‹ Les organismes vivants de l'atmosphèreChapitre 19 sur 43 · BOUILLONS DIVERS · texte numérisé non relu

BOUILLONS DIVERS

pide des bouillons, mais on a reconnu (lc|)uis que les bactéries sont plus délicates, qu'il leur faut souvent un produit culinaire mieux soigné et de qualité supérieure; les germes des baclériums en particulier se rajeunissent difficilement dans les bouillons à préparation ex temporanée : ils lui préfèrent te bouillon de bœuffait avec soin el avec une vjande de bonne qualité. M. Pasteur a usé du bouillon de veau, de volaille, pour la culture de certains microbes virulents. Enfin d'autres auteurs semblent avoir pris à tâche de les multiplier à l'infini ( ' ].

Pendant fort longtemps, j'ai mis en expérience, à l'Observatoire de IVIontsouris, un bouillon tvpe préparé en dissolvant dans i'"' d'eau 5o*' d'extrait de viande commercial, connu sous le nom à''extractum carnis Liebig. La solution effectuée, on la neutralise à chaud par la soude caustique ; portée à l'ébullition et filtrée, elle doit se montrer sans action sur les réactits colorés. Ce bouillon, stérilisé à 1 1 o", fournit un très léger dépôt blanc, insoluble dans l'eau, que le microscope montre formé d'une poussière brillante à grains irréguliers, facile à distinguer des nnicrobes vivants et de leurs spores. Sous l'action de la lumière, ce liquide, pourvu après sa préparation d'une belle couleur rouge ambrée, se décolore de jour en jour et acquiert à la longue une couleur jaune très pâle, ce qui parait tenir à la présence d'une matière colorante instable ajoutée par fraude à l'extrait, dans le but de loncer ses solutions. Ainsi obtenu, le bouillon Liebig possède à 18° une densité égale à i,oa4-

Depuis dou7.e mois, j'emploie parallèlement à la recherche des germes almosphériques, avec la liqueur Liebig, un autre bouillon prépai-é dans mon laboratoire avec les précautions suivantes : pcn-

{') D«n» une seule expL-rience, on vi>it M. le professeur Tyndall employer des bouillons de baur, de veau, de ris de veau, de coq de brnyére, de canard sauvage, de moulon, de poulcl, d'ûglcCn, de lapin, de faisan, de lièvre, de bécasse, de perdrix, de pluvier, de sole, de mulet, de morue, de saumon, de merlan, de cœur, de foie, de rein, de rate, de foin, de navel, clc. Ce n'est assurément pas le moyen d'obtenir des résultats comparatifs dans les reeliercbes de mîcrograpbie atmosphérique, et il est asscE inutile d'épuiser la liste des dÉcoclioDs imaginables pour démontrer la non-réalité de la génération spontanée dans tes liqueurs putrescibles, purgées de microbes au préalable.

l5a CHAMTRH V.

liunl cinq lieiires on fuit décoder i '^* de chair musculaire maigre de bœuf dans 4'" d'eau; le bouillon, écume dès le dî'bul de l'éballilion, est laisséenrepos^après sa fabrication, dans un lieu fraîsju»qu'au lendemain, puis dégraissé et neutralisé à la soude caustique. Cela fait, on le porte dix minutes à l'ébullilion, on le filtre et on le ramène au volume de 4'" '■ 'l n*' reste pUis qu'à le distribuer dans des ballons de o'", 6, qu'on scelle et maintient pendant deun heures à iio". Sous l'action de celte chaleur, ce liquide, à peine coloré après sa préparation, se caramélise légèrement, acquiert une teinte indélébile, j-csle parfaitement limpide et ne fournit jamais le moindre dépôt. Mon préparateur, M. BeaoisI, à qui je dois l'obtention de ces décoctions magnifiques de transp»* renée, a reconnu que les bouillons de viande troubles, opalescents, lents à se clarifier, fournissant des dépôts même un mois après leur fabrication, sont toujours des bouillons mal dégraissés ou insulTisamment bouillis après la neutralisation, qot doit lonjoui-s précéder la filtration et qu'on voit alors s'accomplir avec la plus grande rapidité.

Ce décocté possède à ao" une densité voisine de ■ ,oo3 ; évtporé au bain-marie, il fournit par litre iS*' d'un extrait sec, ca* sant,enlièrementredissDluble,nongranuleux, transparent comnK la gomme arabique fortement colorée, d'un goût agréable, différant essentiellement de cette substance alimentaire déplorabta et antihygiénique, vendue, je l'ai dit plusieurs fois, suus le nom à'extrait de viande de Liebig.

En ajoutant au bouillon de bœuf to^*" de sel marin pai' lilr«f on obtient un troisième bouillon salé, remarquable par su sensir bilité aux germes de l'air ; sa densité s'élève alors à i ,oog.

Si, comme on doit le souhaiter, les recherches des niicrobtift de l'air acquièrent un dévelopjiement mérité, je ne saurais Irop engager les observateurs à spécifier, avec la plus grande rigueur, le mode de préporation et les qualités des liquides nutritifs mis par eux en expérience, de façon qu'il soit toujours facile de rap porter leurs résultats k une fiqueur type adoptée d'un commun accord ; alors, seulement, il sera possible de connaître, avec une exactitude sufiîsamment approchée, la distribution des germes

BOUaLOHS DITEHB. l53

daus les pays oà de semblables expériences seront exécutées et d'apprendre par là si l'état sanitaire des villes, des campagnes, des districts réputés sains et malsains, si les augmentations de la morbidité et de la mortalité sont eu raison directe de l'impureté de l'atmospbère.

