IV. - Vibrions et microbes spirales
Le mol vibrion, créé parMuIlerou parses contemporains,! employé aujourd'hui pour désigner une classe d'organismes fib mcnteux, mous, non rigides, progressant dans les infusions Ib manière des anguilles. M, Pasteur et ses élèves me semblent p sisler à tort à comprendre sous cette dénomination une foule à bacilles, ce qui peut porter un cerlam trouble dans l'cspril da personnes désireuses de se tenir au courant de leur découvertes, mais peu versées dans la synonymie des espèc» microscopiques. Rien ne ressemble moins au vibrion lactiqur que le vibrion septique ou le vibrion serpens : par conséquent la même dénomination ne saurait leur convenir. Les vibrions claviformes, à chaînette, découverts parAI. Duclaiix (*) danslet
T1UI0^S ET SPIIILLES. 133
diverses fermentations qui accompagnent la fabrication et la maturation des fromages, sont de simples bacilles; le langage botanique nouveau finira, j'en suis persuadé, par triompher de ces résistances, d'ailleurs bien inolTeasives, des vieilles locutions.
L'air, l'eau de pluie, la vapeur d'eau condensée de l'atmosphère sont rarement pour\'us de germes de vibrions ; les deux espèces que j"ai pu y rencontrer jusqu'à ce jour sont indiquées par les lettres a et b dans iajig. 4^). La première paraît
être le vibrio serpens de Muller, la seconde, fusiformc, est surtout remarquable par l'exiguïté Je ses dimensions longiludinale.s. Je ne partage pas l'opinion de plusieurs microbotanistcs sur la rigidité habituelle de l'espèce vibrio; il suffit, en eRel, d'anéantir la mobilité de ces microbes pour voir leurs iilamenls mous et llexîblcs se plier en tous sens et adopter une forme ondulée très irrégulière, variant au grédescouranls liquides de la préparation.
Les vibrions peuvent se mouvoir en serpentant on en toumanl en hélice autour d'un axe longitudinal. Il existe même quelques bacilles très longs, à la fois rigides et flexibles comme un ressort d'acier, capables d'onduler sinon avec la mollesse do vibrm ] sPrpens, du moins avec assez d'amplitude pour induire en erreur ] l'observateur non prévenu : un examen attentif ne saurait daos j relie occasion maintenir longtemps le micrographe dans le doute.
A calé des vibrions on a placé un groupe de scbi«>plijles appelés spirochœle et spirUlum (Ehrenberg). Ces alguct, formées de filaments non extensibles, coniournées en hélices, très longues ou très courtes, susceptibles dans le premie d'onduler comme les vibrions, ont l'aspect d'un ressort à boudin à spires brèves ou serrées etnombreuses. Otto Obermcîer a découvert en 1868 un être de ce genre dans le sang des malades iitieints de fièvre récurrente ; Weigert, Cobn, Birsch-Hirscbfeld cl surtout Heidenreicb ont confirmé les observations d'Obcrmeier. Si l'on rencontre fréquemment des spirilles au sein des macérations anatomiques, des liquides infestés par des végétaux en putréfaction, il est difficile de prouver leur existence parmi | tes poussières atmospbériques; pour ma part, je n'ai pu y f découvrir, ce qui lient peul-ôlre aux soins pris à l'Observaloire ] de Monisouris de recueillir séparément nn à un les germes j aériens ; quoi qu'il en soit, leur rareté est extrême : les sédiments 1 de l'air n'en renferment pas un seul sur 5o 000 à 60 000 schizo- ] phjtes recueillis.
Après ces quelques mots sur les bactéries atmospliériques, dont j'ai cherché à reproduire la pliysionomie et non à faire 1 rbistoire botanique, nous allons aborder, sans crainte de malen- I tendu venu de ce calé, l'étude des procédés propres à saisir,! I cultiver el à compter leurs germes, répandus parmi les poussières I de l'air libre et des habitations. Ce genre de recherches devant 1 être entouré de soins particuliers et constants, je me vois forcé- ] ment obligé d'insister sur des manipulations insignifiantes en J apparence, mais de l'eséculion rigoureuse desquelles dépcndi souvent l'exactitude des faits observés. Je le reconnais à l'avaDcefl
TIBRIONS ET SPIBILLES. 137
ce sujet est aride ; il nécessitera, de la part du lecteur étranger aux choses de la micrographie, une attention soutenue, qui sera, je Tespère, récompensée par Tacquisition de connaissances fort précises sur une partie nouvelle de la science des bactéries : je veux parler de l'application des recherches de micrographie aérienne à l'hygiène générale des villes et des hôpitaux.
I. Des proc^fi employés pour récolter les germes aérieni des bacLëries. •- II Des précautions dont il laat l'eatourer pour olileoir des litjiieurs parfaitement stêrilin'es par la cliulcur. — lil. Des liquides Dulritirs vulgairement employés ; liqueurs dites mitii^ralcs. infusiona et bouillons divers. — IV. Dr l'oblenlion, «ans le secours de la rhaleur. des liqueurs animales et végéules stdrilisL'es.
I. — Des procédés employés pour récolter les germes aériens des bactéries.
J'ai déjà dil que les aéroscopes, d'un usage fort commode pour fixer les poussières de l'atmosphère el rendre évidentes les semences crypiogamiques, les algues vertes, les spores des lichens toujours répandues en grand nombre dans i"" d'air, sont d'une faible utilité dans l'étude des bactéries aériennes, puisqu'en effet il esldîfGcilede différencier nettetnentau microscope les corpuscules germes des scliizomycètes des granulations inanimées d'origines diverses, mélangées à des débris plus volumineux, sur la nature desquels on peut plus aisément se renseigner.
