CONCLUSION
La Micrographie atmosphérique est une science toute nouvelle, créée à peine depuis trente à quarante ans, par les médecins et les savants désireux de pénétrer le mystère du contagc des maladies dites infectieuses; elle a, depuis cette époque, fait de grands progrès sous l'impulsion d'un homme de génie, auquel rhumanité est redevable des plus belles et des plus utiles découvertes. D'abord cantonnée dans Tétude des phénomènes chimico-physiologiques appelés fermentations, les recherches sur les microbes s'étendirent bientôt aux maladies si curieuses du vin, de la bière, des œufs, des vers à soie et des animaux domestiques. Plus tard, guidés par les beaux travaux de Davaine, beaucoup d'auteurs firent de nombreuses tentatives en vue de découvrir les zymases pathologiques : llallier, d'Iéna, Coze et Feltz, Obermeier et plusieurs autres savants ne tardèrent pas à distinguer dans le sang des malades de nombreuses bactéries auxquelles on attribua l'origine des maladies. Mais il faut l'avouer en toute sincérité, les méthodes d'investigation faisaient alors défaut, les procédés mis en usage pour isoler, récolter et cultiver les espèces microscopiques étaient entachés d'erreurs graves, difficiles à soupçonner. C'est à M. Pasteur que revient le mérite de nous avoir éclairés sur ce point, en nous faisant part de ses expériences si habilement conduites et livrées par lui à la critique des savants du monde entier depuis un quart de siècle. Dès Tannée 1860, l'importance de l'étude des germes atmosphériques n'avait pas échappé à l'esprit pénétrant
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de M. Pasteur. « En résumé, disait-il ( ' ) à cette époque, si Ton rapproche tous les résultats auxquels je suis arrivé jusqu^à présent, on peut afTirmer, ce me semble, que les poussières en suspension dans Tair sont Torigine exclusive, la condition première et nécessaire de la \'ie dans les infusions, dans tous les corps putrescibles et dans toutes les liqueurs capables de fermenter.
» D'autre part, j'ai montré qu'il est facile de recueillir e! d'obser\er au microscope ces poussières de l'air, et que l'on voit toujours au milieu de débris amorphes très divisés un nombre de corpuscules organiques que le plus habile naturaliste ne saurait distinî::uer des germes des organismes inférieurs
^) Je n'ai pas fini cependant avec toutes ces études; ce qu'il v aurait de désirable, ce serait de les conduire assez loin pour préparer la voie à une recherche sérieuse de l'origine des diverses maladies. »
Cette voie est aujourd'hui préparée et, grâce aux efforts continus de ce savant si distingué, grâce a ses magnifiques découvertes, l'auteur le plus modeste peut nourrir l'espoir de trouver la cause de Tune des nombreuses affections qui désolent l'espèce humaine et, cela fait, depouvoiry opposer une thérapeutique triomphante. La majorité des médecins voient en M. Pasteur un grand bienfaiteur auquel ils apportent de grand cœur leur tribut de reconnaissance. D'autres, en fort petit nombre, se sont faits depuis peu le» détracteurs de ses travaux. Je fais ici allusion à quelques savants d'outre-Rhin aux allures bruvanles. qui ont profité comme nous tous des immortelles recherches do M. Pasteur et qui,secrovant aujourd*hui capables devoIerdeleur> propiYS ailes, remplissent les recueils scientifiques d'attaques injustes «MiNors celui qui est encore et sera pendant longtemps leur maître dans les études si délicates sur les infiniment petits. On interpréterait cependant bien mal ma pensée si Ton supposait un instant que je range au nombre des jeunes savants alle-
\ ' ) ISsTi.iR, i\'nintt< rcrtfus lit's sv.inces de /'.ic:iih'mic des Scieitccs, t. Ll.
mands qui prétendent avoir seuls le monopole de bien expérimenler sur les niicrobca les hommes illustres et respectables qui portent les noms de Nœgeli, de Brefeld, de Cohn, de Pellenkorfer, etc..
Les véritables progrès de la science des infiniment petits, autrement appelés microbes par M, Sédillot, datent du jour où M. Pasteur, renversant ù tout jamais les théories surannées de Liebig sur la décomposition des substances organiques, nous apprit à déceler dans les poussières aériennes les germes des ferments, à les isoler, à les cultiver, à les suivre dans leur développeoient et à en mesurer les actions puissantes. Ce travail immense est malheureusement encore loin d'être terminé.
