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CONJONCTIVITE PSEUDO-MEMBRANEUSE SURAIGUË

c) La troisième variété s’intitulerait : conjonctivite pseudo-membraneuse suraiguë. Cette forme, dont nous n’avons trouvé dans la science aucune observation semblable à la nôtre, se caractérise par une rapidité extrême dans l’apparition des fausses membranes et par l’intensité de l’infection, qui aboutit promptement à la destruction de la cornée. En douze, vingt-quatre ou trente-six heures au plus, la conjonctive est entièrement recouverte d’une membrane très épaisse et adhérente, et la cornée opacifiée, généralement en totalité. La membrane commence à se détacher vers le dixième jour, laissant à sa place une muqueuse d’un rouge vif, un peu saignante et dont l’intégrité n’a pas été entièrement respectée, au moins dans ses couches

les plus superficielles. On constate, en effet, quelque temps après la disparition de tous les symptômes, l’existence de plis légers cicatriciels, qui attestent une nécrose, au moins partielle, de la surface conjonctivale. Celle-là est très grave, et peut-être relève-t-elle du streptocoque.

d) Enfin, la dernière variété, qui se trouve reliée aux deux premières par la forme grave suraiguë à nécrose superficielle, serait l’ophtalmie diphtéritique de de Græfe, qui pourrait prendre le nom de conjonctivite •pseudo-membraneuse interstitielle^ pour indiquer d’un mot le caractère profond de l’infection.

CON.IONCTIVITE PSEÜDO-MEMBRANEUSE INTERSTITIELLE

L’affection ici débute par un gonflement excessif des paupières, qui deviennent dures comme du bois et impossibles à retourner. A ce moment, la conjonctivite est boursouflée, luisante et d’un jaune grisâtre, mais sans sécrétion. Au sein de cette infiltration intense, on remarque quelques points jaunes et on voit des marbrures ecchymotiques, dues à la stase des vaisseaux. La scarification, même profonde, ne donne lieu à aucun écoulement sanguin. Ceci est la première période, celle d’infiltration.

Dans certains cas légers, on trouve les points d’infiltration diphtérique (diphtérie en plaques) en forme d’îlots plus ou moins grands, et dans leur intervalle la conjonctive n’est point infiltrée, mais seulement rouge et injectée.

La seconde période, ou période d’élimination, est consacrée à la formation des eschares qui comprennent

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une partie plus ou moins grande, parfois la totalité, de la muqueuse en surface et en épaisseur. Les parties infiltrées et dans lesquelles la circulation n’a pu se ; rétablir se mortifient et s’éliminent comme une eschare de tissu cellulaire. <

La sécrétion, qui était presque nulle à la première j période, devient abondante et séro-purulente à ce j moment. ^ '

Enfin, dans une troisième période, les dégâts se réparent au prix de cicatrices vicieuses ou de brides qui réunissent le bulbe oculaire aux paupières ; de là des symblépharons plus ou moins complets.

Il est rare que la cornée résiste à un processus aussi grave, et la destruction en est ordinairement complète et rapide. On peut même dire que la suppuration de la cornée est la règle dans la forme confluente de la diphtérie, les accidents cornéens n’étant légers ou nuis que lorsque l’infiltration diphtéritique est elle-même très limitée. ' .

Outre la gravité de ce pronostic local, la diphtérie conjonctivale est même dangereuse au point de vue de la vie. Durant l’évolution des symptômes oculaires, et surtout chez des enfants chétifs, l’accroissement de la fièvre peut, en effet, devenir la source d’accidents mortels ; mais il arrive bien plus souvent encore que les enfants succombent à des manifestations secondaires de l’empoisonnement diphtéritique, croup ou broncho-pneumonie.

C’est dans l’enfance, à l’âge de trois à huit ans, que se manifeste le plus communément cette affection, déjà rare, surtout en certains pays (1). Certains

(1) Dans le nord de l’Allemagne, à Berlin, elle est assez fréquente ; elle est exceptionnelle à Paris.

auteurs la considèrent comme n’atteignant jamais les nouveau-nés; mais nous pouvons affirmer avoir observé des cicatrices vicieuses et des symblépharons qui ne pouvaient guère appartenir qu’à cette forme de conjonctivite diphtéritique chez des enfants nouveau-nés de la Maternité de Paris.

La caractéristique microbienne de cette variété de conjonctivite est encore incertaine, car certains n’y ont pas rencontré le bacille de Lôffler et d’autres en font une conjonctivite diphtéritique pure.

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