‹ Les organismes vivants de l'atmosphèreChapitre 9 sur 43 · DU CHIFFRE DES SPORES AERIENNES · texte numérisé non relu

DU CHIFFRE DES SPORES AERIENNES

lement vers 7000. Il peuL s'élever cependant, quanti le vent est violent et souHle du nord au sud, à m 000 et i^ooo; dans les cas plus rares de chaleurs bumides observées pendant Tbiver, j'ai vu une seule i'ois ce chifTre alteindre environ aSooo; en revanche, dans le mois de février 1880, après une forte ondée de pluie suivie d'une chute de neige, ce nombre descendit à 1 000, minimum remarquable et exceptionnel.

A plusieurs reprises, j'ai eu l'occasion d'effectuer de nombreuses recherches aéroscopiques aux époques oîi la neige, répandue uniformément partout, enfouit profondément les végétations crj'ptogamiques éparses à la surface du sol. Durant ces périodes sèches et froides de quinze li vingt jours, je n'ai pas rlé peu surpris de trouver dans l'air plus de germes et de poussières qu'on n'a l'habitude d'en rencontrer aux époques corres- |)0ndanles, quand nu! obstacle ne s'oppose à la diffusion des sédiments telluriques. D'où pouvait venir cette multitude de germes? La réflexion guidée par l'observation n'a pas tardé à rae le faire découvrir.

Pendant les périodes de froid intense le vent souille du nord avec persistance, l'air parvient à l'Observatoire de Montsouris iiprcs avoir traversé Paris suivant l'un de ses grands diamètres, on se chargeant dans sa course des poussières accumulées sous les abris, ou livrées journellement ù l'atmosphère, soit parles balayages, le battage des tapis, soit par l'aérage des appartements. Tant que la température se maintient rigoureuse, le chiffre des spores reste élevé et subit des fluctuations eu rapport avec la vitesse du vent; mais si le dégel survient, si les vents scptenlrionaux tournent brusquement au sud, au sud-est ou au sud-ouest, le chiffre des fructifications baisse subitement et devient de 5 â 6 fois plus faible. Le poids des poussières brutes se réduit également dans les mêmes proportions. Ce phénomène de recrudescence des germes de l'air, se renouvelant ainsi en hiver à Monlsouris toutes les fois que le vent se maintient au nord, est un bel exemple de l'influence de la direction des courants sur la richesse en spores d'une localité déterminée, et en même temps une preuve certaine du rôle fâcheux qu'exercent les vastes agglomérations

64 CHAPITHE II.

(l'habitanLâ sur la pureLé de l'air ambiant el sur la purelé de l'air des régions qiiî les avoisinenl. Je sui.s persuadé qu'en pleine campagae les fortes gelées el les couches de neige étalées unil'oriDénient sur la terre sont des causes puissanles d'affaiblissement du chilTie des microbes aériens, alors que, dans les villes>l très peuplées, les germes introduits pendant la belle saison dant-f l'intérieur des maisons sont en hiver manifestenienl restitués-,! aux atmosphères urbaines, qui ont ainsi le triste privilège deJ posséder en toute saison un degré d'infection bien supérieur» l'atmosphère des champs.

Le mois de mars, possesseur d'une température moyenne dal 7°, plus sec depuis plusieurs années que les mois de février et J d'avril, se montre très peu riche en semences cryptogatniques; la cause en est, suivant moi, d'abord au défaut de constance àesM vents du nord, ensuite à répuisemcut du stock des germesl accumulés dans Paris, el enfin au peu d'essor dont jouissent kt cette époque les végétations inférieures.

En avril, les spores nouvelles reparaissent, et une crue ao-U table de semences se remarque aisément dans les régions J atmosphériques.