Plusieurs auteurs, un peti trop confiants dans le pouvoir délinissant de leurs instruments d'optique, ont pensé qu'il suffisait d'examiner aux appareils à immersion les moins puissants la vapeur condensée de l'atmosphère pour y distinguer sans peînr des germes de bactériens. J'ai longtemps expérimenté cette méthode d'observation très fatigante et je suis arrivé à celle conclusion, qu'on ne saurait, dans la majorité des cas, se prononcer avec certitude sur la nature des fins corpuscules aperçus dans l'eau de rosée artificielle, corpuscules doués d'un mouvement brownien assez vif, presque toujours accompagné d'un second
i3o i;fupitbk y.
mouvemenl de translalion qui peut leur faire parcourir en peni de temps un ou deuv champs du microscope. 1.^5 fragmenufl légers et anguleux de cliarbon possédant de même la faculté d se déplacer par rapport aux corpuscules immobiles environnants,! le parcours tortueux d'une granulation ne saurait être l'indict d'un mouvemenlspontanL'; d'ailleurs, les germes des microbes ool l'immobilité des poussières inertes : donc l'eau de conden»atioi obtenue depuis peu ne peut pas, contrairement à une opinioai souvent émise, montrer des bactéries vivantes très mobiles.
La coloration en jaune, par l'iode, des poussières extrêmement ténues de l'eau de rosée décèle, il est vrai, la nature or~ panique des corpuscules, mais là s'arrête le bénéfice qu'on peut retirer de l'emploi de ce réaclil'. Pour démontrer une fois pour toutes combien sont dignes de peu de foï les affirmations des micrograpbcs qui ont cru voir des pléiades de germes dans une goutte d'eau de rosée, je rapporterai une expérience décisive, efTectuée en 1879, pendant tes fortes chaleurs de l'été.
Quatre ballons de 3'" de capacité reçurent cbacun 1** i glace cassée en gros morceaux, puis furent suspendus à o".70j du sol au centre d'une pelouse du parc de Monlsouris. Les ballons, P essuyés avec plusieurs doubles de papier Josepb, furent ensuite J flambés extérieurement à l'éolîpjlc et, par surcroît do précaution, immergés pendant quelques secondes dans une colonne def feu produite par une éponge enflammée imbibée d'alcool. Uni récipient privé de microbes fut alors placé au-dessous de chaque.! ballon pour recueillir goutte à goutte la vapeur d'eau atmosphé- 1 riquc ruisselant sur la calotte refroidie des ballons. La mil en moyenne deux heures à fondre et le poids total de lai rosée obtenue atteignit 8^^', dont 60'' lurent introduits s retard, par portions égales, dans soixante conserves siérilt*' sées de bouillon Licbig, d'urine neutralisée, de petit-lait, elc.;fl onze de ces conserves perdirent leur limpidité, puis rent des bactéries, et trois seulement des mvcéliums de moisi>>^ sures ; les quarante-six conserves restantes, gardées à l'éluve pendant six mois, ne s'altérèrent pas. J'admettrai, si L'on veut, qu'avec des liqueurs plus sensibles aux semences de l'aîr te chiSic
■ICTfiRIBS DKB RUStlS AHTtnClELLES. l3t
des microbes Irouvés dans celle expérience aurait pu se montrer cent fois plus élevé. Daos celle hjpolhèse exagérée, nous n'avons pas encore un germe de Ijactéiie par goulte de liquide , or le micrographe adonné à l'examen direct des rosées artificielles place habituellement une fraction de goutte d'eau condensée sur la lamelle de la chambre humide employée à cet eflel ; il ae doit donc pas voir de germes, à moins d'être favorisé par le pur hasard. M. Schœnauer ('), qui s'est beaucoup occupé des êtres vivants de l'eau de condensation, a dessiné dans la fig. fio
r>ndeDSéc de l'altaosphérc, trouvi^ en i%-fi, au parc -19, par M. Scliœiiaucr. GroasisaenieDt : loou diamètres.
les principaux corpuscules qu'il lui a été donné d'apercevoir dans cette eau durant l'espace d'une année, du mois de novembre 1 875 au mois de décembre 1 SjC. Les semences désignées par les n" 4) 8, 11, t5, 16, 17, lÉJ, 19 paraissent appartenir
au^ moisissures vulgaires; l'origine des corpuscules surmontèyJ parles n'" i, 2,3, 6, 7, 12, i3, i4 et ai me paraît bien dif-] ficile à spécifier; j'enexoeplerai peul-ôtre les cellules des n" 10, ; 13 et i4i qui ont l'apparence tic microcoqites, le n" 5 dési-' gaant un groupe de Tragmeots d'origine siliceuse, et le n'aol où l'oa voit représentée une spiricule de nature végétale.
L'analvse de l'eau de pluie peut, dans quelques cas, donner ^ d'utiles renseignements sur les microbes aln]osptién(|ncs; mais son examen direct au microscope présente les dilYîcultés qui viennent d'être signalées, à un degré un peu moindre cependant, les eaux de pluie étant généralement plus chargées de bactéries que les eaux de condensation. L'étude des microbes des eaux I météoriques par la méthode des ensemencements me paraît 1 devoir conduire à des résultats dignes de fixer l'attcotion, ïel ne dirai pas des météorologistes, parf'ailement incompélcnls en 1 cette matière, mais des médecins el des hygiénistes.
Pour recueillir l'eau de pluie destinée aux analyses microsco- J piques, on peut employer l'instrument suivant (Jîg- 5i),
posé d'une tige de l'er T hori/.ontsle, solidement fixée à nn 1 poteau de bois planté en terre loin de tout massif d'arbres et de | toute habitation ; celte tige reçoit, dès les premières gouttes de )>luic, un entonnoir en cuivre nickelé ou argenté porté, sur le lieu même de l'expérience, avec l'anneau qui le soutient, ii une température élevée. Au-dessous de cet entonnoir, on dispose
XICRODES DE L EtU DE PLUIE.
un creuset de platine P', chaulTé au rouge au préalable. La construction de cet udomètre doit être telle que, sans qu'il soil touché aux autres parties du système , le creuset puisse être retiré ivec la plus grande facilité, de façon à permettre de
récolter la
nimeiicenieat , pendant et à la
I des
averses- Un petit couvercle C sert à préserver le contenu du creuset des poussières du laboratoire.
