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LE DANUBE EN COLERE

Àdmcnet, et magna testatur voce pcr umhrat

ViRon«.

Belgrade et Serolin sont en guerre.

Dans son lit, paisible naguère, Le vieillard Danube leur père S*éveille au bruit de leur canon.

Il doute s'il rêve, il tressaille, Puis entend gronder la bataille, Gt frappe dans ses mains d'écaiile, Et les appelle par leur nom.

« Allons ! la turque et la chrétienne ? Semlin! Belgrade! qu'avez-vous?

On ne peut, le ciel me soutienne !

Dormir un siècle, sans que vienne Vous éveiller d'un bruit jaloux Belgrade ou Semlin en courroux !

« Hiver, été, printemps, automne,

Toujours votre canon qui tonne !

Bercé du courant monotone, ^

LES ORIEINTALES. 14.0

Je sommeillais dans mes roseaux, Ety comme des loaves marines Jettent Tonde de leurs narines, Voilà vos longues çoulevrines Qui soufflent du feu sur mes eaux !

c Ce sont des sorcières oîsiyes Qui vous mirent, pour rire un jour.

Face à face sur mes deux rives, Comme au même plat deux convives.

Comme au front de la même tour Une aire d'aigle, un nid d'autour.

« Quoi! ne pouvea^vous vivre ensemble.

Mes filles? faut-il que je tremble Du destin qui ne vous rassemble Que pour vous baïr de plus près, Quand vous pourriez, sœurs pacifiques.

Mirer dans mes eaux magnifiques, Semlin, tes noirs clochers gothiques, Belgrade, tes blancs minarets?

c Mon flot, qui dans l'Océan tombe, Vous sépare en vain, large et clair j Du haut du château qui surplombe Vous vous unbsez, et la bombe.

Entre vous courbant son éclair.

Vous trace un pont de feu dans l'air.

c Trêve ! taisez-vous, les deux villes 1

Je m'ennuie aux guerres civiles.

Nous sommes vieux; so3'ons tranquilles,

no LES ORIENTALES.

Donnons à Fombre des bouleaui.

Trêve à ces débats de famille!

£h ! sans le bmit de vos bastilles N'ai-je donc point assez^ mes filles, De Tassourdissement des flots?

• Une croiX) nn citûssant fragile»

Changent en enfer ce beau lieu.

Voos échangée la bombe agile Pour le Roran et l'Évangile ?

C'est perdre le bruit et le feu :

Je le saiSi moi qui fus un dieu I

c Vos dieux m'ont chassé de leur sphère Et dégradé^ c'est leur affaire!

L'ombre est le bien que je préfère^ Pourvu qu'ils gardent leurs palais.

Et ne viennent pas sur mes plages Déracine^ mes verts feuillages, Et m'écraser mes coquillages Sous leurs bombes et leurs boulets!

« De leurs abominables cultes

Ces inventions soht le fhiit.

De mon temps point de ces tumultes, i

Si la pierre des catapultes i

Battait les cités jour et nuit.

C'était sans fumée et sans bruit.

« Voyez tllm, votre sœur jumelle :

Tenez-vous en repos oonmie elle. J

Que le fil des rms se démêle.

Tournez vos faseaux, et riez»

Voyez Bude^ votre voisine; Voyez Dristra la sarra^e I Que dirait l'Etna, si Messine Faisait tout ce bruit à ses pieds?

« Semlin est la plus querelleuse :

Elle a toujours les premiers torts.

Croyez- vous que mon eau houleuse.

Suivant sa pente rocailleuse, N'ait rien à faire entre ses bords Qu'à porter à l'Ëuxin vos morts ?

« Vos mortiers ont tant de fumée Qu'il fait nuit dans ma grotte aimée, D'éclats d'obus toujours semée !

Du jour j'ai perdu le tableau ; Le soir, la vapeur de leur bouche Me couvre d'une ombre farouche, Quand je cherche à voir de ma couche Les étoiles à travers l'eau.

c Sœurs, à vous cribler de blessures Espérez-vous un grand renom?

Vos palais deviendront masures.

Ah ! qu'en vos noires embrasures La guerre se taise, ou sinon J'éteindrai, moi, votre canon.

« Car je suis le Danube immense.

Malheur à vous, si je commence !

Je vous souffre ici par clémence,

Si je voulais, de leur prison, Mes flots lâchés dans les campagnes, Emportant vous et vos compagnes, Comme une chaîne de montagnes Se lèveraient à l'horizon ! »

Gerte, on peut parler de la sorte Quand c'est au canon qu'on répond , Quand des rois on baigne la porte, Lorsqu'on est Danube, et qu'on porte .

Comme l'Euxin et l'Hellespont, De grands vaisseaux au triple pont ',

Lorsqu'on ronge cent ponts de pierres.

Qu'on traverse les huit Bavières, Qu'on reçoit soixante rivières Et qu'on les dévore en fuyant; Qu'on a, comme une mer, sa houle ; Quand sur le globe on se déroule Comme un serpent, et quand on coule De l'occiient à l'orient!

Juin 4828.

LES ORIENTALES. il>3

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