En mai, on peut observer, suivant les années, ou pca i beaucoup de fructifications, selon que le temps est sec ou pluvieux; dans ce dernier cas, il est superllu de faire observer qutfj la température moyenne de mai ( i5") favorise puissamment Ici développement des moisissures, et dans le premier qu'une pn-4 vatiun prolongée d'eau s'oppose à la multiplication de ce* mêmes plantes; d'autre part, les vieilles semences des habitations parisiennes se font très rares, ce qui contribue à puriHer l'air des périodes sèches du mois de mai. Je citerai, à l'appui da J fait que j'avance, la moyenne mensuelle de spores, j^oo, obt&-J nue en mai 1880, c'est-à-dire dui-anl un mois où la tranche dal pluie observée à MoQtsouris atteignit à peine o'",oo4, autrement dit une hauteur lo fois inférieure à la hauteur de la tranche normale.

Les moisdcjuiuclde juillet se font habituellement remarquer a par l'extrême abondance el Tes tréme variété des grai

1)L' CHIFFIIE DES SPORES AËIUEN»ES. 65

des moisissures. Nolamtnenl en juin, les pluies douces, se succédant à courts intervalles, sont la cause de recrudescences vraiment surprenantes ; il est alors frétjuent de voir les spores envahir presque subitement l'atmosphère, s'élever au cliîlTre de looooo et même aoo ooo par niÈlre cube d'air, pour redescendre ensuite à lo ooo après une semaine de jours chauds el secs.

Le mois d'aoAt est également possesseur d'états météorologiques favorables à la pullulalion des organismes microscopiques; cependant les maxima de germes qu'on y observe dépassent rarement plus de 60000 à 80000. Lu moyenne des spores récoltées en septembre est plus faible ; elle baisse généralement en octobre; cette baisse s'accentue encore davantage en novembre; en décembre enfm, le chiffre des spores se rapproche beaucoup de celui de janvier.

En résumé, à côté de la température, cause des variations saisonnières des spores de moisissures dans l'almosphôre, apparaissent deux agents : l'humidité et la sécheresse, à l'iniluence desquels les phénomènes des crues et des décrues de ces spores se trouvent intimement liés. En dehors des variations dues à la vitesse du vent, à sa direction, au\ inOuences lapâtes, l'action de ces deux agents est inverse, selon qu'elle s'exerce en été ou en hiver, c'est-à-dire durant une période chaude ou glaciale.

Voici, en terminant ces recherches statistiques, le chiffre des spores recollée»; par saison à l'Observatoire de Montsouris , pendant une période triennale complète :

Ho;reiiiies gf Di^ralcs. .

Comme on le voit, les semences des plantes cryptogames sont deux fois plus abondantes dans l'air au printemps qu'en

tl6 CIlAriTRS 11.

hiver, deux fois plus répandues en été qu'au printemps et troi» fois plus rares en automne qu'en été. La moyenne des spores recueillies avec les aéroscopes est voisine de i4ooo par mètre cube, ce qui équivaut à i4 fVucliGcaiions par litre. Ces donnée» numériques n'ont rien d'excessif; elles trancheront, je l'espère, une fois pour toutes, les opinions si contradictoires émises depuis vingt années sur le chiffre des spores aériennes. Elles alFermironl dans leurs idées les partisans de la théorie des germes et démontreront aux rares défenseurs de la gcnéralion spontanée des moisissures combien il est inutile d'invoquer les dogmes de l'hétérogénèse pour expliquer l'apparition des mucédinécs dans les liqueurs el sur les substances propres ù entretenir leur vie.

Les aéroscopes inventés jusqu'à ce jour ayant le grave défaut de laisser échapper au moins la moitié des germes et des poussières atmosphériques, la moyenne de i4 spores par litre précédemment donnée doit, pour devenir voisine de la réalité, être doublée, c'est-à-dire portée vers 3o. Tel est d'ailleurs le J résultat vers lequel ont paru converger mes essais, institués I depuis longtemps dans le but de déterminer exaclemeot le I chiffre moyen des semences vivantes ou mortes contenues daDS | un mètre cube d'air de Paris {').

