COUP D'ŒIL EN ARRIÈRE
L'accident du couvreur. — Un axiome de droit romain. — Les effets et la cause. — Partis en présence. — VA(fAite. — Dans la coulisse. — Un journal à la cave. ~ Comment on paie ses dettes.
— Il faut des époux assortis. — L'homme bleu. — ■ La Fatalité antique. — Deux portraits de Pichegru.
— La tache de iady Macbeth, — Oîmment on tue son chien. — Le signe de détresse, — Les angoisses de M. de Galiffet. -r- (( Les Battus paieront Tamende. »
Quand j'étais enfant, mon grand-père, pour m'amuser, me contait souvent des histoires extraordinaires ; mais il en ressortait une moralité dont j'ai toujours trouvé l'application dans la vie. ,
Je me rappelle, entre autres, l'accident du couvreur qui m'avait mis un jour ia tête en souci.
Ce couvreur était occupé à réparer le toit d'une maison ; à une fenéire de cette maison, un locataire regardait dans la rue. Par suite d'un faux mouvement, le couvreur giissait du toit dans l'espace :
« Comment cela va-Ml, lui demandait au passage le locataire. — Pas mal pour le moment, répondait le cou-
'\^ B Comment ça va?
vreur, mais tout à l'heure, s'il n'y a pas de filet tendu dans la rue, ça n'ira plus du tout. «
J'ai trouvé l'application du conte de mon grand-père :
Nous ressemblons en France à ce couvreur.
Si nous ne sommes pas encore dégringolés d«
toit, il y a bien quatr^vingt-dix-neuf chances sur cent pour que cela nous ajTive et il est grand temps de mettre un filet 'dans la rue.
Comment, en moins de trois ans, notre, situation s'est-elle transformée à ce point que, moi, Jacques Bonhomme, Français de France, je me trouverais, si je voulais suivre ceux qui nous dirigent en ce moment, renier toute ma vie ? Et comment, à la tête de ces gens, s'en trouve-t-il un sur lequel nous comptions tous, et qui mène ce que nos adversaires appellent si agréablement le chambardement général ?
Il y a un axiome de droit qui, pour n'être pas toujours juste, est cependant le plus souvent d'une application parfaitement exacte :
(( Cherche à qui le crime profite, » disaient les Romains. Soyons polis et disons : « Cherchons à qui la chose a pu profiter. »
Si, en sortant le matin dans mon jardin, je trouve la porte de clôture brisée, mon poulcdller démoli, me3 poules disparues, je sais fort bien que les auteurs du méfait ne sont ni mon voisin, le notaire, ni le boulanger d'à-côté. Ils n'auraient eu aucun intérêt à cela, et seuls des mqnomanes pourraient faire le mal sans but et sans intérêt.
Mais je me rappelle que des nomades ont campé, les jours derniers, au carrefour le plus
10 LES OPlNIOnS DE JACQUES BONHOMME
pro«lM, OU qu'on a vu rôder dans le pays un homne de mauvaise mine qui a disparu la veille dans la soirée. Presque toujours ie délit viendra do là.
La SDciélA française ^ depuis trois ans, subi
On a VQ rdder an individu...
une transformatïMi extraordinaire ; cela s'est fait malgré nous etoontre nous.
Oui avait intérêt à cette transformation ?
Noua sommes un peuple très superficiel :
nous nous laissons impressionner par le pre-
Lm Of^lNiONâ Vmi JAGQUIS «ONHOMM^ 11
niier napeot d^ ejioaeâ ; nous nous enthousiasmoQ» ou nou» nous indignons de^ primer 9aiii, noud «trrêtanl aux effeU astn» rechercher la eauae,
Eh bien I daua )» Mluaiion aetuelle^ je mis periuad^ que ralfaire Dreyfus» ou eoiiame on «tu aelueltement, YAfl^ire tout oouH, avee un grand A, n'a été ni la cause, ni l'effet; elle n'a été qu'un très haWJe moyen de mise en scène pendant que, dans la couli^^se, se tendaient des ohauaae^trappes où Ton comptait nous faire tonv ber,
M pourtant ee fut une mêlée inimaginable où l'on voyait les plus unis de la veilîe, intimes de aœur ou de sang, en venir presque k des coincions brutales, ou à de^ ruptures définitives.
