I. — Poussières minérales. — Cristaux microscopiques
Globules de fer météoriques.
Avant de parler des microbes organisés répandus dans les poussières de l'air, il n'est pas sans intérêt de préciser brièvement la nature des sédiments inertes qui en constituent habituellement les éléments les plus abondants. Il n'échappa pas à l'observation de Pouchet que ces éléments bruts donnaient aux poussières recueillies avec le secours des aéroscopes une physionomie, s'il est permis de s'exprimer ainsi, capable d'en faire très souvent connaître le lieu d'origine. En effet, l'air des appartements habités tient en suspension une foule de fibres textiles diversement colorées, qu'il est exceptionnel de rencontrer dans l'air de la campagne. En dehors des habitations, l'air des rues présente encore des débris de nos vêtements, mais les brins de soie, de chanvre, de colon, de laine, etc., deviennent plus rares et sont novés au sein de détritus terreux, de substances amorphes, d'origine végétale et animale; à la campagne, les fibres arrachées à l'écorce des arbres ou aux végétaux en voie de décomposition forment la partie la plus riche des matières organiques qu'on y recueille en temps normal. D'autre part, le poids (les sédiments aériens récoltés aux champs est, sous un même volume d'air toujours plus faible que le poids des poussières récoltées en ville. On doit sur ce sujet à M. G. Tissandier (*)
(') G. Tissandier, Les poussières de l'air, p. a : Poids des corpiiscufes de poussières contenues dans i ""^ d'air à Paris.
Aprè» une pluie ahonilanle Apre» s Juurs de st^cbereise Dan< de» condilioni»
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« En prenant, ajoute M. Tissandier, le chiffre minimum 0'% 006 et considérant une raassed'air deS*" d'épaisseur sur Tétenduedu Champ de Mars, qui aSoGooc^ de surface, cette masse d'air ne renferme pas moins de iS''* de corpuscules. »
a4 tUAPITBE I.
un ensemble d'expériences forlbien faites que l'examen microscopique confirnie pleioement; j'ajouterai cependant, d'aprè« mes propres observations, qu'en temps humide, de pluies fré- ({uentes ou de giboulées, la quantité des poussières atmosphériques diminue à un tel degré, qu'il n'est pas de balance assez sensible pour apprécier le poids des détritus de toute sorte contenus dans plusieurs mètres cubes d'air puisé au parc de Mootsourîs. Cette diminution porte surtout, comme l'avaient déjà vu les D" Maddox et Cunningham, sur les poussières inorganiques ; dans ce cas, il n'est pas rare de compter dans l'air plus de spores cryptogamiques que de grains de silex.
Contrairement à l'opinion de M. Ch. Robin (<), on observe, parmi les corpuscules cbarrjés parles courants atmosphériques, d'es cristaux divers, hyalins ou opaques, de fornie cuhique< prismatique, rhomboédrique, etc.; souvent l'œil saisit un fragment de minéral dont le clivage est visible à travers sa masse transparente, comme à travers un bloc de gypse ou de spath d'Islande lendillé par le choc. A Paris, les éléments cristallisés les plus répandus dans l'air appartiennent à une roche de couleur gris bleuâtre donnant des cristaux clinorhombiques, isolés ou groupés par assises, qu'on voit souvent se détacher du minéral en voie de désagrégation.
Le silex â cassure conclioïde, les sulfates, phosphates el carbonates terreux ou alcaUno-lerreux, à lexlure cristalline ou à l'état amorphe, méritent moins de nous arrêter; mais je dirai un mol des globules de fer météoriques étudiés avec soin pur M. G. Tissandier ( < ), qui les a obtenus par un procédé de triage ingénieux, consistant à promener, ù une faible distance d'une couche de poussières atmosphériques déposées sur une surface |>lane horizontale, un aimant destiné à saisir uniquement les parcelles ferrugineuses [Jlg- g, lO cl 1 1). Au microscope, j'ai vu et reconnu ces globules magnétiques; cependant ils sonl généralement en si faible quantité dans les poussières aériennes,
t du m icroicope, p . 99C ; 1 87 1 .
I, La pouttiéreê Ue l'air, p. 4o ci
SÉDIMENTS ÂfiHUItB. 35
qu'il est difQcile de constater leur exislence daos les récoltes aéroscopiques obtenues avec i°" d'air, alors que ces mêmes
Fig. g.
rtcoltcs présenlenl, surtout pendant Ips vents violents, une foule de granules noirs et rougeàtres, d'une sphéricité irrépro-
Corpu»cules ftrrugiQEui dapr>-i G. Tissandipr.
chable et d'un diamètre variant de -j-^ â -—; de millimètre; ces sphérules, inattaquables par les acides concentrés, paraissent
Corpuscules fcrruginijux il apriis li. Tissandier.
appartenir à une classe de corps volatils résino'ides, que la fumée des usines entraîne au loin avec elle.