On fonde aujourd'hui de nombreux observatoires météorologiques destinés à mesurer la température, la pression barométrique, la vitesse du vent, les hauteurs de pluie tombée sur le sol, à l'elTet de cataloguer avec soin des documents destinés ù servir de base à des découvertes futures encore fort problématiques. Récemment M. Dumas, pénétré de l'utilité des dosages de l'acide carbonique de Taii', émettait devant l'Académie des Sciences le vœu que ces analyses fussent multipliées et exécutées systématiquement dans des stations diversement orientées, comme l'exemple en est donné à l'Observatoire de Montsouris, où mon collègue et ami M. Albert Lévy a pu démontrer l'existence de variations remarquables dans te poids de cet élément normalement répandu dans l'atmosphère. Sincèrement, pcnset-on que, à calé des mesures du froid, du chaud et de la pluie, des indications sur la direction du vent et des nuages, des calculs du degré actînométrique et des variations de l'intensité magnétique du globe, etc., le dosage des microbes aériens ne puisse faire bonne figure et ne puisse surtout fournir plus rapidement des découvertes utiles que l'on semble résolu, en Météorologie proprement dite, à demander à l'expérience des siècles? J'ai l'espoir qu'on ne tardera pus également à fonder et à doter largement des observatoires appliqués à l'étude des microbes de l'air; je le souhaite vivement pour les progrès de la Médecine et de l'Hygiène. Écoutons encore une fois la voix autorisée du savant illustre créateur de la Théorie des germes, et tâchons de profiter de ses conseils sages et éclairés : n Je crois, dit M. Pasteur ( ' ), qu'il y aurait un grand intérêt à multiplier les études Bur les germes de l'air et à comparer dans un même lieu, avec les saisons, dans des tîcux différents à une même époque, les

corpuscules organisés disséminés dans ratraosphère. Il setnbl que les phénomènes de contagion morbide, surtout aux rpoi[uei| où rtignenL les niEdadies épid^miques, gagneraient à de^ IravauK poursuivis dans cette direction. »

IV. - De l'obtention des liqueurs animales et végétales stérilisées sans le secours de la chaleur.

La lempéraritie t'-levée à laquelle il faut soumetirc les inl'i sions, les jus de viandes, les liquides animaux, pour les prîvi de tout germe vivani, modifie profondément cerlains princijiea conlenus dans les liqueurs nutritives employées dans les laboni' loires de micrographie . On sait effectivement que plusieurs' substances albuminoïdes sont coagulées par la chaleur, ou se transforment sous son action en nouveaux, principes protéiques dont la putrescibilité est bien inférieure aux liquides frais retirés par expression des viandes et des tissus végétaux. Ce fait coitstaté, il paraissait désirable de reléguer au second plan les liquide) surchauffés, el de tenter la préparation de milieux nutritifs privé» de germes sans le concours de la chaleur.

On parvient aujourd'hui à ce bul de plusieurs manières ;■ I " en extradant directement les liquides animaux de l'organisme des êtres vivants et en écartant dans cette opération les causes d'erreur venues de l'cst(!rieur ; 2° en faisant digérer de la viande fraîche, des fruits et des liges de végétaux dépourvus de lenr, derme dans de l'eau portée au préalable à 1 lo"; 3° enfin en fil* Irantlesjus de viande et sucs d'origine végétale à travers ui

ubstatice poun

de poi

pour retenir rigourensd-

iiienl tout microbe ou loutgerme de microbe ('), C'est encoreit

(') En Allemaenc. <lais le laboraloirc de M. le professeur Kocli, on n«e d^n autre procédé de slérilisalion tlea liqueurs eoagulaliles par la ehalear. Hic* n'Ml plus simple : on prend du sérum de sang déBbriné; on le porte à une Unpérature iDférieure à 70*, de façon i tuer les bactéries adullea, saus dvtermiMr la solidification de l'albumine, puis on abaiiise de nout-eau la temptritarci *B<i de permettre aux spores des scliiiophyies de germer, de puser t l'âUt d^

UQUEURS STEBILISÉES X FROID. Ij5

M. Pasteur et k ses élèves que nous devons l'essai ei la réussite de ces manipulations délicates, qui ont enrichi nos laboratoires d'une classe toute nouvelle de milieux altérables très favorables au développement et à la culture des bactéries.

D^ns ses Htudes sur ia bière. M. Pasteur a reproduit, en 1876. la description des recherches effectuées par lui sur ce sujet en

863, C'est à ces études remarquables que j'emprunte la descrip- ;ion du procédé employé par ce savant « pour aller chercher dans

intérieur des êtres vivants, en pleine santé, tels ou tels maté-

îaux qui s'y rencontrent pour les exposer, dans l'élal même où

I vie les a formés, au contact de Pair pur ». il Dans ce but, écrit M. Pasteur('), je me suis servi d'un ballon en verre joint à un robinet de laiton par un tube de caoutchouc, comme l'indique la fi^. Si). Les deux branches du robinet ont environ o", 1 a ; celle qui est libre est un peu effdée, comme l'extiémité d'une canule. Afin de purger ce ballon de tout germe

plantcsfrèlcs.iju'onlaecn élevanlde nouveau [a température ïcrs70°,elainsi plusieurs fois de suite. Ce procédé de stérilisatiou, dont M. le professeu rTyudall a revend i[[Qé la prioriti! [I-cttre au professeur Huiley, i4 (éirier ti'^-j {Proceedùigt 0/ Ihe Royal Society; n" 178, 1877)], et décoré du nom de Afélhode du chauffage dacontina, a été emplujé de tonte antiquité par les ménagères soucieuse» de conserver jusqu'au leudcuiaiii te lait Irait de la rcille ou de l'u va al- Teille. Va théorie scientiBquc en est plaisante : on ordonne aux (rufs des microlies 4'avoîr A germer dans les douie ou vingt-quatre heures, de façon à pouvoir les occire tArenicai. s'ils donnent dans le piège qu'on leur tend. Comme ou suppose avec raison la présence dans les liqueurs de germes télus, endurcis ou indociles, on fait ane nouvelle sommation et un porte de nouveau Tinfusion A J'ébullitioo; pour plus de prudence, on en fait une tioisiAmc et une quatrième, ot le tour est joué : toutes les bactéries sont mortes victimes de leur imprudence. Mallieureusement pour la méthode du cbaulTage discontinu, il existe des germes avisés, dont l'évolution commence seulement i partir du cinquième, dn dixième et mâmc du trentième jour, et qui, loin d'être encouragés ii se multiplier par ces chaufTes successives, se renferment â chaque fois davantage dans leur vie latente de graine. Peul-ou iilors sérieusement compter sur ce mode de stérilisât ion?