Cherchons à qui tout cela devait profiter.
En France, si nous nous subdivisons, par manie, en presque autant de partis différents
qu'il y a de sectes protestantes en Angeterre, il n'y a en réalité que deux partis :
Le Parti du sol et le Parti cosrnapoHte.
Mais, dire^vou^ : Et les partis socialiste, ooll^etiviate, révolutionnaire, etc ?
De oes partis, le côté sain est bien plus proche du Puni du sol qu'on ne le croit ; quant k l'autre, prêt à toutes les besognes, i] est, non pas sans s'en douter du moins pour ses chefs,
l'agent de troubles tout désigné du parti cosmopolite ; ce dernier ne Ten abandonnera pas moins aux risques du moment dès qu'il le jugera à propos, quitte à le remettre en mouvement quand le temps sera venu.
Le Parti du sol se compose de tous ceux de France, cultivateurs, commerçants, industriels, travailleurs, rentiers, etc., qui aiment le pays où ils sont nés et où ils vivent.
Le Parti cosmopolite ou parti financier est exactement le contraire du précédent : lui ne travaille pas ; il vit sur ceux qui travaillent.
Ses plus grands intérêts sont en France parce que la France est le pays du bas de laine, où Ton économise en menant une vie régulière, et où, raison plus puissante encore, la petite épargne se confie le plus facilement à des inconnus pourvu qu'une étourdissante réclame lui présente habilement les choses les plus extraordinaires.
Voilà encore un des traits caractéristiques de notre nature :
Qu'un camelot fasse un déballage sur la place d'un petit pays à grand renfort de tambour, musique et boniment, en un instant toutes les ménagères du village sont accourues ; en un clin d'œil, la marchandise est enlevée.
Le camelot parti, on s'aperçoit que ce que
l'on a acheté est mauvais, étoffe brûlée, chaussures en carton, faïence avec fêlures et défauts,
Le déballage du camelot.
et, qu'en y réfléchissant, chez son voisin et ami, le faïencier, le cordonnier, ou le marchand de
14 Les OPINIONS DR JACQUES BONHOMME
nouveautés, on «yrait eu du bon pour pttt ptus ebef.
Cela n'empêchera pas le village de se ruer à nouveau mf l'évenlalre du premier colporteur qui reviendm.
Ce qui est vraj de ee village, Test de toute
notre France.
Il n*osl pas de pays au monde od la souscriplion aux émissions flnanolères les }Uus étranges du paTtI eosmopôUte ait un pareil succès. Dupés, volés, nous revenons toujours aux guichets d^émlsslon avec une nouvelle ardeur. ^
On oomprend dès lors que ce parti, vivant sur la nation friinoalse^ ait cherché par un ooup
formidable à abattre le parti du sol qui lentement, aveo patlenee et méthode, s*e!forçait de consolider nos Instiiutions, de telle sorte que les flnanelers dont Thabitat est aceidentellement en France, la fortune et les Intérêts partout, oouralent risque de perdre leur puissance si longtemps indiscutée.
Voilà la cause de la situation actuelle.
Pour la faire naître, il fallait un motif, des moyens et un homme.
On trouva Taflairt Dreyfus.
Les moyens d*action étaient puissants; le
parti flnanoler, composé en majeure parti d'iti^ /% IM r^ 1 1 ^
nuB (te l'étranger pour j.^, émMoP».
soutenir l'Affaire Dreyfus Restait l'homme, le conseiller intime, l'agent
secret qui, dans la coulisse, allait faire manœu-
vrer tous les acteurs du drame.
M. Reinach était là.
Le jour où M. Joseph Reinach, ami (1) et ofllcier d'ordonnance de M. le général de Galiffet, fut révoqué par le général Billot, alors ministre (le la guerre, de son grade de capitaine d'Etatmajor à titre territorial (2), il fut l'homme désigné pour l'action ; le jour où ses électeurs de Digne le rejetèrent, il était prêt.
Si le parti cosmopolite n'avai ou que l'argent, il aurait échoué. Jamais il n'eût associé tant d'acteurs de bonne volonté à un noyau de gens tout au moins douteux.
M. Reinach seul pouvait réunir les hommes dont il saurait jouer sans crainte de rebuffade ; il connaissait ceux que des secrets d'argent, de compromissions, ou d'autres secrets encore, mettraient à sa merci.
