‹ Les orateurs de la révolutionChapitre 16 sur 55 · ORATEURS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

ORATEURS SECONDAIRES

matiques, leur impatience de la moindre contradiction les rendent, tout d'abord, insupportables à la majorité. Ils ne renoncent à ces habitudes professionnelles que pour essayer d'un ton pleureur et d'une expression désolée et gémissante, dont les harangues de M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, offrent le parfait modèle (1). Cette rhétorique de la chaire, monotone et banale, doit être mentionnée au passage, mais ne mérite aucune étude particulière pas plus que les discours si ternes et si plats du marquis de Bonnay, et les quelques paroles prononcées, -en deux ou trois occasions, par le comte de Bouville, absolutistes très estimés à droite, mais auxquels la tradition royaliste a fait une réputation d'orateurs que rien ne justifie.

Toutefois, avant d'arriver au groupe des Monarchiens, il faut dire un mot de deux orateurs distingués, que l'on ne peut classer ni avec les absolutistes, ni avec les amis de Malouet. Je veux parler de l'abbé de Montesquiou et du comte de Montlosier, tous deux sympathiques à la gauche malgré leurs sentiments contre-révolutionnaires, tous deux inféodés à la droite malgré leurs fréquents accès de libéralisme, celui-là remarquable par sa modération, celui-ci célèbre par sa brusque franchise.

L'abbé de Montesquiou-Fézensac était né en 1756, près d'Auch. Mais il n'eut du gascon que la finesse et l'entente des affaires. Agent général du clergé depuis 1785, député du clergé de Paris aux Etats géné-

(1) Ce prélat était le chef reconnu du clergé réactionnaire. Lors de la discussion sur la Constitution civile, il publia au nom de ses collègues un manifeste intitulé : Exposifîon des principes des évêques de VAssemhlée. — M. de Bonnal, évêque de Clermont, jouissait aussi d'une grande influence et parlait souvent.

raux, il se montra hostile à la réunion des ordres, s'y résigna, se préserva avec une sorte de coquetterie des dehors violents de ses amis politiques, se piqua de mesure et de courtoisie, et, seul dans la droite, montra l'étoffe d'un habile tacticien. Mirabeau disait de lui avec raison: « Méfiez-vous de ce petit s-erpent: il vous séduira. » Il séduisit en effet l'Assemblée, et si complètement que, malgré son discours contre la motion relative aux biens du clergé, il fut nommé membre de la commission chargée d'aliéner ces biens, et s'arrangea de manière à ce que la gauche n'eût pas à se repentir de cette marque de confiance généreuse. Seul aussi dans la droite il professait qu'il fallait se soumettre aux lois une fois rendues et, dans ses deux présidences, il fit paraître le plus grand respect pour une légalité qu'il avait combattue. Dans la séance du 8 janvier 1790, quand les magistrats de la chambre des vacations du Parlement de Bennes, mandés à la barre, furent introduits, l'abbé de Montesquiou les accueillit par ces paroles qui étonnèrent la droite:

« Messieurs, l'Assemblée nationale a ordonné à tous les tribunaux du royaume de transcrire sur leurs registres, sans retard et sans remontrances, toutes les lois qui leur seraient adressées ; cependant vous avez (refusé l'enregistrement du décret qui prolonge les vacances de votre parlement. L'Assemblée nationale, étonnée de ce refus, vous a mandés pour en savoir les motifs. Comment les lois se trouvent-elles arrêtées dans leur exécution ? Comment des magistrats ont-ils cessé de donner l'exemple de l'obéissance? Parlez: l'Assemblée, juste dans les moindres détails, comme sur les plus grands objets, veut vous" entendre ; et si la présence du corps législateur vous rappelle l'inflexibilité de ses principes, de la patrie, toujours heureux de pouvoir excuser les enfants, et de ne trouver dans leurs torts que les égarements de leur esprit et de simples erreurs. »

Ce langage digne et patriotique fut récompensé par

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