‹ Les opérations de banqueChapitre 152 sur 167 · SS · texte numérisé non relu

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Les conventions et conditions sur lesquelles sont établis les divers comptes courants de banque sont variées et varient nécessairement chaque jour, et avec elles, bien souvent, la manière de tenir les comptes. Il n'y a et ne peut y avoir en cette matière nulle uniformité, et nul ne saurait avoir la prétention de donner det règles et méthodes fixes et inflexibles. Toutefois, la méthode par soldes, outre que c'est celle qui emploie le moins de fictions et qui est la plus vraie, oâre un avantage important : c'est de permettre aux comptables de faire leur travail au jour le jour et de l'inscrire en résultats définitifs, comme aussi de le retarder, si les circonstances l'exigent, en même temp3 qu'elle se prête avec facilité à tous les changements qui peuvent survenir dans les conditions du compte courant. C'est à la fois la seule méthode qui présente à tout instant à l'œil, sans écritures spéciales, la balance de chaque compte que le banquier est obligé de rechercher à tout instant. Elle est incontestablement préférable dans tous les comptes où l'intérêt ne court pas au même taux au crédit et au débit ; mais dans les comptes où le taux d'intérêt est le même de part et d'autre, la méthode dite indirecte ou rétrograde est plus simple, et emploie des procédés plus uniformes.

Dans les maisons d'escompte et de recouvrement, où les détails abondent, il y aurait avantage à escompter effectivement les remises au jour d'entrée, à en déduire les commissions, courtages, etc., et à ne porter que le net au compte courant. Alors la méthode par soldes serait préférable en tout cas, parce qu'elle serait dégagée de toute difficulté. Voici comment procèdent les maisons qui ont adopté ce système. A la ligne d'entrée de chaque bordereau, on inscrit, pour faciliter les recherches, le folio de la main courante où il se trouve nécessairement inscrit. Afin de rendre les recherches plus rares et moins nécessaires, on remet à l'ayant compte un livret sur lequel on inscrit, à chaque remise, tous les calculs de mise au net du bordereau, de telle sorte que l'ayant compte auquel on remet le livret le lendemain ou le surlendemain puisse examiner et vérifier le travail. En ce cas, les recherchas ne sont

nécessaires qu'en cas de contestation; et alors l'ayant compte produit son livretp ou si, par exception, il l'a perdu, on recherche à la main courante tous les détails du compte dont le relevé trimestriel, semestriel ou annuel ne donne que la copie du livre, c'est-à-dire les résultats généraux, sans détails.

Cette manière de tenir les comptes courants sur place est bien préférable à celle qui est le plus généralement pratiquée chez nous. En premier lieu, elle donne moins d'écritures. En effet, le détail des bordereaux se trouve dans l'un et Vautre système à la maiiVjcourante : chez nous, on le recopie sur des feuilles volantes, délivrées à l'ayant compte, ce qui équivaut exactement au travail de tenue du livret. Mais, chez nous, on reproduit au livre des comptes courants tout le détail des comptes, et on le recopie à chaque règlement pour le communiquer à l'ayant compte, tandis que, dans l'autre système, on n'inscrit et on ne relève que le net, abrégeant ainsi ces écritures énormes qui accablent les commis des banques d'escompte et d© recouvrement à la fin des trimestres ou des semestres.

Pour les ayants compte du dehors, qui sont généralement on des banquiers ou des négociants éclairés, la correspondance remplace le livret ; et tout le détail des bordereaux se trouve non seulement à la main courante, mais encore au livre de décalque de la correspondance.

D'autres maisons ont d'autres usages et d'autres convenances dans l'examen desquels il serait inutile d'entrer, ainsi que dans le détail des conditions très variées de l'établissement des divers comptes courants. On convient, par exemple, que les effets inférieurs à un chiffre donné seront passibles des mêmes escomptes, changes et commissions que s'ils s'élevaient à ce chiffre ; que les effets ayant plus d'un certain nombre de jours à courir seront passibles d'une commission extraordinaire, etc. ; que le solde débiteur du compte sera passible de tel intérêt jusqu'à tel ôfetéfre fit d'un intérêt supérieur, s'il s'élève plus haut. Ici ià mâà% éà constater les méthodes généralement employées •I l§§ llif ®s les plus communs.

