BANQUES D'ECOSSE
leurs Comptoirs, les cultivateurs auxquels ces banques ouvraient des crédits ne gardaient plus de monnaie chez eux, et prenaient l'habitude de faire, sous forme de compte courant, leurs recettes et leurs payements. Qu'avaient-ils besoin dès lors de monnaie; métallique ou autre ? Ils ne s'en servaient plus que dans les petites transactions, et faisaient par des mandats et virements tous leurs payements de quelque importance. C'est ainsi que ces banques, en empruntant autant qu'elles l'ont pu la valeur de la monnaie métallique, ont limité ellesmêmes l'usage de toute espèce de monnaie. L'économie qu'elles ont réalisée en ce sens est au moins aussi utile à la population en général qu'aux banques elles-mêmes ; et, comme tous les progrès réguliers, celui-ci a profité à tout le monde.
Depuis que les banques de circulation se sont répandues par tout le pays, les nombreux efforts tentés pour élever le chiffre des billets-monnaie en émission ont échoué. On en verra la preuve matérielle dans le tableau suivant, où le nombre des banques d'Ecosse se trouve rapproché du chiffre total des émissions :
NOMBRE
TOTAL
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TOTAL
ANNEES
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ANNEES
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émissions
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Les banques d'Ecosse fondent principalement leur circulation de papier sur les petites coupures au-dessous de 5 livres, car ces petits billets sont aux autres dans le rapport de 2 à 1 environ. Au 29 décembre 1894, la circulation moyenne des billets de 5 livres et au-dessus était de 2 1 32.642 livres, et celle des billets de moins de5 livres de 4 723.437. En Angleterre, les billets de banque en cou-
pures au-dessous de o livres sont supprimés depuis longtemps. En 1826, les théoriciens de Londres, qui depuis cinquante ans, ont la manie de chercher dans l'administration des banques la cause des crises commerciales, faisaient rude guerre aux billets d'une livre, et ils entreprirent de les faire supprimer en Ecosse. Une enquête fut ordonnée par le Parlement, et le pays entier, en quelque sorte, vint alors déposer en faveur des petits billets-monnaie. Les banques elles-mêmes protestèrent par quelques observations pratiques et pleines de sens qui jettent une vive lumière, non seulement sur leur système particulier, mais sur la théorie même du papier de circulation.
« Si l'on nous interdisait les billets au-dessous de 5 livres, disait le secrétaire d'une de ces banques devant le Comité de la Chambre des Lords, nous serions réduits à diminuer le nombre de nos Comptoirs, à cause de la dépense que nous imposeraient les fréquents envois d'or. Jamais ces Comptoirs, qui font la portion difficile et périlleuse de nos affaires, ne parviendraient à couvrir leurs frais.
« Nous devrions retirer nos crédits sous caution, parce que notre but principal, lorsque nous les ouvrons, est de faciliter et de maintenir en circulation iios petits billets.
« Nous'serions forcés de réduire l'intérêt que nous bonifions à nos déposants, parce qu'il nous faudrait avoir constamment en caisse de fortes sommes d'or pour parer aux oscillations, qui seraient fréquentes. Nous gardons toujours actuellement sous notre main une certaine quantité de petits billets fabriqués pour suffire aux demandes éventuelles ; il nous faudrait garder en caisse une somme é^aîe d'or, et même une somme supérieure, car il faudrait plus d'or pour faire le service monétaire qu'on n'emploie actuellement de billets. »
Le directeur d'un Comptoir écrivait : « La suppression des billets au-dessous de 5 livres serait ruineuse pour le pays, et je ne sais vraiment de quelle manière les affai-
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res s'y feraient. Dans les Highlands, par exemple, nous vendons du grain, du bétail, du bois et du poisson. Le petit fermier conduit au marché trois ou quatre veaux de la valeur moyenne de 2 à 4 livres. Là, les nourrisseurs en achètent souvent deux ou trois cents, un à un, à leur convenance. Ce sont autant de payements de plus d'une livre et de moins de 5 livres, qui se font actuellement en papier, et qui devraient être effectués en or. Il faudrait à ces marchands des masses d'or et d'argent qu'ils ne trouveraient qu'avec peine auprès des banques, auxquelles une telle avance ne produirait pas les avantages qui résultent actoelîement pour elles de la circulation de leurs billets. Il en est de même pour le grain qui se vend sur nos marchés par petites parties, et pour les salaires qui se payent une fois par mois.
« La pêche du hareng sur nos côtes emploie plusieurs milliers d'hommes. A Lochfine seulement, cette pêche a produit, dans une saison, 40.000 L, et mille bateaux y sont employés habituellement. Le pêcheur vend chaque matin à des marchands le poisson qu'il a pris, et repart pour en chercher d'autre. La valeur du poisson ainsi vendu s'élève rarement à 5 livres, et il faudrait dans cette seule station de quoi payer en or le produit de mille bateaux environ. Et lorsqu'il s'agirait d'envoyer des fonds... »
.Walter Scott, qui n'était pas seulement un grand romancier et un grand poète, prit, lui aussi, dans une revue, la défense des banques d'Ecosse : « Si les Anglais se sentent malades, écrivait-il, qu'ils prennent médecine et ne viennent pas nous la faire prendre à nous qui nous portons bien... » Ses articles, remplis de sens et de raison, eurent un plein succès : le pays entier s'émut, et le Parlement, comprenant qu'après tout les théories les plus spécieuses, même lorsqu'elles sont soutenues par les hommes les plus honorables, devaient fléchir devant les faits, respecta les billets de petite coupure.
Mais les banques écossaises ne pouvaient longtemps échapper aux utopies de ce qu'on pourrait appeler l'école
métallique anglaise. Par le bill étrange qu'il obtint du Parlement en 1845, sir Robert Peel atteignit ces banques et leur imposa des restrictions nouvelles, la médecine dont avait parlé W. Scott. D'après cette loi, le droit d'émettre des billets à vue et au porteur est limité aux banques existant au 1er mai 4845, et le montant de la circulation de chacune d'elles ne doit pas dépasser la circulation moyenne de l'année expirée le 1er mai 1845. Chaque banque ne peut excéder ce maximum qu'a la condition d'avoir en caisse une somme de monnaie métallique égale à l'excédent de sa circulation de papier. À dater du (3 décembre 1845, toute banque doit déclarer chaque semaine à l'Administration du Timbre le montant de ses billets en circulation et de son encaisse métallique.
Les résultats de cette loi n'ont pas tardé à se faire sentir ; ils sont matériellement établis dans le tableau suivant de la somme de l'encaisse des banques et de la somme de leurs billets au second samedi de février, avant le bill de 1845 et depuis la mise en vigueur du bill :
ANNÉES
BILLETS
ESPÈCES
ANNÉES
BILLETS
ESPÈCES