CI1A?1TRE VI
créés par l' imagination trop fertile de quelques auteurs. Il y d'apréa mes recherches, uuages de bactéries là où il y a auagt de poussières; les expériences d'ensemencements pratiquées a voisinage d'une route poudreuse ou dans une rue balayée par un vent violent accusent en effet dans l'air une foule de germes de bactéries ; mais, en dehors de ces cas eiiceplionuels, l'okservalioiL J est loin de conlirmcr l'existence d'une collectivité de germeif voyageant à travers l'espace, comme un troupeau d'oies sauvsgM-J guidées par l'instinct. Pour ma part, je ne crois pas aux nua| des bactéries, dont je compare l'existence éphémère à la f échappée des usines diluée dans l'atmosphère, au fur et à m qu'elle s'échappe du fojer qui la produit, surtout si le venta quelque force. M. le professeur Tyndall est, au contraire, grand | partisan des nuages bactéridiques (sic) et, pour démontrer leur J existence, il a inventé \e plateau des cent tubes.
Ce plateau est une sorte de damier percé de cent trous, dam il lesquels s'engagent cent tubes à essais renfermant des iiifusioDi J diverses (de foin, de navets, de bouillon de bœuJ, sans dout» 4 pour rendre les résultats moins comparables) rftjr/ots 6oui7/i«f. J On suppose d'abord, ce qui est absolument gratuit, qu< infusions sont parfaitement Stérilisées, puis ou place ce pla dans une salle de laboratoire, et l'on va tous les jours, à pas d loup, enregistrer le degré et la nature de l'altération ! dans ces cent tubes grandement ouverts; après cet inventaire pi» tiqué sept à huit fois, les tubes sont devenus évidemmenl ti li'oubles, soit par le fait de la chute des germes dans les tubes, I soit par le défautde stérilisation, soit par l'apport de poussiërM'l dû à l'intervention si fréquente cl si intempestive de l'expéri- I mentateur; mais attendons, le moment des conclu; arrivé : « Nous pouvons déduire, avance M. Tyndall ('), de U I façon irrégulière dont les tubes sont attaqués, qu'à l'égard dck 1 quantité, les germes ne sont pas distribués d'une manière uni- I forme dans l'atmosphère. Un tube sera, par exemple, d'un jour I en retard ou en avance sur ses voisins. En outre, le chois, entre I
NUKËRàTIOH dis BACTËRieS. 179
tous, d'un tube par les bactéries quî développent un pigment vert, ou inversement, nous montre également qu'à l'égard de la qualité la distribution n'est pas non plus uniforme. Il semblerait aussi qu'un manque d'uniformité prévaut à l'égard de Véneigip vitale. Dans quelques tubes les mouvements des bactéries sont extrêmement lents; dans d'aulres, inversement, ils ressemblenl à une pluie de projectiles si rapide et si violente que l'œil ne peut les suivre qu'avec difficulté. Pesant bien toutes ces considérations, j'en arrive à conclure que les germes Jlotlent dans l'atmosphère par groupes et par nuages et que constamment l'air charrie un nuage différent du précédent : par conséquent, kcontact d'un fluide nutritif avec un nuage de bactéries doit amener un résultat tout autre que son contact avec l'air stérile compris entre deux nuages consécutifs. Mais, de même que dans licas d'un ciel pommelé les diverses parties du paysage sont successivement visitées par l'ombre, de même à la longue les tubes de notre plateau sont Inucbés par les nuages de bactéries, d'où résulte une fertilisation 00 infection finale. )i
Il faut, il me semble, tenir peu compte des difficultés réelles qui entourent la démonstration de la vérité des faits en micrographie, pour ne pas craindre de fonder, sur une expérience viciée par toutes les causes d'erreur possible, des conclusions où la fantaisie pure s'étale d'ailleurs depuis la première plirase jusqu'à la dernière. Ainsi le plateau des cent tubes, ou paysage, est visité successivement par des nuages de germes de la grosseur d'une aveline, qui laissent tomber en passant un microbe, quand, poussés par les courants, ils ne s'engouffrent pas en entier dans les tubes béants. Mais ces nuages si bien formés, sî homogènes et tels que chacun d'eu\ diffère du précédent, d'oi'i viennent-ils? Est-ce des poussières des habitations si souvent brassées par les nettoyages? est-ce de l'air extérieur, où ils voleraient comme les cristaux agglomérés des flocons de neige, ou des graines à aigE'ctIcs des a^vnant/ierétfs, enchevêtrées les unes dans les autres par leurs poils soyeux? Il faut toujours se défier des (1 Rois de lumière » apportés par l'imagination el abandonner sans regret, sî belle qu'elle soit, une conception
CnAPlTBE TI.