Au point de vue botanique, tout n'a pas été dit sur les spores I des végétations cryptogamiques qui sillonnent l'air en toute i saison : le micrographe qui voudra s'occuper sérieusement dftj

( ') Voici i ce sujet les eipéricni

I* En faisant passer lentement u

t'inUrieur d'un tube capillaire ro

consuie, si le tube est d'un dian

environ), que toutes les poussiËrcs restent adhère l'étendue d'un are de cercle i peu près égal à ac de l'air, délerminé par l'écoulement d'une colonni plongée dans te baume de Canada, disparaît et ne veine d'air qui la traverse; malheureusement cet

:s que j'ai tentées :

le faible quantité d'air <5oo'*â 1000") das»

lié en limaçon et enduit de glyeériae, OB kre suffisamment petit (^ de millimètre

bandes latérales obscures qui n

germes retenus par la glycérine, t

1* On obtient des résultata d'i

X parois du tube d

Il 3oo°. Après le pinap

1 petite spire,

is de Tisible qoe la

le compose de deux

;eat beaucoup au dénombrement exact dea ■ ù quelque incertitude inhérente i ce proetdt. f e analyse microscopique plus aiiée «a pro}^ ■

1 CmVFBB DES 8F0BES ASMBKKES.

leur étude trouvera, j'en suis persuadé, de nombreux faits intéressants à publier; il verra, par exemple, plusieurs espèces d'algues el de champignons se faire rares à certaipes époques de l'année et abonder dans d'autres; il verra plusieurs espèces de mîcrophvtes envahir presque soudainement l'atmosplière, s'y maintenir très fréquentes pendant deux ou trois ans, puis disparaître ou devenir d'une extrême rareté. Avec le secours des aéroscopes, il lui sera aisé de découvrir dans l'air de certaines régions les gruines de quelques moisissures redoutées des agriculteurs. Enfin , entre les mains des mycologues érudits, les spécimens des poussières atmosphériques seront peut-être d'ua concours précieux, soit pour déterminer les Qores cryptogamiques des pays lointains dont l'abord el le séjour sont difficiles, soit pour établir immédiatement et sans de longues et patientes recherches des différences tranchées entre les flores cryptogamiques de contrées voisines.

Au point de vue de l'hygiène et de l'ëtiologie de quelques aJFections contagieuses, il ne parait pas établi que les spores si diverses introduites dans notre économie, au nombre de 3oo ooo par jour ou de loo millions par an, soient de l'innocuité la plus parfaite. L'apparition du muguet dans la bouche des jeunes enfants et dans les voies respiratoires des mourants semble bien démontrer que les moisissures font aussi partie de la classe des parasites prêts à envahir notre organisme dès qu'il présente un point vulnérable ou de faible résistance. J'ignore s'il existe dans la Science des faits bien avérés de teigne spontanée; quoi qu'il en soit, toute maladie liée au développement d'une végétation

t plusieurs mitres cubes d'air sur deux ou trois lamelles gljcérJDées, disposa» diiiis un aéroscope conslruitâ cet elTei; l'air se débarrasse ainsi à deui et Iroiï reprises de ses poussières et devient de plus en plus pur. Alors, en comptant le» spores déposées sur les lamelles, il est facile de »oir que le nombre des eellulcs organisées va en diminuant de la première à la dernière suivant une progression géométrique dont la raison est comprise entre i et i; en un mol, si la première lamelle présente looooo microbes, la seconde en montre un peu moins de 3oooa, la troisième 'jooo i Booo. Mais, si parïaïtement consLruils que soient Icsdoubles et les triples aéroscopes, les causes d'crreurcn A nombreuses, et la question reste incorapictement résolue.

CBAPITBB n.

à spores légères doit être tenue pour contagieuse à dislance par le seul fait du transport possible et aisé n travers Tespace des graines du végétal parasite qui l'engend

IV- — Spores cryptogamiques de l'air des égouts. — Da l'atmosphère des habitations, des hôpitaux. — Des semences mêlées auz sédiments aériens déposés à la surface des objets.

