ADIEUX DE L'HOTESSE ARABE
10. Habitez avec aoas : la terre est en votre puissance ; cultivez-la, trafiquez-y, et la possédez.
Genèse f chap. xxir.
Puisque rien ne t^arrète en cet heureux pays, INi l^onibre du palmier, ni le jaune maïs,
Kl le repos, ni l'abondance ; Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
Couronne un coteau de sa danse ;
Adieu, voyageur blanc! J'ai sellé de ma mam, De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin.
Ton cheval à Toeil intrépide ; Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir, Ffîrme, ronde et luisante, ainsi qu'un rocher noir
Que polit une onde rapide.
Tu marches donc sans cesse 1 Oh ! que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
Leur toit de branches ou de toiles !
Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,
i06 LES ORIENTALES.
El s<juhaitent, le soir, devant leur porte assis, De s'en aller dans les étoiles !
Si tu Pavais voulu, peut-être une de nous, O jeune homme, eût aimé te servir à genoux
Dans nos huttes toujours ouvertes ; Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants, Pour chasser de ton front les moucherons méchants,
Un éventail de feuilles vertes.
Mais tu pars ! — Nuit et jour tu vas seul et jaloux . Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
Une poussière d'étincelles ; A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit, Les aveugles démons qui volent dans la nuit
Souvent ont déchiré leurs ailes.
Si tu reviens, gravis, pour trouver ce hameau,
Ce mont noir qui de loin semble un dos de chameau ,
Pour trouver ma hutte fidèle.
Songe à son toit aigu comme une ruche à miel, Qu'elle n'a qu'une porte, et qu'elle s'ouvre au ciel
Du côté d'où vient l'hirondelle.
Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois Aux filles du désert, sœurs à la douce voix,
Qui dansent pieds nus sur la dune ; O beau jeune homme blanc, bel oiseau passager. Souviens-toi , car peut-être, 6 rapide étranger,
Ton souvenir reste à pins d'une I
Adieu donc ! — Va tout droit* Garde-toi du soleil^
Qui dore nos ronts brans, mais brûle un teint Termeil ;
De l'Arabie infranchissable ; De la vieille qui va seule et d*un pas tremblan t ; Et de cenx qui le soir, avec un bÂton blanc,
T/acent des cercles sur le sable !
Nuveniliic 1828.
108 LES ORIEM'ALES.