III. — Composition micrographique de l'air des égouts
L'atmosphère des égouts, toujours saturée d'humidité el en contact permanent avec une eau plus ou moins bourbeuse, charriant des substances en putréfaction, est fortement chargée de bactéries. D'après une série de recherches effectuées dans l'égout de la rue de Rivoli, au voisinage du point où cette conduite se jette dans le grand collecteur du boulevard Sébastopol, on compte dans l'air circulant dans cette galerie 800 à gau bactéries par mètre cube, chiffre fort voisin de celui que j'ai déjà signalé pour l'air puisé à la mairie du IV" arrondissement, avec celle différence cependant que l'air de la rue se montre peuplé d'un nombre de germes très variables et l'air de l'égout d'un chiffre de germes â peu près constant. En été, l'atmosphère de la rue de Rivoli peut dépasser cinq à six fois en impureté l'atmosphère de l'égout. En hiver, le contraire peut avoir lieu : l'air dt la voie publique peut dépasser cinq à si\ fois en pureté l'atmosphère de l'égout sous-jacent.
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Les égouts étant deaiiDés ù recevoir les immondices de loutt sorte, les eau:^ de vaisselle, b majeure partie de l'urine I maine, la totalité de l'urine des chevaux et des animnux ulilis< dans une grande ville, la fange infecte des ruisseaux, etc., r çoivenl aussi, en dehors d'une partie des déjections hun conduites directement ù l'égouL, les eaux de lavage du souillé par les malades, le contenu des intestins et les liquidl provenant des cadavres autopsiés dans les hôpitaux, matières U Jours peuplées de microbes dont la virulence est certaineoienlfl redouter, des débris de viandes corrompues, les eaux de tannage des peiiux, enlevées à des animaux sains ou malades, etc., eo un mot, une foule de substances (|ui tendent toutes à aii^ menter le chiffre et la nature des microbes dans les égouts, a rendre les eiiux circulant dans ces souterrains aptes à fernicntcl des façons les plus diverses. Aussi il est aisé de s l'eau d'égout, puisée à un grand coUecleur, renferm prodigieux de microbes, environ 20 ooo à 3o 000 par ccnumcir cube. Je parle des eaux courantes d'égout, presque inodore prélevées dans les collecteurs, débarrassées par décantation d tous débris solides et analysées avant leur entrée en putréf>6 lion, phénomène qui s'observe quand ces mêmes eaux : abandonnées quelques jours à elles-mêmes en vases clos ( ouverts.
Voici d'ailleurs les résultats de mes analyses eflectuées bv< des eaux de diverses provenances et rapportées au bouilloi liœuf neutralisé ordimire quatre fois plus alténtbie que 1 bouillon Liebig
\H|iLur condenait. de 1 atmf>=( liri'- Euu ilu drain d V^ni-'r c
haii d. pluiu
Pau de h \<iiiue < ba«sin di MuntrouK<'i Fau de k beinc (pmsee à Bercy). . . , .
Fau du la Seine ( pmsee n Atriérps - Eau dVguut (puisée à Glicli) ;
I d'égout est donc la plus infestée de toutes, et, je le rc-
DE l'air des ÉGOUTS. 'i'jS
marque encore, elle possède sur les autres le triste privilège de se putréfier spontanément et de donner naissance, au bout dv quelques jours de repos, à une quantité de microbes mille fois supérieure à celle que Ton trouve indiquée dans le Tableau précédent. L'hygiène publique est évidemment intéressée à Técoulemcnl rapide du contenu des égouts : c'est la théorie de la non-stagnation admise par les hygiénistes de tous les pays. Les éi^outs avant précisément pour but de débarrasser les rues ri les maisons de toute substance putrescible, est-il exempt de (langer d'y évacuer les déjections d'une population de plusieurs millions d'habitants? Ce point est très sérieusement discuté. Mst-il préférable de conserver les fosses fixes, ces vastes cuves à fermentations putrides, établies dans la majeure partie des \ieilles constructions parisiennes, qu'on vient nettoyer périodiquement en infectant au moins Todorat des habitants? Je ne le crois pas, si les égouts sont construits de façon à retenir loutes les émanations qui peuvent y prendre naissance. Dans le cas contraire, les fosses à demeure possèdent au moins l'avanlage de laisser échapper peu de microbes, quand on s'en sépare par des fermetures hydrauliques ou autres, et quand, loin (le les aérer, on conduit simplement, par un tube de petit calibre, au faîte des maisons les gaz divers qui [)euvent s'a développer. Une fosse fixe, bien construite, fournit à l'air extérieur peu ou pas de microbes; cependant les infiltrations à travers le sol des liquides qu'elle renferme, les manipulations (|u'exigent son curage périodique, son entretien, etc... sont peut-être moins inoffensives ; en tous cas, la permanence, dans le sein même des maisons, d'un vaste fovcr de putréfaction doit \a faire bannir des nouvelles constructions d'une grande ville. L'un des progrès les plus marquants de Thygiène consistera à •lébarrasser les populations, sans dommages pour la santé générale, des matières excrémentitiell(*s, résidus inévitables de la vie animale. La voie des égouts est alors naturellement in- (Jiquée.
