d'environ 145 millions de marks, et
les dépôts au total dépassent 450 millions de marks. Les avances de toutes natures consenties par celles des banques dont on connaît les comptes s'élèvent en raison du nombre «8e ces banques à un chiffre que Ton peut estimer à plus â'an milliard de francs.
Faisons remarquer que ces institutions sont restées Mêles aux principes nettement libertaires de leur- fondateur ; elles n'ont reçu aucune subvention, aucune &iàe gouvernementale ni réclamé aucun privilège.
Il y a, dans tout système de crédit, trois choses à considérer, savoir : le procédé ou, si l'on peut s'exprimer ainsi, le mécanisme des banques, la manière de s'en servir ou l'art du banquier, enfin les habitudes commerciales de la Société qui fournit la matière du crédit.
Le procédé ou, si l'on veut, l'instrument, la banque, a donné lieu à toute une série d'inventions et de perfectionnements. D'abord le capitaliste prête directement; puis, il s'établit un intermédiaire qui reçoit en dépôt et prête : on s'aperçoit qu'il existe toujours dans la Société une somme de capitaux disponibles, et l'on s'exerce à l'utiliser, de manière à suffire cependant à toutes les demandes de remboursement; ensuite, dans les grands centres commerciaux, viennent les banques publiques de dépôt, qui, par des virements, économisent l'usage de la monnaie, ainsi que le temps perdu à la vérifier et à la compter ; enfin, les banques de circulation empruntent la valeur de la monnaie métallique, et y substituent un agent moins cher, plus commode, et dont les émissions se proportionnent plus facilement aux" besoins du commerce que celles de la monnaie elle-même.
Tel a été l'ordre du progrès en matière de procédé : de tous les instruments de crédit dont l'usage est répandu, le plus parfait est la banque de circulation ; au dessous est la
banque de dépôt ordinaire, et il existe encore des contrées, en trop grand nombre, où l'on ne trouve de banque d'aucune sorte, où le prêteur cherche l'emprunteur et où l'emprunteur court après le prêteur.
On rencontre, il est vrai, des personnes qui déplorent l'existence du contrat de crédit ; d'autres qui voudraient rester à l'état où il n'existe aucun intermédiaire entre le prêteur et l'emprunteur; d'autres accepteraient la banque de dépôt primitive, la banque de Pasion, et même à la rigueur nos banques de recouvrement avec comptes courants de banquier à banquier et les arbitrages. Un petit nombre seulement, en France, verraient volontiers s'introduire la liberté des banques de circulation ; encore ne la verraient-ils s'établir ni sans crainte, ni sans arrière-pensée de péril.
On rencontre aussi des personnes qui contestent l'utilité des machines à vapeur et des chemins de fer, et qui en déplorent l'usage : il en est qui ne montent qu'en tremblant sur un steamer ou dans un wagon, qui préféreraient volontiers une gabarre au steamer, une charrette à une voiture suspendue, et celle-ci au wagon.
Il ne faut donc pas s'étonner que l'on conteste la. supériorité de la banque de circulation sur toutes les autres, ou même qu'on la considère comme un instrument nuisible, d'autant plus qu'elle échappe aux démonstrations matérielles, au moyen desquelles les ingénieurs sont parvenus à faire absoudre par la routine la vapeur et ses applications.
Les Écossais sont les premiers qui aient appris à se servir librement, et dans toutes les opérations, de la banque de circulation. Ils en ont obtenu les plus beaux résultats, et, avec le temps, ils ont popularisé les banques, c'est-àdire les habitudes commerciales, dans toutes les localités, dans toutes les classes de la société. Tous les capitaux disponibles du pays ont été mis sur le marché, et toutes les aptitudes ont été admises à s'en servir. L'instrument luimême s'est perfectionné, et les banques d'Ecosse, qui ont habitué leurs commettants à se passer de monnaie métallique, sont presque celles qui, proportion gardée avec le
chiffre de leurs opérations commerciales, ont émis le moins de monnaie de papier.
Les habitudes des Écossais, dit-on, favorisent le développement des banques de circulation. — Gela est vrai ; mais il est certain- que ces habitudes n'existaient pas lorsque les banques ont commencé à fonctionner, et même pendant les soixante premières années du siècle passé. Ces habitudes sont le résultat du travail opiniâtre des banques sur un des peuples les plus prudents de l'Europe, et peut-être le plus obstiné dans ses coutumes.
Dans le nord des États-Unis, on appliquait d'une autre manière la banque de circulation. La direction y était moins expérimentée qu'en Ecosse, Fart y était moindre, et une législation qui tenait les banques dans l'isolement nuisait à leur solidité. Il leur était plus difficile de pénétrer dans toutes les classes; elles émettaient plus de billetsmonnaie et éprouvaient des-oscillations de caisse plus sensibles. Cependant les habitudes de la population étaient favorables aux banques : leurs actions étaient considérées comme le placement le plus sûr qui existât dans le pays, et elles étaient recherchées par les capitaux que l'on pourrait appeler invalides, ceux des mineurs, des femmes, des établissements publics.
Lorsque l'on compare le chiffre des principaux comptes des banques d'Ecosse et de Massachusetts à la population du pays, à l'époque où les unes et les autres étaient à peu près libres, on constate les résultats suivants :
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