Les particules inorgaulques tenues en suspension dans l'aîr. des égouts de Paris sont généralement fines et homogènes : leur diamètre mo^en est rarement supi5rieur à ,^°j de millimètre. Les acides énergiques, l'eau régale ne les dissolvent qu'en faible quantité ; on y trouve peu de phosphates et de carbonates icrreun, ce qui permet de les distinguer aisément des poussières extérieures, toujours formées d'éléments hétérogènes de dimensioai plus variables. Dans l'égoulde la rue de Rivoli, les poussières minérales recueillies ont constamment présenté beaucoup silcK et de silicates mélangés à de fréquentes particules bleues dâi lapis-la suli, peu oupoint dépoussières charbonneuses. Il est fa cile de s'expliquer, dans ces sortes de récoltes, la présence de matières inorganiques par les trépidations incessantes du terrain des rues qui amènent une perte de la substance des vot\te«. Les plus gros fragments gagnent le sol par suite de leur gra\ité, tandis que les particules très ténues restent en suspension e|i font partie de la poussière que l'air entraîne avec lui.

Si les substances minérales sont assez abondantes dans l'aîr des égouts, les détritus organisés y sont par contre infiniment plus rares. On n'y rencontre ni fibres végétales, ni fibres textiles; les débris de matières organisées plus ou moins colorés s'y présentent sous l'état amorphe de grosseur et de formes très irti-' guiières. A ce point de vue, l'atmosphère des égouts l'emporte 4o à 5o fois en pureté sur l'atmosphère des salles des hôpitaux, et quelquefois même sur l'air extérieur. Parmi les corpusculei revêtus d'une tunique organisée flottant dans l'aîr qui noiU'j

SPOHEB DES taovrs.

occupe, l'iode n'y décèle que très (Ion; les utricules polliniqties y

l des grain!^ d'amîmplètement défaut ;

mais il n'en est pas de même des spores de cryptogames,

ha fig. 3^ représente fidÈlemenl les semences qui s'y récoltent le plus fréquemment. Autour du n" i sont disséminées les

spores de couleur et de grosseur si variées qui font partie de ta vaste famille des mucédinées; le n" a représente une foule do cellules jeunes, remplies d'un proloplasma granuleux, adoptant le plus souvent la forme des sacchai'omycètes, des lorules, etc. Ces cellules, que l'on peut cultiver dans des liquides sucrés,

acides, le bouillon, y croisscut en donnant des pellicules myco- i dermiques, des dépùts pulvérulents, des amas de globules J bourgeonuanls el quelquefois de magnifiques moisissures. Mais il n'osl pas toujours aisé de réaliser le passage de ces plantes ccl- I lulaires torulifbrnies en moisissures à fructilications ai!'i-iennes. Souvent la cellule végétant au sein ou à la surface du Uquîdtf sucré se refuse à fournir un mycélium et des filaments fructifères. Pendant dix-huit mois, j'ai transporté dans les milieux i les plus divers (moût, urine, solutions minérales) une de ces torules, remarquable par la belle couleur rose que prèscntenl i les traînées grasses, les îlots qu'elle forme à la surface des solutions nutritives, sans parvenir à provoquer sa transformation en | moisissure à racines mycéliennes. Les cellules de ce microphyte, le plus souvent sphériques, ont une analogie parfaite avec certains I ferments du vin, mais en dincrenl cependant par leur inapli- 1 tude à transformer le sucre en alcool, quoiqu'elles soient douces [ au plus haut degré de la propriété de transformer le saccbarose en glucose. Ce fait montre combien doivent être réservées lea ' afTirmations des auteurs qui considèrent comme des espèces transitoires tous ces organismes cellulaires, dont l'étude botanique, à peine entreprise, mériterait pourtant d'être complétée, avec celle des levures alcooliques. Le n° 3 de la Jtg. 32 représente des spores rougeâlrcs, sur la nature desquelles je suis | incertain, mais qui se récoltent souvent dans l'atmosphère. Le | n° 4 désigne les frucliGcations jaunUtres et glauques, égaleracDlJ très répandues à l'air extérieur; le n" J est entouré de sporeaJ incolores, hérissées de piquants, appartenant à la famille des ' mucoriuées; les semences seplécs indiquées par les n"' ti el 7 i appartiennent vraisemblablement aux sélénonporinm, aux ^/^ j toirichuni; les spores brunes du n° 8 à des mucors; le n'g re- J présente des cellules vieilles, à contours el granulations înlé-j Heures bien visibles; enGn les chiffres lu, 11 et 13 montrent j des cellules boursouflées en voie de germer, des aiternarta, des /itmago, etc. L'air des égouls est inconiparablemenl plus pauvre que l'air extérieur en ces dernières fructifications, tandis que les spores des u"' 1 et a y sont toujours sans contredit les