Les excréments humains ajoutés aux immondices, déjà si nombreux et si divers, qui voyagent dans ces conduites, vont-
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ils, par le seul fait de leur présence, ajouter beaucoup au rfepré actuel d'infection des ^gouts? Cela ne me paraît pas probable. car chaque animal esL, pendant son existence, sniimis ù l'acliotl^ de microbes nombreux, se miillipHant dans la dernière purtitn i\c son intestin et qu'il porte avec lui, jusqu'à la fin de iavi^ sans ^and préjudice pour sa santé. Une fois dans les égoiils ces microbes auront-ils sur lui une action plus rcdoutableîl Cela n'est pas admissible; d'autre part, si, comme le fait re-T marquer M. Warentrapp, les déjections des malades voni babi^ luellcmenl â iV'goul sans passer par les fosses d'aisances, av« les fèces de la population du premier âge, les microbe lagieux et heaucoupde substances stercoralcs voyagentpaisiblfta ment dans les égouls, alors que chacun prend soin, pour ûviiei remal, de retenir chez soi une substance encombrante, d'abord inolTensive par elle-même, mais capable de le devenir pars de fermentations ultérieures et d'ensemencements t^phoïdiquesifl dysentériques ou autres. Craindrait-on en envoyant les selles « l'égout, de changer la composition normale des eaux vannei de tes transformer en milieux nutritifs, si l'on peut s'cixprî ainsi, oit les microbes infectieux vont Iroiiver une nourritm plus substantielle et plus apte i leur développement? C'est peulfl être devancer l'expérience : les microbes communs ëtnblïs danl un milieu qui leur convient, et oii ils y sont les maîtres, cèdent difficilement leur place aux nouveaux venus; dès lors personne ne peut nier que c'est peut-être à eux qu'est due la deslruclioii de la majeure partie des germes morbides. La Science, sur ce point, n'est pas sans exemples: le virus septique étouiTe le charbonneux, le cerveau putréfié d'un animal enragé lie Iran*«j met plus lu rage; les cadavres dans un état avancé de décom position transmettent plus difficilement la septicémie que 1 cadavres frais, etc. Cependant, devant l'obscurité, lento k s'en nouir, sur le rùle des microbes, plusieurs savants bygiênîslM M. le professeur Brouardel est de ce nombre, craignent avei raison que les égouls des villes, construit.s pour un autre u ne puissent se prêter commodément à l'évacuation des vidanges ;fl s'il en était ainsi, si les matières fécales amenées dans les égoi
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les transformaient en immenses fosses fîxes, se raniilîanl dans toutes les directions, respirant par toutes les bouches s'ou^Tanl dans les rues et dans les maisons, le remède proposé serait pire que le mal. Je n'ai pas k entrer dans les questions techniques du ressort des ingénieurs chargés de la construction et de l'entretien de ces voies souterraines. CependantMM. Durand-Clayr et Emile Trélat, qui se sont distingués dans les savantes discussions sur te lout à Végout, assurent que, moyennant une quautité d'euu suffisante, on peut vaincre aisément toutes les difficultés pratiques, et s'opposer à la stagnation des substances solides et liquides dans les égouls parisiens; nous devons les croire et supposer avec eus que cela est réellement possible ( ' ). Laissant de côté cette question des vidanges, par trop exclusive, je me permettrai cependant de critiquer, au point de vue de la diiTuston des germes, la construction des égouts de la ville de Paris. Un égoul, à mon sens, ne doit pas avoir de bouches communiquant librement avec l'air extérieur; il doit prendre tout ce qu'on lui confie et ne rien rendre de ce qu'il renferme, qu'à son extrémité terminale. Séparé de la rue et des maisons, par des siphons, des soupapes, etc., d'un fonctionnement automatique irréprochable, il ne devrait pas même être muni de regards dont la fermeture ne fîlt pas hermétique; alors, les microbes et les gaz n'eu pouvant sortir par aucune issue, il serait à l'abri de toute accusation. Les égouts a^anl besoin d'une ventilation incessante, il serait utile d'y établir des machines
(') Aronsiilli-r;
Revue d'hygiène et de police aanitaire (li^s ilisrussïonî stir l'i^vacunlion ilct Tidangcs), années iNRo-iSf^i-iSHi.
