CHAPITRE XI BANQUES D'ÉCHANGE
Jusqu'à ce jour, on a emprunté ou pris le capital représenté par la monnaie métallique au moyen de billets payables en espèces à vue et au porteur, ou par l'émission de papier à cours forcé. Il semblait difficile d'imaginer un système mixte intermédiaire qui ne consistât précisément ni à prendre de force, ni à emprunter de bonne volonté au public la valeur de la monnaie métallique. On l'a tenté, cependant, en imaginant la banque d'échange, sur laquelle on a fait en France surtout, des expériences nombreuses.
La théorie de la banque d'échange est fondée sur une idée très spécieuse. « Puisque les services, a-t-on dit, se payent toujours avec des services, puisque la monnaie ne sert qu'en qualité d'intermédiaire dans les échanges, pourquoi cet intermédiaire ne serait-il pas supprimé ? Pour y parvenir, il suffit d'évaluer les marchandises existantes, de les représenter et de les monnayer avec du papier au
* Voir Storch, Cours d'Économie politique, t. IV.
a Courcelle-Seneuil a traité avec plus de développement lt théorie de la banque d'échange et celle du mécanisme de la banque de commerce dans son volume intitulé : Liberté et Socialisme, en. iv,
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moyen duquel tous les échanges seraient effectués. Qu'on imagine, par exemple, un bazar où se trouvent réunies toutes les marchandises nécessaires à la consommation d'une agglomération d'hommes ; élevons une banque au milieu de ce bazar, et qu'elle délivre à chacun en papier, après évaluation contradictoire, le montant de la marchandise qu'il produit. Tous les achats seront faits par l'intermédiaire de la banque à laquelle les payements seront effectués en billets. Ainsi la somme représentée par les billets sera toujours égale à celles des marchandises existantes, puisque toute consommation sera précédée d'une extinction équivalente des billets en circulation. »
Telle est, dans sa plus simple expression, la théorie de ia banque monétaire d'échange. Elle a été exposée pour la première fois, du moins à ma connaissance, en 1818, par M. Fulcrand-Mazel, qui a fondé sur cette idée une banque d'échange à Paris, en 1829, et une succursale à Marseille, en 1832. Plus tard, au commencement de 1848, cette théorie était exposée avec éclat en Ecosse par M. John Gray, à Paris par MM. Proudhon et Goignet. Jamais on n'avait suivi avec une logique plus serrée que M. Gray les conséquences de l'axiome fondamental et incontes • table : « Les services se payent avec des services l. » L'imagination aussi est intervenue et a joué un grand rôle, aussi bien dans les écrits de l'économiste écossais que dans ceux de MM. Proudhon et Goignet.
Leurs projets de banque d'échange étaient-ils réalisables?
Passons sur les difficultés d'exécution, et supposons que tous les produits de la société, de l'humanité même, sont bien évalués, cotés, emmagasinés dans le bazar de la banque d'échange. Les opérations commencent; mais quoi I les prix sont toujours les mêmes, ou, du moins, ils ne varient jamais du jour de l'entrée au bazar au jour de la sortia, car, s'ils varient un seul instant, la somme de la valeur des marchandises cesse de se trouver exactement égale à celle
* hectare on the Nature and Use of Moncy, by John Gray. 1 vol, ia-8*.
exprimée par les billets; or, c'est sur cette égalité constante des deux sommes que toute la combinaison de la banque d'échange se trouve fondée. La fixité des prix depuis l'entrée au bazar jusqu'à consommation devraitelle être décrétée? Que ferait-on au moment où un accroissement de l'offre d'une marchandise ou la diminution de la demande rendrait nécessaire une baisse de prix? Déci« dera-t-on que les marchandises à l'entrée seraient évaluées au nouveau cours, et subiraient seules la baisse de prix? Mais alors personne ne voudrait de marchandises de même sorte, déposées antérieurement au bazar, et, pour les vendre, il faudrait cacher les dernières venues et imposer à la fois à l'acheteur le prix et la marchandise. Ici, évidemment, on se trouve en face de l'impossible.
On peut, il est vrai, n'évaluer la marchandise déposée dans le bazar de la banque d'échange qu'à une portion de sa valeur, ou retenir, au compte du propriétaire, une somme de billets égale à une fraction, soit un quart de la valeur, pour faire face aux variations de prix. En ce cas, le déposant se trouverait dans la situation du marchand qui emprunte chez le banquier sur un certificat de dépôt, avec cette différence que le billet-monnaie de la banque n'aurait point, comme ceux des banques de circulation, une valeur certaine et presque fixe.