L'eau de pluie recueillie dans ces conditions, ensemencée dans du bouillon Liebig de densité égale à i.os^i ^^ montre chai-gée d'un chiffre de microbes cent fois supérieur à celui que présente l'eau de condensation, sous un mômevolume. Ce chiffre est d'ailleurs fort variable, comme le démontrent les données numériques suivantes ;
Doscific des ùiicli-f Décembre iH
Mars Ayril Mai
Hlcnb»
Ily aurait, je le répète, un grand intérêt à poursuivre plus loin ce genre d'investigations ; malheureusement les quelques milliers d'ensemencements exécutés à cette intention dans mou laboratoire sont loin de permettre k un observateur consciencieux de baser des afCrmations sur une statistique de faits aussi pauvre. Néanmoins je puis avancer que les premières pluies d'orage sont les plus chargées en germes de bactéries, mais que, passé ce moment, il n'exisle plus aucun rapport entre le nombre des microbes trouvés et ta durée de la pluie. Au bout de deux ou trois jours d'un temps humide et pluvieux, celle eau météorique renferme souvent plus de bactéries qu'au
l34 CHAPITRE V.
débul de la période pluvieuse. L'almosphére étant alors d'une pureté excessive ( fait établi simultanémentpar la statistique des germer de l'air), il semblerait que les bactéries puissent vivre et se multipbei'daasle sein des nuages, ou bien que ces nuages puissent se charger, dans leur course à travers l'espace, d'un contingent de germes très variables. Cette conslalalion serait fort curieuse; j'espère avoir le loisir de la contrôler par des recherches ultérieures.
Les poussières bactériennes de l'eau de pluie n'out pas, k beaucoup près, la composition des poussières sèches de l'atmosphère: leshucillcs y dominent, les micrococcus y sont relativement plus rares.
De la nalui-e
I de l'eau de pluie,
■un». Bici*r]iiŒi.. TMMi
Eau de plui?
<\ir du p;ir€ de AtoDtsuui
En employant au rajeunissement des germes de l'eau de pluîe des liqueurs autres que le bouillon Liebig, de densité égale > i,ou4i on obtient une proportion plus forte de bactériums; mais le chilTre des bacilles reste toujours fort élevé, ce qui confirme le fait que je viens d'avancer.
Il est bien entendu que les eaux de rosées artificielles et de pluie donnent des résultats tout autres, si on les abandonne longtemps à elles-mêmes. Alors les germes venus de l'atmosphère peuvent y éclore, donner des bactéries adultes et fausser les résultats de la statistique des germes. On évite sûrement cette cause d'erreur en ensemençant ces diverses eaux convenablement agitées peu après leur obtention. Le calcul des germes d'une eau laissée à elle-même à la température de iS" à ao", cflectué à une et même deux heures d'intervalle, donne des résultats identiques ; ce qui démontre que les graines des schizophytes pullulent diiricilemcnt dans ces conditions. Cependant, pour plus de sûreté, il est prudent, pendant les fortes chalcnn
L mÉGOLTB I
de l'été, de recueillir l'eau de pluie dans des ballons placiîs au sein de mélanges réfrigérants (').
On peut encore recueillir les microbes de l'atmosphère en les dirigeant dans de l'eau stérilisée au préalable, qu'on ensemence ensuite dans des conserves nutritives, à la façon des eaux météoriques. Ce procédé est susceptible d'acquérir une glande précision, mais il est accompagné de nombreuses manipulations qui rendent bien préférable l'ensemcncenient direct des poussières de l'air dans les liqueurs nutritives. C'est encore k M. Pasteur, dont le nom revient si souvent dans les questions qui louchent de près l'i la micrographie atmosphérique, qu'appartient un procédé fort simple d'amener les bactéries des poussières extérieures au contact de liqueurs nutritives stérilisées. Ce procédé, fort délicat, devient quelquefois dangereux entre des mains inexpérimentées, en ce sens qu'il peut, comme on le verra, fournir des résultats contraires à la réalité des faits. Voici d'abord, d'après M. Pasteur (^), la façon de récoller les microbes de l'air :
« Dans une série de ballons de ajo'^' de capacité, j'introduis la même liqueur putrescible : de l'eau albumincusc, de l'urine, etc., de manière qu'elle occupe le tiers environ du volume total (fig- Sa ). J'effile les cols à la lampe d'êmailleur, puis je fais bouillir la liqueur et je ferme l'extrémité effilée pendant l'ébullition. Le vide se trouve fait dans les ballons ; alors je brise leur pointe dans un lieu déterminé ; l'air ordinaire s'y
(') Je viens lie recevoir de mon rcsppclable ami, le D- Msddoï, nn bien ioUressaut sur les bactéries de la glace, de la grËle, etc., accon ntagnillqDes microphotographies. Ne pouvant analyser ici ce trava MÏeocicusement fait, j'engage le lecteur à le lire dans le Journal of i mierotcopieal Society, mai tRSi.
A ce propos, je dois ajouter que ce savant infatigable est peul-Sti ■nier qui ait obtenu des photographies de microbes; des l'auniSe iK- Mnta A la Société microscopique de Londres des épreuves fort bien pr>us«iéres alifiosphL'riques. Je crois de mon devoir de faire valoir, occasion, aon^droit de priorité.
(') PAnKca, Complet rendus dei téances de l'Académie des t. I.I. p. 3^9; 1860,
ipagnë de
précipile avec violence, cnlrainanl avec lut toutes les poussière* qu'il lient en suspension el Ions les principes connus on i inconnus qui lui sont associés. Je referDie alors îmmédîiitenieul les ballons par un trait de ilamme el je les tiansporte dans une éluve entre 9.5" et 3o", c'est-à-dire dans les meilleures condi- ■ lions de Lempéralure pour le développement des animalcules el . des semences.