Bien avant 1899, le ministère de l'Affaire était prêt.
Et enfin, comme dans notre pays plus que
(1) Les Latins appellent un parfait ami, amicus usque ad crumenam.
(2) Décret, après avis du Conseil d'enquête, du 25 juin 1898.
dans tout autre, la presse a sur les lecteurs une action puissante, le parti financier s'assura d'une partie de la presse. Avec de l'argent, il
eut ceux qui sont à vendre, gens prêts à tout faire, mais, disons-le, qui sont le petit nombre, le très petit nombre.
N'ayant pas assez de journaux, il en créa d'autres.
Parmi ceux déjà existant dont il prit la direction, on vit telle feuille dont l'imprimeur, créancier pour une forte somme, mettons soixante
mille francs, ne pouvait être payé. En désœ^ poir d« cause, depuis pas mal de temps, il avait repris pour «es services d*imprimerie, le local
occupé par la rédaction et, par pitié dernière, !» «vtti donné un réduit dans les sous-sols de rimprimerie^ près de la soute à charbon. Du jour au lendemain, ie journal, toutes factures payées, remonta triomphalement à ses bureaux de rédaction.
Quant à son levier le plus puissant, le parti cosmopolite savait qu'il ne lui coûterait rien.
Avec de l'argent, il avait eu les quelques-uns qui étaient à vendre ; avec un simple appel au droit et à la justice, il eut gratis une foule de ceux qui pensent, gens de toute droiture, qu'aucun intérêt ne guidait, et dont beaucoup aujourd'hui commencent à reconnaître qu'ils ont peutêtre été dupes de leur généreux emballement.
Voilà toute l'Affaire Dreyfus : je n'y reviendrai plus.
Mais, derrière l'Affaire, il y avait comme je l'ai ditj, la dislocation et la désorganisation du parti du sol, gardé par l'armée, son appui et sa défense.
Malgré ce premier assaut, l'armée tenait bon: pendant tout le mouvement, il avait fallu faire
LIS OPINIONS DB JACQUES BONHOMUG tO
apt>^ 8UCfi«ssiv«niesl A. smk nÉBktres de bonne volonté.
Bons et termes républicains, 1« générait Billdt,
MM. de Freycinet et Cavaignac, l&s g>ènéraux Meïtier et Chanoine, à peine enïi^ dans la maison, s'étaient «mpressès de s'esqufver el de disparaître comme des g«ns tpje l'fln a conduits
dans un lieu où ils n'auraient pas dû mettre les pieds.
Malgré tout, l'armée restait intacte, unie, en dehors • des partis, simplement l'armée de la France.
Pour nous abattre, il fallait désorganiser cette armée, et c'est à ce but que, depuis lors, ont tendu les efforts des cosmopolites.
Lorsque, le 23 juin 189Ô, parut à l'Of/iciel, la liste bigarrée du ministère Waldeck-Rousseau, ce fut un effarement, un ahurissement général.
Réunir sur une même liste, M. Waldeck- Rousseau, adversaire constant jusqu'alors des collectivistes, républicain modéré, M. Millerand, un des chefs des collectivistes, amenant au Cabinet d'extraordinaires recrues, et M. de Galiffet dont l'origine, les relations, les fréquentations, faisaient plutôt un homme de réaction, cela parut si fantaisiste que les plus généreux ne donnaient pas à ce ministère trois mois de vie.
Seul M. Reinach, dans son coin, pensait qu'il devait durer plus longtemps, sachant combien certains secrets peuvent amener de compromissions.
Ce fut l'occasion de dire une fois de plus qu'en France, rien ne dure que le provisoire.
Au reste, du moment où le maître-homme
qu'est M. Waldeck-Rousseau avait dtl consentir à constituer un pareil cabinet, ce cabinet devait vivre.
Et cependant réunir M. de Galiffet à M. Millerand paraissait tellement bouffon, que tous les journaux satiriques s'emparaient de l'idée.
Deux facteurs puissants contribuèrent à consolider ce ministère.
Tout d'abord, l'état de la Chambre élue l'année précédente.
Voici l'appréciation qu'en donne une étude publiée à la fm même de 1898 :
« Les élections ont été médiocres, ternes ; « aucun courant politique...
« Aucune grande idée générale...
« Partout enfin un certain désarroi dans les « esprits.