On comprend quelquefois dans les comptes courants les effets tirés ou endossés valeur en recouvrement ', dont la propriété n'est pas acquise au banquier, et dont la remise ne constitue, au profit du cédant, aucun droit de disposer du montant de ces effets. Il y a dans cette manière de tenir les écritures une confusion de droit et de fait qui peut donner lieu à des difficultés regrettables. On évite sans peine cette confusion, en même temps qu'on établit une comptabilité plus correcte en ouvrant au cédant de valeurs en recouvrement deux comptes distincts, l'un intitulé : « X. Son compte de recouvrement, » crédité des effets remis et débité des sommes encaissées, lorsque ces effets sont payés ; l'autre intitulé : « X. Son compte d'espèces, » ou simplement : « X. », crédité des sommes entrées, soit par suite de recouvrement d'effets, soit à tout autre titre. C'est là le compte courant proprement dit, et c'est le seul, puisque le compte de recouvrement ne peut jamais donner lieu à la perception ^d'aucun intérêt, soit pour, soit contre l'ayant compte.

On peut appliquer avec avantage le même système d'écritures aux comptes courants un peu indéterminés de quelques maisons de province qui reçoivent en compte les effets remis sans les escompter formellement. Tous les effets seraient, à leur entrée, passés à un compte de recouvrement du cédant; puis, à mesure que le cédant prendrait des fonds, les effets seraient escomptés, et leur produit passé au débit du compte de recouvrement et au crédit du compte courant, de façon à maintenir ce dernier créditeur. Mais il est évident que ces comptes à conditions indéterminées ou mal déterminées sont une cause constante de difficultés et de danger : il convient de les éviter le plus possible, de manière que tout effet soit, le jour même de sa remise, escompté ou mis en recouvrement, c'est-à-dire acquis au banquier ou placé en dépôt entre ses mains.

§ 5. -— Comptes en commission et en participation

Entre les comptes courants, ceux à la commission et en participation méritent une mention toute particulière, parce

qu'ils contiennent, outre les éléments communs à tous les comptes courants, des caractères particuliers, et surtout ceîui-ci, d'annoter des opérations faites par des personnes habitant des places éloignées l'une de l'autre, ayant des monnaies différentes et agissant souvent, quoique de concert, d'une façon indépendante.

Ainsi, un banquier charge quelquefois un de ses collègues de faire pour son compte certaines opérations. Le premier devient commettant, et le second commissionnaire.

Les écritures du banquier commissionnaire ne sont altérées en rien par les commissions qu'il reçoit. Supposons que A, banquier à Paris, soit chargé d'à jheter ou de vendre, soit des effets de commerce, soit des titres de rentes, actions, obligations, etc., soit des matières d'or et d'argent, pour le compte de B, banquier à Lyon : toutes ses opérations seront portées à un seul compte intitulé : B, de Lyon, son compte, c'est-à-dire : « opérations pour le compte deB, de Lyon ». Ce compte sera débité de toutes les valeurs fournies par A, pour l'exécution des ordres de B, et crédité de toutes les valeurs reçues en exécution de ces mêmes ordres.

Les écritures du commettant pourraient, à la rigueur, être tenues de la même manière. On ouvrirait, par exemple, aux livres de B, de Lyon, un compte spécial intitulé : « A, de Paris, mon compte, » lequel serait débité de toutes les valeurs fournies à A pour l'exécution des ordres donnés, et crédité de toutes les valeurs reçues par suite de l'exécution des ordres donnés, et se soldant, en fin d'exercice, par profits et pertes. Mais cette manière de tenir les comptes ne ferait pas connaître les opérations qui n'auraient donné lieu ni à une entrée ni à une sortie actuelle de valeurs. Il faudrait faire des annotations extérieures, et souvent changer fictivement des monnaies étrangères en monnaie du pays.

