CHAPITRE II
Les Orchidées sont des plantes vivaces, herbacées: les unes terrestres (fig. 1), fixées directement au sol par leurs racines qui sont tantôt fibreuses, charnues (fig. 2), tantôt tubéreuses (fig. 3 et 4); les autres èpiphytes(Hg. 5) et vivant attachées aux arbres à l'aide de racines adventives aériennes, d'une structure particulière, qui leur permet de résister aux intempéries, de puiser dans l'atmosphère et de tenir en réserve l'eau chargée des éléments nutritifs nécessaires pour entretenir la végétation.
Sauf de rares exceptions, comme la Vanille qui est sarmenteuse, la tige des Orchidées n'acquiert qu'un faible développement. Dans les espèces épiphytes, elle se présente sous forme de rhizome donnant naissance à des rameaux plus ou moins renflés, de longueur plus ou moins grande, mais le plus souvent courts et épais, ovoïdes, arrondis, comprimés ou anguleux, constituant des sortes de tubercules aériens auxquels on a donné le nom de Pseudo-bulbes (fig. 6).
Le rôle des pseudo-bulbes est toujours d'entretenir la floraison en tenant en réserve les éléments nécessaires à l'accomplissement de ce phénomène ; ils peuvent être formés d'un ou de plusieurs entrenœuds. Jamais il ne se développe de racines sur les pseudo-bulbes et ce serait une erreur de croire que l'on peut multiplier les plantes à l'aide de cet organe, comme on le fait avec les tubercules d'un grand nombre de plantes. 11 ne peut naître de bourgeons ni de racines que sur le rhizome, au-dessous du pseudo-bulbe, et, lorsque dans certains cas il semble que certains pseudo-bulbes émettent des racines, on peut facilement observer qu'elles se développent sur un bourgeon et que ce bourgeon forme immédiatement une plante
Fjo-, 2. Orchidée à racines fibreuses charnues (Neottia).
Tubercule d'Orchidée.
nouvelle. Le pseudo-bulbe est toujours plein. Celui du Schoniburgkia tibicinis fait cependant exception. Il est creux à l'intérieur et par sa forme et sa longueur rappelle quelque peu une corne de vache. C'est l'Orchidée trompette de Honduras. Les enfants des naturels de ce pays s'en servent, dit-on, en guise de cor.
Dans certaines Orchidées le développement de la tige est indéfini : la tige s'allonge sans cesse en produisant des fleurs latérales ; ce cas est exceptionnel et s'observe dans les Vanda, Vanilla, etc. ; le plus généralement la végétation est définie : le sommet de la plante cesse de s'accroître et c'est par un bourgeon situé plus bas que la végétation se continue.
d'Orckidi'C.
Les feuilles des Orchidées sont entières, glabres, rarement velues (Eria) et présentent la nervation particulière aux Monocotylédones (nervures longitudinales parallèles) ; elles sont généralement ovales ou lancéolées et de consistance plus ou moins coriace. Dans les espèces terrestres elles forment une rosette radicale, voir flg'. 1 ; chez les espèces à pseudo-bulbes elles se trouvent réunies au nombre de 1, 2 ou 3 à l'extrémité de ces organes (voir fig. 6); enfin elles sont alternes, distiques dans les espèces caulescentes ou à tige indéfinie. Ces feuilles sont généralement vertes ; cependant il en est qui sont marbrées ou maculées comme dans certains Cypripedium et Pha-
lœnopsis; dans d'autres cas, elles sont comme veloutées et parcourues par des lignes d'un brillant jaune d'or ou dun
Fi g 5. — Orchidée cpiphylo (Oncidium).
blanc d'argent, ainsi que cela s'observe dans les Anœctochilus. D. Bois. Les Orchidées. *•
Les fleurs sont rarement solitaires ; elles sont le plus souvent disposées soit en épis, soit en grappes simples ou ramifiées (panicules); elles sont pendantes ou dressées, toujours accompagnées de bractées. Dans les Orchidées à pseudo-bulbes, les inflorescences naissent soit à la base, soit au sommet de ces organes; dans le premier cas elles sont dites basilaires; elles sont terminales dans le second; enfin les inflorescences sont axillaires lorsqu'elles se développent sur les tiges, à l'aisselle de feuilles présentes ou tombées, et radicales dans les espèces
Fig. G. — Orchidée à pseudo-lmibes (Odontoglossum).
terrestres, de la souche desquelles elles prennent directement naissance.
Les fleurs des Orchidées ont une structure tellement exceptionnelle qu'on peut sans hésitation les distinguer parmi toutes celles que montre l'ensemble du Règne végétal. Une des particularités présentées par un bon nombre d'entre elles, mais
non pas par toutes, comme l'ont écrit certains auteurs, consiste en un renversement, dû à une torsion de l'ovaire ou du pedicelle, par suite duquel les parties qui se trouvaient normalement placées en haut dans le bouton se trouvent situées en bas dans la fleur épanouie, état sous lequel on les décrit habituellement, puisque c'est celui sous lequel on les observe. Elles offrent aussi, dans certains cas. des exemples remarquables d heteromorphisme ou production de fleurs qui, dans une mèmeinflo-
Fi S
Libelle.
Libelle.
rescence, présentent des différences sensibles comme formes et comme couleurs. C'est ainsi qu'on avait été amené à désigner sous les noms de Cataselum Iridentatum, Monachanthus viridis et Myanthus barbatus, en les séparant en trois genres différents, des fleurs d'une même plante que Schomburgk observa ensuite réunies sur un même pied. Le D r Lindley a signalé des particularités analogues dans le genre Cycnoches.
