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Etant donné l'évolution historique qui a fait de la Banque de France ce qu'elle est devenue aujourd'hui, on peut remarquer qu'elle a rempli le rple que lui assignaient et cette évolution et les événements. Certes, dès le début du dernier siècle, une orientation nouvelle donnée à l'organisation des banques en France par le maintien de la pluralité des banques d'émission, sainement établies, eût eu, sur le développement du crédit et des établissements qui remplissent la fonction d'y pourvoir, une action plus rapide et plus étendue que le système qui a consiste en de longs tâtonnements. La Banque de France est donc devenue, par suite des événements politiques et économiques, l'organisme central de secours en cas de crise pour les banques qui viennent par le réescompte de leur portefeuille commercial y puiser des disponibilités. On a pu voir que, jusqu'en 1Ô13, elle a rempli très normalement ces fonctions et, depuis 1898, sous la sage et prudente direction de M. Georges Pallain, son gouverneur.
Pendant la longue et terrible guerre qui allait s'ouvrir, la Banque était appelée à rendre au pays d'immenses services. Nous allons résumer, dans la partie suivante, en un raccourci aussi fidèle que possible — il faudrait un volume entier pour écrire l'histoire de la Banque
pendant cette période — les faits qui marquèrent le rôle considérable de la Banque de France dans cette tourmente.
La Banque de France pendant la guerre de 1914-1918
Nous avons arrêté les considérations précédentes aux opérations se terminant à la fin de 1913. Il nous faut, avant d'aborder la période de la grande crise, donner les faits caractéristiques qui se sont produits dans le temps qui s'écoula du 1er janvier 1914 jusqu'au 23 juillet de la même année. C'est à cette dernière date que fut remis, à la Serbie, un ultimatum du gouvernement austro-hongrois ayant pour objet apparent la recherche des coupables du meurtre de Sérajevo et leur punition ; mais dont le but réel était, d'accord avec l'Allemagne, de déchaîner la guerre en Europe. Les événements des derniers jours de juillet l'ont surabondamment prouvé.
Quelle était la situation générale dans les mois rjui ont précédé la guerre ? Au point de vue politique, les esprits avertis redoutaient de plus en plus la guerre à la suite du malaise universel qu'avaient produit la guerre russojaponaise, les incidents d'Agadir et la Conférence d'AIgésiras. Du reste, l'Allemagne se préparait à l'agression qu'elle méditait, et au point de vue militaire, et au point de vue financier. En 1913, par la loi du 3 juillet, fut établie une taxe militaire qui frappait toutes les fortunes au delà d'un certain chiffre et devait procurer au Trésor allemand, en trois ans, 1.200 millions de marks. De plus, les budgets de la guerre et de la marine s'élevèrent progressivement de 1.582 millions de marks en 1910, à 2.306 millions de marks en 1914 \
En France, on ne se préparait point de façon générale à la guerre. Ce ne fut qu'en juillet 1913 que l'on vota la loi de trois ans.
Au point de vue des finances publiques nous n'étions
1 V. L'organisation du crédit en Allemagne ei en France, par
Andeé Liesse, Berger-Levrault, 1915.
pas en hvs bonne posture malgré l'incontestable richesse du pays. Nos budgets, depuis quelques années, ne s'équilibraient plus qu'avec des expédients et un emprunt (l'emprunt à 3 1/2 p. 0/0) qui aurait dû être émis bien plus tôt ne le fut que le 7 juillet 1914.
Cependant, la politique de la Banque de France avait été, en ce qui la concernait, fort prévoyante. Elle fut au moment de la déclaration de guerre en mesure de rendre tous les services que l'on attendait d'elle. En vue d'un conflit de plus en plus menaçant pour l'Europe, M. Georges Palîain, d'accord avec le Conseil général de la Banque, avait, on l'a vu plus haut, travaillé, de façon conti-i nue, à augmenter l'encaisse or de la Banque. Le 24 décembre 1913, cette encaisse s'élevait à 3.517 mil-! lions de francs. La moyenne mensuelle monta ensuite' progressivement de 3.515 millions en janvier 1914, à 3. 805 millions en juin de la même année. Dans le mois suivant, en juillet, cette moyenne dépassa 4.098 millions. La moyenne de l'encaisse argent, pour ce dernier mois, se maintenait au chiffre des mois précédents, soit 635 millions, en chiffres ronds, mais devait, par suite des besoins monétaires, diminuer progressivement jusqu'au 24 décembre 1917, date à laquelle elle était tombée à 247 millions ; elle s'est relevée au cours de l'année 1918 et atteignait au 24 décembre de cette dernière année 318 millions.
La crise éclata à Tans le 24 juillet, le lendemain de l'ultimatum à la Serbie. Bien qu'on eut encore quelque espoir d'un arrangement, tout le monde, cette fois, comprit le grave danger de la situation. Mais à une indifférence trop prolongée succédèrent des craintes qui, en s'accentuant à chaque heure, firent, par réaction, perdre le sang-froid nécessaire en de pareilles circonstances.
