IV. — Bactéries des poussières sèches
On a vu dans le Chapilre 111 comment on arrive, par un procédé fort simple, à compler le nombre des spores do moisissures répandues dans les poussières déposées en couche plus ou | moins épaisse dans les fenies des portes, sur les meubles, le* I consoles des appartements; je vais faire connaître en peu de 1 mots la méthode qui permet d'y compler également les germes J infiniment plus petits des bactéries, fort difGcilcs k caraclériserjl avec le seul secours du microscope. Il faut, pour arriver à ce but, j user encore du procédé indirect des ensemencements fractionnés, susceptible d'acquérir une grande précision quand O donne la peine de l'appliquer dans toute sa rigueur.
Prenons le cas le plus simple ; voici une feuille de papii!r<a glacé abandonnée sur un meuble depuis plusieurs mois ou plusieurs années ; sa couleur blanche disparaît plus ou moins complètement sons une couche de poussières formée d'éUoients dfti toute sorte : de silex, de calcaire, de plâtre, déroches finemeMbr pulvérisées, de charbon, de fibres textiles, de débris végétamcJ d'amidon, de pollens, de cellules épithéliales, etc.; cette [ sière sèche, presque toujours feutrée, lorsqu'elle se forme dansl l'intérieur des maisons, est amenée, par une manœuvre facile il saisir, dans une nacelle de platine purgée de germes. La ni-T celle ainsi chargiW, recouverte d'une plaque de môme métal, I est pesée, puis son contenu est vidé dans un ballon d'eau sléri-fl Usée à 1 1{>° ; le poids exact de la nacelle débarrassée de s contenu permet de connaître le poids des poussières introduite* J dans le ballon. Pour fixer les idées, supposons que ce poidsl soit égal à o'^'', 1 35 ; supposons encore que le ballon où vieDiieiil>l d'être versées les poussières renferme aâo" d'eau.
En agitant vivement pendant un quart d'heure le liquide ddl
BACTSRIES des poussières KËnSES. 381
vase, OQ parvient sans peine à produire un liquide uniforméœent trouble, autrement dit une véritable émulsion de poussic're, renfermant en moyenne, par centimètre cube, o^^'jS^ de détritus de toute espèce.
Avec le secours d'une pipette bien flambée et garnie à sa branche supérieure d'une bourre de coton de verre, on prélè\e alors 10"' de cette eau louclie, que l'on dilue immédiatement dans un nouveau ballon contenant z4o" d'eau commune également stérilisée à 1 10'; chaque centimètre cube de cette nouvelle dilution ne renferme plus que u™'',02i6 des poussières primitivement pesées ; aussi le liquide ainsi obtenu paratl-il habituellement limpide.
Quand îl s'agît des sédiments atmosphériques déposés spontanément à la surface des objets, Il ne reste plus qu'à procéder aux ensemencements, car les bactériens sont à ce moment généralement assez espacés dans le milieu liquide pour en rencontrer seulement un dans deux ou trois gouttes.
A cet elTet, une série de conserves de bouillon neutralisé reçoivent chacune une goutte de la dernière dilution ; dans les cas ordinaires, (io à 80 conserves suffisent pour donner des nombres convenablement approximatifs; mais il est évident que, plus le nombre des ensemencements sera grand, plus précis seront les cbifires sur lesquels on basera le calcul des microbes. N'abandonnons pas les données numériques adoptées plus haut et reprenons cet exemple de dosage des bactériens, 'i" de la dilution titrant o*"*', 0216 de poussière brute par centimètre cube sont distribués goutte à goutte dans 66 conserves de bouillon stérilisé qu'on place à l'étuve maintenue à Zo". Le liquide de plusieurs d'entre elles ne larde pas à s'altérer; chaque jour amène de nouveaux cas d'infection; mais, si l'expérience a réussi, le bouillon de la moitié ou des deux tiers des conserves ensemencées doit encore garder au bout d'un mois une limpidité parfaite; à partir de ce moment, il devient probable que cette limpidité sera permanente et qu'il n'a pas été introduit dans les vases de bouillon encore inaltéré d'espèces microscopiques capables de s'y multiplier. On met Un k l'expérience.
aSs cn^FiTHE VIII.