contretliie par les faits. M. Tjndall, au contraire, veut trouver dans les expériences de plusieurs autres savants une confinnalion de l'existence de cesdJts nuages. Dans te paragraphe xxvii du Chapitre II de son Ouvrage les Alicrobes, intitulé : Quelques expériences de M. Pasteur; leurs rapports avec les nuages de bactéries, M. ïjndall rapporte les faits suivants : « Le a8 mai 1 860, M. Pasteur ouvrit, sur une terrasse située au-dessus du sot, quatre fioles contenant de l'eau de levure; jusqu'au 5juin, elles ne subirent aucune modification. A celle date cependant, une touffe de mycélium apparut dans l'une d'elles. Le 6, une autre fut obsenéc ilans une seconde fiole. Les deux fioles restantes demeurèrent intactes et sans organismes. Le 20 juillet, il ouvrit dans son propre lahoratoire six fioles contenant de l'eau de levure ; quatre d'entre elles restèrent parfaitement inlacles, tandis que les deux autres se chargèrent promptemenl de bactéries : de ces observations, M. Pasteurconclut à la non-continuité de la cause à laquelle cette soi-disanl génération spontanée était due. Celle conclusion est tout à fait d'accord avec la notion des nuages bactéridigues , telle qu'elle résulte de mes expériences. En réalité, M. Pasteur ouvrit quelquefois des fioles au-dessus d'un nuage de bactéries et oblinl ainsi la vie; parfois il les ouvrit dans l'intervalle et arriva à un résultat négatif. » J'ignore si M. Pasteur croit à l'existence des nuages bactéridiques, mais tous les travaux qu'il a publiés sur les germes de l'air ne font pas mention de l'existence d'essaims de bactéries voj'ageant dans l'espace sur l'aile dei vents. Au contraire, pour récolter les espèces à l'étal de pureté,, c'est-à-dire un seul garnie de moisissure ou de bactérie, M. Pkt>l leur a proposé le procédé des ballons scellés, pensant évidemment saisir au hasard une graine microscopique en suspension rlans le lieu de l'expérience et non engloutir dans le vide des ballons un bataillon bactéridique. A la rigueur, j'admctlrai les nuages de bactéries d'Ehrenherg, chassés au loin par les courants atmosphériques, comme les poussières de l'Etna et da Vésuve, les nuages de sédiments terreux soulevés par le vent s'abattant sur des marais desséchés ou des terres très friables: mais les nuages miniatures de M. Tyndall, je ne les comprend.*
DURËE D'mCUBATIO:f DBR GEROES.
pas, et, poiir démontrer leur existence, il sera bon, je ci-oîs, (J'instiluer un ensemble d'expériences un peu plus précises que celles donl l'exemple nous esl donné par le damier aux ceni tubes.
