I. — Des bactéries qui peuplent Tintérieur des habitations
Les courants de l'atmosphère entraînent dans rinlérieur des habitations une quantité de spores de bactéries d'autant plus grande, que le temps est chaud et sec; mais, à côté de ces organismes apportés du dehors, il peut arriver que diverses enceintes renferment des foyers producteurs de microphyles dont les germes viennent naturellement se joindre aux microbes venus de l'extérieur. Dans les maisons bien tenues, il ne paraîl pas exister, je le répète, de sources permanentes de bactéries; pour constater, dans l'intérieur des habitations, l'existence de foyers pestilentiels, il faut visiter les appartements insalubres, où la négligence et la malpropreté des habitants laissent exposés au contact de l'air des débris d'aliments ou des déjections de toute sorte.
Dans la majorité des cas, c'est l'atmosphère extérieure qui peuple de microbes les habitations réputées saines et hygiéniques ; en effet, les organismes qu'on rencontre le plus souvent dans les appartements ont les formes et les mœurs des microbes atmosphériques; cependant, plus vieux et plus desséchrs, en un mot doués d'une vitalité inférieure aux spores fraîches et jeunes récemment émises des foyers putrides, ils germent avec plus de difficulté dans les liqueurs où on les ensemence et n'apparais-
ciiapithe viu.
senl manifestement aux yeux de l'observateur qu'au bout d'uai période d'incubation de trois à six jours; tandis que, pota choisir un exemple, les microbes des égouts infestent visibi ment les liqueurs nutritives vers le deuxième et presque toujot au troisième ou au quatrième jour.
Quand on supprime les causes mécaniques, le va-et-vieol, I Irottage qui tendent à restituer à Vair des salles closes les pat licules de nature variée déposi''es en grand nombre à la surfao
s parqui
, des meubles et de
s les objets, l'a
' se purin
rapidement et tend à devenir microscopiquement pur ou optiquement pur, pour employer ^e^p^ession de M. Tyndall. Je fi allusion ici aux maisons isolées dans la campagne : dans l'ii rieur de Paris, où le roulage ébranle incessamment le sol C communique des trépidations aux constructions les plus n sives, l'air qui les remplit se montre toujours prodigieusein fécond : le contraire s'observe au palais du Bardo, placé dan parc de Monlsouris, à une distance respectable de loule i publique très fréquentée.
Durant le premier trimestre de l'année 1880, une longi suite d'ensemencements furent effectués dans rintcrieur de U bibliotbèque située au premier étage de l'Observatoire de Montsouris; les conserves de bouillon Lieliîg tenues par une pinceà i"',5o du sol furent lentement parcourues par un courant d'à après que l'agitation provoquée par les pas de l'expérimenUtef el la fermeture des portes fui jugée calmée {').
La moyenne générale des microbes trouvés présents ai de l'atmosphère confinée de la bibliothèque atteignit le c de ao par mètre cube d'air analysé- Pendant les temps calmei ce chiffre pouvait descendre au-dessous de 10; mais, quand vent violent ébranlait les murs boisés de l'Observatoire, il p
(I) Dans ces ctpérienres el les suivante», l'aspiration était d^t l'intermédiaire d'nn tube de plumb de petit ealilirc serpentant ext^rlea le long des murs de l'Observatoire, traversant le chïssis des fenJlrvs «■ anc GXtrétniUi arrivait au milieu de la salle où reasemencement avait li et l'autre eitrétnité dans mon laboratoire i laquelle on adaptait CBoatchonc d'aae trompe aspirante.