Sur ces 66 conserves ensemencées, admettons que 3a d'enlrol files aient montré des schizoph^les à l'état de pureté, autant dti I moins qu'on examen attentif au microscope permet d'en juger; I il devient certain que a'''^ de la deuxième dilution, on o"'S',o43a I de poussière, ont fourni 3a bactériens, soit jSoooo bactériens | par gramme de l'échantillon des poussières considérées.
Ce procédé ne possède pas évidemment la rigueur des analp-es-l chimiques eiïecluées avec les précieuses ressources qu'oETrenif rendiomélrie,les dosages volumélriqucs, les méthodes employées pour détruire les corps et peser ensuite avec précision l'eau, l'acide carbonique, l'ammoniaque, les combinaisons salines ou | haloïdes qui en résultent. Cependant il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici pour le micrographe de doser un chiffre d'œufs ou de J spores dont le poids collectif d'un million n'atteint pas j^ de milligramme ; d'ailleurs, comme dans les dosages les mieux faits, il existe, dans le cas qui nous occupe, une limite d'approximation et un nombre de chiffres négligeable. Dans mes analyses de i poussières, cette approximation varie du -^ au -^ du nombre* moyen des bactéries; elle peiil être beaucoup plus grande, maisf tout dosage dont l'écart dépasse les limites fixées doit être lena<| pour mauvais, incertain et par conséquent recommeocé.
Un échantillon dépoussière prélevé sur un meuble d'un appar-l temcnt situé au troisième étage d'une maison de la rue dcl Rennes, voisine de bâtiments eu voie de construction, fut partagé I en deux portions ; la première pesait o*% 194, la seconde oS',a 10 deux dosages méthodiques exécutés le même jour fournireni:
Pour la première portion..
l'our la ât^conde porLlon . . .
o bacléri
. 3 io o.
Celte précision tientdu hasard, et l'on doit s'estimer heureui 1 quand le second chiffre diffère seulement du premier d'une unité de l'ordre immédiatement inférieur.
Un autre échantillon de poussière sèche, recueilli sur une j feuille de papier abandonnée dans le casier d'nne bibliothèque I de l'Observatoire de Monlsouris, décela, par gramme, une foi» I
n^CTËRIES nES POL-SSIËRES SËnHES. 38'(
760000 bactériens et une aiilre fois 74^000. Ces résultais jiistitienl du degré de précision de ce procédé.
Les poussières récoltées en difTéreuts lîeu\ présentent rarement le même nombre de bactéries; si à Monlsouris leur chiffrf atteint environ ^Ôoooo par gramme de poussière, dans l'intérieur de Paris ce nombi-e peut devenir double et triple, comme le prouvent les données numériques suivantes, obtenues avec l'emploi du bouillon Liebig neutre :
Bactirieni n-coltés pur gramme tle poussière.
A l'Observatoire de Montfouris 750000
A la rue de Rennes. . 1 3(>o ono
A la rue Monge . . a 100 000
Il paraît donc démontré que, là où l'atmosphère est plus chargée de microbes, là aussi les sédiments qu'elle abandonne sont plus riches en microphytes.
D'après les recherches de M. Gaston Tissandier sur les poussières atmosphériques, le poids des corpuscules de toute espèce contenus dans i""' d'air de Paris est très voisin do 0*^,007; a^anl démontré, d'autre part, qu'un semblable volume d'air puisé à la rue de Rivoli est peuplé en moyenne de 900 microbes rajeumssables dans le bouillon, i*^ de poussière en mouvement dans les rues de Paris renferme environ tSoooo bactériens, c'est-à-dîre dix fois moins que les sédiments apportes dans l'intérieur des appartements par les courants atmosphériques, ce qui est peutêtre dû au transport, dans l'inléricur des maisons, d'une poussière débarrassée de grains de silex volumineux, de détritus lourd.'; dont ta course dans l'air est toujours limitée.