Pour éviter autant que possible ces inconvénients, on a imaginé divers systèmes, dont quelques-uns sont fort ingénieux. Le plus ancien et peut-être le plus usité consiste à porter toutes les opérations faites pour la commission au

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compte ouvert à celle-ci, et lorsque les opérations faites au dehors n'ont donné lieu à aucun mouvement dans la maison du commettant, à faire jouer le compte de celui-ci avec celui de la commission, qui est tenu en double colonne de caisse, tant au débit qu'au crédit. Toutes les opérations figurent à Tune et à l'autre. Mais ce système exige beaucoup de changes fictifs et d'écritures inutiles.

Nous préférons un système plus récemment introduit et plus simple, dont l'avantage consiste à ne faire ni écritures inutiles ni changes fictifs, et à présenter un contrôle que ne donne pas l'ancien système. Les maisons qui l'ont adopté constatent les opérations du commissionnaire dans une colonne spéciale, tant au crédit qu'au débit, sur le livre des comptes courants. Ces deux colonnes spéciales ne renferment que de simples annotations, et ne se rattachent pas à l'ensemble de la comptabilité de la maison.

Avec ce système, le livre des comptes courants destiné aux commissions a donc deux colonnes de caisse au crédit et deux colonnes de caisse au débit. La colonne extérieure, tant au crédit qu'au débit, est affectée aux opérations qui occasionnent une entrée, une sortie ou une transformation de capitaux, et qui doivent, par conséquent, être relevées dans la comptabilité de la maison. La colonne intérieure, à gauche de la première, est affectée aux opérations du commissionnaire qui ne donnent lieu ni à une entrée ni à une sortie. L'ensemble des opérations inscrites sur les quatre colonnes constitue le compte entier des opérations de la commission.

Donnons un exemple, et, pour le rendre plus intelligible, laissons de côté le compte d'intérêts ; employons des nombres ronds, et forçons les opérations, afin de rendre les résultats plus saillants.

A, banquier à Paris, veut faire quelques opérations à Saint-Pétersbourg ; il adresse pour cela au banquier T, son correspondant en cette ville, et le prie de lui servir de commissionnaire.

Il est évident, tout d'abord, que les opérations à faire à Saint-Pétersbourg pour le compte de A ne peuvent pas être

confondues dans celles faites avec T personnellement. Il faut donc ouvrir à ces opérations un compte spécial autre que celui de T, car, lorsqu'elles sont faites, c'est, en réalité, A qui opère à Saint-Pétersbourg, et le détail de ces opérations, qui ne peut entrer tout entier dans la comptabilité générale de la maison A, doit cependant y être rattaché au moins par des annotations. On ouvrira donc un compte spécial intitulé : « T, banquier à Saint-Pétersbourg, mon compte. »

Le i*r juillet, jour de l'ouverture de ce compte, A envoie à T divers effets de portefeuille sur Saint-Pétersbourg s'éîevant ensemble à la somme de 50.000 roubles. Au journal, les roubles sont évalués en francs, au cours du jour, soit à 279, et passés en la forme ordinaire. Au livre des comptes courants, ils sont passés de même à la colonne extérieure, en même temps qu'ils sont passés en roubles à la colonne intérieure du débit. Cette colonne représente l'état du compte des opérations faites par T au compte de A en roubles et kopecks.

Le 12 juillet, T écrit qu'il a acheté pour le compte de A des lettres de change*sur Londres pour 1 .500 livres sterling, au change de 25, ce qui signifie que, dans cet achat, chaque rouble a été échangé contre 25 pence. A ce prix, i.500 livres sterling ont coûté 14.400 roubles. On ne peut faire entrer cette opération dans la comptabilité générale de A, parce qu'elle ne donne lieu ni à une entrée ni à une sortie des valeurs que cette maison possède. Il y a bien une transformation opérée, mais cette transformation a eu lieu hors de la maison, sans sortir du compte personnel à la charge duquel cette valeur a été placée. Que fera-t-on? On inscrira au compte courant dans la colonne intérieure du crédit de T, mon compte, les roubles et kopecks employés dans cet achat. Pourquoi? Parce que, en réalité, T a dépensé cette somme sur les 50.000 roubles qui lui avaient été adressés le 1er juillet, sans qu'elle soit perdue et sans que A en ait reçu la contre-valeur.

