‹ Les organismes vivants de l'atmosphèreChapitre 15 sur 43 · WIV, p. iig · texte numérisé non relu

WIV, p. iig

BiCILLBS ÀnKnPHSaïQUES.

par un luouvemenL de va-cl-vteat, se mil à atlaquer de droite à gauche et d'un seul cAté le las de spores ; bientât il eut fait une brèche, puis uq canal circulaire en cu[-de-sac, puis enfin un canal complet dans lequel il passa frénétiquement ù plusieurs reprises, pour aller un peu plus loin se reposer de ses efforts laborieux. L'adresse que montra ce bacille à se dégager du cercle vicieuK dans lequel je le croyais enferoK^ me laissa dans le plus grand étonneinenl ; c'était alors par pur acharnement que cette bactérie avait entrepris et mené abonne (in un travail de plusieurs minutes. Il arrive sans doute assez fréquemment que les bacilles se heurtent dans leur course, mais le plus souvent ils s'évitent, contrairement à ce qui s'observe chez les algues rigides naviculairusetbacilliforniesappelées(//«iwffi('w;lesbactériesparaissenl donc posséder des mouvements instinctifs, dont la nature est encore aujourd'hui mal étudiée.

Parmi les bacilles toujours présents dans une faible quantité de poussières aériennes, il s'en trouve au moins un de remarquable par sa largeur, pouvant atteindre et même dépasser j^ de millimètre ; la /ig. ^2 représente en b cet organisme, et en « les phases successives de son développement. Sa spore, comme ]'a dit M, Van Tieghem pour les bacilles en général, donne d'emblée un ûlament adulte. Parfois la germination des semences de ce gros bacille offre une particularité digne d'être signalée; sa graine, très réfringente, elliptique ou plutûl c^'lindroïde, mise dans un liquide très nutritif (jus de viande), perd rapidement son éclat, se gouile, devient parfaitement sphérique et s'assombrit de plus en plus; le globule circulaire, de 7;^ ^Ttââ '^'^ millimètre, ne tarde pas à s étrangler légèrement, puis profondément, et à se dédoubler en deux globules qui prennent alors, chacun séparément, d'abord la forme d'ellipsoïdes, puis celle de bâtonnets; la scission des articles s'achève plus lard, quand les deux niaments accolés ont acquis assez de force pour se séparer après de nombreux mouvements de flexion et de contreilexion exécutés au niveau de l'articulation. Sur 100 bacilles récoltés dans l'atmosplière, on rencontre environ 10 à la fois le gros bacille. Ses semences, cummunémeut elliptiques ou en bâtonnets fili-

l'ormes brillants, peuvent prendre l'aspect de bactériumsaccouâd plés deux à deux en forme de sablier, et constituer en un mot desM germes doubles, dont la formation peut être aisément suivie dans ^ l'intérieur du bacille en voie de résorptioD.

.'atinosph^i

La fig. 4^ montre en c un organisme en niaments ] étroits, longs etrigides, souvent remarquable parlagililà de s mouvements. J'ai aussi récollé dans l'air quelques espèces anafr robies de celte forme, présenLaiil la plus grande analogie aveel le bacîllus amylobeicier de MM. Tr^cul el Van Tiegbem.

Les bâtounets beaucoup plus courts ligures en / sont, aprèu

DACILLKS

L les baclêr

fiKIQIKI

, les scliizophvles, les plu»