La nature des organismes bactériens varie aussi suivant les lieuK :
Nature des liach'riens répandus dans tes poussières.
A Ho A la I A la 1
ite de Rennes..
ue Monge
384 CBAPITHE Tlll.
Ainsi, à Montsoiiris, les bacilles dominent ; ces élres se fon^ j)lus rares à la rue de Rennes et deviennent encore moins (ré-Ë quents à la rue Monge. Le nombre des raicrococcus trou vi^s dons I les mêmes poussières augmente au conlraireduas un sens opposé, I ce qui s'accorde parfaitement avec les analyses d'air pratiquées I en même temps au voisinage des fortiCca lions et au centre de I Paris. La quantité relativement grande des cor pu seules- germes 1 des bacilles trouvés dans les poussières de loule provenanoo J tient à une cause déjà signalée plus haut, à la résistance à lu' | sécheresse de cette classe d'êtres, alors que les semences des bactériums el des micrococcus perdent plus rapidement la fa-I cuilé de se rajeunir dans les liqueurs nutritives; aussi, pour! rendre comparables entre elles les analyses de poussières récoltées à dilTérents lieux, il faut expressément soumettre à de»^ dosages simultanés des poussières d'un même âge, ne que l'on réalise aisément en pla<;aiit en même temps dans les appartements des récepteurs faits d'une feuille mince de clinquant uu de platine, promenés, au préalable, dans la flamme d'une lampe à alcool.
Un avenir important semble réservé ù ces sortes de dosages ■ J la fois qualitatifs et quantitatifs, bien suffisamment exacts pouri renseigner l'observateur sur le nombre et la nature des mîcrobeS'f répandus dans l'ititérleur des liabitalious.
D'après les chiffres qui préeèdenl, il est malheureusement I vrai que le degré d'impureté de l'air extérieur contribue pourl beaucoup à Infester l'air des appartements réputés hygiéniques ; i si l'atmosphère des hôpitaux présente en mojenne de 7000 i J 8000 germes par mètre cube, l'air des maisons de Paris en montre I de 3oooà 4000; cinq fois plus environ que l'airdes rues, tandis I que l'air de notre laboratoire, voisin des fortifications, accuM J seulement auo à 3oo bactériens, c'cst-à-dirc dix fois moins. On J le voit, tout nous amène à établir entre le degré d'impureté d« I poussières des villes et des poussières de la campagne un parallèle j sans cesse défavorable à l'atmosphère des vastes agglomérations j urbaines.
De cet ensemble de remarques, il ne faudrait pas cependant I
BlCTERtES DEfi PUL'SSIËHES StCBES. :i85
conclure ù la pauvreté, en bactéries, du soi des campagnes : cette déduction serait contraire aux faits de l'espérience. La pureté de l'air des districts éloignés des cités tient surtout ait mode pénible de diffusion des bactéries qu'on y observe, et vraisemblablement aussi à la nature des organismes microscopiques répandus dans tes terres arables. Les régions boisées. . la végétation, la terre non triturée, eDcroûtée pendant les chaleurs et humide en temps de pluie, soustraient aux courants Blmospbériques les seuls agents de la dilTusion des bactériens dans l'espace, les microbes perdus dans l'herbe ou incorporés aux blocs d'humus pris en masse consistante. L'absence de foyers capables d'entretenir la vie et de favoriser la multiplicalion d'espèces particulièrement virulentes donne assurément à l'air de la campagne, ce degré élevé de pureté qu'on ne retrouve plus dans les atmosphères confinées des habitations.