RACTËRIES DES ATMOSmÈHES CONFISfiES,
vait atteindre 60. Quelles que fussent d'ailleurs les causes de ces variations, elles ne présentèrent jamais de coïncidence avpc celles qu'il était permis d'observer au dehors, ovi le chiffre moyen des microgermes ^e montre égal à 4*î-
Au second trimestre de la même année, l'air fut puisé avec les mêmes précautions dans celle des caves de l'Observatoire qui sert d'atelier de pholographic à mon excellent ami el collègue, M. de Vaulabellc. Celte j)ièce, vaste, sèche et voûtée, reçoit le jour d'en haut par un simple châssis qui, une fois fermé, interrompt toute communication directe avec l'atmosphère extérieure; il résulta, d'une série interrompue d'expériences journalières pratiquées en l'absence de toute [Personne dans cette pièce, qu'en moyenne l'air de celte cave tenait en suspension -i-j germes de schizophytes par mètre cube, quand l'air extérieur en accusait g6, soii trois fois davantage.
Une atmosphère qu'il m'a paru utile d'examiner avec beaucoup de soin est celle du laboratoire où mes aides et moi manipulons depuis six ans toute sorte de microbes et toute espèce de substances putréfiées. M. TjTidall, si malheureux dans son incursion sur le domaine de la micrographie atmosphérique, a été encore victime d'une illusion, en prétendant que le nombre
desbactéri
répandusdansles laboratoires de cul turc des micro-
phytes devient incalculable; il n'est pas, d'après lui, d'infusion qui ait la chance d'échapper au degré d'infection qui y règne: & un momenl donné, l'atmosphère de ces salles est tellement impure que la moindre bulle d'air se montre chargée de plusieurs organismes vivants. » Dans le remplissage des tubes à essais (renfermés dans des cloches de verre contenant de l'air calciné), je m'aperçus, dit M. Tyndall, que quelques petites bulles d'air étaient entraînées par l'infusion; j'en conclus qu'à leur arrivée à l'extrémité inférieure de la pipette ces bulles se brisaient et répandaient, dans l'intérieur de la chambre, les germes dont elles étaient chargées. L'année dernière, j'aurais trouvé difficile à croire qu'une cause aussi faible pût être la base des anomalies observées; mais cette année j'aï appris à . tenir compte de ces petites causes, et c'est pourquoi j'ai pris des
a58 CUAPITRE >lli.
mesures pour évÎLer la rentrée de l'air (<). » Cependant u cen l'ut que dans des cas CKceptiounels, dépendant de l'étal de l'aï que dei précautions telles que celles décrites plus haut î montrent suflisantes pour assurer l'eKemption de contaniiiia<; tioa ('). » M. Tvndall se transporta alors dans les jardins d Kew, où le nombre des insuccès lut encore évalué à 3^1 pour i Revenu à Londres, le même savant fît construire, sur le loit d son laboratoire, une baraque où il continua ses expéne mais là aussi u le résultat ne fut pas celui attendu; pa^ seul Lubc des deux premières chambres à air optiquement f n'échappa à la contamination; ils se conduisirent tous < dans le laboratoire, devenant en trois jours entièrement troubi et chargés d'écume graisseuse )i. M. Tvndall se creusa t l'esprit pour deviner d'où pouvait venir l'infection. » Le avance-t-it, de secouer une botte de foin dans l'aîr de la cabu suiïjt pour te rendre aussi infectieux que l'air du lahuratoit< Dans quelques cas, la circonstance que la télé de mon prépi rateur était découverte, quoique son corps fût soigocusetne^ revêtu d'habits nouveaux, amena l'infection dans notre 1 raque ('). » Si je tenais à paraître malicieux, je demanderais t M. Tjndall si, lors de ses expériences sur les nuages bactét diques avec le plateau des cent tubes, la téie de son préparaieu était plus soigneusement désinfectée et s'il ne craignait c alors de voir la contamination, venue de la chevelure de s assistant, troubler les résultats de ses expériences. M. Tyndi dont j'admire te talent et la probité scicntinque, s'est iroin(4 je le dis pour la dernière fois, et toutes les illu-MOns qui se sol déroulées devant ses veux pendant plusieurs années ont teninj des idées arrêtées sur la possibilité de stériliser les liquidci l'ébulliiion sous la pression normah^. Si j'ai mis quelque i tance à combattre les vues de M. Tyndali sur la question d microbes, c'est uniquement pour contrebalancer l'inQuence n
BACTËHIKS DES ATHOSPHERE!) COSPINEES. SDfl
gi-ellable que ses écrits panspermistes pourraicnL exercer en France, où l'on estime à la plus hauLe valeur les Iravaun publiés par ce savant illustre.