Fig. 5î.
Ballon icMé.
" Le plus souvent, en 1res pei
u de i
la lie
s' altère, et
l'on voit natlre dans les Lallons, bien qu'ils soient placés dans I des conditions identiques, les êtres les plus variés, beaucoup 1 plus variés même, surtout en ce qui regarde les miicédîoées et I les torulacées, que si les liqueurs avaient été exposées k l'air J ordinaire. Mais, d'autre part, il arrive fréquemment, plosieun" t'ois dans chaque série d'essais, que la liqueur reste absolumcnl intacte, quelle que soit lu durée de son exposilîuii à l'éluv^. comme si elle avait re(;u de l'air calciné.
1) Ce mode d'expérimentation me paraît aussi simple qu'irré-J prochable pour démontrer que l'air ambiant n'olTre pas, à beaucoup près, avec continuité lu cause des générations dites sponH lanées,... »
11 n'existe peut-être pas dans la Science de méthode e\péii-fl mentale qui ait causé plus d'illusions et iait plus de vîclimei
ne LA RftCOLTE DES BiCTBBlBB.
Pouchel, Joly, Musset, Tvndall, YuDg et bien d'autres ailleurs ont appris, au détriment de leurs recherches, ce que ce procédé, si simple en apparence, dissimule de pièges dressés aux dépens de la vérllé. Il a fallu à M. Pasteur une habileté expérimentale peu cncnmune, pour échapper lui-même aux causes d'erreur qui sont la conséquence inévitable de la fermeture des ballons pendant l'ébullition sous la pression normale.
Le procédé des ballons scellés en pleine ébullilion, qui permet en effet, comme le dit M. Pasteur, de démontrer l'infertilité d'un poids fort minime de poussières atmosphériques ou la non-continuité dans l'air ambiant des causes des générations spontanées, est loin de réaliser dans la pratique tous les desiderata de l'analyse systématique des bactéries aériennes; plusieurs objections peuvent lui être faites.
D'abord ce procédé esige la présence de l'expérimentateur au lieu même où se fait la prise de l'air, ce qui peut altérer la sincérité des résultats obtenus; de plus, les germes des bactéries étant très inégalement distribués dans l'atmosphère, suivant les lieux cl les saisons, les laboratoires d'analyses devraient être encombrés de ballons de toute grandeur, depuis les capacités les plus faibles jusqu'aux capacités les plus élevées. Avec ce mode d' expérimentation, il est en outre difiicile de connaître aisément le volume d'air introduit au moment de la rupture de la pointe capillaire scellée. Je sais bien que l'on peut calculer le volume d'un vase de forme irrégulière en pesant le poids du mercure qu'il peut contenir, puis, ce volume connu, en déduire le volume non occupé par l'infusion, c'est-à-dire occupé par le vide. Gela n'est pas assurément impraticable, mais cela n'a pas été pratiqué ; pour opérer rigoureusement, il faudrait également tenir compte de la diminution du volume de l'infusion soumise à l'ébullition et de la quantité d'air non chassée par la vapeur ou rentrée au moment de la fermeture hermétique du ballon au trait de flamme. Mais voici qui est beaucoup plus grave ; le ballon scellé, vidé d'air par l'ébullition de l'infusion, renferme-t-il un liquide stérilisé? Je ne fais pas ici allusion aux germes meurtris qui n'auront jamais le pouvoir de revivre dans le milieu chauffé,
CSAPITRE 1
si une modificalion ne vient en oxaller le pouvoir nutrilift maïs ù ces germes parfaitement indemnes qui demandent seulemenl un peu d'oxygène pour entrer en acliviti!'. Si le vide est biea fait, il est bien difficile de le savoir. Les expériences entreprise» dans ces conditions manquent donc d'un contrôle efficace; elle» peuvent, comme la Science en montre des exemples célèbres^ conduire aux affirmations les plus erronées. Toutefois, en prenant la précaution de maintenir à i io°, pendant quelques lieures, ces ballons scellés en pleine ébuliition, ou arrive à les purger de germes. Il me parait cependant préférable d'acquérir la certitude de la stérilité des liqueurs, en les plaçant, avant tout ensemencement de poussière, dans les conditions oîi elles seront exposées plus tard après leur mise en expérience.
Dans ce but, j "ai imaginé un pelil instrument, dont j'ai donné la description pour la première fois à la Société chimique de Paris ( *) etauquel j'ai fait subir les changements que la pratique journalière des ensemencements m'a fait juger utiles. Comme on le voit {Jig- 53), cet appareil est formé d'une boule de 5o' de capacité, soufQée dans l'axe d'un tube de verre dont l'extrémité inférieure est recourbée en S el la branche supériei laissée rectiligne ou un peu cintrée, puis étranglée lé^TemenL' Au-dessus et au-dessous de ce rétrécissement sont placés dcM tampons d'amiante ou de coton de verre. L'appareil, purg^ de microbes, est chargé de 20" environ d'une liqueur putrescible stérilisée, et enfin abandonné un mois à l'élnve. Si rien o'csl venu altérer sa limpidité, si aucun dépôt n'est venu se rassembler au fond du vase, on le met en expérience de la façon suivante. Le petit ballon, rapidement Hambé, est fixé au-dessus du 8ot au moyen d'une pince en fer, de façon que la branche cd fasse environ un angle de aj" avec l'horizon el que la poinle a regarde en haut. A l'extrémité libre / de l'appareil, on adapte un tube de caoutchouc communiquant avec une trompe ou un appareil aspirateur quelconque. La pointe a chaufTéc est alors brisée avec une pince brûlante; l'expérimentateur se retire à ladisUDOSjj
DE LA RËCOLTK DES BACTËHJBS.
de lo" à 20™, el ouvre le robinet qui fail fonctionner l'aspirateur. La quantilé d'air dirigée à travers le ballon une fois passée, le robinet est fermé, puis rexptTimenlaleur se dirige vers l'appareil, scelle la pointe a, mouille la bourre c el projette celle bourre dans l'infusion en soufflant brusquement par i'extrémile ouverte /. Enfin, en inclinant l'instrument la pointe scellée en bas, il cbassc par une série de petites secousses tout l'air de la branche en S qui se remplit de liquide jusqu'à
l'extrémité de la pointe capillaire. Pas aa germe n'échappe à l'infusion, à l'exception cependant de ceux qui ont pu s'arrêter à l'estrémité de la pointe a fondue à la fin de l'expérience.