les micrococcus et les

abondamment répandus auLour de nous; le sol c^l lîttéralemcDt (!ouverl de leurs germes, â ce point qu'il n'est pas possible de pincer sur la terre ou sur un objet une tête d'épingle sans en recouvrir plusieurs. Ce bacillus vulgaire, babituellement pourvu de dimensions longitudinales fort restreintes, quand il vit dans tes infusions végétales pauvres en substances album inoïdes, peut grossir et adapter, dans des milieux plus nuLrllifs, dans le bouillon de bœuf par exemple, la grosseur et les formes dessinées en d el h. A la fin de sa vie, il fournil des germes elliptiques brillants, qui peuvent subir longtemps sans périr la température de loo", ainsi qu'il résulte des travaux de MM. Brcleld et Gliambcrland. J'ai même pu les soumettre, pendant deux beures, à la température de loj", au sein d'une infusion de foin acide, sans arriver aies détruire. Rien n'égale la rapidité avec laquelle ses spores pullulent : elles sont souvent si nombreuses dans l'intérieur des niaments qu'elles se touchent par leurs extrémités pointues. Je ne serais pas étonné que les résultats divergents obtenus à plusieurs mois ou à une année d'intervalle par certains expérimentateurs ne tinssent uniquement à l'oubli ou au défaut de précaution de cbaulTer fortement, vers 180" à aoo", les vases infestés aupai-avant par ce bacille ou des microbes à germes très réfractaircs à l'action de l'eau bouillante.

Je dirai peu de cbose de l'organisme linéaire dessiné en ^' (Jîg. 43}. Comme les précédents, il a dans l'air des représentants aérobies et anaérobies; un organisme grêle de la putréfaction el un ferment figuré de l'urée adoptent celte forme. A la fin de son existence, il disparaît et se résout en corpuscules pu ne ti forme» d'un examen diflicile, qu'on doit considérer, selon toute probabilité, comme ses spores ou ses semences.

A c6té des bacilles à lilaments uniques, les poussiiires de l'atmospbèrc se montrent babilées par des bacilles ranieux : la Jig. 43 présente le dessin d'un microbe de ce genre. Le bouillon iieulralisé où l'on sème ses gruines ne se trouble pas, mais se remplit, au bout de trois ou quatre jours, d'une foule de gru- , blancs, discoïdes ou hémisphériques, pouvant mesurer

CUAPITRE IV.

4""" à 3""" de diamètre, el qui pourraient être coofondua aofl simple coup (l'œil avec tes pclites houppes des moisissures vul-gaires, si ces petites sphères, d'aspect dense et caséeux, avaient 1 de U tendance à grossir beaucoup el à venir fructiner à la surface 1 de la liqueur. Sous le microscope ces houppes serrées se n trent formées d'un nombre considérable de Clamcnts brouillés,- J enchevêtrés comme une poiguée decbeveuiL incultes, teUenfùi'l que \^Jig- 43 en donne en A, sousua grossissement de .3oo dta-J

mètres, un spécimen invisible à l'œil nu. Ces petits tubes myct^loïdes, non visiblement septés, larges à peine de j^^ j~ de miltimèlre , jettent à droite et à gauche de leur parcours des branches de longueurs indéterminées, pouvant se bîlurqueràlcur tour, et à l'extrémité desquelles viennent se former l! quelquefois des semences destinées à perpétuer l'espèce (Jtg- ^f 1 voir en B). Une branche s'arrôte dans sa croissance; son cxirérailé libre se renfle, se remplit d'un proioplasma réfringent à taches obscures ; à mesure que la formation des spores s'accealue, la membrane enveloppante semble se fondre et se dissotidre; , bientût elle disparait complètement et les semences, accumula» J va tas de cinq, dix, vingt et même en plus grand nombre, quîlienl j

BACILLES ATSOSPnËRIQLES, Il5

l'cxlrdniitë du tube mycélien où elles sont nées, pour aller germer ailleurs et devenir le point de départ d'une nouvelle houppe ou d'un nouveau végétal. Cette petite plnnte se rapproche beaucoup par l'aspect des champignons endosporés et des mucorinées étudiées avec tant de talent par MM. Van Tieghem et Lemonnier; mais elle fructifie au sein des infusions, donne des spores comparables aux spores des bacilles et doit être par conséquent rapportée à la tribu des nématogèncs, où l'extrême ténuité de son mycélium paraît d'ailleurs la placer. Abandonnée longtemps dans des liqueurs nutritives, les filaments ténus de ce cladolhrix s'étranglent et se pulvérisent.