L'air de mon laboratoire, analysé sj'stémaliquement pendant les premiers mois de l'année i88a, dans le but de calculer le nombre des microbes soulevés par le va-et-vient de mes aides occupes à leur besogne journalière, les courant^i d'air déterminés par les becs allumés, les fourneaux en aclivité, accusa, en moyenne, par mètre cube, ai5 microbes rajeimissables dans le bouillon Liebig; l'air extérieur, seulement 71.
L'année suivante, c'est-à-dire pendant le premier semestre de l'année 1S81, je constatai, non sans regret, que le degré d'infection de la principale pièce de mon laboratoire s'étail accru et atteignait 34^ microbes par mètre cube ; celte année il est parvenu à 55o. Rien n'ayant été changé à la nulure <lu liquide employé pour les numérations des bactéries et aux conditions des expériences, il est certain que l'impureté de l'air de mes salies va croissant d'année en année, suivant une progression arithmétique, dont la raison est supérieure à la moitié du premier terme, calculé primitivement en 1 880 ; à ce compte, il faudra cependant trente ans avant que l'infection de l'air des laboratoires de Montsouris devienne égale à l'infection constatée actuellement dans l'atmosphère des appartements situés au centre de Paris. Peut-être une sorte d'équilibre (inira-t-il par s'établir entre ces germes et ceux de l'atmosphère exti-rieure, comme cela parait exister dans les hôpitaux parisiens, mais rien ne peut encore me fixer sur le degré d'impureté qui pourra régner plus tard dans l'air de mes salles; s'il est aujourd'hui une chose bien visible, c'est le défaut de concordance entre cette impureté et celle de l'atmosphère libre.
Dorlih-ies Iroin'êrx par iiit/re i-uùc.
On le voit, le chilTre des microbes des baLitations sembler croître en raison ioverse de la richesse en germes de Tatmosphère libre; ce fait, constant et facile à mettre en évidence, dans les lieux les plus divers pendant les périodes A-oidcs, paraJI tenir au défaut d'aération des atmosphères conlinées. l'cndani l'hiver, les habitants sousiraicnt volontiers leurs appkrtemeulii J l'action épnratricc des courants d'air, se caU'eulrenl chej avec une foule de microbes qui restent, dès lors, leurs pri-4 sonniers jusqu'à la belle saison.
Pour donner un exemple de la quantité énorme des bactéiitl qui peut ainsi s'accumuler dans les habitations situées dans U centres très peuplés et dans les maisons dont l'état hygiénique parait satisfaisant, je rapporterai le résultat d'expériences elTeC tuées dans une chambre à coucher située au troisième étagr ^ d'une maison de la rue Mon^'e, construite depuis peu d'années sur une voie, comme on le sait, très lar^e, très aérée, et dan^ un local habité à peine douze heures sur vingt-quatre et où les i éviers ne sont pas souillés par les eaux ménagères, les débril d'aliments résultant toujours de la préparation des -repas, i Pendant six mois, je me suis astreint à analyser, ù mon levcTtl avant toute ouverture de portes et de fenêtres, l'air de In chambre précitée; voici les nombres niojens qui ont résulté i ces dosages systématiques :
Prinlcnilis il
iï6o
Avec les mêmes précautions, l'air a été analysé aux mèoi' jours, dans mon cabinet, à l'Observatoire de Monlsouris, i mais il ne s'opère de manipulations de microbes et qui I diffère, à la vue, de ma chambre à coucher que pur l'uliseiM d'un lit.
Comme on peut en juger, les nombres de microbes obteni ont été tout autres.
BACTEBIES des UÔFITll
Printemps im^i Moyenne. ..
