‹ Les organismes vivants de l'atmosphèreChapitre 28 sur 43 · BACTÉRIES DES HÔPITAUX · texte numérisé non relu

BACTÉRIES DES HÔPITAUX

les expériences ; enfin Tair a été puisé à i™,5o du parquet, au moyen de l'aspirateur gradué. Même quand on s'entoure des précautions les plus constantes, les analyses par ensemencements fractionnés des poussières répandues dans l'air d'une enceinte habitée sont rarement comparables ; 11 arrive très fréquemment qu'un balayage récent, un va-et-vient anormal, introduisent dos éléments discordants dans les résultats obtenus, d'où une suite de variations journalières dont la signification doit, à mon avis, fort peu préoccuper l'observateur; mais il ne saurait en être de même des variations hebdomadaires ou mensuelles calculées sur un grand nombre d'ensemencements pratiqués journellement ou toutes les quarante-huit heures, comme cela a eu lieu à la Pitié. Actuellement, ce sont les seules moyennes dont je sois disposé à tenir compte.

Les recherches de statistique microscopique, commencées dans les salles de chirurgie de la Pitié le 1" mars 1881, ont été continuées jusqu'à la fin de mal de l'année 1882; le Tableau donné ci-après résume l'ensemble des analyses effectuées durant cette période de quinze mois avec le secours du bouillon Liebig.

IJacfrri'es rcc!)ltt'cs par mctrc cube d'air.

A la l'iii^

iMars 1881

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Janvier 1882 . . . .

Février

Mars

Avril

Mai

Moy. générales.

Salle Nicbon ( hommes).

I IIOO iOOOO lOOOO

45oo

58oo

io5oo

i5ooo

'2 1 3oo

63oo

Salle Lurranc I femmes).

i56oo 28900 12800 II 100 io55o

Au IV* arrondissement.

CflAPITU TUI.

Ainsi , le chiffre des bactéries, très voisin de 1 1 ooo par mèlre cube d'air en mai-s, avril et mai 1881, a presque subitement décru de moitié en juin dans les salles Michon et Lisfranc, différemment orientées et éloigDéesl'unedel'autred'une soixantaine de mètres. Ce chiffre, resté bas en juin, juillet et août, s'est relevé ù partir de septembre, a atteint un maximum en décembre.

Fis- 8i.

Bactérien des hOpilaui. compurëes aux bactéries récoltées i la me de Rintli.

puis a décru jusqu'au mois de mai de l'année 1882. A la rue de Rivoli, le contraire a été observé, comme le démontrent les

moyei

nsuellcs inscrites dans la troisième colonne du

Tableau et la représentation graphique de ces moyennes dan? le diagramme {fig- 84), où les espaces parcourus par des hachures indiquent la distribution des microbes dans ces

BACTERIES I>Kfi uApITACX. 369

salles, et la ligne brisée la distribution des bactéries dans le^ rues de Paris. Pour faciliter celle comparaison, ces dernières moyennes ont été mullipUées par dix.

On ne manquerait pas d'âlre surpris de la diminution du chiflre des bactéries observée à la Pitié à la Un du printemps, quand l'air des rues se charge d'une quantité croissante de microbes, si je n'avais pas déjà établi qu'en hiver la quantité des microphyles devient très élevée dans l'intérieur des maisons. A l'hApital, tes malades sont-ils devenus plus nombreux, les salles ont-elles subi une désinfection spéciale? Non, rien de tout cela n'est arrivé : ta ventilation seule s'est accrue et voici comment. En été, durant la majeure partie de la journée et jusqu'à une heure assez avancée de la nuit, les malades, pour échapper à l'action de la chaleur et aux émanations putrides, laissent grandement ouvertes les fenêtres, qu'ils tiennent closes aux saisons froides autant que l'air leur paraît respirable. L'atmosphère des hApitaux se purifie assurément toujours, mais principalement en été, aux dépens de l'air extérieur. Si les hâpilaux sont construits au centre d'une ville, les quartiers environnants reçoivent, sous la forme de corpuscules vivants invisibles, de nombreux ferments dont l'innocuité n'est peut-être pas nulle, quand ils proviennent des déjections des typhoïdiques, de:i desquamations des érysipélatcux, desscarlatincux,desvarioleux,etc. Je ne saurais mieux faire que de laisser un instant la parole à un de nos savants statisticiens, M. le D' lîertillon, pour nous édilîer sur le danger que peut faire courir à la population environnante la présence d'un hâpilal rempli de malades atteints de

