II. — Générations spontanées
On nomme fiénération spoiiiunêe la création de toute B d'un organisme vivant dans une infusion en l'absence de t germe; d'après les bétérogénlsles, cette création s'accompi sous l'action de forces inconnues, comparables à ces ( encore mj'stérieuscs qui président à la nutrition des ceUule aux phénomènes chimiques, au groupcinent des molécules dai
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les cnsLaux, dont la Science constate l'existence sans être parvenue à écarter l'obsciiiilé qui entoure leur mode d'action.
Pour les homogénistes, l'être vivant procède toujours d'un germe {omne vivuin ex oi^n) d'une cellule provenant elle-même d'un être adulte; celle dernière opiuion, adoptée parla majorité (les biologisles, se trouve conforme avec les données de l'observation.
Pour appuver leur doctrine, les liétérogénistes onl avancé
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leclique, les autres de l'expérience. Je n'insisterai pas sur les premières, bien qu'elles soient fi mon avis les plus puissantes et les plus difGciles à renverser; élayée par les doctrines du transformisme, de l'évolution et de la sélection des espèces vivantes, l'hétérogénie explique nalurellemcnl l'apparition de la vie sur la Terre, la formation des types animaux dont l'homme est le représentant le plus parfait. C'est assurément aller bien de l'avant sans preuves solides, mais les dogmes édifiés sur les légendes religieuses ne demandent-ils pas, pour être admis, de plus grandes concessions à l'esprit humain ? Quoi qu'il en soit, il importait aux véritables progrès de la question de laisser aux philosophes leurs raisonnements impuissants ou mystiques el de soumettre la théorie de l'hélérogénèse à l'épreuve de l'expérimenlalion.
Les hélérogénistes, il faut le reconnaître, cherchèrent avant tout l'appui des faits. En ly^^, Needham publia à Londres un Ouvrage sur cette question où il a décrit les recherches précises qui ramenèrent à proclamer la réalité delà génération spontanée. En soumettant à la chaleur de l'eau bouillante des infusions végétales placées dans des vases hermétiquement clos, Needham remarqua que la plupart de ces infusions se peuplaient après plusieurs jours d'une multitude d'organismes vivants. Ainsi, d'un ciilé, les germes étaient détruits par l'eau bouillante; d'un autre, les impure tés de l'aime pénétraient pas dans le vase scellé, et nonobstant la vie ne lardait pas à s'y déclarer. La théorie de rhétérogénèse est en accord avec les données de l'expérimenta-
go aiAPiTiu: lu.
ÙOD, écrivit Ncedham. ïoiil autre, il faut l'avouer, eût ctê â sa
place fortement ébranle.
Un savant pbjsiologiste italien, SpaUansani, reprilces mômes expériences et démontra que les infusions végétales soumises pendant une heure â la température de loo" dans des vases scellés restaient pour la plupart stériles, c'est-à-dire inaltérées ; la génération sponlanée, objecta-t-il, nVsl donc pas un fait démontré. Needham ne se tint pas pour battu ; il supposa alors daoa les liquides des infusions l'existence d'une force créatrice, d'une force végétative, qui s'affaiblissait et môme finissait par ôlre détruite sous l'action du feu; l'air lui-même placé au-dessus de rinfusion, ajoutait le même savant anglais, se corrompait et devenait absolument impropre à l'éclosion spontanée des élres vivants.
En i836, Schulzc imagina de faire barboter l'air destiné à renouveler l'atmosphère des infusions chauffées dans de l'acide sulfurique et des solutions de potasse caustique, afin de détruire tous tes germes sans modifier le pouvoir vivificateur du mélange' gazeuxalmosphérique.Tautotles infusions ainsi traitées restèrent parfaitement inaltérées, tantôt elles se corrompirent. Une année plus tard, Schwann proposa de priver l'air de ses organismes vivants en le dirigeant à travers un tube métallique forlemeut chaufle : c'était un bien faible progrés, puisqu'il fallait aux bétérogénistes un air soustrait de près ou de loin à l'action de U chaleur. Vers i854, Schrœder et Van Dush arrêtèrent les poussières atmosphériques sur des tampons d'ouate, mais ils obtinrent également des résultats contradictoires.