A la rue MoDge, l'air de la chambre a été trouvé seize fois plus impur que l'air de mon cabinet à l'Observatoire de Montsouris, el, fait qui vient à l'appui d'une proposition énoncée plus haut, le chiffre de germes a diminué à la fois, dans ces deux locaux, en allant de l'hiver au printemps.
II. - Bactéries des hôpitaux, expériences effectuées à l'Hôtel-Dieu et à Notre-Dame de la Pitié.
L'intérêt qui s'attache à la détermination de la composition mîcrographique des atmosphères hospitalières a déterminé un grand nombre d'auteurs à s'occuper de l'étude des bactériens répandus dans les salles des malades. Depuis les travaux de Pouchet, de Diindas Thompson, de Chalvet, de Réveil, dr Samuelson, de Lemaire, Nepveu en France, Miflet en Allemagne et plusieurs autres savants ont institué à ce sujet quelques expériences qualitatives dont les résultais sont à peu près tous semblables. Pouchet et Eiselt, de Prague, trouvèrent des globules de pus parmi les poussières des hôpitaux ; Chalvet. Thompson, Lemaire, Nepveu et Millet v ont constaté la présence d'abondantes bactéries; mais, comme toujours, le zèle des observateurs s'est bientôt heurté contre les difficultés pratiques qui entourent l'étude des microbes iniiiiiment petits.
La détermination des bactéries répandues à profusion dans les salles des malades demandera encore longtemps de pénibles et patientes recherches ; il ne sera pas aisé de mettre en évidence, parmi les milliards de microbes qui hantent l'air de ces salles, les germes de la rougeole, de la variole, de la diphtérie, de la septicémie, de l'infection purulente, etc., restés jusqu'à ce jour insaisissables. Nonobstant cette impuissance bien avérée à décou-
aSo ciiAPiTHE VIII.
vrir les microbes agents présumés de la jiliiparl des afTections conlagieuses, l'on cherche avec raison à se défeodre de ces fermeoLs encore hvpothéliques. Quelques esprits caustiques, bien ■ mal inspirés à mon sens, ont faîl, sur celle classe d'orgauismes^iT (les plaisanieriesdont je goiïte fort peu le sel, car cnita ccsaffe&r lions, dont on esl en droit de soupçonner l'origine niicrobiq frappent constamment fort et sans pilié et prélèvent cfaaqM année sur la population parisienne un Inhut de 30000 enl ou personnes dans la force de l'âge. Les médecins les plucrédules finissent par être quelque peu ébranlés, et leur altvnlÎM est forci^ment appelée sur ces ennemis invisibles qu'il serait fl humain d'anéanlir si l'on pouvait découvrir les milieux habitent et où ils peuvent se perpétuer. D'autres praUdei plus endurcis, le chiffre en est cependant peu élevé, voient dai les idées actuelles sur le contagium vn-ttin, né de la tl des germes, un engouement momentané, appelé fi dtsps spontanément comme ces théories séduisantes qui apparlienm déjà à l'histoire de la médecine. Je trouve en efTel, avec ( qu'un devrait moins parler des microbes et mieux les étudier, q t'u est dont l'existence fort improbable esl déjà à lorl proclamé! comme réelle ; mais, à côté de ceux-Iil, il en est d'autres qui j>iisseront certainement pas, si l'on ne parvient pas à les d iruire ou à modifier leurs effets désastreux sur notre éco Pour sortir d'un domaine où la coulradiction esl aisée, j rappellerai que nous sommes incontestablement entourés d*oi ganismes microscopiques, parmi lesquels beaucoup suspendus au-dessus de nos télés comme autant d'épées Uamoclès, dont il n'est pas facile de distinguer la nature du chant, mousse ou acéré. Il est toujours prudent de se défici l'inconnu et très peu sage de mépriser un ennemi dont on îgnoi la force et le nombre : mieux vaut envoyer à sa rencontre d'h biles éclaireurs. Je peux tout au plus, quant à moi, donner sM le chiffre de ces êtres microscopiques quelques renscignementt préliminaires qui me paraissent mériter d'être pi-ts en conn di'-ration.