On peut faire aux ensemencemenls fiaclionni'S des poussières utmospbériques plusieurs objections parfaitement justes dont la principale repose sur la distribution inégale des corpuscules dans un volume d'air donné;aussi faible qu'on le suppose, le poids des poussières înlroduiles dans un seul ballon peut renfermer deux, trois ou plusieurs germes de la même espèce qui ne sont, plut^ tard, comptés que pour un seul. Quelquefois aussi plusieurs spores diverses peuvent adhérer ensemble, et celle qui germe le plus tôt peut entraver le développement des autres, en envahissant rapidement le milieu où elles sont semées en bloc. Souvent il arrive aussi que l'air abondamment pourvu de graines de moisissures en apporte plusieurs espèces capables de croître dans le bouillon neutralisé, d'absorber rapidement l'oxygène dissous dans le liquide et de priver ainsi les germes atmosphériques des baclérics d'un élément nécessaire à leur éclosiou. Généralement cependant, les moisissures croissent lentement dans le bouillon privé de toute acidité et les bactéries prennent vite le dessus. Ces causes d'erreur, dont il ne faudrait pourtant pas s'exagérer l'importance, tendent à fournir des statistiques de germes audessous de la réalité, sans enlever à ces statistiques leur mérite ]c. moins contestable, celui de fournir des données numériques parfaitement comparables. Nous verrons d'ailleurs bientât, combien est autrement grande l'influence exercée sur ces chiffres, par la nature du milieu uulritil em|)luyé au dénombrement des germes.
in. — De la durée d'incubation des 'germes atmosphériques et de l'aspect macroscopique des liqueurs altérées par les bactéries nées de ces germes.
Les conserves altérables , parcourues par un volume d'airjugé convenable, sont placées sur des supports {/Ig. Ci-i) et rangées
méthodiquemeat sur des élagères d'une vaste étiive cliauffée4 constamment en toute saison entre 3o" et 35°; le réglage à i" ou 2° près de la température de IVtuve n'a pas ici une 1 grande importance ; car les schizophytes appelés à s'y développa
sont d'origines diverses, par conséquent inégalement sensible! •d l'action de la chaleur : les uns, comme les bacténums, s'accot modem volontiers d'une température de a5" à 3o"; d'autreSil comme leâ bacilles, peuvent fort bien se développer à ^o", 5o^ el j'ajouterai à 70", comme je l'ai démontré ('), il y a quatre a
(') 11 existe dans la nature au moins an bacille oa ane baeléridie immobill'j po&ïédant la Taculté remarquable de vivre el de se moltiplier entre 70* et 71* ] dans te bouillon neutralisé, c'est-à-dire i5* aii-dc^sus de la température e< li^ine de r<:-Mstance assignée par M. le proresseurCohn, de BreslBn,ani ut»i togtaei adultes : u A uoe température de 5a* à 5j', dit expressément ce H>*aV J toute reproduction et tout développement de bacille cesteot : il ne se lonot ■Pj pellicules ni spores, les filaments errants et en voie de croissance sont tn tes spores, «u contraire, conservent (pour le moins dix-sept heures) la p priété de germer. > ( Conn, Beilr. zur Biol. der PJtanzen, Band II, p. 171 .) OéM J des recherches eflectuées en s%-,^ et rapportées i^n décembre 187g [Balteîin 4 la StatUtique municipale de la Ville de Pari», p, 673 1, j'iinnonçaï pnnr II 1 première fois l'existence d'une espèce singulière de bacille vivant el se sc~ parisant A une température dépassant de i5° celle qui provoque la roagulatioD J de l'albumine d'œuf. « Au delà de 71°, disais-je, le bacille filameatcux végtia ' 1res péniblement^ i. 73°, il ne parait plus se multiplier, a Dans VAnnuaire 4e
DUBÉE d'incubation DES GEHXES. l83
Je crois utile, toutefois, de soumettre les liqueurs easemencées à la température de 3o° â 35", qui paraît iavorable au développement de la majeure partie des bactéries. Quand le fractionnemcnt des poussières dans les conserves a été bien conduit, on ne tarde j>as à voir une partie d'entre elles présenter les signes manifestes d'une aliéralion ; il est assez peu fréquent de voir ces signes apparaître après une incubation de vingl-qualre heures : c'est surtout vers le deuxième , le troisième et le quatrième jour qu'ils sont visibles à l'œil un peu exercé. Le Tableau annexé à ce paragraphe donne une idée très exacte du temps d'incubation dea germes aériens des bactéries; ce temps est fort variable, ce qui semble devoir être attribué à l'élat de conservation plus ou moins parfait du germe mîcrobtque inlrodiiit par le basard dans le liquide des conserves. Il est très rare de voir les germes des Iwiclériesdemandcr plusde trente jours pour se rajeunir; cette limita n'a cependant rien d'absolu, et, quand on prend la simple précaution de garder pendant six mois ou un an des milieux nutritifs ensemencés par les poussières de l'air, l'eau de condensation, l'eau de pluie, on peut voir plusieurs d'entre elles s'altérer après quarante, soixante, cent jours et même sis mois ; cela arrive une
MonliùUrU pour l'an 1881, je suis revenu «iir ce fait extniordiDBÏre; après des recherches thermo m étriqués 1res précises et des cultures opârdes au »eîn de ■nttssn liquides chauffées sans variations appréciables de température, pendant ptusieur» jours, j'acquis alors la coniictïon que ce bacille rcsaait de vivre ou du moins de se multiplier, quand les thermomètres plongé» dans l'intérieur de l'inrusian et dans l'atmosphère située ao-dessus d'elle donnaient une moyenne tré» voisine de 71°, leur écart étant à peine de quelques dixièmes de degré.