BPOHBS DES ÉGODTS.

plus abondantes. A Montsouris, je l'ai déjà dît, les corpuscules jeunes et tendres du n" 2 altondenl en temps de pluie et disparaissent pendant les chaleurs et l'Iiiver; ces mêmes cellules sont excessivement rares dans l'intérieur des habitations et des hàpitati\.

Contrairement à ce qui s'observe journellement à l'air extérieur, le nombre des fructifications crvptogamiqucs inférieures tenues en suspension dans Tatmosphère des égouls ne subit pas de variations brusques, ce qu'il faut attribuer aux conditions uniformes d'humidité et de température qui y règnenl. Durant le mois de juillet de l'année 1879, le cliifl're des spores recueillies par mètre cube d'air d'Ogout s'éleva en moyenne à i7,a5o. En novembre, ce chiffre diminua et se montra égal k 12600. Dans toutes ces espériences, les écarts au-dessus cl au-dessous de ces moyennes ne dépassèrent jamais i5oo(').

Pour arriver à la moyenne générale annuelle du nombre des spores répandues dans 1"" d'air des égouts, les expériences de la rue de Rivoli auraient dil être continuées pendant l'hiver et le printemps, ce qui n'apas été fait; cependant je crois pouvoir affirmer que cette moyenne doit se rapprocher beaucoup de celle qui a été donnée pour l'air du parc de Montsouris, soit de 3o semences par litre.

Au poinldevue de l'hygiène, les spores qui peuvent s'échapper des bouches d'égoul disséminées dans Paris ne sauraient augmenter le nombre des cellules qu'on trouve répandues dans ralraosphère extérieure; souvent, au contraire, cet air, confiné et humide, en renferme une quantité trois ou quatre fois moindre.

En l'absence de recherches spéciales ayant pour but de déterminer exactement la nature des moisissures végétant dans les égouts, il est imprudent de se prononcer sur l'innocuité parfaitedes germes qui en émanent. L'observation aéroscopiquc

{') Le calcul du nombre des germes récoltis sur la lamelle gljcérioÉe des acroscopes à aspiration n'est qu'approiîmaUf; quelles que soient les prÉcautîon): dont on use, il est difficile de se soustraire & udc erreur d'évaluation intérieure à 7; du nombre des fructilîcatians recueillies.

cBipitRB n.

semble cependant démontrer que la plupart d'entre enx appartiennent aux classes des cryptogames dont les poussières de l'air extérieur nous ont déjà montré des Ijpes infmiment plus variés. Je parlerai plus brièvement des spores aériennes des liApitaux cl des habitations. Dans des travaux d'analyse microscopique effectués en 1878-1879-1880, dans le service de M. le professeur G. Sée, à l'Hûtel-Dieu, il m'a été facile de découvrir au sein des poussières tenues en suspension, toujours en grande quantité, dans les salles des malades, une foule de spores présentant, hors la jeunesse et la variété des formes, les caractères des fructifications de l'air extérieur. Le plus habituellemeni ces cellules sont sphériques, ovoïdes et accompagnées d'un chiffre de crains d'amidon presque égal à leur nombre. Les grains de fécule déduits, on compte en movenne, à l'Hfltel- Uteu, priNs de 4800 semences de moisissures par mètre cube d*air. Aux laboratoires de Montsouris, en l'absence de toute agitation capable de soulever les poussières répandues à la surface des parquets, le chiffre moyen des spores ne dépasse pas 2700. Les fructifications crjplogamiques sont donc toujours plus rares dans les atmosphères confinées qu'à l'air libre, A ceux qui voudraient entreprendre des recherches aéroscopiques dans l'intérieur des hôpitaux, et en général dans les lieu\ habités fréquemment soumis à des balayages, je donnerai le conseil | pratique d'abaisser à loo'" ou 5o''' le volume d'air destiné à fournir une préparation de poussières. A défaut de cette précaution, les détritus de toute sorte amenés sur la plaque de verre par 1000''' d'air sont si nombreux, que tout examen- devient pénible et toute numération de germes impossible.