Ces manipulations extrêmcmenl simples une fois terminées, le petit ballon est placé à Téluve ; son conlenu s'altère ou ne s'altère pas, suivant que la quantité d'air aspiré est ou non chargée de microbes rajeunissablcs dans l'infusion. Le défaut de stabilité que paraît présenter cet instrument est compensé par le grand avantage qu'il a de rendre visibles les dépôts de micrococcus les plus faibles ; ces dépôts, tendant, en cifct, à gagner naturellement le fond du vase, s'accumulent souvent en totalité dans la
l4o CHAPITRE r.
branche recourbée oi!i il esl aisé de les recueillir pour les e miner, quand ils sont en très faible quantité; il suHit pour celfl d'enlever celle branche d'un irait de lime. Chaque appareil ielj verre sert en moyenne six fois avant d'élrc hors d'usage, ce quîl porle son prix de revient à o'^'', 07 par expérience, y cornpns bris accidentel ou volontaire d'au moins 5 pour 100 des lulmfj à houles (')-
II. — Des précautions dont il faut s'entourer pour obteninl des liqueurs parfaitement stérilisées par la chaleur.
Autrefois, on pensait qu'une éhuUilion de quelques mini; opérée ù 100", sullisail à détruire tous les germes vivants d'ui infusion, et c'est sur la foi de celte croyance que les hélérogé-I nistes Ncedliam, Mantegazza et Pouchet ont pu longtemps
(') Au prix brut de la verrerie viennent évidemment se joindre les b numbreui aéceailéi par la préparation da rnpservcs •ilcrilisi-'cs; voici, d' luei comptes de labnratoirc, te prix (le revicDt de iSooo lubcs à boule n (TuvrcA l'Observatoire de Montsituris pendant l'année 1SH1.
i> Aehjt de 3ioo tnbcs ï boule à o'',4o pijcc ti
Main-d'œuvre (appropriation des appareils nenfs et de ecuK
qui onl dÉjl servi. Stérilisation) g
Coton de verre 1
a* 36o'"di; bouillon de bccuf, soit go''* de viande à 3'' le kilogramme, a Main-d'icuvre {fabrication, neulrallaation, liltration da houil'
Ion) 1
3' 600 ballons i stérilisation de 730** i o'', 43 pièce a
Jtlain-d'ceuvrc (eHilage, cmplissage, stérili^tlun de ces ballons
scellés). 3
4* Remplissage tte 18000 tubes i boule . ^ 1
1600" de gai ù o'',ij le mélre culte
fsuredu mau'riel
Total
Avaol sa mise en expérience, chaque conserve stériliséa pourvue de to** 41 bouillon de bteuf revient donc environ i a'', ij. Les frais dei manîpu doivent priicéder les statistiques sur les germes de l'air tïeuiient, comi l'apprÉcier, une large place dans le prii de ce devis, dressa en perte pour t'a trepreneur qui voudrait se cliarger de l'irxécuter poncluellnment.
tenir leurs théories avec un semblant de preuvi
|iut échappera M. Pasteur qite cette supposition était gratuite
et contraire aux faits les plus vulgaires.
(1 J'ai reconnu, a dit ce savant, dans un Mémoire datant de plus de vingt ans ( ' ], qu'il était facile de communiquer à l'eau albuniineuse la propriété que possède le lait de donner des infusoires en présence de l'air, préalablement chaufTée au rou^o et après une ébiillilion de loo" : il suffit d'ajouter un peu de craie à la liqueur. Au bout de quelques jours, elle se trouble et se trouve remplie d'infusoires ; Valtéralton est fout à fait nulle si l'ébullition a été faite à iio". ii M. Pasteur a donc établi qu'une ébullilion de quelque durée sous la pression barométrique normale n'enlève pas à certains germes leur fécondité. lorsqu'on les chauffe dans des liqueurs neutres ou légèremenl alcalines, telles que le lait, l'eau de levure et l'urine neuUalii Le professeur Cohn, de Breslau('), et le D'W. Roberts ("} onl reconnu l'exactitude parfaite de ces affirmations et ont pu entretenir à l'ébullilion, pendant plusieurs heures, des infusions d< foin, sans parvenir à détruire les semences des microbes qu'elles fonservenl toujours, même quand on les jette sur plusieurs doubles de papier à filtre. MM. lîrefeld ( ' ) et Chamberland ( '^ ) i également vu les germes de plusieurs bacilles résister dans l'eau distillée à la température de 100° soutenue pendant plusieur.'^ heures. Aussi la plupart des savants acceptent-ils, comme une vérité parfaitement démontrée, celte faculté curieuse, sinon extraordinaire, que possèdent certaines spores de survivre à des chaleurs humides fatales à tous les êtres vivants. M. le professeur Tyndall {') croit au contraire qu'une ébullitton d'assez
(') Pis-rarR, Co'ii/iien reiiUwi des teances île l' .Unilèmie ilei Scienccu, l. I-, p. 8I9; i8fio.
('} CnB]i,âeiC. sur /iùit. der l'Jlansen. Danil II, \\ri\. i: \'A'fi.