Une année après la publication de ces premières eipériences, M. Van Tiegbcm communiqua A la Société botanique de France, en janvier 1881 {BulUlin de la Société botanique de France, p. 35), un travail Sur leëbactériacées vivant à la température de 74° centigrades, oii il signale l'eiistence d'un micrococcus et d'un bacille immobile, jouissant de la propriété d'être réfraclaires â 1b chaleur humide de 74° . ■■ ^1 ^oiti ijoule M. Van Tiegbem, après avoir mentionné mes travaux sur ce point, que les deux plantes citées pins haut dépassent notablement la lioiile de 73', et il est i croire qu'on en trouvera d'autres capables de se développer i des températures plus élevées. » Je ne partage pas, i ce sujet, les espérances de M. Van Tiegbem ; après de nouveaux essais pratiqués sur les organismes bactériens les plus variés, avec les liquides nutritifs les mieuK neutralisés, je u'al pu réussir i faire germer des microbes au delt de 7a- â 73» C.
l84 CHIPITIIE TI,
fois sur cinq cents ensemencements devenus ferlîles, ce qui, e somme, a une influence peu appréciable sur les résultats gén^l raux de la statistique des germes, basée sur le chilTre des c serves aliérces après le trentième jour. Celte limite me paraît ï de rigueur, car le Tableau de la page 1 85 monire que la cinquan- 'I lième partie des tubes ù boules s'altère dans la seconde quinzaine qui suit la date de leur mise en expérience; à l'Obser- I vatoire de Montsouris, c'est vers le quarantième jour que je j supprime définitivement les conserves dont l'altération paraît i nuUe. ■
En examinant avec attention les chiffres inscrits dans ce m£mc Tableau, il semble ressortir d'abord que les germes récoltas à l'air extérieur, au parc de Montsouris, puis à la rue de Rivoli, sont doués d'une vitalité inférieure aux germes répandus dans l'atmosphère des salles des hôpitaux; cela tient peut-être h la i conservation plus parfaile des spores soustraites aux intempéries des saisons, peut-être à leur jeunesse, c'est-à-dire à b' proximité des foyers d'où elles émanent, pcul-êlrc enfin à la dés»- I grégalion moins parfaite des pellicules, des zooglica, autrement dit, au groupement de plusieurs germes en une seule molécule. La dernière colonne du Tableau, en tenant compte de ces particularités, donne avec exactitude la durée moyenne d'incubation i de looo semences de bactéries rajcunissables dans le bouillon I Liebig, de densité égale ù 1,034. ^i ^^^ liquides dépassant en i sensibilité ce dernier bouillon peuvent accuser un plus grand ' nombre de germes dans l'atmosphère, chose intéressante, ta durée moyenne d'incubation de ces germes reste fort voisine \ des chiffres déjà doumas. Cela peut s'expliquer, je crois, ra supposant dans l'air l'existence de spores de microbes à tous le» J degrés de vitalité, et en admettant dans les liqueurs fort sensibles lu présence de principes réconfortants capables d'étendre leur action fécondante sur des semences mortes depuis longtemps pour les liqueurs peu altérables; celte action, pour être 1 pfBcace, demanderait une incubation sufFisammenl prolongt exactement représentée par l'action des bouillons à sensibilité J obtuse sur les mêmes graines plus vivaees.