fièvres infectieuses : « Mais ce que je veux surtout établir

aujourd'hui, dit M. le D'' Berlillon, c'est la baisse successive de semaine en semaine et la disparition, pour la dix-septième semaine de l'année 1880, des décès par la variole dans ce quartier de la Sorboune, si exceptionnellement frappé pendant les mois de janvier, février et mars ; car le dégrèvement, non moins que les aggravations signalées, nous servira à déterminer la cause des sévices exceptionnels de la variole dans ce quartier.

» En elfet en distribuant les décès varioleux en leurs domi-

270 CBÂFITIE Tin.

ciles rcspeclifs , là où la maladie a été coDtrtctée , on les a trouvés se groupant autour de V annexe de THôtel-Dieu et formant comme un noyau épidémique resserré entre la Seine et le boulevard Saint-Germain. Dans ce champ circonscrit, ne contenant que 10 000 habitants, on a relevé pour les deux mois de janvier et de février jusqu'à 49 décès par la variole, alors que, proportionnellement à la population et à l'intensité de l'épidémie, il aurait dû en fournir moins de 3! Ainsi, dans ce petit coin du V* arrondissement, plus de 46 décès se sont rencontrés en surcroît des influences encore peu connues qui ont répandu l'épidémie variolique sur la population parisienne ; mais cette formidable aggravation et ce singulier groupement de maisons envahies autour de l'annexe s'expliquent lorsqu'on sait que, pendant ce temps, cette annexe de Tllôtel-Dieu a été un dépol 011 Ton a dirigé tous les varioleux se présentant dans les services hospitaliers, dans le but, sans doute très louable, d*empécher la contagion de se répandre de lit en lit dans chacun de ces services. Cette mesure paraît donc avoir déplacé plutôt que supprimé les voies de transmission; au lieu de se propager de lit en lit, la contagion s'est répandue de maison en maison autour du dépôt varioleux, et aujourd'hui que ce dépôt a été supprimé, la variole tend à disparaître de ce quartier (*). »

L'annexe de l'IIôtel-Dieu ayant été évacuée, quelque temps avant sa démolition, nécessitée par la construction d'un nouveau pont sur la Seine, les varioleux furent dirigés sur un autre hôpital ; mais laissons encore parler ici M. le D'^ Bertillon : « Nou-* a[)pclons de nouveau Tattention sur les sévices exceptionnels de la variole dans le quartier des Quinze-Vingts et les quartiers conligus de Sainte-Marguerite et de la Roquette; ces quartiers continuent à enregistrer trois à quatre décès de plus par la variole que ne le comporte leur population. Ces sévices si cru<'llemcnt exceptionnels s'expliquent trop bien, d'après nos recherches spéciales sur ce sujet, par la présence de Thôpilal

(') Hi.niii.LON, liulU'tin fie xfatistit/uc dcmograjfUiijue pour /'année l'^Ni,

Sainl-Anloine qui a remplacé le dépût varioleux de Vanncxe el qui, comme lui, pendant le premier Irimealre, renferme plus de cent varioleux. Aiosi ont été transportés dans ces trois quartiers contigus les cnolages dont l'annexe empoisonnait le bas quartier de la Sorbonne. L'administrution les a charriés avec les variolem; c'est là une démonstration que l'on peut dire espérimenlale de nos précédentes conclusions : quand l'épidémie aura pris fin, nous essajerons de dresser le bilan des Parisiens morts en surcroît par suite de la présence de ces dangereux dépôts en pleine ville (') ».

Pour remédier au mal signalé par M. Berlillon, il sulTil dV'loîgner de Paris les malades atteints d'affections coniagieuses. Cependant la majeure partie des habitants d'une ville recevant des soins ù domicile, la suppression des bâpilaux situés dan^ l'enceinte des cités constitue un progrès qui n'a pas évidemment la valeur d'une mesure radicale propre à éteindre les fuvers répandus un peu partout, dans les divers quartiers, et d'où peuvent s'échapper des miasmes malfaisants. Après le déplacement des hàpitaux et leur installation en plein air, mesures réclamées depuis longtemps par le bon sens et exigées impérieusement par les faits, il restera encore beaucoup à faire pour atténuer les dangers de la contagion. Les praticicus du corps médical en entier, les familles elles-mêmes devront concourir pour une large part à l'extinction de ces foyers Isolés de coqueluche, de diphtérite, de scarlatine, qui fon t de si grands ravages et enlèvent tous les ans à Paris plusieurs miUiers d'enfants.