<•) ItnREHTs. Philosophiral traïaactiom, \%',\.
(') RiEFKLD, SiUaiis'bfrichle der Geiellicliaft der A'aliti/orsrfic :ii Berlin, férrier 1876.
(') CnAKiutAXD, Comptes rendux des seanees de l'Académie des Sciences, t. I.XXX, p. Hng. 1879.
(•) TiiiiALL. les Microbes, iSfia.
courte durée suffît pour détruire absolument tout germe de bao^ térics, dans n'importe quel milieu, et attribue les insuccès de contradicteurs et les siens propres au peu de précautions dont OB use habituellemenL pour écarter les germes venus de l'exléricur. «Je crois, dil-il, qu'à cet égard quelques-uns de nos plus célèbres expérimentateurs n'ont pas môme la notion du danger inhérent i leurs méthodes. » Pourjuger de l'obscurité qu'un esprit émineni peut introduire dans les questions les plus simples d'une science encore dans l'enfance, il faut lire les Mémoires da M, Tyndall, écrits d'un style brillant et imagé, mais où 1«| contradictions se heurtent à chaque pas, où les idées les plus justes coudoient les idées les plus fausses, où enfin cet baliila expérimentateur cherche, sans v parvenir, à plier les faits à det idées préconçues; je dois, pour ne pas être taxé de sévérité
l'égard d'u
'ant aussi renommé, donner quelques-unes de se*
conclusions sur le sujet qui nous occupe. « La divergence, dit M. Tyudall, des résultats obtenus et des cITorls que je lis pour les mettre d'accord m'occupa trop longtemps pour pouvoir &tn rapportée ici; j'arrivai cependant à la conviction qu'a peu d'habitude cinq minutes d'ébuUilion devaient suffire, </aRfi tous les cas, pour stériliser l'urine neutrulisée ; mt'me dans leni état actuel (r^ju//<z/s absolument contradictoires), les expériences sont suffisantes pour permettre de conclure que la vie ob* servée dans l'urine n'est pas due ù la génération 5ponlBnéc(*).> Et plus loin, dans ce même Mémoire, devant les difficultés d'ol tenir des infusions de foin stériles par une ébuUition de cïnqi six heures, M. Tyndall ( '') ajoute : » Il est évident, d'après loot ceci, que parler d'une infusion comme étant stérilisée à antt température donnée est une chose sans signification aucune; car la température à laquelle un liquide quelconque est stérilîsé^ dépend du caractère et de la condition des germes qu'il contient, ij Oui, en effet, telle paraît être la vérité, et alors pourquoi l'urine, infiniment plus nutritive que les infusions de
<') Ti\oM.i., Us Microbes, \ (') Ibid.. p. 33a.
DE LA Sr^HIUSÂTIOM DES LIQl'ECRS. l43
fûio vieux ou jeune, serail-olle exclue des liqueurs difficiles i'i slériliser à loo"?
J'ai eu fréquemment l'occasion de vérifier l'extrême r(!-sistance (les germes des bacilles à une température supérieure à celle do l'eau houillanle. Je me rappelle avoir trouvé des spores d'organismes filamenteux capables de résister sans périr dans des infusions de foin acide ii la chaleur de io5" maintenue pendant deux heures.
Le aj février 1878, six matras, ajant contenu précédemment des infusions de foin altérées par un bacillus, furent rincés el nettoyés (opération qui ne saurait les purger d'une infinité do germes, contrairement à l'opinion de M. Tvndall qui pense M qu'avec une habitude suffisante cela puisse élre l'ail »), puis reçurent une infusion de foin fraîchement préparée, furent scellés et restèrent plongés pendant deux heures dans un bain de sel bouillant à id!>". Dès le 3 mars, l'eau de loin de ces six matras fourmillait de bactéries. Les matras, à leur sortie du bain, ayant été placés à l'éluvc sans être ouverts, on ne peut échapper ;V cette conclusion que certaines semences de scbizophytes soni capables de supporter sans périr, pendant cent vingt minutes, une chaleur humide de io5" sous une pression voisine de 2"°'. M. Tvndall ('), toujours disposé à trouver dans ses rechercher de Micrographie des causes d'erreur là où elles n'existent pas, condamne l'emploi des ballons scellés en ces termes :
H Celte méthode peut donner lieu à des doutes graves. L'air est emprisonné avec ses matières en suspension dans des ballons scellés, de sorte que la chaleur n'a pas seulement à détruire les germes de l'infusion, mais aussi ceux répandus dans l'atmosphère qui la surmonte. Or, il n'est pas du tout certain que lecsdurique suffisant pour détruire les matières en supenston dans un liquide agisse efficacement, lorsque les germes sont dilué» dans un gaz ou une vapeur; par conséquent cette chance d'erreur existe à la fois dans les expériences de Spallanzani de Needhani, deWyman, de Roberts et dans les miennes propres rapportées
l'(4 CniPITBË V.