DURÉE ]>*INCUBàT10N BBS GERMES.
Durée d'incubation des germes atmosphériques des schizophytes.
Bactéries récoltées.
Rue de RlToll.
DdplUl de la Pitié.
Chiffres moyens .
Un mot maintenant de la physionomie des liqueurs altérées par les bactéries des sédiments atmosphériques; trois choses peuvent se présenter :
i86 dtÂPiTii Ti.
i** Le liquide conserve sa limpidité, mais on ne tarde pas a voir apparaître, à la partie inférieure du vase qui le renferme, un dépôt plus on moins volumineux ;
2^ La liqueur se trouble d'abord uniformément, puis on con- >tate suivant les cas Tapparition d'un dépôt ou d'un voile;
3'^ Le contenu des petits ballons reste parfaitement transparent, mais il montre des nuages blancs, légers, formés par des mvcéliums soveux qui peuvent envahir toute la masse liquide, des houppes plus ou moins denses diversement colorées, uniques ou au nombre de deux, tmis, quatre et davantage. Les organismes qui présentent cet aspect appartiennent généralement aux moisissures: il faut en excepter cependant plusieurs microbes filamenteux groupés en houppes serrées, ressemblant à certaines substances chimiques cristallisées, comme la leucine et la tvrosine impure. Dans beaucoup de cas, les moisissures \'iennent fructifier à la surface de la liqueur en donnant naissance à des efBorescences verdàtres, jaunes, noires, roses, blanches; mais, dans beaucoup d'autres, rien de semblable n*apparaît, le mvcéliom s'arrête dans sa croissance, puis dépérit et donne parfois, en se segmentant, un dépôt léger formé de cellules bourgeonnantes elliptiques ou circulaires: il est néanmoins utile d'examiner ces dépots, simulant ceux qui fournissent les micrococcus et où parfois des microbes se développent à côté des conidies. D'ailleurs il est assez fréquent de voir le liquide, d'abord envahi par les mncédinées, se troubler sous l'action des bactéries; plus rarement les moisissures se montrent là où les bactéries se sont établies, même pour un tem[)s très court; il s'agit ici, ne l'oublions pas, de conserves ensemencées avec une quantité impondérable de poussirrcs et soustraites après cette opération à la chute de toute impureté.
Les dépots qui apparaissent dans les conser>'es altérées ont des aspects fort divers :les uns ressemblent à des précipités chimiques lourds; d'autres, au contraire, s'étalent en réseaui fîgurant des toiles d'araignée grossièrement tissées; d'autres grimpent en traînées divergentes, du fond du ballon à la surface de la liqueur, en décrivant un quart de méridien : le liquide où l'on voit
SB l'altéution ses consertss. 187
ces algues apparaître peul conserver une limpidilé msiguifique ; mais la moiodre agilatiou suffit pour répandre la petite plante dans la liqueur, qui devient alors très trouble. Sur 1 00 conserves peuplées par les micrococcus atmosphériques, ao au moias sont le siège d'une altération semblable. D'autres précipités vivants s'incrustent sur la paroi du verre, et le mouvement giratoire le plus vif parvient difBcilement à les arracher des points où ils se sont formés. 11 est aussi des dêpAts gluants qui s'eulùvent dans conditions en stries blanchâtres et en filant de l'endroit où on les a laissés s'accumuler. Je dois encore mentionner les dépâts granuleux et caillebotés dus à plusieurs espèces de sarcincs.
Les dépôts ainsi formés dans le .sein des liqueurs nuh-ilives sont-ils l'indice certain du développement des microbes appelés micfococcus? Oui, dans la plus grande majorité d^s cas, si ce dépAt est primitif et n'a pas été précédé d'un trouble général de ïa liqueur; il existe cependant plusieurs espèces microscopiques cellulaires : les torules et les levures, qui simulent, à tromper l'œil le mieux exercé, les précipités de microcoques quand le milieu employé aux ensemencements est exactement neutralisé ; s'il est acide, les lorules y acquièrent un grand développement, le contenu des vases se trouble, la surface de la liqueur perd son twillant, se dépolit et Hnalement se recouvre de pellicules sans consistance, semblables aux voiles formés par les schizomycètes dénommés bactériums : l'examen au microscope, auquel il faut toujours recourir, lève bientôt toute difficulté.