Mes premières recherches sur les germes des hApîlaux r
BACTÉRIES DES HÛPITACX. 963
montent à une éporjue déjà l'Ioignf'e, Dès l'année i8^8, plusieurs B<!n-oscopes à aspiration furent installés à THâteUDieu, dans le service de mon excellent maître, M, le professeur Germain Sée ; l'air des salles de ce savant clinicien fut d'abord étudié au point de vue des microbes-moisissures, qu'on v trouve très fréquents, mais eu moins grand nombre qu'à l'air libre. Une année plus tard, j'abordai l'élude des bactériens répandus dans les mêmes locaux. Au travers de petits tubes à boule renfermant de l'eau stérilisée, je dirigeai une quantité d'air parfaitement déterminée, puis celle eau fui distribuée en totalité dans des conserves diverses de laît, de bouillon, d'urine, etc. ; parallèlement à ces expériences, je répétai au parc de Montsouris la même opération, mais avec une quantité d'air cinquante fois et soixante fois plus considérable : c'était le seul moyen d'obtenir au voisinage des fortifications une eau dont l'impureté ù l'égard des germes atteignit celle de l'hûpital. En un mot, si 5'" d'air puisé dans les salles de l'HâteUDieu donnaient dix microbes, à Montsouris, le même chiffre d'organismes était fourni par 3oo''' {').
A la fin de l'année 1879, le procédé de numération des bactéries, employé depuis cette époque à l'Observatoire, ayant été définitivement adopté, l'air des salles Saint-Christopbe et Sainte- Jeanne, comprises dans le service hospitalier de M.Germain Sée, fut alternativement analysé ; l'air de la salle des femmes le matin avant la visite, l'air de la salle des hommes une demi-beure
' environ après le passage du chef de service et de sa nombreuse assistance, alors que l'almosplière était seulement troublée par les allées et venues d'un petit nombre de malades et d'infirs : les portes et les fenêtres étaient à ce moment parfaitement closes et tout frottage et nettoyage renvoyés après les expériences.
Voici, par moyennes mensuelles, les résultats bruts de ces nalyses, continuées pendant trois mois et demi, puis interrom-
I pues pour des raisons de santé.
(') Au mois de ilcccmlirc (le l'annce ■)!;<). j'ai rendu 1: 4 recherches dnns l'Annuaire de lUontiourit |Miir l'an
Mlle SaiBt-ChrUloplM
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2b4 CHAPITBI TUl.
Microbes recueillis par mètre cube d'air,
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Salle SeiBt-€hrJ Anaée iMu.
Juin
Juillet
Août
Septembre
Movcnne 63oo 5iao
Pendant Tété de l*année 1880, Tair des égouls de la rue de Rivoli avant accusé environ 85o germes, et l'air extérieur examiné au parc de Monlsouris 82, l'atmosphère confinée des salles de THôtel-Dieu fut donc trouvée environ six fois plus chargée de microbes que Tair humide des égouts, et soixantedix fois plus impure que Tair de Montsouris ; THôtel-Dieu était pourtant à cette époque de construction récente , entretenu comme toujours avec la plus grande vigilance, ventilé par un air filtré à travers d'immenses couches d'ouate et, malgré ces précautions, les salles se montraient pleines de microbes.