Je terminerai l'énumération des espèces bacillaires de l'atmosphère par la description d'un second microbe ramcux très commun dans les eaux courantes, mais qu'il m'a été donné de rencontrer seulement deux fois dans l'air puisé au centre de Paris. Ainsi qu'on peut le voir dans la fig. 44 (en a, a, a, a), cette petite plante adulte est formée de filaments branchus naissant d'un fdament principal qu'il devient bientôt difficile de distinguer des filaments secondaires. Cette espèce se multiplie promptement dans les liquides les plus divers, où elle donne des voiles feutrés et épais que l'agitation réduit en lambeaux, mais ne désagrège pas. En douze heures, ce microbe, semé dans du liquide de Cohn, y forme à la surface une couche très mince, irisée et continue. C'est le moment qu'on doit saisir pour examiner les belles arborisations de ce microphy te aérobie. Plus tard des spores réfringentes apparaissent dans l'intérieur des filaments (Jig- 4i> ï'""' en ^1 ^)i 1"' deviennent de moins en moins visibles et finissent par disparaître complètement; ici pas de sporanges : on se trouve en présence d'un mode d'ovulation identique à celui des bacilles vulgaires. La température la plus favorable au développement de cette espèce paraît comprise entre aà" cl So" ; vers 35° et 4o'' elle croît mal, devient tortueuse, rabougrie, se rcmpUt rapidement de germes {voir i\ l'angle droit supérieur de lafii.'. 44) et se multiplie péniblemenl en donnant un dépôt léger qui se ramasse au fond du vase.

Les bacilles recueillis au parc de Monlsouris, introduits dans

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le sang, le tissu cellulaire sous-cutané, le tissu musculaire des lapins et des cobayes, se montrent absolument inoflensifs; mais, si ces espèces, recueillies à Tair extérieur, paraissent dépourvues de toute virulence, il n*en est pas de même de quelques organismes de cette forme récoltés dans les hôpitaux. J'ai eu Toccasion de trouver dans Pair des salles de chirurgie de M. le professeur Verncuil un petit bacille, grêle, phlogogène, remarquable

Fig. 4i

Bacille ranicux. Grossissement : looo tliamèlrcs.

par la constance des lésions qu'il produit. Six cobayes, piqués dans la peau de la région de la rate avec une lancette chargcf d'une goutlclellc de culture de ce microbe, présentèrent tous, dès le troisième jour, à la région de Taissellc, une sorte d'adénophlegmon qui rendit ces animaux malades pendant huit jours, puis ces phénomènes inflammatoires s'amendèrent : les six cobayes guérirent. Il faut donc se familiariser avec la pensée que

BACILLES ATBOSPnÉRlQl'ES. 117

loHsles microbes aériens ne soni pas absolumenl innocents. Je ne !^aiirais résumer ici, sans sortir de mon sujet, les belles découvertes de M. Pasteur sur les ferments des maladies du vin, des vers à soie, sur les microbes du charbon, du choléra des poules, de la septicémie, etrappeler les travaux encore plus remarquables de ce savant sur l'atténuation des virns figurés, exécutés au laboratoire de l'tcole Normale supérieure avec le concours déjeunes savants éminenis, MM. Roux et Chamberland; ces recherches, d'un immense avenir pour la M('decine et la Chirurgie, ont été puhliées dans des Mémoires originaux courts et substantiels qui demandent à être lus et médités avec la plus grande allenlion ;

tence des microbes pathologiques (').

Tous les organismes filamenteux peuvent ne pas élre des bacilles, et toutes les cellules sphériques peuvent n'être pas des micrococcus; le moment me semble venu de dire un mot de la mutabilité des espèces bactériennes; la théorie de la transformation des bactéries en moisissures ayant fait l'objet d'une réfutation de la part de MM. Pasteur et Nfegeii, il n'est pas utile d'y revenir.