Si, au lieu de renfermer dans son bazar toute la société, la banque monétaire d'échange n'est qu'une maison libre opérant en face de la concurrence, voici sa destinée inévitable : ses billets, qui représentent, non de la monnaie, mais des marchandises, ne peuvent avoir un cours régulier au dehors qu'autant qu'on peut obtenir partout, contre ces billets, une valeur en marchandises ou en services égale à celle qu'on obtiendrait pour une même somme de monnaie, en un mot, qu'autant qu'ils sont au pair de la monnaie métallique. S'ils tombaient au-dessous du pair, leur dépréciation emporterait celle de toutes les marchandises qu'ils représentent: tous les déposants souffriraient, et dans une égale proportion, des émissions de la banque ; ils seraient solidaires de ses opérations. Or, le papier de la banque
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d'échange tomberait rapidement . au-dessous du pair, par l'excellente raison que la somme des marchandises existantes en tout temps est bien supérieure à celle des monnaies dont on a besoin et dont on se sert. Dès que les émissions atteindraient la somme inconnue, mais certaine, axée par les besoins des échanges, la dépréciation commencerait à se faire sentir au préjudice des porteurs de billets, qui ne pourraient obtenir, hors du bazar, de la banque d'échange l'équivalent de la marchandise par eux déposée contre les billets-monnaie.
Enfin, la banque d'échange encouragerait îa spéculation, c'est-à-dire l'achat ou la production de marchandises qui ne sont pas réclamées actuellement pour les besoins du marché. Le producteur, ou le marchand, dégagé de la responsabilité des réalisations, assuré d'obtenir en tout temps de sa marchandise un prix à peu près fixe, et, en tout cas, moins mobile que les prix courants actuels, ne serait pas averti à temps qu'il faut s'arrêter, parce que les débouchés manquent ; il surchargeraitle marché ; puis, viendraient la crise commerciale et les catastrophes, car je ne pense pas qu'on ait imaginé de prévenir, par la banque d'échange, les variations naturelles des prix qui résultent d'une opération libre, de la comparaison de l'offre et de la demande.
Pour comprendre jusqu'à quel point la spéculation pourrait être excitée par un établissement où l'on aurait la faculté de réaliser à l'instant le prix de la marchandise, ii suffit de se rappeler que les fabriques et les manufactures ont un prix de revient variable en raison des quantités qu'elles produisent. Soient leurs frais généraux représentés par 10 ; quelle que soit la production, ces frais n'augmentent guère ; si donc la production est de 50, les frais généraux absorbent i/5 du produit ; si elle s'élève à 100, ils ne prélèvent plus que î/iO ; si elle atteint 200, ils n'y figurent plus que pour i /20, et ainsi de suite. La fabrication a donc un intérêt direct très grand et très senti à élever le chiffre de ses produits, et c'est justement ce qui donne un prix si grand aux débouchés. Où s'arrêterait la
production industrielle, si elle croyait posséder un débouché certain et presque indéfini ?
Le prêt sur dépôts des marchandises ou de rentes, malgré toutes les restrictions que la prudence des banquiers lui a imposées, encourage souvent la spéculation. On a vu, dans le nord de l'Angleterre, des marchands de blé remettre en nantissement leurs premiers achats, puis se servir des capitaux obtenus du banquier pour acheter encore, remettre en nantissement encore une fois, et retourner aux achats, jusqu'à complet épuisement de leur crédit. Une baisse de prix entraînait la ruine des marchands de grains et celle de la banque puissante qui leur avait fait des avances.
On use, en ce moment, à Paris, de la même façon, des avances sur dépôts de rentes et d'actions de chemins de fer. Sur ces dernières, la Banque de France avance 75 p. 0/0, et d'autres établissements de crédit une somme plus élevée p. 0/0, de leur valeur, au cours de la veille. Le spéculateur fait une première opération sur un capital propre ou un crédit de 100 ; puis, il va dans une banque, où il obtient 80 p. 0/0 et fait une nouvelle opération sur laquelle on obtient 80 p. 0/0, ou, s'il est très gêné par les formalités de cet établissement, 75 p. 0/0 à la Banque. Il va ainsi jusqu'à l'extrémité de son crédit. Avec un capital de 100, il parvient à emprunter rapidement par ce moyen : i° 80; 2° 64; 3° 51,20; 4° 40,96; 5° 33,56; 6* 26,84; 7° 2Î,47; 8° 17,75: soit en tout 335,78 sur des opérations qui ne sont pas réalisées, et dont la réalisation est soumise à des éventualités de hausse et de baisse. Le spéculateur ne doute pas, lui ; il voit la hausse, dans son imagination, comme si elle existait, et il attend sans inquiétude les bénéfices qui doivent lui fournir le moyen de remplir ses engagements et de retirer ses titres; mais, si les cours viennent à changer, si la baisse survient?