II. — Poussières organiques. — Poils des végétaux. — Fibres végétales. ~ Dépouilles du règne animal.
A côté des corpuscules minéraux ou non organisés dont je viens d'énumérer les représentants les plus fréquents parmi les
poussières de l'air, il eslaisL- J'apercevoir des cellules ou <lébris de cellules avant appartenu au règne vi^gétal et animal. Tantôt la matière organique apparaît sous Tortne de plaques, de lamelles, J de masses informes, de granulations agglutinées par ud cîmeDt| incolore, jaunàlre ou brun, de (ibres déchiquetées sur la natui desquelles on ne saurait se prononcer sûrement ; tantôt, au coa-l lucbes <5pidermtques, àeïïM
traire, l'œil reconnaît très bic
fragments de vaisseaux, des trachées déroulées, des lubé^^Ç^ céliens septés ou non sepLés, des poils simples ou rameuxJ enlevés par le vent aus tïges et aux feuilles des plantes. Dansl l'intérieur des bôpilaus et des habitations, à ces dépouilles da^ règne végéul viennent se joindre ou plutôt se substituer desl libres déjà utilisées par l'industrie, des cellules épitliéliales cor-'' nées, que les réactifs colorés permettent d'étudier avec soin; l'amidon, fréquemment observé en pleine campagne, se montre j surtout en abondance dans l'air des villes et l'air cooGné de^J
CEUFB ASRIBNS DES IHFCSOIIIBS. 97
maisons. Il serait long de dresser la liste des éléments hétérugènes CDDStamment eolrainés par l'aLmosplière ea mouvement. Pour abréger et arriver plus rapidement à un sujet plus digne d'intérêt, je me contenterai de signaler, parmi les sédiments •lériens, du duvet échappé au\ corps des oiseaux, des écailles de papillon, en forme dVcussons plus ou moins allongés, pi- (fuetées de poils ou parcourues par de fines raies longitudinales, d'anlennes et de pattes d'insectes, des dépouilles entières d'acariens, telles que ia fig- «2, gravée d'après une de mes pfiotomicrographies, en montre un bel exemple.
Cadavres et œufs d'infusoires.
Si, comme on vient de le voir, les dépouilles dénature végétale et animale se rencontrent très fréquemment dans les atmosphères libres et confinées, il est infiniment plus rare d'y constater la présence des œufs et des cadavres des animalcules appelés in/usoires, qu'on ne confond plus aujourd'hui avec les bactériens rangés avec raison parmi les crj'ptogames microscopiques de l'ordre le plus inférieur.
A. Pouchet, Cunningham, Charles Robin et bien d'autres observateurs n'ont pu saisir qu'exceptionnellement dans l'atmosphère ces petits êtres élégants répandus à profusion dans la moindre fiaque d'eau, les fossés, les bassins, les rivières, oi!i abondent le limon, les plantes aquatiques, les brins d'herbe, les feuilles mortes détachées des arbres. Pour ma part, j'ai rarement aperçu, dans les milliers d'éclianlillons de poussières aériennes qui ont passé sous mes yeux, des œufs et des cadavres d'infusoires nettement reconnaissahles. Cependant, à plusieurs reprises, ces sédiments m'ont montré des rotateurs enkystés, des carapaces de cyclopes, mais cela à intervalles fort éloignés, de six mois en six mois, d'année en année.
Il existe pourtant un procédé détourné permettant de démontrer la présence dans l'air des œufs de quelques classes d'in-
fiisoires, appartenanl, leplusliabiLuellcmenl, aux monades, an«i amibieas, c'est-à-dire aux animalcules les plus petits, donl 1 germes, par suite fort légers, soûl aisément Iransportés par lesfl courants atmosphériques. Ce procédé repose sur l'ensemence-j" ment dans de l'eau bouillie de bourres d'amiante stérilisées ami préalable, ayant servi à retenir les poussières de 3o'*'^ â4o'"'d'air.l Ces sortes de tampons noircis par le charbon, les débris lerreuxil et autres qui constituc^nt la partie la plus abondante des pous-:l sières de l'air, immergés dans cette eau, donnent toujours nais-J^ sance à de nombreuses algues vertes, à de luxuriantes i talions cryptogaraiques et fort souvent à quelques infusoiresl ciliés, plus rarement à des rotateurs, à des stentors, autrement ditl à cette classe d'animalcules visibles à la loupe, sinon à l'œil nu. ff Sous le volume de i5" à ao", l'eau de pluie, amenée dans I des vases stérilisés et conservée plusieurs semaines à l'abri del toute impureté, montre, dans la moitié des cas, des infusoires I proprement dits, nageant en grand nombre au milieu des mucé- I dinées développées. Ordinairement l'espèce animale éclosel dans ces aquariums minuscules est pure, c'est-à-dire exempte 1 d'infusoires d'une autre forme : aussi le spectacle de voir réunis I en grand nombre une foute d'èlres de la môme famille est-il fotl I curieux pour l'observateur habitué à voir ces espèces mélangé»'* vivre ordinairement dans la même infusion et s'y mouvoir del la façon la plus variée. Ici, au contraire, un échantillon d'eau de'l pluie montrera des protécs presque circulaires rampant lentemeatfl en émettant des expansions courtes et pointues; là un secondfl sera peuplé de monades ou de cercomonades munies de lougs^ llagellums, douées d'un tremblotement rapide et d'une locomO' tion vraiment surprenante. En fractionnant les eaux météoriques V en groupes d'infusions de faible volume, il deviendrait, je c facile de faire avec précision la monographie de plusieurs de c animaux microscopiques, qu'un bon nombre d'auteurs fout d river bien à tort des zoospores, des algues et des champignoni Il suffit de s'adonner quelque temps à ces cultures pour recc naitre le peu d'exactitude de ces affirmations et s'assurer <j les infusoires les plus petits conservent leurs mœurs et I