ci-dessus, qui peut empêcher de connaître la limite csacle iêm résistance des infusions. En résumé, de telles opérallOOS ne sontl j)as susceptibles de nous indiquer avec cerlîtude la lempén lure à laquelle une solution est stérilisée, parce que les gvrmcl qui opposent la résistance à la stérilisation peuvent ne point api parlenir à l'infusion, mais h l'air nmliiant. »
Comment! M. Tvndall, TinvenLeur des chambres à air opl quement pur, laisse dans un bain à lou", pendant six heures, 1 des infusions dans des vases hermétiquement scellés, dont le volume de l'air emprisonné atleiuL à peine ao" à 3o", cl nous dit ensuite que les germes flottent dans l'atmosphère qui surmonte l'infusion comme les poussières charriées par le vent à travers l'espace! Mais cela n'est pas admissible. D'ailleurs, les craintes manifestées en cette occasion par M. le pro- i fesseur Tjndall s'évanouiront, je l'espère, quand je lui affirmé qu'il peut concentrer au-dessus d'une infusion de fots^ les poussières do loo'" d'air puisé au centre de Paris, saiM| trouver une seule spoi-e capable de se rajeunir dans ce i peu propice à l'éclosion des bactéries. Combien donc il < illusoire, dans ce cas particulier, de supposer l'existence ( microbes fécimriants dans une portion d'atmosphère deux tnill i\ trois mille fois plus petite I
Le meilleur moyen de stériliser un liquide a élr donné f M. Pasteur : il consiste à introduire ce liquide dai sphérique qu'on scelle et qu'on porte ensuite vers i ic A l'Observatoire de Montsouris, j'applique cette méthode dam toute sa rigueur, dans un bain chargé de chlorure de calcium ou d'azotate de soude; j'immerge les ballons et les ampoules remplis des liqueurs à priver de germes; quand cela est nécessaire, je les refoule dans la masse liquide au mojen d'un diaphragme percé de trous Ifi^. 54), et je les laisse ainsi pendant deux heures à iio". Une seule fois en cinq années, j'ai vn uftl ballon scellé de bouillon de IiŒuf neutralisé, infesté par dct'l germes de bacilles, résister ù ce mode violent de stérilisation; 1, 107^ et ioj''les insuccès sont plus fréquents; à ioo°iIsdevieDDeiitl la règle, quand on opère avec des liqueurs dépourvues d'acidilé^
DE LA STÉRILISATION DER LIQUEURS. l45
On volt cependant tous les jours des liqueurs portées quelques minutes â l'ébuUitton rester indélinimcnl limpides; l'urine de beaucoup de personnes se consene eu effet très bien après avoir été bouillie quelques instants, et l'urine également normale de plusieurs autres résiste â ce mode de destruction de germes ; ce qui lient évidemment à la présence dans ces urines d'une plus ou moins grande quantité d'acide urlquc, d'urée, de
principes salins, et surtout à la présence de germes introduits accidentellement dans ce liquide animal ( ■). Il est donc puéril de discuter longuement sur l'instant précis où un liquide de composition si variable cesse d'être apte au rajeunissement des germes des microbes maltraités par la température de 100°. La liqueur minérale dite de Cohn peut rester indéfiniment claire comme de l'eau de rocbe, quand on la soumet seulement quelques minutes à -«"-yS" : est-ce à dire pour cela qu'elle soit vierge
(') i'ai eu à ma disposition les urines d'uoc personne nttciolc de phymoais congénital; jamais je ne suis pnrvenu i les stériliser à roo', uprés aac ébulliliiin de cinq, dii! et mCmequinxe minutes; Tiltrée^sur l'amianLc, i la température ordinNire, ellci m sont coniervéei indéûaiment intacte*.
de genacif Soa sans dootert, poor If drinonlrcr, il suffit (T' verser «jnelqaes centimètres cubes de boaillon slérilisé à i lo^ tm toit alun des bacilles et d'antres organismes rourmiller daa le méUn^e des deux liqoenrs. ifnï seraient re«lée« séparémeot de U limpidité la pEus parfaite; d'autrefois le liquide de Cohn peni être privé de ger^xs actils, après une ébollitioti de (|uair heures à loo".
Le niicrograplic a donc à se préoccuper très sérieusement prcoiiêremenl, de U stèrilUation apparrntr dr- certains i lieux, caractërîséc par b peraumence de lenr limpidité ( si l'on veut, par l'absence des signe» pbtsîques de la put faction, et la présence de graines inaclivcs pouvant plus Urdj sous l'influence de modiCcalions multiples apportées aux n lieux, se réveiller et envahir les liqueurs considérées 1 toi comme privées de germes «ivants; secondement, de la siéri tisalion réelle des liqueurs nutritives, également c par un état parfait de conservation, mais où tous siint irrévocablement détruits. Si Ton néglige de tenir compiq de cette observation, la porte reste grandement ouverte aW illusions: les erreurs se glissent partout â l'insu de l'expi mentateur, et le découragement, compagnon Gdêle de l'iosucGl DO larde pas à se glisser dans son esprit et à lui faire abandonnl des travaux entrepris avec les meilleures résolutions. QucIqM exemples choisis parmi les faits de ma pratique feront < prendre combien îl importe de se défier des stérilisations ditd apparenles.
Voici, je suppose, de l'eau d'égout chauffée quelque» heun à 80° dans une ampoule hermétiquement close. La totalité li cette eau est introduite dans du liquide de Cohn privé de toK germe ù iio"; la conserve de solution minérale ainsi 1 imrncée est placée à l'éluve : au bout d'un mois rien n'est appan dans la liqueur. Tout semble démontrer, dans cet essai de c restée stérile, l'absence de tout germe vivant. Si l'on ensemenei alors plusieurs gouttes de celle culture négative dans do b Ion parfailement stérilisé, le bouillon se remplit de bacillei dès le lendemain ou le surlendemain.