Tels sont les dangers que font courir au prêteur et à l'emprunteur les prêts sur nantissement ou dépôts de titres. Ces dangers seraient plus grands et plus sensibles dans la banque d'échange de MM. Gray et Proudhon, parce qu'on
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y courrait à la fois ceux qui résultent de la variation des cours des marchandises et ceux de îa variation des cours du papier ; on n'aurait plus pour opérer ni base ni mesure.
M. Mazelet ceux qui, après lui, ont essayé de monnayer les marchandises, ont rencontré le même obstacle. Les bons généraux d'échange, payables en produits ou services des adhérents, qu'ils mettent en circulation, forment des engagements dont la réalisation est toujours difficile, parce que le porteur n'en connaît pas exactement les conditions, il peut et doit arriver souvent, ou que le produit qu'on lui offre ne soit pas celui qu'il demande, ou que soit le prix, soit la qualité ne lui conviennent pas. Cependant, le titre d'engagement dont il est détenteur est précis, rigoureux et doit être libéré. De là des difficultés énormes dans l'application, même avec de petits établissements. Combien, avec de grands établissements, ces difficultés ne seraientelles pas plus considérables ! On s'apercevrait bien vite qu'on a eu tort de croire que la valeur des marchandises était en proportion directe de leur quantité, et que la monnaie fiduciaire ne pouvait être en excès, lorsqu'elle représente une quantité donnée de marchandises existantes.
On ne peut monnayer sûrement ni la terre, ni des titres dont la valeur soit susceptible d'accroissement ou de diminution, ni des marchandises, mais seulement ce qui se rapproche le plus des conditions de la monnaie métallique, savoir des promesses exprimées en monnaie et à une échéance assez prochaine. Après tout, la banque de circulation ordinaire, telle qu'elle existait en Ecosse et dans la Nouvelle-Angleterre, est encore l'instrument le plus sûr que l'on puisse employer pour emprunter à la circulation la valeur de la monnaie métallique. Lorsque cette monnaie est réduite dans un pays à la quantité de 3 fr. environ par tête d'habitant, comme en Ecosse, il n'est pas besoin de courir la chance de bouleverser tous les marchés et toutes les transactions pour emprunter cette somme : il vaut mieux «© tasir aux moyens connu» fct éprouvés, qui exercent une
influence utile sur la production et jusque sur l'âme du producteur.
Cependant, il est incontestable que les services et les produits se payent avec des services et des produits, et il y a quelque chose qui confond la raison dans le spectacle d'une société placée sous le coup d'une crise commerciale profonde. Quoi! cette société possède les mêmes instruments de travail, les mêmes entrepreneurs, les mêmes Ouvriers, en un mot, la même puissance productive que la veille, et cependant le travail s'arrête, les débouchés se ferment, les transactions cessent, et une vague inquiétude agite toutes les âmes! Tous ceux qui ont des engagements à remplir, et particulièrement les entrepreneurs d'industrie, se trouvent ruinés par la baisse de prix de toutes les marchandises. Et d'où vient cette baisse? Uniquement de la retraite de quelques capitaux sous forme de monnaie, car, d'ailleurs, les besoins etles goûts sont restés les mêmes. ïl semble impossible qu'une telle situation ne présente pas un problème à résoudre.
Une faut donc pas s'étonner qu'un grand nombre d'esprits se soient obstinés à travailler sur l'échange, à réfléchir, à expérimenter, afin d'y découvrir un procédé nouveau pour économiser l'usage de la monnaie et améliorer le contrat de crédit.
Un banquier de Paris, M. Bonnard, avait imaginé, vers I© milieu du siècle dernier, une simplification des moyens employés par les banques d'échange : l'introduction du bon particulier d'échange négociable sans garantie de la banque. Un exemple en fera comprendre l'emploi et l'usage.
Un bottier a besoin de cuir ; il est bon ouvrier, laborieux, solvable même, mais son petit capital est tout entier engagé en chaussures fabriquées qui garnissent son magasin. Il pourrait bien acheter des cuirs à crédit chez un marchand ordinaire, mais celui-ci peut-être les lui vendrait plus cher, en raison du risque ; d'ailleurs, pour obtenir ces cuirs à crédit, il faudrait contracter une dette exigible en espèces, ce qui constitue pour le bottier l'engagement implicite
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d'avoir vendu à l'échéance assez de chausseras pour payer son billet et d'avoir pu en réserver le prix. En souscrivant ce billet, il contracte, ainsi que nous l'avons fait observer, quelque chose de plus qu'un engagement de crédit, un véritable marché à livrer dont chacun connaît les conséquences.