Le second genre d'altération est le trouble, pouvant varier depuis le louche le plus faible jusqu'au trouble boueux ; il peut être produit par les différentes espèces de bactéries : les micrococcus, les bactériums, les bacilles et les vibrions, par des microbes mobiles ou immobiles.
Le trouble est permanent ou fugitif : les troubles fugitifs sont dus au développement d'une espèce dans un terrain peu favorable à sa nutrition, ou très faiblement chargé des principes propres à l'entretien de sa vie, quelquefois à la présence dans la liqueur d'une substance antiseptique. Au bout d'un ou deux jours, le microbe qui a envahi le milieu se précipite au fond du vase
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va laissant après lui une liqueur d'une limpidité ïrréproch; encore chargée de matériaux capables de nourrir plusieurs a générations de schizophytes. Le trouble dit permanent ne sisle pas indéfiniment, dans la véritable acception de ce irn reste évident jusqu'à l'instant où l'espèce cesse d'avoir à position des aliments propres à la nourrir. Ces élèmcots i ou rendus ïnassioiïlables par la présence de gaz ou de m toxiques, l'espèce se réunit au Ibod du vase ou gagne face de la Liqueur, où elle forme des pellicules de strucli <liver3C5, minces ou épaisses, appelées voiles, unies ou rid^ continues ou formées dilols irrégulièrement disposi neuses ou faciles à désagréger. Les bacilles el les bactèrii jKtssèdenl surtout la faculté de venir former des voiles, l'acide carbbnique a envahi riofusion : ce fait s'observe pins rareroenlcheilesmîcrococcus. Souvent la clarification delà Itqi se fait attendre plus longtemps: elle demande pour s'établir d^ linitivement plusieurs mois et même plusieurs ani
Les liquides altérables soumis à l'action des poussières sphériques peuvent présenter une foule d'autres signes d'ail lions légère:s ou superficielles ; j'en citerai seulement qtietqi uns : la liqoeur primitirement très Qaide devient filante, act U ronsislance du blanc d'œuf. coule en bloc d'un va*** dan< autre, quand on cherche à la Irausi-aser; très souvent elle con- Irtcie d«s odeurs spéciales plus ou moins fétides ; elle devieol ammoniacale, suUhvdrique ; génénJemenI celte fétidité ne*l |>as très accusée, le sérum sanguin, le bouillon de viande perd*-nl l'odeur qui caractérise leur élat de fraîcheur, ils devirnncut ordinairement Jti/^, pouremploTer une expression vulgiirc, c'est-à-dire légèrement aigrelets, ou dégagent une odeur faiblement kul> rique. Mais îl ne faut pas s'attendre à rencontrer iLin' ta majeure partie des conserves altérées par une fraction miniDC de poussières c<s odeurs nauséabondes, cadavériques des poiréfactions intenses délenninées par une goutte d'eau d'égoal ei nijme d'eau de la Seine. Les microbes de l'atr sont faiblemesi puiréfac leurs, leur action est 80 fois sur 100 fort superScteUtl^s miasmes figurv'S de l'atmosphère dêtenntneni rarement la dé-
lird«-
DE l'aLTËRATION DES CONSEIIVKS. iSl)
I composition profonde des liquides où ils sont inlroduiu; Itisjus de viande, les sucs des fruits eux-mêmes soumis à leur action changent à peine d'odeur, et beaucoup de microbes commuos paraissent n'j croître qu'à regret.