Des

ma (eus aux sédiments oérk ù fa surface des objets.

s répandus

Pour étudier les poussières déposées ù la surface des meubles d'un appartement ou accumulées en couche plus ou moins épaisse dans les jointures im|iai'fai(es des portes et des fenêtres, il suffît d'imiter Ehrenberg, Pouchet, Robin dans leurs recher-

BP0RS5 nés HABITAT lOH!). Ji

ches, c'est-à-dire de délayer sur une plaque bien propre une quantité inliRilésîinale de poussières dans une goutte de liquide parfailement pur, de recouvrir le tout d'une lamelle très mince pt d'amener la préparaiion ainsi confectionnée sous le microscope. Cette méthode fort simple, qui pourra peut-être paraître naïve à plusieurs, est cependant susceptible d'acquérir une grande précision entre les mains du micrographe soigneux et instruit ; dans beaucoup d'occasions, il est utile de la substituer auK expériences aéroscopiques, dont le seul avantage est de fournir, sous un poids moindre de sédiments, une quantité plus considérable d'organismes, parla raison que les spores, en général fort petites et très légères, restent encore en suspension dans l'air longtemps après la chute des gros fragments d'origine minérale et organique. Les aéroscopes t'onctionnanl dans l'intérieur d)?s maisons sont surtout destinés à saisir les particules entraînées par les courants faibles qui prennent naissance dans les salles plus ou moins closes, plus ou moins ventilées.

L'analyse des poussières déposées lentement, couche par couche, souvent pendant des années, au-dessus des meubles, des cadres des portes, des ciels de Ut, enfm sur tout ce qui s'oppose à leur chute sur les planchers, n'est pas banale, je ne saurais trop le répéter. Ces poussières séjournent longtemps dans les lieux que nous habitons, sillonnent nos chambres en tous sens et sont aspirées par nous à tous les instants du jour. Si la médecine parvient à démontrer l'existence de microbes spécifiques dans l'organisme des patients atteints du cortège des maladies dites zyraotiques, c'est assurément ces poussières qui seront le plus à redouter. C'est en effet dans l'iuiérieur des maisons que séjournent les malades, que leurs vomissements, leurs déjections alvines vont souiller les tapis, le parquet, la literie, les linges divers, et se réduire après dessiccation en poudre impalpable si on néglige de les faire disparaître complètement, ce qui n'est pas toujours pratique. C'est dans l'intérieur des habitations, dis-je, que la sérosité des pustules des varioleux, les crachats des diphtéritiques et des phtisiques, les desquamations des scarlalineux, des morbillcus, les pus des plaies des opérés, etc., vont.

GBinraz u.

après s'être desséchés, se réduire en molécules învisiblesiJ s'élever dans l'air des apparlemcDLs et prendre asile dans lesS couches de poussières dcïjà répandues à la surface des ohjels.

Si les malades meurent, on se livre habiluellement à uni semblant de désinfectioD, consistant à laver les matelas, à secouer 1 les paillasses et les sommiers, à répandre quelques parfums, A ] jeter une substance plus ou moins antiseptique dans les appar- | tements des défunU, Si l'issue de ces diverses alTectiona n'a pa»J été fatale, on se garde bien d'aérer trop rapidement la chambre 1 des convalescenis, de rien désinfecter : les malades n'ont-ils pas J guéri?