H. Kocii a reneliéri sur M. TyndatI, en substituant i lu température de l'ëbullilion celle de 70". Pour prouver combien cette méthode est peu dablc, il me suffit de rappeler qu'il existe, comme je l'ai diïmonlrè vulgaires, pouvant très bien se multiplier au deli du cette lenipér.

(') Pisitrn, Ktiules sur la lAtri, 1H76, p. .'|fi.

CaAPITBE T.

OD fait communit|UGr l'eKlréniité libre de ce robinet de |

inlér

laitOD avec un tube de plaline fortement chauffi^, après avoir eu soin d'introduire dans le ballon une pcliie quanlîli!' d'eau qu'on r^-diiit en vapeur; puis on laisse refroidir le ballon, daus Irquel rentre l'air qui a passé par le tube cliaiid.

. Pasltfur pour stériliser Ic! ballons destin tes liquides animaux.

» On peut faire bouillir l'eau dans le ballon à une tcrapéralure 1 supérieure à loo", en adaptant à l'estréniilé libre du tube dcl platine un tube de verre recourbé à angle droit, qui plonge plus! oumoins dans unecuvelle profonde remplie de mercure {/î^. 56), | Pendant que l'eau est en ébullition sous pression, on sépare le | tube qui plonge dans le mercure : l'eau continuel bouillir duU ' le ballon à la pression ordinaire ; on laisse alors refroidir le ballon, qui se remplit peu à peu d'air porté à une température élevée, plus que suffisante pour hrAler toutes les poussières or^niqucs que cet air peut renfermer.

» Quand le ballon est refroidi, on le délacbe, après avoir fcnnC I le robinet, et l'on passe à la préparation d'autres ballons i blables. Il est utile de fermer le robinet du ballon lorsque \ft température de ce dernier est encore de quelques degrés dessus de la température ambiante : par cette précaution, l'airfl

LIQUEURS STÉRILISÉES À FROID. l5y

du ballon refroidi se trouve à une pression moindre que la pression extérieure.

» Dans l'intervalle de temps qui s'écoule entre la préparation d'un ballon et le moment où l'on s'en sert, il est bon de tenir la branche libre du robinet inclinée vers le bas, afin de garantir l'intérieur de son canal contre le dépôt des poussières extérieures.

Fi g. 56.

Cuve à mercure destinée à élever le point d'cbullition des liquides.

Quoi qu'il en soit, au moment où l'on doit mettre un ballon en expérience, il faut avoir soin de chauffer cette branche à l'aidr de la flamme d'une lampe à alcool.

» S'agit-il de l'étude du sang, on le prendra sur un anima) vivant, un chien par exemple : on met à nu une veine ou une artère de l'animal, on pratique une incision dans laquelle est conduite l'extrémité de la branche libre du robinet, préalablement

t58 CMAPITItE V.

chauffée et refroidie, qu'on fixe par une ligature dans la veine ou l'urtère, puis on ouvre le robinet : le sang coule dans le ballon; on referme le robinet, et Ton porte le ballon dans une étuve à une tempérdlure déterminée...

» Pour l'urine, on opère à peu près de la même manière. L'extrémité de la branclie libre du robinet est introduite dans le canal de l'urètre ; au moment de l'émission de l'urine, on tourne le robinet, et l'urine est lancée dans le ballon, qu'on remplit à moitié on an tiers environ. »

Après M. Pasteur, M.U.Gayon (')a pu, par un dispositif fort ingénieux, faire passer dans des vases de verre le contenu d'otufa frais qui se conserva plusieurs années inaltéré.

On doit à M. Chamberland la simplification des procédés précédemment décrits. M. Chamberland, pénétré avec raison dn nombre relativement faible des microbes atmosphériques, a publié dans sa Thèse de doctoral, soutenue au commencement de Tannée 1879, un mode opératoire propre à fournir des liquides animaux vierges de germes.

Voici, d'après cet auteur, la manière de recueillir du lait naturel privé de bactéries.

« J'ai pris, dit M. Chamberland ('), des tubes un peu étiré» et recourbés, comme le montre la (ig. S^. J'ai placé à l'extra mité de chacun d'eux un tampon de coton et je les ai tlumU* dans un fourneau û gaz. Les tubes sont retirés quand le coton t pris une teinte jaunâtre : tous les gei'mes sont alors détruits. Après refroidissement, j'ai enlevé le tampon de colon, flambé i la lampe à alcool la pointe étirée et introduit le lait directement, en approchant la pointe aussi près que possible du pis; le tube est incliné vers le bas jusqu'au moment de recevoir le lait, afin: d'éviter la chute des poussières de l'air. On ferme ensuite les tube* à la lampe et on les porte à l'étuve à a5".

» Généralement, au bout d'une huitaine de jours, on s'apef

(') U. Gno>, Altération spontanée des œufs. ïluae soutenni; a la Faruitt J (les ScLCiiMS tli: Paru, n- 303, 1873.

(*) C«AB»m..i»n, Hecherches sur l 'origine el le développement des orga-i nàmet mitroteopiques. ThOse o- 120, avril 1B79, page 5o.

LiyiEi

< STERILISEES A FROID.

laç,

çoit que le lail esl alléré dans quelques tubes (3 sur 12]; ilans les autres, ce liquide reste pendant plusieurs mois tout à fatl intact el fluide, connue lorsqu'il vient d'être irait ; il est 1res liïgère- □lent alcalin au papier de tournesol, bon au goût, et au microscope on ne peut constater la présence d'aucun organisme. » Le cliirurgien Lister, ajoute M. Chamberland, était aussi parvenu à conserver également du lait dans des vases flambés. Tous les expérimen la leurs habiles el soigneux y parviendront certainemenl, et je ne vois pas qu'il puisse être question de priorité en celte matière, après les expériences décisives de M. Pasteur, publiées en i863. 11 s'agit simplement ici d'expériences confirmatives,

autremcnl dit d'un but atteint isolmienl parla mise en œuvre de procédés plus ou moins pratiques, plus ou moins élégants. Celui qu'a employé M. Chamberland pour recueillir le sang circulant dans l'organisme me parait posséder à la fois ces deux qualités : a J'ai fait aussi, poursuit le même savant ('), quoique d'une façon incidente, des expériences sur la conservation du sang au contact de l'air. Le procédé consiste à l'aire passer le sang du corps d'un animal dans un appareil flambé conlenant de l'air pur et restant ensuite en communication avec l'air extérieur. On arrive très facilement A ce résultat avec des tubes de verre ayanl

(') Cn.iMnuuxti, loc. cit.. p 33.

iCo CHAnTlE T.

la forme indiquée par Idi/lg. 58. On flambe ces tubes dans un

fourneau a gaz aprè^ avoir mis un tampon de colon en a ; si Ton

«iisjKise d'un animal vivant, on meta nu une veine ou une artère

dan> laquelle on fait une incision et Ton introduit l'extrémité

4'(Tilée qu'on vient de couper et de passer dans la flamme. Le

>ang roule de lui-même; on peut faciliter son écoulement en

aspirant avec la bouche par le tube a\ on ferme ensuite reflî-

lure à la lampe.

