I. — Du chiffre des bactériens trouvés dans Fair au parc
de Montsouris.
Avant mes recherches, personne n avait abordé l'étude statistique des bactéries atmosphériques. Dans son excellent Mémoire De l'examen microscopique de l'air, le D' Cunningliam dit bien quelque part « qu'il ne saurait être établi de relations entre les germes des bactéries des poussières de Tatmosphère et la prédominance des maladies épidémiques » ; mais on cherche en vain dans cet Ouvrage Texposé de travaux effectués sur ce point; on y trouve au contraire l'aveu des difficultés très grandes dont cette étude est entourée, et dans le diagramme publié par ce même auteur on voit uniquement figuré,, à côté d'un nombre de décès fort restreint observés aux prisons d'Alipore et de la Présidence à Calcutta, le chiffre des spores des moisissures et des pollens dont le rôle pathogénique est aujourd'hui des plus contestables. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, les expériences effectuées dans le but de déterminer la nature des bactéries de l'air sont au contraire fort nombreuses. Après les recherches de Pouchet, Thompson,
310 CHAriTRE \
l'asleur, il faut ciler celles de Sainuelsoa, Leiiiaîrc,Cohn, PeltCl koffer, Maddox, Schœnauer, et d'une Toule d'autres savants, i compuUanl les travaux de micrographie almosphérique pan l'année 1860 à l'anoée 18^9, époque de mes premiers essail'analjse quanlilative des bactéries, je n'ai rien vu <juî luérititll nom de slati.i(iqiie microbigue. Km conlràire, plusieurs auteui guidés jusqu'alors par les seules vues de l'esprit, ont dédaignent sèment traité les germes aériens de négligeables; d'autres, sur U toi d'expériences mal conduites, ont été effravés de leur nombre L'opinion de M. Pasteur, qui est d'un si grand poids en matièl de micrographie atmosphérique, n'a ici rien de catégorique fl se trouve formulée vaguement dans un Mémoire célèbre pabi en 18780 : » L'observation, dit ce savant, nous montre chaqi jour que le nombre des germes (aériens) des bactéries e^t pou ainsi dire insigniJiant ù câté de ceux qui sont répandus dansb poussières à la surface des objets ou dans les eaux commuDflfl les plus limpides ». Je regrette de ne pas parlager sur ce poinj l'avis de M. Pasteur; car, tout en admettant avec lui qu'à xolumfrl ('■gai l'air renferme infiniment moins de microbes que les eanxl potables, il est certain qu'un Parisien introduit dans ses pouraou plus de germes qu'il n'en Ijoit avec l'eau nécessaire à 1 mentation : je crois donc prudent et sage d'accorder une c deste place au\ germes atmosphériques, si divers, sï difiBcileslî atteindre, à cùté des bactéries des eaux, des aliments altéré dont il est si aisé de se débarrasser.
Pour M. le professeur Tyndall, tantôt l'air est d'une purelfl extrême, lanlfll il est chargé de germes, si serrés, si nombre que les manipulations ayant trait à l'étude des bactéries deviei nent d'une difficulté excessive. Dans ses remarques sur la fed melure hermétique des ballons scellés en pleine ébtdlitioBV '< Quelquefois, dit ce gavant (-), la pression intérieure est Si
chù-nrgie (Complet rendut iJ«t se {') Tt50*li., les MkrobvK, p. 5
rieiire à celle dii dehors cl la vapeur s'échappe libremenl; mais àuo moment donné, par suite de l'adhérence du liquide aux parois de la lîole et de la condensation , la pression peut descendre au-dessous de celle de l'atmosphère et il y a régurgitation. Ce triomphe alternalif des pressions intérieure et extérieure se trouve d'ailleurs mis en évidence par le mouvement de l'eau condensée dans le col de la fiole. Ce liquide agit comme un index qui va f^ vient suivant que la pression varie- Il est clair que la contamination peut être introduite de cette mani^ri?, cl elle Ta certainement été dans des fioles réputées libres d'air ». Même dans l'atmosphère de Kew, M. T^ndall a compté 9 pour 100 d'insuccès dus A la rentrée d'une bulle d'air dans des lioles scellées au moment de leur éhullition. J'en demande pardon â l'illustre membre de la Société royale de Londres, ce n'est pas j\ l'introduction des germes qu'il faut attribuer une l'ois sur mille l'infection observée dans ces circonstances, maisà la rentrée de l'oxygène capable de favoriser la multiplication des semences des bactéries contenues dans le liquide et non détruites parla température de 1 00". En rétablissant la vérité des faits , l'hypothèse de l'infection extrême de l'atmosphère par les microbes sYvanouit comme par enchantement.