C'est ainsi que le vulgaire raisonne, c'est ainsi que l'on voitV éclater de petites épidémies de lièvre tjphoïde, de rougeole, i variole, de scarlatine, d'érysipèle dans les mêmes locaux, sans SI douter que la cause du mal peut résider pendant des mois et des années sur le haut d'une console ou d'une corniche inacce»< sible aux nettoyages journaliers.

Dans l'hypothèse probable de la transmission des maladîa zymotiqnes par un élément microscopique de nature organisa les chambres des malades deviennent de véritables foyers d'îih fection peuplés de poussières virulentes au premier chef : tâm étude n'est donc pas sans importance.

Autrefois, il y a de cela trente ans, l'analyste chargé ( t'examen d'une poussière météorologique ou autre consacra k peine quelques minutes à l'observation microscopique i l'échantillon livré à ses recherches; le point qui lui paraiss le plus important à élucider était sa composition chimique ; al4» il établissait la richesse du sédiment en carbone, hydrogéiM azote, oxygène, en principes minérau\, parmi lesquels la siUot la chaux, la magnésie, le fer, le phosphore, te soufre, revenatei le plus souvent. Dufrenoy a laissé sur ce sujet des travaux qilî-l méritent d'être donnés pour modèle, mais assurément ces s de dosages n'étaient pas complets. Que signifie même aujouf^a d'hui cette expression d'nzote organique? Quels sont les éM^fl raents qui le fournissent? Sont-ce les débris des cellules animale»! ou végétales, sont-ce des œufs, des spores, des pollens ou <

SFOBES DES BABITITIONS. 73

bactéries? A cette épotjuc, tout cela semblait fort peu préoccuper le chimiste, et ea elTet, il faut être juste, les travaux mémorables de M. Pasteur n'avaient pas encore alliré l'attention (les savsnts sur l'importance d'une analyse approfondie dirigée dans le but de déterminer avec exactitude le nombre et In nature des Œufi microscopiques disséminés autour de nous en si grande abondance, et sur le ritle qu'ils sont appelés à jouer dans les phénomènes complexes de la fermentation et de la putréfaction des substances végétales et animales.

I faudrait êln

peu I

: le maniement du r

scopc pour s'elTrajer à l'avance des difGcultés que semblent présenter ces sortes de dosages quantitatifs, plus longs il est vrai que les dosages chimiques, mais tout aussi simples, plusiuléressants et au moins aussi exacts. Voici comment ils me paraissent devoir être conduits.

Dans un poids connu de glucose sirupeux, ou de sirop de sucre filtré, au besoin stérilisé au préalable, on verse un poids également bîen déterminé de poussières; puis on opère le mélange des poussières et du sirop, de façon -k obtenir un liquide uniformément trouble, sensiblement chargé, dans un égal volume desa masse, d'un égal poids de corpuscules. Cette émulsion s'opère rapidement en agitant le liquide contenu dans une capsule de platine avec une boule de verre ou de métal soudée à l'extrémité d'une tige rigide. Cela fait, avec une baguette de verre efïilée à son extrémité, on puise une gouttelette de l'émulsion qu'on dépose sur une lame de verre tarée, et dont l'augmentation de poids fait exactement connaître le poids de l'émulsion placée sur la lame de verre porte-objet; il ne reste plus qu'à compléter la pré-

para tto

les

manipulations d'usage el

mpter par la

méthode déjïi indiquée dans ce Chapitre le chiffre des cellules neltemeni discernables au microscope. D'habitude, il est indispensable de faire ainsi trois ou quatre préparations semblables et de les soumettre à autant de dénombrements de germes qui se coiitrAlentenlre eux. Pour ma part, j'examine toujours trois préparations, sur lesquelles je répartis 1200 lectures de spores vues par champ du microscope. Pendant ce temps, un aide noie soigneuse-

ment sur des feuilles spéciales le chiffre des pollens trouv^^l des grains d'amidon aperçus et des spores de cryptogames axé- 1 langées aux. poussières; le petit nombre de semences vues par champ rend dans ce cas la numération des germes fort aisée; en quatre heures d'observations, on peut posséder tous les élémenU nécessaires au calcul projeté {'), La formule

(') Voici, d'nprés mes rahîers de laboratoire, un cxcmplu Je dosage ileaa tl'enaes des poussières bniles.

o**, iM de sÉdimeots atmospliériques déposés sur le lambris ■ .

ouTerturc qui surmonte l'escalier intérieur de l'Observatoire de MontsotinkI Turent incorporés à 3'i'',âii de sirop de glucose, puis trois prépara scopiqnes furent faites avec i6-»',5, i3->',s, aS"*',^ de ce mélan„,.

Le cbiOre des corpuscules organisés répandus dans ces trois préparatioos, M

ralcuté d'après une moyenne basée sur 3oo pointages, soit au total goo ofaser- I

valioDS, fut trouvé ég»l : '

Pour la première préparation, à ^'n^-

Tour la troisième - k... 3SSo

''liilfres ijui décèlent séparément dans les a'',i3S de sédiment :

1° 3700000 corpuscules organiaéi.

Moyenne 35Goooo i>

soit par gramme de poussières récollées sur le lambris du dôme, ïSSootia Le pointage simultauc des pollens et des grtins d'amidon permit e

de répartir ainsi la nature des corpuscules noyés dans celte poussière.

Spores de cryptogames ii5oooaa

Amidon igooooo

Pollens I ^ooooo

Si l'on joint au chiffre des spores cryptagamiqoes un nombre de germe* A bactéries au moins égal â looooooa, l'on esl A même de juger df l'eUroyaU quantité de semences invisibles qui nous entourent. Il est ici question d'M ganismes accumulés depuis dii ans sur un lambris inaccessible; beaucoofl ■ d'entre eux étaient morts, déformés, méconnaissables: dans l'intérieur de Paris et dans tes appartements où l'atmosphère se renouvelle pins aisétoent, i:'est par iooooodoo que se chilTreut tes microphytes répandus dans uitgranunt de poussière.

duus laquelle P désigoe le poids tolal de IV^mulsion. /> le poids initial des poussières, t:', ï:', . . . , h" le poids de l'émiilsion inlroduile dans chaque préparation, n le cIiitTre de ces dernières ei M', M", , . , , M" le nombre de fructificatious vues par champ, donne avec une grande approximation le chiffre tolal des spores contenues dans le poids p de sédiments ou dans un gramme de CCS mêmes sédiments, si l'on opère la réduction à l'unité. Tout cela est fort simple et ne demande pas de plus amples explications.

Les semences d'origine végétale trouvées dans les poussières des maisons (voir Jîg. 33) sont de tout point semblables auv

semences aériennes ; elles sont parfois cependant plus vieilles, ridées, déformées, cassées, fendues, fêlées, ébréchées, mais là se borne toute la dissemblance. Les poussières les moins riches en spores proviennent surtout des appartements voisins des maisons en construction, où les particules calcaires, le plâtre, viennent les diluer, en s' ajoutant aux sédiments normaux. Enlin, dans les locaux où l'air se renouvelle difficilement, dans les sous-sols, les chambres closes et inliabitées depuis plusieurs années, les productions cryptogamiques se font très rares; on conçoit qu'il n'en puisse être autrement, car d'un côté l'air n'apporte plus

qu^un faible contingent de microbes, et d'un autre les poussières minérales détachées des murs et des plafonds se stratifient en couches à la surface des objets en noyant les fructifications que le temps n'a pas desséchées et rendues méconnaissables.

Je passe sous silence les recherches d'une autre nature ayant pour but la détermination exacte de ces spores : elles sont surtout du ressort des microbotanistes de profession et demandent plusieurs séries de culture et d'ensemencements, un temps très long, peu compatible avec le désir d'être rapidement fixé sur les classes des cryptogames exosporées et endosporées qui fournissent un si large tribut de fructifications aux courants atmosphériques.

t. De l'eiistenM dans l'air des e^rmes des baclËries. Exp^ricni TbnmpsoD, de Pasteur, de Burdon Sundt^rson, de Tyodall c auires auteurs. — 11. Gfnéraliolis spontanties.

s de Dundas de plusieurs

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