Au lieu de procéder ainsi, le bottier s'adresse à la banque d'échange et lui demande les cuirs dont il a besoin. Supposons un moment qu'elle les ait en magasin et qu'ils conviennent quant à la qualité et quant aux prix : le marché se conclut, soit pour une somme de 1 .000 fr. La banque demande au bottier pour 1.000 fr. de bons payables en produits de son commerce et de son industrie.
Ces bons au porteur, à vue ou à terme convenu, sont signés par le bottier, qui emporte son cuir. La banque, à laquelle le bottier a payé une "commission, met ces bons dans son portefeuille. Elle procède successivement de la même manière' avec des producteurs de toute profession, de manière à garnir son portefeuille de bons qui représentent des. marchandises de toute espèce.
Lorsque tous les besoins viennent tour à tour se manifester à la banque, il arrive nécessairement qu'on lui demande des marchandises dé son portefeuille, si l'on peut s'exprimer ainsi, et, sans aucun doute, des chaussures. Elle offre un bon du bottier auquel elle a fourni des cuirs, soit un bon de 10 fr. : c'est à celui qui traite avec elle de voir s'il lui convient de prendre de la chaussure chez le signataire du bon ; il est libre de tout engagement. Accepte-t-il, la banque lui transmet le bon, sans lui en garantir le payement, il le reçoit comme marchandise et donne en échange ses propres bons.
Que devient maintenant ce bon de 10 fr. : Il ne produit aucun intérêt au porteur et ne lui est point garanti par ia banque. Il est donc très probable que le porteur, qui ne peut guère négocier ce titre, ne l'accepte que parce qu'il en a besoin, et qu'au lieu de le considérer comme monnaie il se hâtera de le réaliser. Il va chez le bottier p\ fait son emplette librement, choisit sa marchandise, en
vérifie la qualité, on débat le pris comme à l'ordinaire*, puis, au moment de payer, il remet le bon, qui éteint, jusqu'à concurrence de 10 fr., la dette qu'il vient de contracter.
Dans cette suite de transactions, tout le monde a contracté librement, dans les conditions ordinaires du marché, en se servant de la monnaie courante comme commune mesure des évaluations. Le crédit et les signes fiduciaires à la création desquels il donne lieu ne se sont pas multipliés, car les bons d'échange souscrits par le bottier remplacent exactement le billet qu'il aurait souscrit à son marchand de cuirs. Mais il est bien plus avantageux pour lui de souscrire un engagement àla banque qu'au marchand de cuirs. En souscrivant les bons d'éclfange, il n'a pris qu'un engagement simple; le marché à livrer, qui résulte nécessairement de tout contrat de crédit, est bien moins onéreux pour lui, puisqu'il doit payer en celle de toutes les marchandises qu'il peut fournir le plus facilement et sur laquelle il réalise un bénéfice. C'est du débiteur de la banque d'échange qu'on peut dire à juste titre : Qui paye ses dettes s'enrichit. Le bottier dont nous avons parlé ne s'est point obligé à avoir vendu et réalisé 1.000 fr. de marchandises au jour de l'échéance; au lieu d'avoir besoin de vendre d'abord et de payer ensuite, il vend et paye par une seule opération ; il ne peut devenir insolvable qu'autant qu'il cesserait de travailler ou qu'il dissiperait follement ou frauduleusement les produits de son travail, et ses ventes ne sont jamais forcées par la nécessité de faire face aux échéances. Plus il a d'échéances, au contraire, plus il est assuré d'avoir des débouchés et, par suite, un travail rétribué au cours, puisque la banque est intéressée à négocier promptement ses bons, et que les porteurs ont intérêt aies consommer promptement.
Pas n'est besoin de dire que la banque a trois moyens de se procurer les marchandises qui lui sont demandées : 1° par Fachat direct au comptant ; et, dans ce cas, elle jouit de la remise ordinaire du commissionnaire; 2° en recevant des marchandises en consignation ou en nantissement
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avec mandat pour vendre ; 3* par les bons d'échange de son portefeuille. Dans tous les cas, et sans rien innover aux usages du commerce, elle perçoit un droit de com« mission. Avec un capital médiocre, mis en œuvre par un homme habile et actif, il lui est facile de réaliser des bénéfices considérables.