Quand il s'agit de calculer le chiffre des bactéries répandues dans Tair de la campagne par rensemencement fractionné de> poussières almosphériques, l'usage des trompes à débit relativement élevé est fort commode, le volume d'air aspiré dans uiir journée devant parfois s'élever à 200'*^ el même 3oo*'*. Dans Tinlérieur de Paris, les aspirateurs destinés aux mêmes anaUsts doi\ent être beaucoup plus précis el gradués au lo*" el au :>o'" de litre, surtout si Ton opère avec des liqueurs nulriti\es fort sensibles aux bactéries. An somniel de Panthéon, où l'air est assez, pur, j'ai été forcé d'employer de grands flacons de Mariette, accouplés, garnis d'un liquide incongelable, formé d'un mélange d'alcool el de gKcérine : mais, chose moins aisée à prévenir, c'e>l lacongélalion des liqueurs destinées aux ensemencements. Lor^ des grands froids de l'année 1879, il suflîsait, je me rappellr. de placer à l'air extérieur pendant quelques minutes les balloD> destinés à recueillir les microbes pour voir leur contenu si'
BACTÉRIES DES bApITIL'X. 365
prendre en totalité en une masse de glace; la marche de l'expérience n'en était pas pour cela suspendue, l'air pénétrait dans le ballon à travers la brèche produite par l'aspiration ininterrompue, se filtrait sur la bourre, qu'on projetait dans la conserve après la fusion du hquide nutritif solidiHé par le froid : sur cinq à sis cents expériences pratiquées dans ces conditions désavantageuses, je ne me souviens pas d'avoir eu à déplorer la perte d'un seul tube ù boule et d'avoir été obligé d'interrompre une seule journée mes recherches statistiques. Pour opérer des numérations de germes fort exactes, il faut,
Aspirateur
grandeur.
dis'je, employer des aspirateurs gradués avec le plus grand soin; c'est surtout dans les hôpitaux que le besoin s'en fait le plus sentir, là où la quantité d'air ensemencée doit descendre ù j^ et ^ de litre avec le bouillon Liebig et à -^ ou j^ avec le bouillon de bœul'pourvu d'une sensibilité exaltée par le sel marin. A cet effet, M. A.lvergniat m'a construit une petite pompe â î {fig. 83) permettant de distribuer dans chaque ballon
266 CHAPITRE YIII.
une fraction d'air des plus minimes et de transmettre par l'interincdiaire d'un tube de caoutchouc une aspiration énergique à l'appareil conserve 6, placé loin delà pompe manipulée parl'expérimcntateur.
A riiôpilal de la Pitié, où mes expériences ont commencé vers la fin de février 1881, Tordre des analvses a été interverti ; l'air do la salle Michon (hommes) a été examiné de 8** à g^ du matin, celui de la salle Lisfranc (femmes), vers 10** du matin, il près la visite de M. le professeur Verneuil.
Les salles de clinique de ce savant chirurgien sont sises au rez-de-chaussée, dans deux corps de bâtiment se coupant à angle droit, et sont placées entre deux jardins et la rue Geoffroy-Saintllilairo, qui longe le cùté. Ouest du Jardin des Plantes; il est aisé d'clablir dans ces salles, percées de nombreuses fenêtres, un renouvellement d'air dépassant en efficacité ceux que peuvent produire les appareils de ventilation imaginés pour enlever l(\s poussières accumulées dans les locaux habités.
Principalement à la salle Michon, l'encombrement est considérable : il est rare que le nombre des patients venus chercher un soulagement ou la guérison de la main habile de M. le chirurgien N'erneull n\ dépasse pas de dix à quinze le chiffre normal îles lits disponibles; cette afQuence oblige à installer (l(»s lils supplémentaires entre lesquels on a parfois peine à se mouvoir : aussi un semblable entassement de malades nécessilel-il, nn^me iluranl les mois les plus froids de Tannée, Touverlure lie qut^lques fenêtres.
A la salh» Lisfranc, les malades sont plus à Taise, le nombre des brancards y est beaucoup plus restreint; aussi le besoin d'aéralion s'y fail-il moins senlir. Je devais entrer dans ces dél«ùU, afin lie bien préciser les conditions qui ont présidé à ces recherches microscopiques. Les prises d'air eflVctuées à cet IhNpilal oui eu lieu également en Tabsence des frottages, des bahnagcs ou de li>ule autre cause capable de restituer violemuicul au\ atntosphéres confinées les corpuscules et les débris divers déposes sur le parquet, les meubles, les lits, etc. Les fenêtre* trou\ées ouvertes à mon arrivée ont été fermées pendant