Dans les pages qui pri'cèdenl, je me suis efforcé d'esquisser un programme de recherches sur les microbes encore peu connus de l'atmosphère, de faire ressortir rintérêtjel l'utilité qui s'attachent à la connaissance parfaite de c.
dus partout en abondance, mais plu:
rieur de Paris, des hàpitaux, en un i maladies sont plus meurtrières et plu; s'élever contre les faits publiés dans ce Livre, prétendre que ces coïncidences ne prouvent rien, il restera à tons celle arrièrepensée que les chiffres bruts inscrits plus haut sont un commencement de preuve des tristes effets du nombre des microbes sur la santé de l'homme.
« L'air impur, a dit Pringle, est plus meurtrier que le glaive»; les médecins le savent si bien qu'ils se hâtent de diriger loin des villes très peuplées les personnes faibles et débilitées par un séjour trop prolongé dans les vastes agglomérations urbaines; les hygiénistes ne l'ignorent pas non plus quand ils conseillent aux municipalités d'ouvrir, au prix des plus grands sacrifices, de larges voies, d'aérer les quartiers malsains et humides, d'assurer le parfait fonctionnement des égouts, de multiplier l'arrosage des runs dans les saisons où le vent peut soulever des nuages de poussières, etc.. Les chirurgiens surtout peuvent apprécier l'inQuence néfaste qu'exerce sur le succès de leurs opérations l'air impur des salles des malades ei l'almo-
is organismes errants, répan- 1 particulièrement à l'inténot dans les lieux où les
s nombreuses. On aura beau
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sphère même d'une ville où, comme à Paris, l'opération cés»t l'ienneaune issue presque toujours fatale. D'où vicanenl ctatM émanations malignes et malfaisantes? Sont-elles dues à un peSa d'acide carbonique venu des foyers eu combustion , à quel-fl ques traces de gaz délétères répandus en quantité infinitésîrnalafl dans les almospbèrcs des villes, à un phlogistique insaisissabta] et innommé? En vérité, le triste honneur de produire des IvphuSv des fièvres éruptives, des infections septicémiques n'appartienCfl pas sûrement à quelques bulles d'hydrogène sulfuré ou de ga»l ammoniac, aux miasmes odorants 1res dilués dont l'action tosiqasi est fort limitée, sinon à peine appréciable, sur l'espèce humaini de semblables théories sont aujourd'hui vieilles et insoutem blés.* Au contraire, de nombreuses recherches, effectuées par ]a savants les plus éminents, prouvent : i" qu'il existe des tenM ments figurés dont l'action est des plus redoutables ; 3" qu'o rencontre dans l'organisme des malades atteints des alTectioiri dites spécifiques plusieurs variétés d'algues inférieures dont lu présence dans le sang et les tissus est au moins singulière, suspecte; d'autre part, l'examen microscopique montre à profo-T sion dans l'air des algues pourvues de caractères morphologiques identiques, et l'on mellrail l'esprit à la torture pour trouver ailleurs les causes des maladies infectieuses, quand l'analyse démontreavecunerigueur mathématique que la mortalité est plu» grande là où ces cellules abondent que là où elles sont pins rares. Pour ne pas être ébranlé par cet ensemble de faits pro>'j bants, il faut se refuser à voir.
Examinons maintenant quelle est la conduite tenue par M chirurgiens à l'égard des blessés et des opérés jadis si so»^ vent voués à une mort certaine avant la découverte des panse-H ments antiseptiques cl énumérons quelques-unesdes substance dont l'application est suivie de si heureux résultats. Comple-l-O) parmi elles l'oxygène, qui a pour rôle de briller cl de transfon les gaï éminemment fétides en composés inodores ? Au coolr on se bâte d'occlure les lésions trdumatiques profondes et c peu d'étendue. Y voit-on figurer les acides énergiques qui penventl neutraliser l'ammoniaque et une foule de bases volatiles nan-
CONCLLSION. 3rà
séabondes en s'y combinant rapidement? Non, celle pratique donne de fort mauvais rt-sultats : on a recours au phénol, au thymol, au biclilorure de mercure, à l'iode, en6n à une foule de corps chimiques dont le pouvoir désinfectant est à peu près nul envers les produits résultantdn phiînomêne de la putréfaction, mais, en revanche, dont l'action est loute-puissante sur les microbes, dont ils suspendent la multiplication et qu'ils ramènent avec leurs germes à l'état de molécules inertes. Tout à l'heure l'air où les microbes étaient fort rares se montrait le plus sain ; maintenant c'est en purgeant les plaies de ces mêmes organismes qu'on parvient à ramener à la vie des milliers de blessés et d'opérés : tout cela est bien singulier si un rûle pathogénique important n'est pas dévolu à ces êtres inférieurs.