Fig. 58.

Pipellc de M. Chamberland.

» Si Ton ne dispose pas d'un animal vivant, on prend le cœur d'un animal qui vient d'être tué. dans un abattoir par exemple, on perce la paroi à Taide d'un scalpel flambé et Ton plonge la pointe effilée préalahlcnient coupée et flambée. On aspire par le ïuhe Oy etc.. »>

Malheureusement le lait et le sang, applicables à des cultures de microbes spéciaux, se prêtent mal aux recherches statistiques des germes aériens; ces deux liquides, remplis de globules graisseux ou d'éléments cellulaires, déjà troubles ou coagulables. peuvcînt se peupler de certaines bactéries éphémères sans que l'observateur en soit averti. D'autre part, l'urine est réellemenl trop imputrescible ; beaucoup de germes ne peuvent y trouver les aliments propres à favoriser leur évolution première. Aussi ai-je eu la pensée d'utiliser à la fabrication des liquides nutritifs un procédé employé par M. Pasteur pour séparer des liqueurs altérables les microbes et germes qu'elles peuvent contenir. En

filtrant à travers du plâtre des cultures de bactéridie charbon- Deuse, ce savant a démonltL- que le Jlltraliim ohlGVU est alors impropre à communiquer le charbon ('). Cette expérience, signalée il y a plusieurs années par M. Pasteur, ne portait pas seulement un coup sensible k la théorie des virus plastiques, mais elle faisait prévoir encore qu'il serait aisé de stériliser, à la température ordinaire et par un procédé peu onéreux, les milieux altérables les plus variés. La sobriété de détails qui accompagne la Communication de ce savant sur ces sorles de lillrations m'a obligea multiplier mes essais pour arrivera un procédé pratique capable de fournir en quelques heures des quantités notables de liquide stérilisé à froid, et pour arriver à vulgariser l'emploi de ces liqueurs non chaulTées, dont l'usage ne s'est pas encore, du moins à ma connaissance, répandu dans les laboratoires de micrographie. Celle dernière considération me porle ii reproduire ici la description d'un mode opératoire qui a déji fiiil l'objet d'une courte Noie insérée dans le Bulletin de la Société chimique de Paris {')-

Un ballon à col long et légèrement conique est étranglé à son tiers inférieur {voir en A., Jig. 5g). Au-dessous de l'étranglement, on élire h la lampe une pointe capillaire effilée, p, de o",o5 à «"lOÔ de longueur; au-dessus de ce mémo étranglcnient,on dispose une bourre d'amiante convenablement serrée,^, sur laquelle on coule une couche de pUire gâché, (, de o", 07 à o",o8 de hauteur. L'appareil ainsi préparé est séché pendant une ou deux semaines à l'étuvo maintenue à 4o°i puis porté lentement à une température comprise entre 1^0" et 180°. Cette

(') • Dans ma Communication du 3o avril, j'ai dit que nous avions trouvi: un mode de Gllration (il consiste dans l'emploi du plâtre et de l'aspiration par le vide), et qui est si sOr que du sang charbonneux rempli de bactéridies n'en contient plus une seule quand il est fillré, ai (fermes quelconques, ce dont on ■ la preuve par rette double circauslance que le sang devient imputrescible au contact de l'air pur cl que, eaâcmcncé dans un liquide propre A la nutritiao des bacléridies, celles-ci n'appdraissent en aucune façon ». Pisted» et Joiibert. Comptes rendus des aéancet de l'Académie de$ Sciences, t. LXXXV, p. 101 .

(') Mioiu. et Bekoibi, Bulletin de la Société' chimique de Paris, t. XX\^', p. 5S3.

l63 CIUFITU Y.

dernière chauffe a pour Ijitl : i" de délruirc les germes répandtwJ à la surface interne du ballon, ceux apporlés par la bourre d'à- f miante, le plaire cl l'eau employée au gâchage; a° de recuire le < plâtre, c'est-à-dire de le ramener à l'étal de sulfate de chaux anhydre. En prenant la simple précauliun de f^celler la pointe . capillaire p du ballon avant de le soumettre à la leinpémturfl I élevée de 170* à 180°, il n'est pas admissible que la moindre J poussière puisse jamais s'introduire dans les parties de l'appareil I séparées du contact direct de l'atmosphère )iar le tampon de 1 plâtre dont il vient d'ôtre pailé.

Bxltons filirBleur^. <

Pour metirecn marche l'appareil liltrateur stérilis mence par imbiber d'eau le tampon de ^ypse recuit, (|ui, : l'action de ce liquide, s'hydrate avec un dégagement de chalenn sensible à la main. Celte humectation préalable a l'avanta^d rendre plus parfaite l'adhérence du fdlre au tube de verre et d chasser l'air des pores du plâtre.

Le Gltre convenablement imbibé, la pointe latérale de l'ap] reil est flambée, cassée et plongée dans un matras d'eau stérilisa à 110°. Par une dilatation ménagée on chasse 4o"à5o™ d'airdi

iiQnRuns STenitistES jI aprè^ refroidisscmenl, so

liallon, qui, après relroidisscmenl, sonl reinplaci^s pai volume d'eau mieroscopiquement pure.

Cette eau, portée à l'ébullitioii et vaporisée rapidement, s'échappe par la pointe latérale capillaire sous la forme d'un jel de vapeur silHaot et continu ; au bout de cinq minutes la majeure parlie de l'air du ballon est remplacée par de la vapeur d'eau, et il ne reste plus qu'à sceller la pointe capillaire /j, ce qui u'offre aucune difficulté. La vapeur, en se condensant, produit un vidc considérable : aussi les sucs ou liquides à stériliser amenés dans la tubulure de l'appareil pénètrent-ils dans le ballon b en suintant à travers le plâtre.

La Jig. 5g représente en \ un appareil en voie de fonctionnement; un large entonnoir c amène h la surface du plâtre la liqueur à débarrasser de lout germe, La même figure montre en B un second système différent du premier par l'adjonction d'un appareil réfrigérant destiné à suspendre la putréfaction des liquides mis en e:ipérience. Ces liquides, placés dans un cristallisoir V entouré de glace, sont conduits de là, par l'intermédiaire d'un ou plusieurs siphons, dans les tubulures d'un ou plusieurs ballons filtrateurs disposés autour du cnstallisoir. En hiver, on peut adopter le dispositif A; en été, surtout quand la liqueur altérable filtre lentement, le second, B, devient indispensable. Telle est succinctement la méthode h. suivre pour stériliser avec ces appareils n'importe quelle infusion uu quel liquide animal. Cet exposé serait cependant incomplet, si je négligeais de signaler à ce sujet quelques bonnes précautions à prendre et quelques écueils à éviter.

Voici d'ailleurs, dans leur intégrité, les conseils doni M. Benoist et moi faisions suivre noire Communication à la Société chimique de Paris. « L'une des premières conditions de réussite est de se procurer un filtre adhérent à la paroi du verre et suffisamment porcus. Pour avoir un filtre adhérent, il est indispensable de dessécher le plillre avec lenteur, de lui donner en outre litie certaine élasticité en lui incorporant une substance cotonneuse; l'amiante remplit convenablement cette condition. Pour avoir un Sltre filtrant, aulrenienl dit fonctionnant rapidcmcnl et

l6S CHAPITHB y.

capable (le retenir en même temps tout élément figuré, îl (ai que la quantité d'eau employée au gâchage soit bien calculée. S !e plâtre est en excès, les liquides ne passent pas ou n'arrivci dans le ballon qu'avec une extrâme lenteur; sï le plâtre n'e

pas en quani

tité suffisante, le Tillre

réduit en boui

germes ne sont pas retenus. Voici, d'après les recherches sp^ ciales de M. Benoisl, les proportions dans lesquelles doiv entrer les substances employées à la confection des filtres :

u L'amiante esl délojée dans l'eau et le plâtre incorporé [ à petit dans le magma semi-fluide qui en résulte. La composition ainsi obtenue, encore coulante et très maniable, n'opère sa pris qu'au bout de plusieurs minutes, en rejetant un peu d'eau.

11 Une autre cause d'insuccès provient quelquefois de la solfc bilité du plâtre dans les bqueurs. Les filtres dont la fabricaticM et le séchage ne sont pas irréprochables offrent un ou plusieoi points faibles par où le liquide semble passer de préférence {'Ja à ces endroits le plâtre ne tarde pas à être miné et creusé t herborisations parfois élégantes, qui acquièrent souvent i grande longueur et finissent par envahir toute la hauteur d tampon. L'opération esl alors manquée : le liquide pasae sans H filtrer à travers ces galeries sinueuses, en entraînant avec lui Iq germes qu'on voulait précisément écarter. Pour remédie mal, il suffit de saturer au préalable de gypse la liqueur i laquelle on veut opérer (*). »

La rapidité dclafiltration, qui est, comme cela vient d'être ri sous la dépendance de la porosité du bouchon de plâtre, est d même fonction de la viscosité du liquide à stériliser ; le sérum A sang, les sucs filants des végétaux, l'albumine d'œuf, etc.,

UQDBDaB STBUUSttS À FKÔÏb.

versent le plâtre avec tl'autunt plus de lenteur qu'ils sont moins étendus d'eau; les liqueurs animales tenant en suspension de nombreuses grunulatinns, ou des globules graisseux, filtrent difficilement ou pas du tout; parmi ces dernières, le lait, même mélangé de plusieurs fois son poids d'eau, occupe certainement la première place.

Dans la majorité des cas, l'urïne normale, les épanchemenls ]>albologiques non purulents filtrent dans un espace de temps variant de six à vingt-quatre heures ; il en est de même des jus de viande, des sucs de fruits, des végétaux herbacés étendu>

jdusîeurs fois leur volume d'eau. Avec l'albumine d'œuf naturelle, avec certains jus épais et muqueux, la filtration s'arrête bientâtou s'éternise. Heureusement pour l'observateur, l'emploi des sucs concentrés est rarement réclamé dans la culture des bactéries; au contraire, je puis affirmer que les liquides moyennement chargés de principes nutritifs sont plus sensibles que les jus de viandes et de fruits non additionnés d'eau ; cela s'explique peut-être par !a présence, à côté des substances plastiques putrescibles, d'une foule de sels et de matières exlractives acres dont le pouvoir antiseptique ne reste pas inactif. II sufGt d'ailleurs de rappeler que l'addition exagérée à lui-même d'un principe fernientescible fournit un milieu absolument inaltérable, comme le sont les sirops bien préparés et plusieurs extraits mous sur lesquels les moisissures les plus envaliissanies n'apparaissent jamais, à plus forte raison les bactéries (').

Aujourd'hui la stérilisation à froid des liqueurs putrescibles se

<■) Les quatre ou cinq pages qm précèdenl sont la rcproduPlion presque textuelle d'une partie d'un paragraphe publié riaas VAnnuaire de l'Observatoire (U MontiourU pour l'an i8Si, sous ce titre : De l'obtention de quelque! nouvellet liqueurs nutritives; depuis l'apparition de cet Annuaire et huit mois ■ près ma Commautratioa A la Société chimique, j'ai appris verbalemrnl qu'où usait dans le laboratoire de M. Pasteur de vases eo biscuit pour stériliser il (roid les liquides. Je regrette ;

■ ■ De ne pas avoir eu connaissance de ce procédé pour le citer;

1* D'ignorer encore le dispositif de M. Pasteur, employé i cet elTet, et dont j'aurais volontiers reproduit ici la figure;

]• Enfin de n'avoir pas su trouver dans [es Mémoires de ce savant quelques

pratique à l'Observatoire de Monlsouris avec l'appareil beaDcoup J moins fragile dessiné dans la fig. tio; il consiste en un vase da f cuivre rouge argenté de la forme d'un flacon à épaulemenl carré 1 et à laige col. L'ouverture de ce vase, garni d'une plaque annulaire | de bronze, s'adapte, au moyen de huit écrous, à une seconde 1 plaque portant un c^bndre très épais B, Icnniné à sa partie infé- 1

Appareil de MM. Miquel eL Benoist pour stériliser A (ruid les liquides pttUcMiiU avec le secours du vîilc cl des hautes pressions, (îguriî au J de grandeur-

rieure par un rebord intérieur, destiné à soutenir les diapliragmes métalliques, des tampons divers, des fromages de calcaire, tFai^ gile cuite, cimentés à la paroi du gros tube par des luis lasolu-

excmples de cultures encclures avec de» jus de viande privés par filLriUoa tout microbe.

Je n'ai jainais eu t'iatention de frustrer persan je fais juge le lecteur de la fiibte part qui me rei liqueur! stérilisées à froid. Cependanl M. Benoist

quelque mérite d'avoir coosarré de longs mois i perTectionDcr la filtntïoo liquides sur le plilrc, l'amiante, le papier, cLc., et d'avoir païsc deux iniiMt 1 mesurer le degré de sensibilité Je ces dites liqueurs aux germes atino^bériqucs, alors que personne ne les avait encore mentionnées et vraiscmbllblement pas obtenues.

LIQUEURS STËIIUSËES A PB

l>Ies, inaltérables à aoo" ; la partie supérieure du môme cylindre porte un second rebord de bronze, sur lequel vient s'appliquer un plateau C de même métal, muni .d'une tubulure destinée à conduire le liquide sur le filtre.

J'ai fait fabriquer par M. Golaz, constructeur de cet appareil, des cylindres de rechange, filetés intérieurement et dans lesquels on visse, avec le secours d'une clef puissante, un bouchon de bronze foré, à l'effet de comprimer éncrgiquement des rondelles de carton d'amiante, de papier fdtre ou de toute autre substance poreuse, inaltérables ou à peine touchées par la température de 180°; le bouchon reste alors à demeure jusqu'à la fin de'la filtration. Deux robinets sont placés sur cette bouteille, l'un R en haut, sur le col, est destiné à pratiquer le vide dans le vase ou à laisser échapper l'air; l'autre en bas, W, est all'ecté à la vidange du liquide filtré.

Le cylindre pourvu de son tampon bien sec est fixé à la bouteille en interposant, entre les surfaces appelées à adhérer, une rondelle de plomb; puis l'appareil est chauffé deux heures à 180°, les robinets R et R' étant fermés. Le vase refroidi, la douille du robinet U garnie d'un tube de caoutchouc et d'un raccord en verre contenant une bourre d'amiante stérilisée, on fait le vide en amenant en môme temps le liquide dans le cylindre B à la pression ordinaire ou sous une pression élevée, suivant la nature de la substance filtrante et du liquide à débarrasser de germes. L'opération terminée, le robinet supérieur R est ouvert avec précaution, puis on distribue dans des ballons stérilisés, par l'intermédiaire d'une canule métallique vissée au robinet R', le liquide filtré qu'on répartit plus tard dans les petites conserves à easetnencemenls.

Quelques objections peuvent être faites au mode de stérilisalion par filtration à travers le plâtre, mode que j'ai le mieux étudié; la principale repose sur la difficulté où l'on est d'obtenir des liqueurs exemptes de sulfate de chaux, c'est-à-dire non chargées par litre environ de a^' de gypse dont le pouvoir antiseptique n'est pas nul. Pour peser la valeur de celte objection, j'ai comparé d'un côté le degré d'altérabilité d'un bouillon salé

r68 CBiPlTBE V.

à 10 pour looo 1111 pouvoir nutritif d'un même bouillon salé salure de plâtre ( ' ). J'ai eu la salisiaction de trouver que la puLrcscibtlité de ces deux bouillons était fort voisine, abaissée à peine (le f pour le bouillon plâtré. Mes préférences sont cependant pour les filtres insolubles en biscuits, puisque cette substance esi «l'un bon usage, en amiante, en papier, en calcaire, en terre (le pipe, en argile cuite, ou toute autre substance poreuse naturelle ou de fabrication artificielle.

Enfin, je dois dire un mot d'un procédé beaucoup moins certain, susceptible de fournir -des infusions et des macérations stériles san^ employer la filtration et lu cbaleur; il

Appareil pour pn'pare

consiste à introduire directement, dans de l'eau privée d'oi^a- I nismes vivants, soit de la chair musculaire enlevée à un animal f sain, quelques minutes après sa mort, soit les parties char- j nues des fruits, des légumes verts ou tendres, des carottes, des I raves, des navels, des pommes de terre prélevées, comme je l'ai l fait, avec le secours d'emporte-pièces cbauffés, dont on vide ic J contenu dans des matras ou des ballons d'eau stérilisée, qu'on. 1 peut ensuite abandonner ouverts sur un plateau de verre dressé, f recouvert d'une cloche rodée {Jîg- 6i}. Ces expériences sonia

a gnluliilild du gypse dao

UQUEURS STÉRILISÉES A FROID. 169

souvent contradictoires : le liquide des vases se trouble et la putréfaction se déclare dans la matière organique mise à infuser; mais il est aisé de reconnaître dans la plupart des cas qu'il s'agit d'altérations dues à l'ensemencement fortuit d'un microbe : avec un peu d'habitude et de soin, on arrive cependant à obtenir un nombre de succès vraiment remarquable (gS sur loo); pour cela il faut opérer en plein air, après un temps pluvieux, loin de toute habitation, et éviter d'introduire soi-même par maladresse les germes qu'on veut écarter. M. Chamberland a pu, de son côté, obtenir des infusions de haricots frais retirés directement de leurs cosses vertes, intactes; bien avant nos expériences, M. Pasteur avait prouvé que le suc de raisin puisé dans l'intérieur même du grain ne renfermait pas le moindre organisme ferment. Je cite ces faits à simple titre de curiosité expérimentale , sans conseiller à personne de les appliquer à l'obtention courante d'infusions parfaitement stériles.

I. D« manipuUtîoDS qui précédent les recherches statisliqaes sur les bacl^rie», ~*- II. Ou procédé adopté à Montsauris pour compter les germes atmosphériques des schir.ophjtes; des prétendus nuages bactêridiquet, — III. De la durée d'incubation des germes atmosphériques et de l'aspect macroscopique des liqueur» altilrées par les bactéries nées de ces germes. — IV. De l'altérabilité des liqueurs nutritives. — V. Des culture» i VHut de pureté.

I. — Des maDipulations qui précèdent les recherches statistiques sur les bactéries.

Pour compter avec une approximation suHîsante les gei-mc? (les schizophytes répandus dans l'atmosphère, il faut avoir à sa disposition un nombre considt-rable de conserves altérables, de ta slérililé absolue desquelles on soil certain. La préparation de ces conserves, l'essai préalable de leur infécondité, puis plus tard leur ensemencement, leur surveillance el leur examen nécesaitent un laboratoire spécialement disposé dans ce but, de façon que toutes ces opérations puissent s'y accomplir régulièrement dans un ordre parfait.

J'ai décrit (p. i38) le petit lubc à boute employé à l'Observatoire de Monisouris pour recueillir les germes des bactéries, mais j'ai passé 1res rapidement sur les précautions réclamées pour son remplissage. Autrefois, je stérilisais directement le liquide nulntif dans chaque petit ballon, plongé en entier dans un bain maintenu à iio". Aujourd'hui j'opère autrement, sui' une plus vaste échelle, d'après un procédé créé dans les laboratoires de M. Pasteur, vulgarisé par ce savant et ses élèves : il consiste à priver séparément de germes le liquide nutritif et le vase destiné à le recevoir.

■ 73 CSAPITHE Tl.

Les tubes à boules, garnis de leurs bourres de colon de verr cl scellés par leurs pointes capillaires, sont placés au nombre A [[uatre cenls à cinq cents dans un fourneau à ga/. {/>§• t>a) em- ]>risonné dans un massif de maçonnerie, coiislruii de façon i

Fig. 61.

Dain d'air siurcliauflë ties laboiatoircâ ilu .Muiitïourii, m ^^ du grandevr.

iililiser la plus grande quantité de chaleur possible et à évite i'éckaufrementdc la pièce où il est placé. Les petits ballons di»"l posés dans la chambre centrale du fourneau sont portés pendant I quatre heures à aoo°; pas un germe ne survit jamais à l'actioi

FLA3tB4GE DES VASES. 1-ji

évidemment exagérée de cette lempérature. Je ne saurais néanmoÏDS trop engager les micrographcs à m'imiler sur ce point. Dès le début de mes reclierches, sur la foi de quelques auteurs, je chaufTai seulement pendant cent vingt minutes ces petils ballons vers rSo" : beaucoup d'entre eux étaient effectivement purgés de germes; d'iiutres, principalement ceux qui avaient servi à des cultures de bacilles, se troublaient spontanément aprèti avoir reçu le bouillon. Une fois, la lempérature du bain d'aïr n'ayant pas vraisemblablement atteint iSo", lao conserves furent mises hors d'usage avant tout ensemencement par te développement ultérieur de microbes. J'instituai alors une série d'expériences sur la résistance à la chaleur sèclie des germes du bacille vulgaire, qui se complaît dans les infusions de foin.

Dans un tube métallique adapté au réservoir d'un tliermomètre, je plaçai les germes de ce bacille desséchés auparavant quelques jours à l'étuve vers 35°. Dans quatre premières expériences, ces germes furent soumis pendant deux heures à la chaleur de iio". i3o", i3o" et i^o", et ne perdirent pas la faculté d'infester dès le lendemain le bouillon où ils furent introduits; chaulTés pendant un temps égal à 143", i4i* et i45°, les résultats se montrèrent encore positifs; mais, entre i^G" et i47", ces germes perdirent toule vitalité. II est donc prudent de porter au delà de i5o" pendant plusieurs heures les vases à stériliser, surtout ceux qui ont déjà conlenu des liquides altérés par des scbizomycètes.

Les tubes à boule chauffés et refroidis, on peut immédiatement procéder à leur remplissage. Les ballons contenant les liqueurs nutritives sont ouverts, débarrassés de leur col aussi bas que possible, puis inclinés de façon à conduire le liquide au bord de l'ouverture, où on le puise avec la pointe Qambée et cassée des petits ballons comme avec une pipette [Jîg- 63); l'inslrument à demi plein, on scelle immédiatement sa pointe à la flamme d'un bec Bunsen. Ces ballons soufflés ayant environ 5o°'' de capacité, o''',5 de liquide stérilisé suffit amplement pour en charger ao à aS. Durant celte opération, une seule porte reste ouverte aux gennes des bactériens. A mesure que le vase se vide,

,74 ™.Nt,. ,

ralniosphère s'y lulroduil lenlemenl pour remplacer le tiqaiA retire [lar aspiralion, en enlrainant avec elle plusieiirs germei qu'elle dépose à la surface de la liqueur. Aussi, sur cent coaserves préparées avec un suc émiDeminent altérable, on observa']

KiK- es.

aux laboratoires de Mont^ouris quatre à cinq cas d'infecUoD p les microbes ayant pénétré dans les conserves par celte voie; qui constitue, au total, un déchet de conserves relativem< ■ ilevé. Avec le bouillon Liebig et l'urine, la quantité des ballonl rendus inutilisables par les mêmes manipulations descend i

NUMERATION DES BACTERIES. fja

5 OH 6 pour I ooo, el les microphjles, agents de ces cas rares d'allérations, apparlîennent la plupart du temps aux mucédinécs. Si ces opérations de remplissage étaient clTectuëe.s à l'intérieur de Paris ou daas les salles des malades, on verrait certainement décupler ces cas fortuits d'infection. On a beau vouloir soustraire son esprit à celte tendance parfois illégitime de comparer un ordre de faits encore hypothétiques à un ordre de faits bien établis, il me paraît malaisé de ne pas voir dans ces sortes d'altérations de liqueurs nutritives une image de ces infections moins innocentes qui viennent assombrir le pronostic des opérations pratiquées dans les tidpitaux, ou même dans l'intérieur d'un«' grande ville.