SE LÀ STÉHO-ISArrON SES LIQUECBS. l^J
Dans un autre cas, deux conserves de loueur deCohn parfuitement limpides depuis un mois, l'une simplement bouillie, l'autre portée deux heures à i lo", reçurent, par l'intermédiaire d'un fil de platine rougi au préalable, les spoi-es d'une mucédinée cultivée à Fétat de pureté dans du moût de raisins chasselas
? Larda
s à se déveloi
.pper
furtemenl acide; la moisi
la même vigueur dans les deux vases ; mais hienlAt la liqueur de Cohn, simplement bouillie, devint le siège d'une altération intéressante, la moisissure s'étiola, te liquide devint trouble et, au microscope, la liqueur fut trouvée peuplée de bacilles; l'autre moisissure resta au contraire prospère, elle fructifia , son mycélium s'étendit en houppes élégantes dans la solution de Cohn restée d'une transparence ma^ifique. Quand, pour la première fois, je fus en présence de ce fait, je crus simplement à une erreur de manipulations; mais, en recommençant cette expérience, j'eus vite acquis la certitude que la moisissure jouait, â l'égard du liquide de Cohn simplement bouilli, le rôle des alcalins additionnés à l'urine acide dans la célèbre expérience du t)' Cbarltou Bastian , c'est-à-dire qu'elle modifiait ce liquide en y sécrétant un principe albuminoïde très favorable au développement des germes des bacilles non rajcunissables dans la liqueur de Cohn, pourvue de sa composition normale. Voilà un bel exemple de transformisme apparent d'une moisissure en bactérie. Si l'on lient à avoir des cultures non viciées par des causes d'erreur semblables, il est indispensable de chaufTer toutes les infusions à la température minimum reconnue capable de détruire sûrement les germes des microbes réputés les plus rélVuctaires k la chaleur humide. Cette température me semble voisine de i lo" quand on la fait agir pendant deux à trois heures. En dehors de cette notion, acquise pur une longue expérience, j'ai eu l'occasion de voir des germes de bacille résister dix minuti s dans
des a
iules de
1 plongées dans un bain de glycérine bouill
à 1 40°, et de vérifier avec le thermomètre que l'eau de l'ampoule où se trouvaient les germes se maintenait six minutes et demie â iSg".
Lors de mes recherches sur la résistunce des graines des
l48 CHAPITRE y.
schizoplijtes à la chaleur, j'ai observi^ un fait intéressant voii de ceux qui viennent d'être rapportés. Dans une ampoule d' d'abord privée de germes à 110°, je laissui tomber quelques gouttes d'un bouiUon trouble peuplé d'un mîcrococcus spécial ïi cellules elliptiques. Cette ampoule, maintenue pendant cent, vingtminutes à gS", température maximum de résistance de cei espèce à ta chaleur, eut son contenu dîsiribué dans six conser de bouillon Liebig neutralisé et six conserves de même bouilli non additionné d'alcali ; les six premières conserves seules s'all rèrcnl; apr^s des chaufTes exécutées successivement dans mêmes conditions, à 91° et 89", le niicrococcus se développa seulement dans les vases de bouillon neutralisé; à 83', I» douze conserves, neutralisées ou non, sallérèrent; ainsi des semences pleines de vie pour le bouillon privé d'acidilé sei blaient mortes pour le même bouillon possesseur d'une réaclîl légèrement acide. Avant la température de destruction ahsol d'un germe, il existe donc toute une série de températures destruction apparente de ce germe, variable avec la nature du quidc emplové au rajeunissement du germe chauffé. Ce Tail 1res remarquable; l'observateur ne doit jcimais le perdre la v
Cial
Inf
m. — Des liquides nutritifs stérilisés avec le secours de la chaleur. — Liqueurs dites minérales et bouillons divers.
Les liquides propres à cultiver les bactéries sont fort 1 breux; on peut actuellement les diviser en liqueurs minéralll artificielles, en infusions végétales, en décoctions de cliairn culaire ou bouillons, en liquides animaux extraits par des f cédés spéciaux de l'organisme des êtres vivants, en jus de viandi et en sucs végétaux, retirés par une expression énergique de H chair fraîche, de la pulpe des fruits, des feuilles et des tiges si ententes, qu'on débarrasse à froid de tout microbe en les fillr k la température ordinaire avec le secours d'appareils dont h description a sa place marquée dans le paragraphe suivant. Ici jfl m'occuperai exclusivement des liqucui's stérilisées par la chaleuT^fl
LIQUEURS HINËHALES. 1^9
Les premières liqueurs appelées minérales furent préparées par'M. Pasteur pour démontrer que la fermentation dite alcoolique s'effectuait enl'abseDce àe. toute matière plastique, contraîreinent à l'opinion des partisans de Liebig qui attribuaient à ces substances quaternaires, appelées hémi-organisées parM. Vremy, un rôle capital dans ces phénomènes obscurs et mal connus, désignés sous les nomsAc fermentation el de fiutré/action(^').En semant des globules vivants de levure dans un liquide ainsi composé :
Eau Uislillûe loo
Ceodrcs ci'un [,'ruinirii: île Ifvùri- 0,071
M. Pasteur se Gt fort de préparer une quantité d'alcool aussi considérable que Liebig pouvait raisonnablement l'exiger. Cette expérience, si aisée à reproduire, porta un coup funeste aux théories de la fermentation universellement admises à celte époque par les chimistes de toute nationalité.
La solution de Pasteur, très propre à nourrir les moisissures et plusieurs espèces de bactéries, qu'on y sème ù l'état tidulte, est bien moins favorable au rajeunissement des germes atmosphériques ; les éléments qui la composent sont trop brutalement minéraux ou cristallisés pour se prêter convenablement à la multiplication des bactjriens. M. Pasteur ne l'ignorait pas ; car, à l'époque où cette solution fut préparée, il usait, pour le rajeunissement des microbes de l'air, d'une décoction de levure dont la formule a été donnée précédemment à la page 80. C'est à l'usage trop exclusif du liquide minéral de M. Pasteur qu'est due la mésaventure arrivée au D'Burdon Sanderson, qui cbercha danp l'air, sans en trouver, des germes de scliiiophytes.
M. le professeur Cobn, de Breslau, modifia plus lardlasolution de Pasteur, en retrancha le sucre candi, évidemment trop favo-
{') ConsDltcr, pour pbé DU mènes, l' ouvrage fermentaliom, 1' f Jili
. ce qui a Irait à l'iiisioire et au mécanisine àc tei larquable de M. le prufcsseur Si^ h U tien berger. Lt» tH'fi, Germer-BailliÉre.
IJO CHAPITRE Y.
rable à la nutrition des mucédinées ; sa formule devient alors: