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I. — Des substances antiseptiques

Dans le cours de mes travaux sur les organismes microscopiques, j'ai eu bien souvent l'occasion d'étudier l'action des substances chimiques sur le développement des bactéries et de leurs germes. J'exposerai brièvement ici quelques faits relatifs à l'influence des antiseptiques sur la germination des spores aériennes des microbes.

On donne le nom de substances antiseptiques ou aseptiques à un groupe de corps simples ou composés capables de s'opposer à la putréfaction des liqueurs ou des matières altérables ; les antiseptiques, dont le mode d'action est peu connu et fort variable, doivent, pour être déclarés efficaces, s'opposer à la vie des ferments organisés ; si une putréfaction est en marche, ils doivent être assez puissants pour la suspendre; si elle n'est pas encore déclarée, ils doivent la prévenir; dans le premier cas, ils agissent en détruisant ou en paralysant les bactéries déjà en activité; dans le second, en s'opposant à la multiplication des germes répandus dans les milieux putrescibles. Un antiseptique peut donc produire une désinfection parfaite ('), en suspendant

(') On emploie généralement le même mol pour exprimer la désinfection parasitaire et la désinfection des odeurs fétides; il reste bien entendu qu'il s'agit uniquement dans ce Chapitre des substances bactéricides et non desodorantes; beaucoup d'antiscpti(iucs énergiques, le bichlorure de mercure, par exemple, tuent rapidement les microbes d'une putréfaction en marche sans exercer une action bien appréciable sur les produits nauséabonds déjà formés, mais dont ils arrêtent la production ultérieure. Si une putréfaction n'a pas

brusquemenlla vie des bacléries adultes ou en géDanirécli de leurs germes. L'ascplique parfait serait cependant celui qui tuerait direclemenL la graine; malheureusement la liste des corps doués de cette faculté est fort peu étendue, ou plutôt li usage est impossible dans les pansements usités pour détruire les poisons figurés développés sur les plaies et dans les cavités naturelles ou accidentelles de l'économie.

On peut diviser les agents chimiques bactéricides en agents tuant irrévocablement les germes et en agents destructeurs seulement des bactéries adultes, à côté desquels un peut grouper une troisième classe de substances qui ne tuent ni germes bactéries, mais qui ont le pouvoir de paralyser la 5por>; et l'espèce adulte. Je parlerai plus particulièrement aujourd'hui de ces désinfectants anodins d'un usage très pratique, trùs répandu et très fructueux, quand leur application est faite avec intelligence. En efiet, si l'on immobilise un germe sur une plaie, si on l'empêche de pulluler, ce germe devient inerte, îuoffensif, aussi peu malfaisant que s'il avait été sûrement détruit; sans doute, il serait préférable de le tuer une fois pour toutes, mais détruire un germe tombé sur nos tissus est une opération fort diflicile ; on ne peut guère espérer y parvenir qu'en détruisant les cellules organisées où il est déposé : c'est le procédé des cautérisations au fer rouge, à l'acide sulfuriquc, à l'acide tique, à l'acide chromique, à la pâte de Canquoin, à la poudra de Vienne, etc., procédé applicable quand il s'agit de faire disparaître à tout jamais un poison septique, très virulent, répaadtt sur une très petite surtace.

Les travaux entrepris sur le pouvoir bactéricide des antiseptiques sont si nombreux qu'il serait trop long d'en faire ici l'historique ; Lcmaire, Bouchardat, Demaux, Ozanani, Fasteur, Lister, Bochefonlainc, P. Berl, Àrloing, Bergeron, Gosselin et

commcnoû. iUs'oppoacDt à la foi-maliuu des odeurs Ciilidcs: tandis qu'il eusl/^ i cùtË d'eux plusieurs rorp» parmi ksqueb j« citcriu l'oxyg^ftp, kiea c pour délroire rapidement le gax hydrigéoe sulfuré et pour favoriser en i temps U vie de la grande majciritê dt's baelériïs.

AKTISEPTIQliES. 391

une foule d'auteurs français et étrangers ont abordé ces queslions importâmes à divers points de vue el obtenu parfois des résultats contradictoires. Les recberchcs longues et fastidieuses «juc j'ai entreprises depuis deux ans sur cette matière me paraissentassei^ avancées pour qu'on puisse déjà en retirer quelques indications utiles.

J'ai cru devoir diviser les substances bactéricides, sutvnnt leur degré de force, en éminemment, très fortement, fortement, modérément, faiblement et très faiblement antiseptiques. Dans cette classification, absolument basée sur l'efficacité des composés considérés, un corps est éminement antiseptique, quand il s'oppose ù la putréfaction de i''' de bouillon de bœuf neulraliséà ta dose comprise entre o*',oi et o«'',i (^vnir d'ailleurs le Tableau sui-

,nl):

i" Éminemn

3° Très rortement...

3* Fortemenl . , .

4" Modérément

V Faiblement

6' Très faiblement..

Au delà de 3oo parties, it paraît peu rationnel d'appliquer la dénomination d'antiseptiques aux substances qui veulent être employées à doses plus massives pour exercer une action antiputride complète; a ce titre, toutes les substances connues des chimistes pnurraient prendre ce nom, y compris les substances les plus fermentescibles. Le sucre, sous le poids de a''*, conserve indéfiniment i''' de bouillon, etc.

Les microbes ayant une énergie vitale fort inégale, il serait désirable de multiplier, àTcxemple des travaux de MM. Arloing, Cornevin et Thomas et de plusieurs autres expérimentateurs liabiles, des recherches sur le pouvoir destructeur qu'exercent les divers antiseptiques sur les germes de chaque virus figuré en particulier. Quant à moi, fidèle au plan adopté dès le principe^ je traiterai ce sujet dans ce qu'il a de plus général, en faisan

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connaître simplement le poids minimum des substances capables de s'opposer à révolution de n'importe quel germe et quelle bactérie.

Le programme des expériences à effectuer dans ce but est fort simple : à un liquide toujours comparable à lui-même, il suffit d^ajouter d'abord un poids connu d^antiseptique , puis des germes atmosphériques ou des bactéries adultes, de faire varier la quantité du corps microbicide, jusqu'au moment où la liqueur reste indéfiniment imputrescible. Pour se procurer des germes de toute sorte à l'état sec, il suffit de les prendre là où ils abondent : par exemple, dans les poussières répandues à l'intérieur des habitations parisiennes, des hôpitaux ; et, pour se procurer des bactéries adultes, de les chercher dans l'eau d'égout. Quand l'antiseptique est volatil, il convient, pour éviter toute perle de poids, de le placer avec la liqueur putrescible dans des vases scellés, en laissant au-dessus du mélange un volume d'air ou d'oxygène assez considérable pour favoriser le développement des microphytes.

Voici les résultats fournis par ce mode d'expérimentation :

DOSES MIMMA DE QUELQUES ANTISEPTIQUES CAPABLES DE SUPPOSER A L\ PUTRÉFACTION d'uN LITRE DE BOUILLON DE BOEUF NEUTRALISÉ.

1** Substances v mine m ment antiseptiques.

Eau oxygénée, H* 0* o,o5

Bichlorure de mercure, HgCl- o^o'

Azotate d'argent, AzO-^ Ag 0,08

V Substances très fortement antiseptiques.

Iode, I o,'2)

Chlorure d'or, AuGl^ o,a5

Bichlorure de platine, Pt Cl* o,3o

Acide cyanhydrique, HG*Az o, Jo

Brome, Br 0,60

Sulfate de cuivre, SO*Cu -1- 5H*0 0,90

ANTISEPTIQUES. agS

3° Substances fortement antiseptiques.

Cyanure de potassium, K' Gy i , 20

Bichromate de potasse, K* O, a Gr 0' i , 20

Gaz ammoniac, Az H* j ,40

Chlorure d'aluminium, Al'Gl* i ,4©

Chloroforme, GHGI» i ,5o

Chlorure de zinc, Zn CI* i ,90

Acide thymique, C*<'H**0 2,00

Chlorure de plomb, PbCI* 2,00

Azotate de cobalt, Co(Az03)* -f-6H«0 2,10

Sulfate de nickel, SO»NiH-7HîO 2,5o

Azotate d'urane, UO, AzO^, 2,80

Acide phénique, G* H^ O 3 , 20

Permanganate de potasse, MnO^K 3,5o

Azotate de plomb, Pb(AzO')* 3, 60

Alun , (S0^)5 Al« -h SO*K» 4- 24H«0 4,5o

Tannin, C* H»oO» 4 ,80

4** Substances modérément antiseptiques.