En calculant tous les jours le chiffre des bactéries almosphiirîques avec les précautions décrites précédemment, on ne tarde pas à s'apercevoir que les nombres obtenus sont variables, beaucoup plus m^me que ceux des spores cryptogamiques des moisissures. En comparant les résultats moyens trouvés par semaine, par mois et par saison avec lu température, l'état de sécheresse et d'humidité, il est facile de saisir des relations constantes entre ces données numériques et divers états météorologiques bien tranchés. En général, le chiffre des bactéries, peu élevé en hiver, croît au printemps, reste haut en été et baisse rapidement à la fin de l'automne ; c'est du moins ce qui parait résulter des moyennes générales déduites des moyennes mensuelles obtenues depuis trois ans à l'Observatoire de Mon tsouris, où la dépression hivernale du chiffre des microbes s'est toujours accusée avec beaucoup de netteté.
212 CHAPITRE YII.
Bactériens récoltés au parc de Montsouris (>).
Année normale.
MicrobM par mèlre cabe.
Températare
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io3
Mois.
Janvier
Février
iMars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novembre
Décembre
Comme on peut en juger, les moyennes mensuelles triennales obtenues au parc de Montsouris sont loin de présenter ces variations douces, ces augmentations et diminutions graduelles signalées pour les spores des moisissures, quand on part des saisons froides pour aller aux saisons chaudes et quand on part de ces dernières pour revenir à Tépoque des frimas; peut-être au bout d'une dizaine d'années la répartition inconstante des phénomènes météorologiques permettra-t-elle d'obtenir des moyennes mensuelles de bactéries caractérisées par des séries plus harmonieuses de chiffres. Aujourd'hui rien de pareil n'est évident et je dois produire uniquement les données de l'expérinienlation sans préjuger de ses résultats futurs.
L'air peut être riche en bactéries en été ; il peut aussi n'en montrer qu'une quantité très faible, comme le prouvent surabondamment les nombres insérés dans le tableau suivant :
(*) A moins d'une mention spéciale, les résultats de la statistique des germo^ enregistrés dans ce Chapitre et dans les suivants sont reportés au bouillon Liebig,de densité égale à 1,034, remplacé depuis une année dans mon laboratoire par le bouillon de bœuf salé à i pour 100, dont le degré de sensibilité aux microbes est environ sept fois plus élevé.
I PAnC PE MOSTSOLRIS.
lUs des bactéries récoltées par n à l' Observatoire de Montsoiiris.
Janvier 3G
Février i "t
Mars gî
Avril 56
Juin 39
Juillet 13
Aoûl i7
Septembre lag
Ociobre lia
Novembre loC.
Décembre iç)
Pour faciliter au lecteur l'iaterprétalion de ces chiffres, j'ai construit le diagramme (fig- 71) où la quantité des bactéries ' est représentée par les espaces ombrés et les températures meni suelles par la ligne brisée ponctuée. On y voit d'abord le nombre des semences bactériennes tri^s élevé en octobre et novembre 1879 ' décroître rapidement avec la température, puis se relever jusqu'en mai 1880 avec cette dernière; mais alors, tandis que la chaleur s'accroît, passe par des maxiDia fort voisins, le nombre ' des bactéries s'amoindrit considérablement et passe par des mi- I iiima remarquables aux mois de juin, juillet et août. En sep- [ tembre et octobre de la même année les microbes atmosphériques deviennent très fréquents, puis leur disparition s'accentue forte- } ment à Tapprocbe de l'hiver. En 188 1, la concordance de la courbe des bactéries et des températures moyennes est manifestement évidente. En i88a, le contraire est absolument vrai : les microbes atmosphériques diminuent à mesure que la tempéralare augmente. En juin, on observe-â Montsouris la moyenne inensuclle minimum des dix mois écoulés.
Ainsi les crues et les décruesdes microbes aériens, observées de
l'année 1880 à 1882, sont deux fois sur trois en di^saccord pra-^^| fond avec la marciie de la température. Les variations des ^H bactéries sont évidemment régies par d'aulrcs agents; IVxpéri- ^^M iTientatioD démontre que la sécheresse cl la pluie ont sur elles ^^M
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De la relation do nooibre des sporca baclérienues ae (aonéca 1880-81-83).
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^M A Fexamen le plus superficiel de ce diagramme, il saute au\ V yeux que pendant les périodes pluvieuses le chiffre des bactéries 1 devient excessivement faible el passe au contraire par des r maxima pendant la sécheresse. Le nombre des schizophytcs uulablement élevé en octobre et en novembre 1879 a rapidenienl baissé en décembre après la chute d'une couche de neige évaluée à 34°"" de pluie. Le froid est très rigourens ; on a observé le 10 décembre la température la plus basse du siècle ( — a4"). Du 1" au i5 janvier la baisse s'est encore accentuée ; vers celte époque, un minimum de cinq bacti^ries par mètre cube a été noté à l'Observatoire ; du i5 au 3 1 , les bactéries sont devenues de plus en plus fréquentes.