Il faut donc bannir de l'esprit celte idée absolument inexacte que nous vivons littéralement assiégés par des microbes toujours prêts à semer la putréfaction sur les muqueuses de notre économie. Les habitants des campagnes, plus privilégiés sur ce point que les citadins, n'introduisent peut-être pas par Jour dans leur' poumons un germe de ferment putride. Malheureusement, l'étude de l'action pathologique des schizophytes est si peu avancée, il reste tantàfaire et tant à découvrir sur ces questions des microbes nocifs et non nocifs, que l'altération profondi' d'un liquide par telle bactérie ne lournit aucune indication sur sa virulence à l'égard de l'espèce humaine; tout ce que peut faire l'observateur est de constater sa parfaite innocuité à l'égard des lapins et des cobayes.
Au changement de consistance et d'odeur du contenu des conserves peuplées par les germes aériens se joint parfois un changement de couleur; si la liqueur est fortement colorée, sa teinte peut faiblir sous l'action des microbes; si elle est incolore, on la voit parfois se foncer, devenir jaune verditre, très rarement rougeàtrc et bleuâtre; le sérum sanguin incolore, le bouillon léger sont les liquides qui se prêtent le mieux à la démonstration de ces curieux changements de teintes, sous l'influence des I bactéries vivantes: mais rien n'égale cependant à ce sujet le pouvoir singulier de plusieurs moisissures. Sous l'action de I ces microphjtes, on voit souvent le sérum du sang de bœuf ac- I quérir les plus belles teintes jaunes, verles ou bleu indigo el, ' chose plus remarquable, une magnifique couleur garance.
En résumé,*les conserves fertilisées par une très faible partie de sédiments aériens subissent, suivant le hasard des ensemencements, une foule de genres d'altérations profondes ou à peine sîbles, s'accusant d'ordinaire macroscopiqucment par l'apparition de dépôts divers, de troubles, de voiles d'aspects variés, d'odeurs spéciales peu marquées ou fortement putrides, par un
[«les-
changemunl de fluidité et de couleur de la liqueur. A cela on peut ajouter la formation, dans le sein même du liquide, de gaz cl de substances dé terminal) le s par le chimiste, de carbonate d'ammoniaque, de gaz fétides, d'acide lactique, butyrique, succinique, de tyrosine, de leucine, de ptomaïnes, etc., desubslance.' signalées par M, Pasteur comme résultant de Tactivilé vitale de* cellules microscopiques et de produits trouvés par M. le professeur Sdiiitzenberger {' ), dans ses travaux remarquables sur dédoublement des substances albuminoïdes, par MM. Wi A. Gautier et par un grand nombre d'autres savants. Je ne que signaler ici ces recherches et faire des vœux pour l'action des microbes soit étudiée séparément dans le phénwmène si complexe de la dissolution des substances mortes,
Plusieurs auteurs ont parlé de l'altération des milieux nutritifs par les microbes, en l'absence de signes capables de la trahir, h proloplasma des bactéries possédant dans ces circonstances un indice de réfraction identique à celui [des milieux où se développent; si cela est possible dans la première ou la niére période de leur cx-istence (en effet, on éprouve queh fois de la peine à distinguer nettement certaines liactéries); indice de réfraction changeet le microbe ou ses germes devient bien visibles dans les infusions un peu vieilles; d'ailleurs il aisé de colorer les bactéries ou de dessécher une goutte du quide qui en est infesté sur une lamelle mince qu'on alors à sec, ou avec le secours d'un liquide plus ou moins fringent. Il serait, au contraire, très préjudiciable & l'élude ilc* schizophyles, si une conserve trouble, examinée avec nos objectifs les plus puissants, n'accusait pas la présence d'un mîcrol s'il pouvait exister en un mot une altération dont le mici générateur serait absolument invisible; je ne veux pas assï) de limite à la petitesse des bactéries, cependant je n'ai jamui été témoin d'un fait pareil. J'ai toujours pu distinguer, datt* les infusions troubles, l'organisme auteur de ce trouble : s'il existe des microbes capables de défier le pouvoir grossîssanl'
1, Annales de Chimie et de Physique, 5" série, i. XVI, i
SEHSIBIUTË DES LIQCEUBS. rgi
nos instruments d'optique, ils doivent être très rares; dans un cas semblable, je plaindrais sincèrement le savant livré à la poursuite d'un ferment pathologique de cette espèce.