« Il est douloureux de constater que la « France n'a plus d'esprit public (1). »
En second lieu, M. Waldeck- Rousseau, prenant dans son ministère Tun des chefs, alors incontesté, de la très extrême gauche, s'appuyait sur tout un côté de la Chambre, certain que si, par hasard, il avait, comme chef du Gouvernement, à repousser quelque projet trop violent, il regagnerait dans les voix qui se rap-
(1) André Daniel. V Année PoHiique, 1808.
prochefit du centre, ce qui lui manquerait de sa majorité.
Mais comment M. Waldeck-Rousseau avait-il pu accepter de former ce ministère?
Dans un très amusant roman d'aventures, il y a l'histoire d'un brave commerçant qui, s'étant embarqué sur un bateau à son insu chargé de nègres, est pris par un croiseur et condamné à être pendu comme négrier. Son émotion est si vive qu'il a une attaque de cyanose et devient tout bleu, si bien qu'ayant échappé à la pendaison, il retrouve ses amis qui se refusent absolument à le reconnaître.
M. Waldeck-Rousseau, ayant été condamné par M. Joseph Reinach à être ministre, a tellement changé d'aspect que pas un de nous ne veut le reconnaître.
En 1898, à peine un an avant sa métamorphose, M. Waldeck-Rousseau prononçait quelques discours. (Il en a beaucoup prononcé dans sa vie.)
Dans l'un, il affirmait « l'absolue nécessité « pour les républicains de s'unir pour combatr « tre les collectivistes. »
Dans le second (1), il déclarait — je cite tex-
(1) Inauguration du grand Cercle Républicain, 22 mars 1898.
tuellement — « que la politique devait être répu- « blicaine, libérale^ modérée^ tolérante. »
Dans un autre (1), dont les journaux du centre comme les Débats, faisaient l'objet d'un premier article sous le titre, une Politique de Gouvernement (2), M. Waldeck-Rousseau réclamait (( une politique d'apaisement ».
« Il faut, disait-il, un pacte de neutralité; nous « ne nous reconnaissons pas le droit de deman- « der à des Français s'ils sont catholiques, israé»- « lites ou protestants, car il n'est pas de gou- « vernement possible en dehors du respect des « droits individuels. »
Il serait superflu de continuer les citations. Toutes les paroles, tous les actes de M. Waldeck-Rousseau jusqu'à la fm de 1898, sont conformes à ces déclarations.
Avant l'Affaire, il avait été notre espoir à tous, sage, pondéré, vigilant, constant dans ses principes. Beaucoup d'entre nous voyaient en lui un futur Président de la République.
Il a fallu ou la Fatalité antique, ou une autre cause, gicore inexpliquée, pour renverser à jamais nos espérances.
(1) Discours aux Comités gambettistes des 5® et 13« arrondissements, 21 avril 1898.
(2) Débats, samedi 23 avril 1898.
Mais, d'avoir renié ses principes, ses déclarations, ses amis, d'être passé dans le camp ennemi avec armes et bagages, il est resté à
11 a falla oa la Fatalité on..
M. Waldeck-Rousseau, une expression de tristesse sur le visage, qui fait peine quand on le regarde s'abandonnant à lui-même et se croyant seul.
C'est un curieux phénomène que l'on remarque souvent. J'ai là sous les yeux deux portraits de Pichegru, l'un après ses victoires à
Tarmée du Nord, le second, de Tannée de son arrestation et de sa mort. Tous les deux sont du même graveur. Dans le premier, le général regarde en face, Tœil souriant, la figure animée. Dans le second, le masque est inquiet, Tœil est dans le vide, presque atone.
C'est qu'à tous ceux à qui pareilles aventures arrivent, il reste un signe indélébile. Gomme lady Macbeth, M. Waldeck-Rousseau a dans la main, une tache que ni le temps, ni l'histoire ne sauraient effacer.
C'est le commencement de « la justice immanente des choses » dont parlait Gambetta qui, lui, n'eût jamais accepté de compromission ou de pacte avec ceux qu'il appelait des « esclaves ivres » et qu'il parlait d'aller chercher dans « leurs repaires ». Car c'était le grand patriote pour qui la France était tout, une et indivisible, suivant l'expression des ancêtres.