Le Arachnanthe (Vanda) Lowi montre également dans la même inflorescence des fleurs absolument distinctes; la plupart sont de couleur rouge, veinées de jaune, alors que les deux de la base sont jaunes, mouchetées de cramoisi, d'une texture et d'une forme aussi un peu différentes.
Fig. 9. Gynostcme de Cypiipcdiuni. Fig. 10. Gynoslèino de Cataselum. Fig. 11. Gynoslèmc d'Orcliis.
L'enveloppe florale (périanthe) est composée de six pièces disposées sur deux rangs : trois externes ou sépales, trois internes ou pétales dont celle du milieu se distingue nettement
des autres par sa forme, souvent aussi par sa coloration et porte le nom de labelle (fig. 7 et 8). Quelquefois il s'opère des soudures entre les pièces du périanthe dont le nombre se trouve alors diminué en apparence. C'est ce qui a lieu dans les Cypri-
pedium.
Normalement, la fleur devrait être orientée de manière a présenter deux sépales supérieurs et un inférieur et un pétale supérieur et deux inférieurs, les pièces du calice alternant avec cellesde la corolle. Le pétale supérieur (labelle) se trouve cependant placé intérieurement chaque fois qu'il y a renversement de la fleur. Le labelle a une importance considérable au point de vue physiologique et pour la détermination des genres. Il affecte des formes extrêmement variées et, dans certains genres, sa base se creuse en sac ou en éperon qui atteint parfois de très grandes dimensions, son limbe est généralement trilobé, mais il peut être entier.
Les étamines, soudées avec le style et le stigmate, forment un corps unique nommé gynostème ou colonne (fig. 9, 10 et 11) qui occupe le centre de la fleur. Il est généralement admis que le nombre des étamines ainsi soudées avec le style doit être de six, disposées par trois sur deux rangs; mais, par suite d'avortement, le cycle extérieur manque toujours. Dans un seul genre on en observe 3 (Neuwiedia), très rarement 2 (Cypripedium, Selenipedium, Apostasia). Dans tous les autres genres il n'en existe qu'une. L'étamine fertile est ordinairement accompagnée de deux mamelons (stamû nodes) indiquant la place des étamines du cycle intérieur avortées; ces étamines peuvent également ne pas laisser de trace. L'anthère, le plus souvent à°deux loges (fig. 12), quelquefois à une ou à quatre loges, se trouve logée dans une cavité située à l'extrémité du gynostème et qui porte le nom de elinandre (fig. 21). Cette cavité est munie d'une sorte de petit couvercle ou opercule, qui se détache pour la déhiscence, de manière à mettre en liberté deux, quatre ou huit
Fig. il.
Anthère à 2 logos.
corps ovoïdes ou oblongs (pollinies, masses pulliniques, fig. 13 à 17), formés par des grains de pollen, soit subpulvërulents, c'est-à-dire réunis en petits groupes par des filets élastiques qui les rattachent à un axe commun, soit agglutinés en masse
Fur. 13, 14, 15. IG, 17.
Diverses sortes de pollinies.
dense, de consistance cireuse (pollen cèracë). Les pollinies sont le plus souvent fixées par l'intermédiaire d'une petite queue caudiciilc (fig. 14), à une petite glande visqueuse retinacle (fig. 14), nue ou renfermée dans un repli de la surface
Fig. 18. — Ovaire infère.
Fig. 19. — Ovaire d'Orchidée
coupé transversalement.
stylaire bursicule. Elles peuvent être libres et mutiques, c'està-dire dépourvues de caudicule et de rétinacle.
L'ovaire est infère (fig. 18), uniloculaire, à trois placentas pariétaux portant de nombreux ovules anatropes (fig. 19). Dans
certaines Cypripédiées (Selenipedium, Apostasia et Neuwiedia) il est à trois loges et à placentation axile. Le style, soudé avec les étamines pour constituer le gynostème, occupe dans cet organe la face opposée au labelle ; il se prolonge en bec charnu, horizontal ou dressé rostellum (flg. 20 et 21). Le stigmate, placé au-dessous du rostellum, se présente sous forme d'une cavité enduite d'une matière visqueuse (fig. 20 et 21).
Le fruit (fig. 22) est une capsule ovoïde ou cylindrique, membraneuse ou coriace, exceptionnellement un peu charnue ( Vanille), à déhiscence variée, mais s'ouvrant généralement en
Fig. 20. — Gynostème montrant le rostellum, les pollinies et le stigmate.
Fig. 21. — Gynostème montrant le rostellum, le clinandre, une pollinie et le stigmate (à la base).
trois valves qui s'enlèvent comme des panneaux, laissant en place les nervures médianes des carpelles qui leur formaient cadre et qui restent adhérentes par leur base et par leur sommet (fig. 23.)
Les graines sont 1res petites, sans albumen, à tégument extérieur mince, formant un réseau léger qui enveloppe un embryon ovoïde, charnu (h'g. 24) ; elles sont produites en
nombre considérable, à ce point qu'on évalue à plus de 6,000 celles que peut contenir un seul fruit d'Orchis mascula, soit environ 180,000 pour une seule plante. Dans certains genres
Fig. 22. — Fruit d'Orchidée.
Fig. ~o. — Déhiscence du fruit chez la plupart des Orchidées.
Fig. 24.
Graine d'Orchidée.
ce chiffre, cependant déjà très élevé, est de beaucoup dépassé et c'est par millions qu'on compte les graines que peut donner un seul individu.