Personne n'était encore fixe sur la réalité de l'bétérogéDèse quand Poucbet provoqua, au sein de l'Académie des Sciences, une discussion mémorable, â laquelle prirent part les savants français les plus éminents. Pouchet rappela les arguments des vieux hétérogénistes et y en joignit un nouveau. D'après lui, U quantité des germes répandus dans l'atmosphère ne pouvait expliquer les cas nombreux d'altération des liqueurs bouillies, signalés par ses adversaires. Pouchet avait parfaitement raison, et, si les expériences récentes de M. Tyndall avaient été publiées
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à ccLte époque, le savaot professeur de Rouen y aurait puisé les arguments les plus puissants contre l'homogénèse. Que faisait PoucKel? Il chaufTait une infusion ù loo", croyant détruire des germes qu'il ne détruisait pas, puis soupçonnait l'infusion dp s'être peuplée d'ôlres vivants par génération spontanée. Qu'a fait, il y a quelques années à peine, M. TyndaU? Il a cliaulTé des infusions à 1 00°, croyant détruire desgernies qu'il n'a pas détruits, puis il a soutenu que la quantité d'air infiniment petite introduite accidentellement au moment de la fermeture des vases en pleine ébuUition était peuplée d'œufs vivants capables de produire l'infection des liquides bouillis. Ces deux savants ont donc été tous les deux victimes de la môme illusion. L'interprétation des faits observés par eu\ a seule varié : pour Poucliet, il y avait héléropénése; pour M. le professeur Tyndall, multitude innombrable de microbes dans l'air ambiant, ce qui est contraire à la vérité. Ce n'est pas à la fois sans quelque étonnement et sans un sentiment pénible que l'on voit uujourd'liui M. Tyndall s'efibrcer de ramener la discussion des générations spontanées à ce degré d'acuité qu'elle présenta autrefois, accuser le modeste professeur de Rouen, travailleur infatigable et convaincu, d'avoir été un expérimentateur indiscipliné, épiçanl sa logique de savant du sarcasme de l'avocat : on doit être, il me semble, moins sévère envers autrui quand on a soi-même succombé aux apparences ". trompeuses de respérimcnlalion.
C'est vers 1S60 qu'intervint M. Pasteur dans la discussion soulevée sur la question des générations spontanées; par un ensemble d'expériences liabilemcnt conçues, il anéantit un à nn les arguments des hétérogénistes. L'air chauffé, l'air filtré qui avait donné entre les mains de Schwann, de Sclirœder et de Van Dusch des résultats inconstants se montra dans ses essais absolument incapable de provoquer le développement des bactéries au sein des liquides convenablement stérilisés, c'est-à-dire chauffés suivant leur nature entre 100 et 1 10". En employant le ballon à col brisé et recourbé, représenté par la Jig. 38. M. Pasteur put en outre, sans mettre obstacle à la rentrée de t'airatmosphérique non filtré, conserver indéfinimenldes liquides
g^ C»APITRE III.
simpletnenl bouillis. Eolin, répondant k la dernière objection dei hétérogénisles, le même savant démontra que le sang cl l'uritM non soumis à l'action de la chaleur et amenés directement dei artères ei de la vessie des animaux vivants dans des vases p de germes restaient également inaltérés ou du moins ne présentaient jamais d'organismes ferments. La force végétai destructible par la chaleur, invoquée par Ncedham un auparavant, était donc une pure invention de l'esprit.
s'écroula le dernier retranchement à l'abri duquel les partis de rbéiérogénie auraient pu encore longtemps tenir les hom génistes en échec.
Les savants distingués : Claude Bernard, Balard, DuiuM Paven, Milne Edwards, Flourens, qui avaient suivi avec le p grand intérêt cette importante discussion, jugèrent le si épuisé et le débat fut clos.
« Les idées qui apparaissent dans les sciences, disait aloi Claude Bernard ('), présentent deux, aspects apposés dans leni développements : les idées vraies parlent le plus souvent d'à petit nombre de faits simples et bien observés, grandissent è mesure que les connaissances augmentent, el s'étendent de plus en plus ; les idées erronées contiennenl ordinairement dès l'abord