Mieux que personne, je sais combien il est difficile de se débarrasser des assiégeants inliniment petits qui nous entourent, et combien les microbes se font un jeu de franchir tes barrières que la prophylaxie cherche à leur opposer; cependant la Médecine n'est pas sans exemple de résultats satisfaisants obtenus dans cette voie au prix de précautions constantes. J'eu citerai un seul, parce qu'il est des plus remarquables.
Dans un hôpital place dans l'intérieur de Paris, je veux parler de la Maternité, on l'on a pu voir la mortalité s'élever, en 1864, à ao pour 100 du nombre des femmes entrantes, M. Tar-
nier, chirurgie
chef de cet asile, bie
inu par ses s
ints
travaux en obstétrique et ses idées arrêtées, depuis vingt-cinq ans, sur la contagion de l'infection puerpérale ( ' ], a su, par les améliorations introduites dans le traitement des nouvelles accouchées, abaisser considérablement la mortalité observée dans cet asile édifié par l'assistance publique. Après l'adoption de la méthode antiseptique et la création d'une infirmerie spéciale pour les femmes atteintes, à la suite de leur accouchement, de complications morbides, le nombre des décès, qui était, à la Maternité de Paris, de l'année i858 à l'année 1869, égal à g,3r pour 100 des accouchées, est descendu, dans la période
(') Tariikii, De la fiivre puerpérale (Tli^»«
lugurale. Paris, 1857).
3o6 COKCLL'SION.
duD décennale suivante, de 1870 à 1881, à a, 3^ pour 100, el enGn à 0,5 pour 100 daus le pavillon, dit Taraier, construit dans les jardins du meute ' hâpital, disposé de façon à évi tout contact de malades entre eux, toute contamioatton del personne venue de l'infirmerie et, enGu, toute accumulation ■! de germes dans les petites chambres habitées par les nouvelles I accouchées. C'est donc par milliers que l'habile chirurgien de U I Maternité de Paris a su préserver de complications fatales let 1 femmes confiées à ses soins. Ces brillants succès plaident asscx I éloquemmont en faveur de la théorie des ferofients figurés inor- f bides dans le phénomène do l'apport à distance des maladie: pour qu'il soit encore mile d'insister sur ce point.
Pour se débarrasser des microbes des hdpituux , on doill avoir recours, selon les cas, à deux agents, l'eau et la chaleur : ■ l'eau, en devenant le véhicule des germes, s'oppose à leur di(-l fusion dans l'air et permet de les conduire sûrement dans les! égouts, puis loin des quartiers peuplés, sans les disperser d'»-J bord dans l'intérieur des salies et ensuite dans les rues voisines i des hApitauK. Toutes les salles des malades devraient donc f^lre i construites de façon à pouvoir être lavées sur toutes leurs faces; I ou substituerait aux parquets des planchers bitumés ou dallés di^ I pierres, parfaitement rejointées; les rideaux des fenêtres et des J lits, véritables nids à poussière, seraient supprimés; les salles I des malades, beaucoup moins vastes, seraient pourvues de litsel I soiamters métalliques qu'on porterait périodiquement vers 1 80' dans des éluves spéciales; la literie et le linge seraient lessivés dans des autoclaves chauffés à 1 10"; cette température humide étant beaucoup plus efficace pour détruire les microbes que U chaleur sèche de iSo^etde t4o°, qui altère d'ailleurs profondément les fibres textiles. Mieux vaudrait, évidemment, supprimer les hôpitaux placés dans l'intérieur des villes, et les reconstruire en pleine campagne sur un vasle terrain, en adoptant le | système des pavillons isolés, qui a déji rendu de si grands ser- I vices en permettant de circonscrire le contage dans un lieu de- 1 terminé.
Les mesures prophylactiques à imposer aux babitanls d'une!