Ces manipulations terminées, les tubes à boules sont rangés avec précaution dans des paniers el oubliés pendant, un à deux mois à l'étiive. Après ce laps de temps, on se livre à un tnage qui a pour objet de rejeter les conserves altérées au moment du remplissage; mon préparateur, M. Bonoîst, est assez habile pour obtenir j)^5 conserves de bouillon de bœuf, salé à i pour loo, intactes sur looo, dans une pièce où l'atmosphère titre en moyenne 3ooo germes de bactéries par mi^lre cube.

II. — Du procédé de numération adopté à Hontsouris pour compter les germes atmosphériques des schizophytes. — Des prétendus nuages <i bactéridiques »■

Devant l'impussibililé de calculer diiecteracnt au microscope le chilTre des semences aériennes des bactéiies, comme l'on compte avec une certaine approximation les globules répandus dans ie sang, ou les spores de moisissures mélangées aux poussières, il faut nécessairement avoir recours à un procédé indirect, aveugle au moment de l'eupérience , mais dont l'exactitude est justifiée ultérieurement par les résultats qu'il fournit.

Soit un volume d'air égal a lôo''*; soit, d'autre part, 5o conserves de bouillon stérilisé; si, par une manœuvre déjà indiquée (p. i38), on introduit séparément dans chaque vase toutes

, il est certain qa^ " (l'air ont été di%

176 CIIAPITRK Tl.

les poussières d'un volume d'air égal ( tous les corpuscules conlenus dans ces tribués sous un poids à peu près identique dans les conserves bouillon. Supposons que g de ces conserves se peuplcol d< léries et que les 4 ■ autres restent indéfiniment de la plus parfaîl limpidité, n'esl-il pas évident que i5o''' d'air rentennaienl moins 9 germes de schizophytes, soit, par mètre cube, 60 térîens?

Si la même expérience, recommencée le lendemain, provoque l'altératioa de a4 conserves, ce qui équivaut à 160 bactérien* par mètre cube, n'cst-il pas certain que l'impureté de l'air B presque triplé? Si enGn, le surlendemain, 48 deces 5o conservi toujours ensemencées individuellement avec les poussiùres dfij ,'i''' d'air, ne résistent pas à riiileclion, peut-on douter qu chiffre des bactéries aériennes (3ao par mètre culie) ne se eonsidérablement accru dans le lieu de l'expérience? Si cela incouteatable, la métbode des ensemencements fractionoés poussières atmosphériques est applicable au calcul des geri des bactéries charriées à travers l'espace.

J'ai cru cependant nécessaire d'introduire dans le mode d'expérimentation précédent une simple modification qui me semblr en augmenter la rigueur. Suivant les jours et les saisons de l'année, il m'a paru avantageux de faire varier le volume de l'air dirigé à travers les conserves de façon à obtenir approximativement chaque fois le même nombre de conserves altérées, antrement dit, de réduire le poids des poussières ensemencées di manière à déterminer l'altération d'un nombre presque égal di lubcs à boule par des volumes d'air variables.

En nous reportant à la dernière expérience précitée, donné 48 conserves altérées sur 5o (c'est-à-dire Sao bacl par mètre cube), je considère comme inliniment préférable Je réduire de 3'" à 1'" le volume de l'air dirigé dans les petits ballons, de façon i obtenir seulement i(> conserves infectées sut 5o, ce qui donne également le chiffre de Sao bactériens par mètre cube d'air, La raison de celte préférence est aisée J saisir; car moins il se développe de bactéries dans le contenu

KUUËRATION DES BàCTËHIES. 177

(les tubes à boule, plus on acquiert la ceriitudc d'avoir reçu dans cbacUD des balloas altérés un j^erme unique de schizopb^le; si tous les ballons montrent des microbes, il est forl probable que plusieurs germes ont été introduits dans la même conserve : les résultats de la statistique sont alors trop faibles ; sî aucun ballon ne se peuple de microbes, rien ne fisc l'observateur sur le chiffre approché des germes atmosphériques.

L'expérimentateur adonné au calcul des bactéries aérienne!^ est donc obligé de connaître approximativement à l'avance le degré de pureté ou d'impureté de l'atmosphère soumise à ses investigations, ce qui l'oblige à se livrer à quelques essais préliminaires, toujours de courte durée, quand il est édifié sur le nombre mo^en des germes répandus dans l'air d'une région déterminée, sur la sensibilité des liqueurs mises par lui en expérience et sur les causes les plus manifestes des crues et des décrues des microbes D'ailleurs, l'observateur ne tarde pas à être averti de la trop grande ou trop faible quantité des poussières ensemencées, par le chiffre sans cesse croissant ou décroissant des conserves devenues fertiles; aussi les résultats précédemment obtenus le guident-ils dans une certaine mesure, en lui permettant de suivre pas à pas l'envahissement de l'air par les bactériens. Habituellement cet envahissement est progressif, mais ladispalïlion de ces êtres inlimes peut s'accuser avec beaucoup plus de brusquerie; une pluie de quelques millimètres sufiit pour purilier l'air, et s'opposer pendant quelques jours à une nouvelle recrudescence de microbes.

Dans le calcul des bactéries par l'ensemencement fractionné des poussières de l'air, on suppose les germes répartis d'une manière uniforme dans le milieu ambiant, ce qui généralemeni est confirmé par les faits : ainsi quatre à cinq groupes d'expériences réparties dans une même journée et effectuées au même lieu donnent des résultats à peu de chose près identiques, si la force et la direction du vent sont peu variables et surtout si l'atmosphère n'a pas été dans l'intervalle épurée parla pluie ou la neige; il n'en serait assurément pas de même si l'on admettait dans l'atmosphère l'existence constante des nuages de bactéries

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