Le i8 juillet, T donne avis qu'il a pu vendre les i.500 livres sterling à 24, et acheter 100.000 marcfc

à 2,30. Voilà deux opérations, une vente et un achat, faites sans aucun mouvement dans les valeurs qui figurent à la comptabilité générale de A. Elles devront être inscrites seulement au livre des comptes courants. Vendre des livres sterling à 24, c'est obtenir autant de roubles qu'il y a de fois 24 pence en i.500 livres sterling, soit 15.000. Acheter des marcs à 2,30, c'est donner autant de roubles qu'il y a de fois 2,30 dans la somme des marcs, soit, pour 100.000 marcs, 43.478 fr. 25.

La première de ces opérations a fourni une recette as compte de commission, et doit, par conséquent, être inscrite à la colonne intérieure de son débit; la seconde, qui a causé une dépense, doit être placée à la colonne intérieure du crédit.

Le 25 juillet, T envoie à A les lettres de change sur Hambourg, de l'importance de 100.000 marcs, qui sont achetées à Saint-Pétersbourg au compte de A. Ici nous n'avons pas, à parler proprement, d'opération nouvelle; seulement, des valeurs que la maison possédait au dehors rentrent en ses mains. Ces valeurs doivent figurer à la comptabilité générale. Qui les fournit? T, mon compte. Qui les reçoit? Portefeuille. 11 faut clone débiter Portefeuille par T, mon compte, en la forme ordinaire; et, comme il s'agit de marcs, c'est-à-dire d'une monnaie étrangère, il faut la réduire en francs au cours du jour. Supposons que ce cours soit 124, c'est-à-dire que 100 marcs d'Empire vaillent à Paris 124 francs, nous passerons cette somme en la forme ordinaire.

Supposons qu'au 30 juillet A veuille mettre fin à ses opérations de Saint-Pétersbourg et en connaître le résultat. Il a reçu la note des commissions, courtages et intérêts, qui s'élèvent à 537 roubles 93. Il la porta * la colonne intérieure du débit de T, mon compte.

En même temps, il recherche les frais de correspondance payés à Paris à cause de ce compte, et les relève à 10 fr. 50. Cette somme doit être portée au débit de T, mon compte; et, comme elle est ?ortie de la caisse, il faut en débiter le compte par Caisse en la forme ordinaire.

A, voulant connaître le résultat de ses opérations, voit tout d'abord que T, mon compte, a reçu 139.510 fr. 50 et fourni 124.000 fr. Il reste donc débiteur de 15.510 fr. 50. Mais, lorsqu'on solde les colonnes intérieures du compte, on trouve qu'il est débiteur de 6.583 roubles 82. Si A !ttit traite sur T pour cette somme et la négocie à 2 fr. 80 le rouble, il en obtiendra 18.434 fr., et portant cette somme, par caisse, au crédit de T, mon compte, en la forme ordinaire, ce compte sera soldé. S'il ne tire pas effectivement, il peut solder le compte et créditer T, mon compte, pour solde, et par T personnellement, d« 18.434 fr.

Supposons que A tire et négocie une traite de 6.583 roubles 82 à 280, nous passerons le prix de cette négociation en la forme ordinaire, tant au journal qu'au livre des comptes courants. Les roubles seront inscrits à la colonne intérieure du crédit de T, mon compte, et les francs à la colonne extérieure.

Alors le crédit et le débit des colonnes intérieures, qoi expriment les opéraîions faites par A à Saint-Pétersbourg, seront balancés., Le résultat de ces opérations ressortira de la comparaison du débit et du crédit des colonnes extérieures de T, mon compte.

En cet état, le crédit de T, mon compte, s'élèvera à 142.434 fr. et se soldera par 2.923 fr. 50. Que représente ce solde? Le bénéfice obtenu dans les opérations pratiquées. S'il était en faveur de l'actif du compte, il y aurait perte, et le solde en exprimerait le chiffre.

DOIT

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