Comme il fallait s'y attendre, les Banques et les Sociétés de crédit vinrent, par le réescompte de leur portefeuille, se faire des disponibilités à la Banque, sous la pression des demandes de remboursement. Le 23 juillet 1914, le portefeuille de la Banque de France qui s'élevait à
1.583 millions, montait, le 1er août, à 3.041 millions. En une semaine, la Banque avait escompté pour 1.458 millions de francs d'effets. Bientôt, le 5 août 1914, le moratorium, prorogeant les échéances des effets de commerce et restreignant les remboursements des dépôts eteomptes courants, est promulgué ; mais la Banque continue d'escompter ; et le i'r octobre, son portefeuille atteignait 4.476 millions.
Le taux de l'escompte qui, depuis le 29 janvier 1914, était de 3 1/2 p. 0/0, lut élevé le 30 juillet suivant à 4 1/2 p. 0/0 et le 1er août à 6 p. 0/0, pour redescendre à 5 p. 0/0 le 20 du môme mois. Il n'a point, jusqu'au mois de mai 1919, été modifié. Le taux des avances qui le 29 janvier était de 4 1/2 p. 0/0, passait à 5 1/2 p. 0/0 le 30 juillet, puis à 7 p. 0/0 le 1er août pour retomber à 6 p. 0/0, taux auquel il s'est maintenu.
Faisons remarquer que, malgréle moratorium,laBanque s'est mise en devoir de faire le recouvrement de ces effets autant qu'il était possible. Au bilan du 18 février 1915, le chiffre des effets prorogés était tombé à 3.080 millions pour descendre dans la suite, progressivement, jusqu'au chiffre de 1.028 millions dans le bilan du 26 décembre 1918. On verra, du reste, les chiffres de cette diminution dans le tableau ci-dessous qui donne la moyenne des montants journaliers des principaux comptes de la Banque, de 1914 à 1918.
Pour répondre aux besoins toujours grandissants de l'Etat, il fallait augmenter la circulation des billets. La loi du 5 août éleva la limite d'émission de 6.800 millions à 12 milliards et établit le cours forcé en dispensant la Banque de rembourser ses billets. Même mesure fut prise pour la Banque d'Algérie. A partir de cette date, la limite d'émission fut élevée par décret : le 11 mai 1915, de 12 à 15 milliards; le 15 mars 1916, de 15 à 18 milliards; le 15 février 1917, à 21 milliards; le 10 septembre 1917, à 24 milliards; le 7 février 1918, h. 27 milliards; le 3 mai 1918, à 30 milliards; le 5 septembre 1918, à 33 milliards ; le 25 février 1919, à 36 milliards. Enfin la loi du
12e ÉDITION ïQ
17 juillet 1919, l'élève à 40 milliards. La disposition delà loi du 5 août 1914, autorisant l'élévation de la limite d'émission par décret a été abrogée par la loi du 5 mars
L'élévation successive et énorme de la circulation des billets est due à peu près tout entière aux avances que la Banque a faites à l'Etat. C'est à elle que les ministres des finances ont eu recours toutes les fois que les besoins de la Trésorerie ont été pressants. L'absence presque complète d'une politique financière pendant ces quatre ans de guerre, a été l'une des causes premières des demandes d'avances à la Banque.
Tout d'abord, la Banque devait, d'après la Convention du 11 novembre 1911, en cas de mobilisation générale mettre à la disposition de l'Etat, 2.900 millions, dont 500 millions faisaient l'objet d'une convention spéciale. Ces 2.900 millions ayant été absorbés, dès le 26 décembre 1914, une nouvelle avance fut consentie s'élevant à 3.100 millions. Ensuite, successivement, des avances, "snontant chacune à 3 milliards, furent consenties. Elles s'élevaient, au total, en y comprenant les 2.900 millions , du début, à 24 milliards de francs en comptant la demande du 5 mars 1919. Dans le bilan de la Banque du 8 'mai 1919, les sommes qui avaient été avancées au Trésefr étaient inscrites pour 23.200 millions de francs sansi y comprendre pour 3.615 millions de Bons du Trésor escomptés par la Banque pour avances à des gouvernements étrangers. À ce moment, la circulation s'éleyàit à 34.429 millions de francs. On peut voir dans le tableau des montants journaliers des principaux comptes que ce n'est pas les montants des escomptes du portefeuille non moratorié qui ont contribué à cette élévation de la circulation. Du reste une nouvelle demande a été faite à la Banque en avril 1919 parle ministre des finances. Elle a rencontré une résistance qui s'explique, de la part du Conseil général. 11 en est résulté une convention qui fut signée entre le ministre des finances et le gouver-
neur de la Banque de France le 24 avril 1919 et que la loi du 17 juillet 1919 a sanctionnée.
Ne quittons pas ce sujet sans constater que la Banque avait, avant l'agression de 1914, pris ses dispositions pour pouvoir, au moment critique d'une guerre, émettre, pour remédier à la rareté de la monnaie qui se manifeste dans ces crises, des billets de 20 francs et de 5 francs. Cette émission a commencé dès le 31 juillet 1914; plus tard, au mois de mai 1916, furent émis les billets de 10 francs.
Au 24 décembre 1918, la circulation des billets de 20 francs s'élevait à 2.683.047 000 francs, celle des billets de 10 francs à 875.209.000 francs, celle des billets de 5 francs à 1.001.200.000 francs.
Nous résumons dans le tableau suivant donnant la moyenne des montants journaliers des principaux comptes de la Banque, la marche de ses opérations de 1914 à 1918, le tout, en millions de francs.