Dans l'intérieur des ht^pitaux, on rencontre, mêlés aux microbes venus de l'extérieur, de nombreux germes échappés aux plaies purulentes qui, à défaut d'une ventilation suflisante, capable de pousser devant elle la totalité des ferments figuré-^, séjournent dans les salles et y rendent l'air de plus en plus impur; cette accumulation de microbes se constate malheureusement trop souvent dans les asiles des femmes en couches, qu'il

(■) Bt«IlLl

\i»liijuc démngrciphique pour l'ai,

2J9 CHAPITRE Vllt.

faut parfois évacuer sans délai, puis désinfecler minulieusement ' sous peine de voir l'infection puerpérale y produire de véritable]* liécaCombes. Enfin, pour ne parler ici que d'une affection nettement contagieuse, il est des époques où l'érysipcle sévit avec tant de fréquence dans les salles des hâpîlaux, que les chirurgiens hésitent à pratiquer les opérations les plus légères.

Les bactéries tenues e> suspension dans l'atmosphère des salles de chirurgie appartiennent surtout au genre micrococcus. A. la Pitié, sur i oo bactériens récollés avec le secours du bouillon Liebig neutralisé, on compte gi micrococcus, 5 bacilles et { bactériums : c'est, à peu de chose près, les proportions dans lesquelles se montrent les microbes recueilli): dans l'air à la rue de Rivoli, avec cette différence qu'à la Pitié ils sont dix fois plus nombreuse

Les bactéries récoltées dans les salles des hôpitaux, cultivées et iauculées au\ animaux vivants, sont presque toutes innfTeusives ; injectées dans le sang, les tissus divers, elles sont résorbées rapidement sans laisser de traces de leur passage. Pour pousser le plus loin possible ce genre d'investigations, j'ai amené dans du sérum de sang les liquides albumineux épanchés dui$ i l'économie humaine (liquides bydrocélique et pleurciique), le jus de viande stérilisés à la température ordinaire, les poussières des salles de chirurgie, et là encore les microbes développés se i sont montrés le plus habituellement tout à fait innocents pour les espèces animales mises à ma disposition. Dans quelques cas, fort rares au contraire, j'ai pu communiquer des alTeetions fort' graves à des lapins et à des cobayes.

1^ premier organisme meurtrier tombé sous ma mata est un mi-' crococcus d'apparence commune, un peu plus petit cependant; injecté sous la peau des lapins et des cochons d'Inde, il y produit rapidement un abcès: c'est la lésion constante; cet abcès s'ouvre toujours à l'extérieur, dans le voisinage du point où l'aiguille de la seringue de Pravaz a apporté le ferment. Mais, tandis que chc« les jeunes animaux cet abcès et la plaie qui résulte de son ouverture spontanée ou faite au bistouri guérissent habituellemcnl avec rapidité, chez les vieux lapins et cobayes la terminaison' est très souvent fatale : les animaux périssent d'infection puni-!

DE l'air ses Bgodts. 9^3

lente délerminée parle microbe ou contractée peut-être pondant la maladie. Quand j'ai cherché à cultiver le niicrococcus phlogogène présent dans les abcès métastatiques du foie et de la rate, je l'ai toujours trouvé accompagni^ d'une infinité d'autres espèces (ju!, au bout de quelques cultures, finissaient par l'étouffer entièrement. Le second organisme pathologique trouvé dans les salles des malades est un bacille grêle, produisant une adénopathie dont les suites ont toujours été bénignes ; au bout de huit jours les animaux reprenaient leur appétit el leurs allures habituelles. D'autres micrococcus produisent des lésions plus inconstantes, des inilammaltons passagères des tissus où on les injecte, des chancres rongeurs; mais malheureusement, quand on est arrivé à constater la virulence faible ou énergique de tel ou tel microbe, la tâche du micrographe est presque achevée; il lui devient difïicilc de pousser plus avant ses expériences el de les étendre sans danger à l'espèce humaine.

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