En février, il pleut, les bactéries sont excessivement rares. Le mois de mais est sec, les schizomycèles deviennent nombreux; les plaies d'avril les font de nouveau disparaître; ils
3i6 caiPiTU m.
reparaisscDt en mat pour rester en petit nombre ju«qa*i U rienxième quinzaine de septembre ; en résamé, cette courl>e de bactéries aloiosphériques pré^eole. en dehors de quelques ioflexîoos secondaires de faible amplitude, une séné d 'oscillai ion très accusées dont les sommets de plus en plus élevd-s ont observés auï périodes sèches de 6n janvier, de mars, de mai el de lin septembre, et des dépressions de moins en moins profondes correspoodaol aux périodes pluvieuses de février, d'avril, de juin, de juillet, d'août et de la première quinzaine de septembre; d'où cette loi générale, sans cesse vérifiée depuis trois ans ; Contrairement à ce qui se remarque pour /et iemeneet aériennes des moisissures, le chiffre des bactéries, faible temps de pluie, s'clèi-e quand toute humidité a dispara de surface du sol.
J'ai déjà dit pourquoi les semences de pli étaient fort aboodaaies pendant les temps de plaie; il me maintenant à expliquer pour quelle raison les microbes &0 contraire très rares durant ces périodes et infiniment plus quents pendant la sécheresse; cela tient aux mœurs el au n de végétatiou des bactéries: le plus souvent elles vivent d{ les milieu* humides et pénètrent les substances imbibées des si propres à les nourrir; te vent éprouvant alors une très | difTtculté à arracher du sol mouillé les particules de espèces agglutinées par l'imbihition ou retenues par les capillaires qui font adhérer les liquides aux solides; le térîens faisant partie de ces corpuscules restent à ce m fixés avec force sur le lieu même où ils se sont dévelop| telle est rinlerprélation rationnelle de ce phénomène. Si schiïophytes avaient cependant la faculté de s'élever dans l'ai sphère avec la vapeur d'eau, comme l'ont dit plusieurs an le contraire devrait être vrai ; car tout le monde sait qi bactéries ne peuvent se développer sur le sol et les di qu'à la condition de les trouver pourvus d'une quantité suflRsantc : or, le cliîfi're des microbes aériens étant faible, qi la terre est mouillée, les bactéries ne jouissent pas de culte de s'élever dans l'air avec la vapeur aqueuse qui en é
^ BACTÉRIES OU PABC DE MONTSOUBIS. 3I7
Analysons maintenant de plus près l'influence de la sécheresse sur la richesse de l'air en microphjLes. En été, à l'époque des chaleurs fortes et continues, l'atmosphère se débarrasse, vers a deuxième ou troisième semaine, des microbes nombreux dont 'existence était aisée à mettre en évidence durant les premiers leaux jours ; tout calculé, le nombre des germes diminue et cela lar le fait d'une dessiccation qui leur enlève avec beaucoup le leur vitalité la faculté d'éclore dans les milieux où on les
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mbre des bactéries aériennes.
ce point de vue de celui du ouvent à l'observateur d'être rogermes par excès de séchele l'année 1 880 et au mois de possédé deux séries de'jours e signale s'est présenté avec
gramme A {fig. jS), on voit
3l8 CBlPITRE VII.
mois de mai 1880, s'élever graduelle me ni à mesure que le soif dessèche, d'abord avec lenteur (la lempérature moyenne ëtanl encore inférieure à 10°), puis rapidcmenl et enfin décroitre juw qu'aux premiers jours de juin.
La relation donnée par le diagramme B n'est pas moins loslrucUve. La pluie cesse de tomber le 26 juin 18S1: dès les jours suivants, la courbe des microbes prend une course rapidement ascendante, passe parun maximum au point de rebroossèment vers le a juillet, puis s^abtùsse le 3 et le 4- Une chute de pluie de S"", tombée le 6 juillet, accéj^re la descente de la courbe; mais celte eau est bienlût évaporée, le chiffre des bactéries s'élève faiblement pour s'abaisser de nouveau sous l'action d'une chaleur sans cesse croissante.
En l'absence d'expériences effectuées dans les pajs où la eheresse règne sans discontinuité pendant plusieurs mois, il est assurément hasardeux d'émettre une opinion sur le chiffre des schÎEophytes qui peuplent l'air aux époques des fortes ch»leurs : nt^anmoins, les observations précédentes donneraient à penser que ce chiffre peut \ devenir plus faible que dans le: zones plus tempérées arrosées de pluies à courts intervalles.
La force du vent n'est pas non plus sans influence sur 11 nombre des bactéries recueillies ; son action, faible et peu appi ciable quand le sol est humide, devient très manifeste qnand le sol est sec et friable : à Montsouris, aux époques où les vetitn de l'est et de l'ouest balayent avec force le macadam pnlv^ lenl du boulevard Jourdan, Iri-s rapproché de notre prise d'air, située à environ ôo"* de celle voie publique, lonle expérii devient impraticable ; l'impureté de l'atmosphùre est telle que la moindre quantité d'air suflit pour porter l'infection dans l& conserves les moins altérables ; mais ce sont là des étals atmosphériques transitoires assez rares, dont il faut tenir uu faible . compte, de crainte d'altérer trop profondément les moyennefrd normales fournies par les expériences courantes.
La direction du vent n'a pas une influence moins nette s le chiffre des microbes recueillis à Montsouris. Toutes chose égales d'ailleurs, la force du vent étant à [leu près la méi