CHAPITRE I CHANGE SUR PLACE
Le change des monnaies ne peut suffire à l'alimentation d'un commerce spécial que dans les grands centres de population, dans les ports et aux frontières; partout enfin où il existe un grand mouvement de personnes appartenant à différents pays. Les changeurs réalisaient autrefois de grands bénéfices dans les foires, et ils font encore des affaires à celle de Beaucaire. Dans l'intérieur, ce commerce est exercé comme un accessoire delà joaillerie.
On peut faire le change des monnaies avec un capital médiocre ; cependant, la nécessité de réaliser trop promptement les opérations pourrait faire perdre de belles occasions de bénéfices, lorsque, par exemple, il se manifeste une demande soudaine d'or contre de l'argent, ou réciproquement, et de telle monnaie contre telle autre.
Il est facile de comprendre combien la possession d'un grand capital, disponible au besoin, peut être utilisée à certains moments dans cette branche de commerce. Aussi la plupart des changeurs combinent-ils leurs opérations avec l'achat au détail des matières d'or et d'argent, qui ont un prix courant et qui se réalisent avec facilité par la vente ou
par le monnayage. Ceux qui ne peuvent, par ce moyen, donner un emploi suffisant à leurs capitaux, et qui veulent les trouver à l'occasion sans les laisser inactifs, s'en servent à l'escompte des bons du Trésor, des bons de monnaie, des bons de mont-de-piété, au payement par anticipation des arrérages de rentes. Ges opérations s'effectuent sur des titres connus, qui ne donnent ni les embarras d'un examen, ni craintes, ni doutes, qui sont négociables facilement, en tout temps, de manière à procurer, au besoin, des rentrées promptes et assurées.
Depuis 1855, on combine habituellement, à Paris, le change des monnaies avec l'exécution des ordres débourse. Ges ordres procurent des capitaux exigibles d'un jour à l'autre, qui sont toutefois employés lucrativement et sûrement au change des monnaies.
En dehors de ses avances et dans le cercle ordinaire de «es affaires, le changeur n'achète ni ne vend du crédit ; toutes ses opérations sont au comptant. S'il accepte des dépôts, c'est dans les mêmes conditions que tout autre marchand. S'il trouve et prend à crédit une partie ou la totalité des monnaies qui lui sont nécessaires en magasin, il se met dans le cas du marchand dont le capital serait insuffisant et qui y suppléerait, soit par une commandite directe, soit par l'emploi d'un crédit équivalent. Cette situation est en dehors des conditions spéciales du commerce du changeur.
Toutefois, le changeur aurait sur le négociant ordinaire cet avantage, qu'une marchandise réalisable à tout instant et à un prix peu variable lui permettrait de remplir ses engagements sans courir de grandes chances de perte. C'est pourquoi, sans doute, le changeur accepte facilement les dépôts.