LA FAYETTE
rectoire du département de Paris et favorisa les prêtres inassermentés. En 1792, il alla s'installer auprès de La Fayette sous Fhabit d'un volontaire national et on lui attribua la rédaction de la célèbre lettre adressée par le général à l'Assemblée législative, le 16 juin de la même année. Bientôt il émigra et voyagea beaucoup et loin, jusqu'à Calcutta, où il mourut, dit-on, vers 1809. D'autres le font rentrer et mourir en France. Cette obscurité de ses derniers jours et l'oubli au milieu duquel il s'éteignit montre combien son rôle à la Constituante fut audessus de son mérite. L'orateur était facile, mais sentait fort le sophiste.
« La Fayette, dit M. de Cormenin, n'était pas orateur, si l'on entend par oraison ce parlage emphatique et sonore qui étourdit les auditeurs et qui ne laisse que du vent dans leur oreille. C'était une manière de conversation sérieuse et familière, grammaticalement incorrecte, si vous voulez, et un peu surabondante, mais coupée d'incises et relevée par des tours heureux. Pas de figures ni d'images colorées, mais le mot propre, le mot juste qui exprime l'idée juste: pas de mouvements passionnés, mais une parole émue par l'accent de la conviction: pas de logique forte, pressante, travaillée, mais des raisonnements tout unis, qui s'enchaînaient sans efforts l'un à l'autre, et qui sortaient naturellement de l'exposition des faits. — Il y avait dans les habitudes de sa personne et sur son visage je ne sais quel mélange de grâce française, de flegme américain et de placidité romaine (1). »
Tel apparaissait La Fayette, à la fin de sa vie, dans l'éclat un peu confus de sa gloire passée. L'orateur de
(1) Le Livre des orateurs, 15® éd., t. II, p. 151.
la cliambre des députés de 1818 sut parler, en pleine Restauration, le langage de 1789 et protesta en républicain contre toutes les lois d'exception. Dans un tel rôle, il ne pouvait pas ne pas paraître éloquent, et peut-être le fut-il en effet. Mais l'orateur révolutionnaire ne semble guère avoir mérité les louanges dont, sous Louis-Philippe, devait le combler l'opposition libérale (1). Son rôle parlementaire fut assez effacé. Député de la noblesse de la sénéchaussée de Riom, il siégea à gauche, et une fois commandant de la garde nationale, il parut rarement à l'Assemblée, si rarement que, quand il assiste à la séance, le Moniteur mentionne le fait. Par exemple, il note, à la date du 4 janvier 1790, que « MM. Bailly, maire de Paris, et le marquis de La. Fayette, commandant de la garde nationale, viennent assister à la séance en qualité de membres. Des applaudissements réitérés leur marquent la. satisfaction de l'Assemblée nationale de les voir dans son sein. »
Le 11 juillet 1789, La Fayette présenta un projet de déclaration des droits qui devint le point de départ et la base de celui qui fut adopté.
Dans la discussion sur le droit de paix et de guerre, La FajT-ette .vota pour la motion de Mirabeau amendée par Le Chapelier et motiva son vote avec emphase et orgueil:
« Je ne dirai qu'un mot sur la priorité; je l'ai demandée pour le projet de M. de Mirabeau tel qu'il a été amendé par M. Le Chapelier, parce que j'ai cru voir dans cette rédaction ce qui convient à la majesté d'un grand peuple, à la morale d'un peuple libre, à l'intérêt
(1) « Egalement dépourvai, dit Robespierre, des lumières du philosophe et des qualités de l'orateur, réduit au mince talent de réciter par cœur quelques phrases banales, avec le ton froid et monotone d'un écolier embarrassé, la nature même l'avertissait de fuir la tribune de la liberté. » (Défenseur de la Constitution, n° 6.)