Bromhydrate de quinine, G*oH«*Az»0»,(HGI) 4- 4H*0. 5,5o

Acide arsénieux, As'O' 6,00

Sulfate du strychnine, (G*»H" AzîOî)SO*H«-t- 7H«0.. 7,00

Acide borique, BoO'H' 7>5<)

Arsénite de soude, Na*H AsO^ 9ïO^

Hydrate de chloral, G^HCPO + H^O 9,3o

Salicylate de soude, G«H»(OH)CO«Na -hH«0 10,00

Sulfate de protoxyde de fer, SO^ Fe H- 7 H* O 1 1 ,00

Soude caustique, Na*0 i8;0o

5° Substances faiblement antiseptiques.

Protochlorure de manganèse, MnGI* -f-4H'0 25, 00

Chlorure de calcium. GaCl* -4- 2H*0 40ïOo

Borate de soude, Na^O, 2BoO'-i- loH^O 70,00

Chlorhydrate de morphine, C^H^'AzO', HGI 4- 3H*0. 75,00

Chlorure de strontium, SrCl» h- 6H«0 85, 00

Chlorure de lithium, LiCl -h 2H«0 90,00

Chlorure de baf7um, BaCP-f-aH^O 95,oo

Alcool, C« H« 95 ,00

CHAPITBB H.

(i" Siibslnnces très faiblfiiirnl a/itiieplïqiies.

Chlorure d'ammonium, AiH'Cl 115%

Arsëniate de potasse, K'AsO' I35,ix

loduru de potassium, K*l j5a,o<

Sel marin, Na»GI i6S,ck

Glycérine (densité — i ,a5 ) jia3,iM

Sulfate d'ammonUque, SO'(AïH*)« aSo.oi

HypoBuirue de soude, S'0>Na» -t- 5H*0 ^75,01

Plusieurs autres sels de soude et de potasse, les sulfates eH azotates notaimnent, dissous à saturation dan» te bouillon ( bœuf, sont incapables, ù la dose de plus de 5ooE', d'erapéchel la germination des bactéries.

Ainsi, dans le groupe des antiseptiques les plus puis) remarque jusqu'ici trois corps: l'eau oxygénûe dont l'action dé»] inl'eclanle a été signalée et étudiée récemment par MM. P. et Regnard, puis le bicblorure de mercure dont la vertu a tique a été reconnue depuis longtemps par beaucoup de sava généralement on considère ce sel comme produisant une artioi efficace au YYTôû' ^'•'^^ 1^* conditions ot"! je me suis placé, ellce! parfaite au ,-ûô^nnFi ^' enfin l'azotate d'argent, dont le pouvoie microbicidc est des plus énergiques : it est au moins étrange d voir l'eau oxygénée, différant si profond t'rra eut du bichlorurc i mercure et de l'azotate d'argent par sa conslitulioa chimique, &"a rapprocher autant par ses facultés parasiticîdes.

Dans le second groupe des antiseptiques, on trouve suit une substance très employée en Médecine, l'iode, préconisé p Marchai de Cal vi, dont la réputation estbien méritée; le cfalonirq d'or, dont la vogue paraît épuisée; le bicblorure de plalinej l'acide cyanbydrique, seulement toxique pour les bactéries à Ut] dose de , ' ^ * ^^ ; le brome, deux à trois fois moins antiputride que l'iode, jadis employé par Ozanam pour combattre le développement des fausses membranes dans le croup, et enfin le sulfate de cuivre, contenant 5 équivalents d'eau de crtstallisaiioa>J

Dans le troisième groupe, on voit les substances les pllU usuellement employées en Chirurgie, le chloroforme, qui imm

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