Mais, pour réussir dans la banque d'échange, il faut surmonter des difficultés pratiques très grandes et qui ont une grande analogie avec celles que l'on rencontre dans les banques proprement dites. Il est vrai que tout bon sorti du portefeuille de la banque d'échange est éteint pour elle et ne laisse après lui aucun engagement éventuel ; mais elle court le risque direct de voir les souscripteurs de bons de son portefeuille devenir insolvables; elle court, ei outre, et surtout, le risque de se laisser encombrer de mar chandises d'une réalisation difficile. Il y faut, exactemea comme dans les autres banques, avoir soin de tenir son capital disponible et actif, c'est-à-dire sous la forme de marchandises demandées et d'un débit facile, soit par leur nature même, soit à cause de la qualité et de la façon. Le directeur d'une banque d'échange doit donc prévoir les besoins du public pour chaque espèce de marchandises, et y pourvoir de manière à se tenir toujours au milieu du grand courant des échanges.
Or, cet art n'est pas facile : pour le pratiquer avec succès, il faut une grande connaissance des besoins et des habitudes de la place sur laquelle on opère ; il faut savoir accepter beaucoup d'affaires et en refuser un plus grand nombre, car, on doit le remarquer, le directeur d'une banque d'échange dispense, jusqu'à un certain point, ceux avec lesquels il fait affaire de la recherche des débouchés ; il se charge, à ses risques et périls, de leur en procurer, et, dans la nouvelle division au travail qu'il vient introduire, il prend à sa charge une grande partie des soucis de la prévoyance. S'il s'encombre de marchandises d'un écoulement difficile, son capital se trouve immobilisé ou trop longtemps engagé et improductif ; il éprouve le même embarras s' il acquiert en quantité trop grande des mar-
chandises mêmes dont le débit n'éprouverait, d'ailleurs, Aucune difficulté.
On comprend sans peine, lorsqu'on réfléchit à toutes ces difficultés, comment la banque d'échange de M. Bonsard. très séduisante comme conception théorique, n'a pas pu être essayée sérieusement. Son auteur lui-même a reculé ou échoué devant les difficultés que lui opposait la pratique.
Les banques imaginées par MM. Mazel, Gray, Proudhon et Coignoî étaient fondées sur la supposition que tout produit trouve un débouché au prix de revient, ce qui est une illusion. Celle de M. Bonnard est fondée sur la supposition que le banquier joindra à ses fonctions ordinaires celle de commissionnaire placier, qu'il saura toujours trouver les débouchés. Il n'y a pas là d'illusion théorique, mais une difficulté pratique de premier ordre, que, jusqu'à ce jour, personne, à notre connaissance, n'est parvenu à vaincre.
La banque proprement dite est moins ambitieuse. Loin de chercher les débouchés, elle veut toujours qu'ils aient été trouvés au préalable par ceux qui viennent lui proposer des affaires, et c'est pour cela qu'elle a pris pour règle de n'accepter que du papier fait et de borner ses travaux à la liquidation des échanges accomplis. Là, elle trouve un terrain restreint, mais solide, sur lequel elle rend encore cb très beaux services.
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Maximes ©t N»ti«s&9 pratiques
On t réduit l'art de la guerre à un principe fondamental et à quelques maximes générales. îl serait facile de réduire l'art du banquier à quelques principes, de dire, par exemple , « que cet art consiste à se tenir toujours en mesure de remplir ses engagements, tout en obtenant des capitaux dont on dispose le produit le plus considérable que l'on peut » ; mais à quoi bon ? Des préceptes si larges et si vagues n'ont jamais d'utilité dans la pratique; ils s'appliquent uniquement à l'appréciation des faits accomplis, à ce que l'on pourrait appeler l'histoire et le raisonnement des opérations de banque.
Le commerce du banquier ressemble à tous les autres ; il s'en distingue seulement parce qu'il est plus commercial, si l'on peut ainsi dire, en ce sens que toutes les maximes, toutes les règles générales du commerce reçoivent en banque une application plus stricte que partout ailleurs.
Ainsi, il est certain que tout commerçant doit proporiionaer ses entreprises au capital dont il dispose, et tenir ce capital d'autant plus réalisable qu'il se sert du crédit, Mais ce précepte s'applique plus strictement au banquier qu'à tout autre, parce que le crédit occupe dan» ses affaires plus de place que dans celles de tout autre négociant.
Il y a du mérite à savoir proportionner ses affaires à
son capital propre, et celui-ci aux ressources offertes par la localité dans laquelle on se place, aux débouchés probables, et l'un et l'autre à sa capacité personnelle ; mais ces proportions s'établissent plus souvent par hasard que par conseil, par expérience que par théorie, et les règles qu'on pourrait établir à ce sujet seraient inutiles*