L'examen du sol, au point de vue du nombre et de la nature des bactériens qui s'j développent el s'y perpétuent, n'est pas dénué d'intérêt. Dans les pays où le charbon fait annuellement de nombreux ravages, M. Pasteur est parvenu à isoler des microbes vivant dans la terre les spores de la bactéridic charbonneuse. Plusieurs moutons, retenus par une claire-voie sur un terrain où l'on avait enfoui des cadavres d'animaux morts du sang de rate ne tardèrent pas à contracter la même maladie en broutant l'herbe poussée sur ce sol infesté.
Au point de vue quantitatif, les analyses microscopiques du sol s'exécutent comme les analyses des poussières déposées spontanément dans l'intérieur des maisons ou sous les abris. Cependant, pour rendre comparables les résultats de ces dosages, il est utile de soumettre la terre à analyser à quelques préparalions préliminaires, dont les principales sont la dessiccation el la pulvérisation. On opère la dessiccation de la terre en la plaçant CD couches minces au fond de boîtes métalliques percées d'ouvertures latérales pour permettre ù la vapeur d'eau de s'échapper. Après l'action, prolongi'e durant vingt-quatre heures, d'une température voisine de 3o', la terre devient friable; elle est alors désagrégée par un cylindre métallique roulant sur une jeuîlle
lie clin(]uani; la poussière résuliani de cette trituration est àtrM nouveau placée à l'éluve à 3o" pendant uu jour et uni: nuil, pu! tamisée à travers une toile niétallifjue à mailles 1res fines, el I ensuite pesée et Josée, comme cela a été indiqué pour les sédi- I ments atmosphériques. Il reste bien entendu que les boites, , tes feuilles de clinquant, le cvUndre, les nacelles, etc., employés { à ces manipulations doivent subir au préaUblc uu Uambage scrupuleux (').
Les analyses niicrascopiques des terres pratiquées à l'Observatoire de Montsouris sont encore trop peu nombreuses pour me 1 permettre d'établir avec certitude les lois qui régissent Ta p pari- I liou et la disparition des bactéries dans le sol ; d'après quelqui essais préliminaires, leur nombre y seniit sous la dépendance J des saisons, de la pluie, de la sécheresse, etc. Suivant la pro- I fondeur et la nature des couches de terrain, apparaîtrait telle T ou telle classe de microbes ; bref, il reste sur ce sujet de nombreux faits intéressants à mettre en lumière; je n'épargnerai i-ien pour porter mes investigations de ce côté.
Voici quelques chiffres auxquels se raltoelie plus de curiosité que d'importance. Le sol est généralement riche en schizophytes. 1 Les analyses efTectuées sur plusieurs échantillons d'bumiu i puisés sous une pelouse du parc de Montsouris et à Genn&- ]
(') Penanue ae ioogt évidimnient a me reprocher de négliger, ilai» et» I diverses opératiuus cOerluécs «u contact de l'air, lei chuscs d'erreur survende* I de l'extérieur; elles sont, conime on le pomt, trop faibles pour pr^oceupcp I l'abservalFur Ëo efTet, en supposiint Ih diule de loo et mëoïc de iekm ^ de bactéries sur U terre en voie de dosage (en réklilé, il serait excessif de ^ supposi^r leur numlire ligal à bo), ctc clilllre ne peut fausser les données m riques d'un essai dont les nnilis négligée» sont ile t'uriire Ats diuloM M ^m | r^ntaines de niillc. I.a cause d'erreur qui pourrait invalider u^s «érîeuMi les résultats obtenus serait lu pullulation des bactéries des poussières etda «>( 1 ■lans l'eau stérilisée employi^c à les émulsionucr', or, en une lieure. rt mfoie ett | dcui heures, il n'est pas de lemcnee dessi^i^hiie de biictérien qui puisse, i l'eau et à la température ordinaire, Tournir un nouvel être doué d'uao vittltU | indépendante de la cellule-nerme. La durée d'incubation d'uuc spore da bi térie desséchée, placée à l'éluve é So", dans des liqueurs éiiiincmuient nul lîTCs, est beaucoup plus louguc; dans les cas les plus favorables, elle panll-l exiger de cinq 1 six heures.