Relisez les discours, voyez les actes de M.^ Waldeck-Rousseau jusqu'à fin de 1898.
Comparez' ses actes et ses discours depuis ■cette époque.
M. Waldeck-Rousseau a renié Gambetta, son maître.
Je reviens à l'objet initial : L'abattement 'du parti du sol et tout d'abord l'affaiblissement et
^tjrf»..''
La tache de lady Macbeth.
la dislocation de Tarmée, gardienne de la France.
L'Affaire Dreyfus l'avait amoindrie, mais ne l'avait pas décapitée. Il avait faJlu la merveilleuse vitalité de notre patrie pour résister à d'aussi terribles. attaques.
Car le parti cosmopolite n'avait rien ménagé, ni hommes, ni argent, ni action.
Il s'était même assuré l'aide de l'agent le plus puissant qu'il pût trouver en France, la Franc- Maçonnerie.
Déviée de son origine et de son but, préparée et accaparée à son insu de longue main par le parti financier, la plus grande partie de la Franc-Maçonnerie marche à l'assaut des institutions françaises, armée,, organisation sociale, propriété, avec une ténacité remarquable ; elle est devenue la cheville ouvrière de l'œuvre de démolition, sans paraître se douter qu'elle n'est pas la tête, mais seulement le bras employé par les fauteurs de l'état actuel.
Il y a un vieux proverbe qui dit : « Quand on veut se débarrasser de son chien, on le lâche xlans la rue et on crie au chien enragé. » Il se trouve toujours un bon naïf qui se dévoue pour le mettre à mort. ^
La Franc-Maçonnerie me fait actuellement l'effet de cet honnête gobeur.
Si jamais le parti cosmopolite en arrivait ù, ses fins, ce n'est pas elle qui, au jour du partage, mangerait les marrons qu'elle aurait tirés
Aa chien enragé!...
du feu : tout au plus en auraitrelle les épluchures.
Cependant la Franc-Maçonnerie est d'autant plus puissante qu'il y a dans ses statuts, comme dans ceux de certains ordres religieux, des cas prévus où l'adepte doit une obéissance absolue. Quand un Frère . ■., dûment qualifié, fait le signe
de détresse, tous doivent obéir et l'on a déjà vu deux fois M, Brisson, en pleine tribune fran-
Le Signe de détresse.
çaise, faire ce signe pour sauver le ministère Waldeck-Rousseau en péril.
Et tous les afflliés, même ceux dont les con- . viciions étaient contraires, ont dû répondre à son appel, et voter contre leur conscience.
C'était bien la peine de me raconter à moi, Jacques Bonhomme, qu'une des raisons de supprimer lesordres religieux, était que l'homme y fait abandon complet de sa volonté : « Perinde ac cadaver », comme disent les Jésuites.
En ce qui me concerne je désire garder toute ma vie mes npinions cl iimn Jibro iirhilrc.
Mais alors, pourquoi la Franc-Maçonnerie reproche-t-elle aux autres ce qu'elle fait ellemême? Eternelle logique quand l'intérêt guide!
Moi qui ne suis d'aucune secte, qui n'ai juré de suivre aucun statut, je n'en trouve pas moins dangereux que M. Brisson ait pu arrêter dans leur vote certains de mes amis dont les opinions me sont connues, et je trouve dans ce « petit Etat dans l'Etat » qu'est la Franc-Maçonnerie, un danger au moins aussi grand que dans les ordres religieux.
L'attaque de l'armée continua donc.
Un jour, on en vint à ce point que M. de GaJiffet, quoi qu'il dût arriver, refusa de se solidariser avec les autres, et donna sa démission.
M. Brisson avait, tout prêt, l'homme que ni mauvaise besogne, ni mépris, ni dégoût ne rebuteraient.
Le Frère.'. André devint ministre de la guerre.
Ce qu'il a fait à ce poste, je le dirai en son lieu; car, après ces notes préliminaires, il va falloir étudier en détail la désorganisation des pouvoirs publics.
Ces détails ne seront pas souvent gais; mais il faut connaître son mal pour pouvoir le guérir.
Et le mal est bien plus profond qu on ne pourrait le penser.
S'il plaisait à la femme de Sganarelle d'être battue, il ne saurait nous convenir de l'imiter, d'autant plus qu'en mai prochain, ce sont « lea Battus qui paieront l'amende, n