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CHAPITRE XII DES CRISES COMMERCIALES

Par quelque côté que Ton aborde les problèmes économiques, il faut toujours, en définitive, aller chercher la raison des principaux phénomènes dans les appréciations qui déterminent la valeur des choses; ce sont elles qui, combinées avec la puissance qui résulte de la distribution des richesses, du travail et des institutions sociales, fixent le prix des marchandises et dominent les échanges ; enfin, ce sont des actes de la volonté humaine qui, tantôt retiennent les capitaux dans l'inertie, et tantôt leur impriment l'activité, qui leur donnent la disponibilité ou la leur enlèvent, qui établissent et maintiennent ou affaiblissent le crédit. C'est donc dans les habitudes sociales qu'il faut chercher la cause et les lois de développement des crises financières.

L'homme le plus inconstant a des habitudes ; la société la plus mobile a les siennes. En France, par exemple, on produit chaque année, à peu de choses près, la même quantité d'objets de consommation, et l'on consomme chaque année des quantités à peu près égales, tant de blé, tant de vin, tant de mètres de coton, de lin, de chanvre, de soie, de laine, tant de fer, de houille, de porcelaines, etc. Cette quantité, que personne ne connaît en chiffres, varie assez peu, soit à la production, soit à la consommation.

Il existe aussi une moyenne, également inconnue, mais très réelle, dans le nombre et l'importance des échanges et des contrats de crédit. Chaque maison de commerce et d'industrie fait par an en moyenne le même chiffre d'affaires et emploie à peu près la même somme de capitaux, propres ou empruntés. La plupart des opérations sont combinées sur cette moyenne, et la valeur relative des capitaux monnayés, le prix de toutes les marchandises sont établis en conséquence. Aussi, toutes les fois que l'on analyse un phénomène économique, faut-il partir de ce point tout idéal,

et supposer qu'en exceptant les faits analysés cette moyenne ne varie pas.

Les sociétés, comme les individus, sont sujettes à des changements subits d'idées et d'habitudes, changements bien ou mal motivés, mais qui produisent toujours dans les affaires générales une perturbation. Lorsque ces changements portent sur le marché des capitaux disponibles ou du crédit, ils prennent le nom de crises commerciales ou financières.

En général, ces crises, qui méritent une étude particulière, ont pour cause première un grand et soudain déplacement dans l'emploi des capitaux. On pourrait les classer en régulières et irrégulières.

On a observé qu'à la suite de chaque période de prospérité commerciale et industrielle il se manifestait presque régulièrement ce qu'on appelle une contraction de crédit, une demande extraordinaire, c'est-à-dire excédant la demande moyenne, de capitaux disponibles.

Il est bien facile de se rendre compte de ces contractions, si l'on songe que l'augmentation des bénéfices des entrepreneurs a pour résultat naturel et inévitable une exécution plus facile et plus régulière des engagements, et, par suite, une extension du crédit. Les capitaux reçoivent alors de nouveaux emplois, parmi lesquels il est difficile qu'il n'y en ait pas un certain nombre de peu judicieux. On aura, par exemple, élevé des usines mal placées, ou produit certaines espèces de marchandises en quantité excessive, eu égard à la moyenne des habitudes ; puis, les débouchés venant à manquer, les prix s'abaissent et les pertes se déclarent. En effet, des capitaux ne peuvent acquérir de nouveaux emplois que par de nouveaux entrepreneurs ou par une extension des anciennes entreprises, et ordinairement des deux façons à la fois. Ceux qui étendent leurs opérations, et ceux surtout qui entrent dans une carrière nouvelle, manquent souvent d'expérience, et font de faux calculs qui se soldent par des pertes : il faudrait un miracle pour que la somme du travail et des affaires augmentât par des tâtonnements individuels, sans que l'équilibre des

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