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Complet rendus des séances de ta troisième session dit Congrès international de Genêveea 1B81 (Dismurs Je MM. Durand-Claye, Brouardd, Ëniili- Trëtat, Tcissicr. Vidal, Durcrdy, Warenirapp, SmiLh, Van Overbecli, de MciJEr, Layct, Soylia, Loiseau, .^moadrux, Vittiéme, lleDrot, Coverton, llaaier, Bourrïl, Juillard et de Volcaurt).
aspirante?: amenanL l'air pompé à travers des colonnes de C ÎDcandescent ou tt travers plusieurs Tiltrcs capables de rclenm tous les gormes qu'on détruirait plus lard par le feu. U 1 semble qu'un é^out possédant des bouches par lesquellei l'air qu'il renferme peut se répandre dans la rue ne remplii) jamais les conditions d'un égout parfait sur l'innocuité duquefi on doive se reposer, à moins toutefois qu'on n'arrive ù prou'
que
■obes qui .
1 émanent soient absolu
Il faut bien peu connaître les microbes pour penser qu'il rant d'eau, même rapide, suffit à les emporter au loin ; les uni grimpent sur les parois humides des murs, d'autres s'arrCtcnl cL s'éternisent dans un peu de vase, retenue par une aspérité D'ailleurs, les égouts doivent être construits pour recevuira avec les immondices, tous les microbes et, une fois qu'ils j sont amenés, l'essentiel est qu'ils y restent, ou, plus exacte* ment, qu'ils soient détruits au fur et à mesure de leur sortiq par la bouche des collecteurs.
On a parlé de systèmes spéciaux : des systèmes Liernin Berlier, etc., propres à entraîner rapidement, parle s vide, les matières fécales qu'on parle de jeter directement i l'égout; ce sont là, à mon avis, des demî-mesures, car, si te* égouts, tels qu'on les construit actuellement, sont des i d'insalubrité, ces systèmes, fonctionnant parallèlement à en^ ne remédieront pas au mal existant. Il faut sans doute se raêfii des égouts, des cimetières, des foyers où pourrissent des a de substances en voie de décomposition ; cependant, avant d porter sur les égouts, les cimetières et les foyers de putn-tactioBi les plus graves accusations, il faudrait avoir en main quelqui preuves d'une solidité reconnue: or, aujourd'liui, ces accuM tions sont basées sur de simples conjectures, surl'hoiTeur dd microbes, sur des craintes fort respectables, j'e peut-être exagérées.
Les bactériens récoltés dans l'air des égouts diffèrent eise tiellement des bactériens récoltés à l'air libre, à l'intérietir d maisons et des h6pitaux; les germes qu'on y rencontre sont n marquables par leur jeunesse et ta facilité qu'ils possèdent d'e
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vahir et de corrompre en peu de jours les infusions les moins sensibles. Trèssouvent, vingt à trcnle fois sur cent, i!s déterminent des putréfactions intenses et fétides, chose bien plus rarement observée à l'air libre et ù l'intérieur des habitations : les bactériums sont fort nombreux dans l'air des égouts : beaucoup d'entre eux sont anaérobies; en un mol, 1rs microbes répandus dans ces lieux humides forment un monde nouveau avec letpiel il serait utile et intéressant de faire plus ample connaissance; inoculés à des robayes et à des lapins, je dois à la vérité de déclarer qu'ils se sont montrés de l'innocuité la plus parfaite.
Je terminerai ce paragraphe en disant un mot dp l.i composition qualitative des atmosphères dont nous avons déjà pu apprécier la teneur en microbes.
isé au IV' arrondisse nient . . . .
du parc de Montsouris.-. .
des hôpitaux , .
des habitations parisiennes, (lu laboratoire de Monsouris.
lies salles inhabitées
des égouts
Les micrococcus, en très grand nombre dans l'air puisé au centre de Paris, encore très fréquents dans l'air des hôpitaux, des appartements parisiens, et généralement dans les lieux habités, se font plus rares nu parc de Moutsouris et sont surtout en faible nombre dans l'air des égouts et des salles inhabitées. Au contraire, les bacilles, peu nombreux à la rue de Rivoli, dans les hôpitaux, les maisons parisiennes, reparaissent plus nombreux au parc de Montsouris et dans les salles inhabiléea, comme l'indique ravant-dernière colonne du Tableau précédent; le bouillon Liebig accuse généralement peu de bactériums dans ces atmosphères diverses, sauf dans celle des égouts, où ils sont toujours fort fréquents. Avec le bouillon de bœuf préparé avec soin, ces chilTres diffèrent profondément, mais le sens de ces proportions reste toujours le même : la quantité
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des bactériums s'élève au délriment des mîcrococcus et dr»'1 bacilles, dont le chilTrc décroît alors dans les compositions J