Une bactérie, comme tout organisme complet, naît d'un germe, devient adulte et meurt en laissant des graines capables de

(') PAtiEvn eilnKM.aT,C/iarbon el sceplicémie IComplei rendue des stances de l'Académie det Seieneei, t. L\X.\I, p. 101}-

1878. P.iiTEUi, JaiiKKiiT #L CnAKUBLtsn, La théorie det germe» et ses appliealiont à la Médecine et à la Chirurgie libid., l. LWXVI, p. 1878 J.

)iSo. P.iiTiitB, Choléra des pitulet (.Hiid., t. XC, p. i3(), g5i, io3o).

tBSo. Pisrani, Ciundulaid vl Huux, Étiologie du charbon {ibid., t. XCl, p. B6 el 455.

i8Sq. PiaTECM cl CuJUBEKUAMi, :Von~réciUii'e à VaffecliiMi c/iarbonneiuf libid., t. xa. p. i3i)-

iSSd. P*nBi;ii, Atténuation du virus du choléra des poules (ibid., l. XCl,

16B1. PiiiiDR, CutHiEKLtiD, [toux Cl Tni!tJ.t.iEB, Communications diverses lar le virus de ta rage, le itaccin du charbon, sur les inoculations prévenlives {ibid., l. XCII, p. [Sg, 509, (19, 666. iiig. 1578).

iSSi. Pàstegb, Communication au Congrès international d'hygiène et de démographie de Genève {Bévue scientifique, 1881).

1883. DocLADi, Ferments et maladiei. G. Maison, Paris.

1 l8 OIAPITR)! IV.

la perpétuer. Pour caractériser une espèce bactérienne, il faut donc connaUre les phases variées que peuvent présenter sa germination, sa croissance, les aspects nombreuse et anormaux qu'elle est susceptible d'acquérir, les modifications morphologiques qu'elle peut subir sous l'induence d'une nutrition riche ou pauvre, de la température, des agents chimiques et physiques, etc. Tout cela n'a pas été fait ; aussi une profonde obscurité règne-t'Clle sur ce monde infiniment petit, avoisiaaiit les confms des molécules déterminables par nos instruments d'optique les plus puissants. Plusieurs auteurs, à la faveur de cette obscurité ou, plus exactement, victimes des illusions nombreuses qu'il faut s'attendre à rencontrer dans l'observation de ces élres séparés de nos yeux par un voile â peine translucide, ont construit, sur l'évolution de ces algues rudimentaires, de magnifiques théories que rien ne Justifie et que combattent le j peu de faits connus et acquis par la Science sur l'iùstoire des I scbizomycètes. Jusqu'à la preuve du contraire, il est prudent de ^ considérer les espèces bactériennes comme autant d'individualilés propres, comparables aux piaules plus élevées dans le règne ) végétal ; toute affirmation tendant à détruire celte analogie ]

doit nécessai

it être prouvée, c'esl-î

véc ï

rdes .

faits aisés à mettre en évidence. Assurément ce ne sera pas trop i d'exiger des partisans de la mutabilité des espèces bactériennes i des indications précises sur les phénomènes précurseurs, les phases successives de ces dites transformations, sur lei | dispositifs à employer pour les suivre de l'œil étape par étape. Avec le secours de l'art photographique, il deviendra alors facile de porter l'évidence dans l'esprit des plus incrédules.

Après m'étre livré pendant cinq années à la culture des bac- | téries sur le porte-objet du microscope, je confesse, pour n part, n'avoir rien vu qui puisse ébranler mes convictions sur j l'immutabilité des espèces; j'ai cependant observé, dans le cours | de ces sortes de recherches, quelques faits intéressants qui me ' paraissent trouver ici leur plat

D'abord, voici comment on peut cultiver des bactéries sous i le microscope sans causes d'erreur venues de l'extérieur : j'ù i

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