DEDAIN
To ooBtra IcmIm y todot eoalra jo.
dd Fitj» ArUf.
Qui peut savoir combien de jalouses pensées, De haines, par l'envie en tout lien ramassées. De sourds ressentiments, d'inimitiés sans frein. D'orages à courber les plos soblimes tètes. Combien de passions, de fareors, de tempêtes. Grondent antomr de toi, jemie homme an front serein ?
Tu ne le sais pas, toi ! — -* Car tandis qu'à ta base La gueule des serpents s'élargit et s'écrase, Tandis que ces rivaux, que tu croyais meilleurs, Vont t'assiégeant en foule, ou dans la nuit secrète Creusent maint piège infÀme à ta marche distraite, Pensif, tu regardes ailleurs !
Ou si parfois leurs cris montent jusqu'à ton âme, Si ta colère, ouvrant ses deux ailes de flamme,
Veut foudroyer leur foule acharnée à ton nom, Avant que le volcan n'ait trouvé son issue. Avant que tu n'aies mis la main à ta massue, Tu te prends à sourire et tu dis : « A quoi bon ? »
Puis voilà que revient ta chère rêverie, Famille, enfance, amour. Dieu, liberté, patrie; La lyre à réveiller, la scène à rajeunir ; Napoléon, ce dieu dont tu seras le prêtre ; Les grands hommes, mépris du temps qui les voit naître* Religion de l'avenir !
Allez donc ! ennemis de son nom ! foule vaine ! Autour de son génie épuisez votre haleine ! Recommencez toujours ! ni trêve, ni remord. Allez, recommencez, veillez, et sans relâche Roulez votre rocher, refaites votre tÀche, Envieux ! — Lui poëte, il chante, il rêve, il dort.
Votre voix qui s'aiguise, et vibre comme un glaive, N'est qu'une voix de plus dans le bruit qu'il soulève. La gloire est un concert de nrjlle échos épars. Chœurs de démons, accords divins, chants angéliqiies, Pareil au bruit que font dans les places jmbliques Une multitude de chars.
Il ne vous connaît pas. — H dit par intervalles Qu'il faut aux jours d'été l'aigre cri des cigales. L'épine à mainte fleur ; que c'est le sort commun ;
246 LES FEUILLES D'AUTOMIŒ
Que ce serait pitié d'écraser la cigale ;
Que le trop bien est mal ; que la rose au Bengale
Pour être sans épine est aussi sans parfum.
Et puis, qu'importe ? amis, ennemis, tout s'écoule* C'est au même tombeau que va toute la foule. Rien ne touche un esprit que Dieu même a saisi. Trônes, sceptres, lauriers, temples, chars de victoire. On ferait à des rois des couronnes de gloire De tout ce qu'il dédaigne ici !
Que lui font donc ces cns où votre voix s'enroue ? Que sert au flot amer d'écumer sur la proue ? Il ignore vos noms, il n'en a point souci. Et quand, pour ébranler l'édifice qu'il fonde, La sueur de vos fronts ruisselle et vous inonde Il ne sait même pas qui vous fatigue ainsi l
Puis, quand il le voudra, scribes, docteurs, poètes. Il sait qu'il peut, d'un souffle, en vos bouches muettes
Éteindre vos clameurs, Et qu'il emportera toutes vos voix ensemble. Comme le vent de mer emporte où bon lui semble
La chanson des rameurs !
En vain vos légions l'environnent sans nombre, Il n'a qu'à se lever pour couvrir de son ombre
A la fois tous vos fronts ; Il n'a qu'à dire un mot pour couvrir vos voix grêles,
Comme un char en passant couvre le bruit des ailes De mille moucherons !
Quand il veut, vos flambeaux, sublimes auréoles Dont vous illuminez vos temples, vos idoles.
Vos dieux, votre foyer.
Phares éblouissants, clartés universelles, P&lissent à l'éclat des moindres étincelles
Du pied de son coursier !
A^ril 1830
9hH LES FEUILLES D'AUTOMNE.
xn
lu God is ail.
Devise des Saltoun,
0 toi qui si longtemps vis luire à mon côté Le jour égal et pur de la prospérité, Toi qui, lorsque mon âme allait de doute en doute Et comme un voyageur te demandait sa route, Endormis sur ton sein mes rêves ténébreux. Et pour tonte raison disais : « Soyons heureux ! Hélas ! 6 mon amie, hélas ! voici que l'ombre Envahit notre ciel, et que la vie est sombre ; Voici que le malheur s'épanche lentement Sur l'azur radieux de notre firmament ; Voici qu*à nos regards s'obscurcit et recule Notre horizon, perdu dans un noir crépuscule ; Or, dans ce ciel, où va la nuit se propa géant « Comme un œil lumineux, vivant, intelligent. Vois-tu briller là-bas cette profonde étoile ? Des mille vérités que le bonheur nous voile, C'est une qui parait ! c'est la première encor Qui nous ait éblouis de sa lumière d'ori Notre ciel, que déjà la sombre nuit réclame. N'a plus assez d'éclat pour cacher cette flamme «
Et du sud, du couchant, ou du septentrion,
Chaque ombre qui survient donne à Pastre un rayon.
Et plus viendra la nuit, et plus, à plis funèbres.
S'épaissiront sur nous son deuil et ses ténèbres,
Plus, dans ce ciel sublime, à nos yeux enchantés,
En foule apparaîtront de splendides clartés I
Plus nous verrons dans l'ombre, où leur loi les rassemble,
Toutes les vérités étinceler ensemble.
Et graviter autour d'uti centre impérieux,
Et rompre et renouer leur chœur mystérieux !
Cette fatale nuit que le malheur amène,
Fait voir plus clairement la destinée humaine.
Et montre à ses deux bouts, écrits en traits de feu.
Ces mots : « Ame immortelle ! éternité de Dieu ! «
Car tant que luit le jour, de son soleil de flamme
Il accable nos yeux, il aveugle notre âme,
Et nous nous reposons dans un doute serein
Sans savoir si le ciel est d'azur ou d'airain.
Mais la nuit rend aux cieux leurs étoiles, leurs gloires,
Candélabres que Dieu pend à leurs voûtes noires.
L'œil dans leurs profondeurs découvre à chaque pas
Mille mondes nouveaux qu'il ne soupçonnait pas.
Soleils plus flamboyants, plus chevelus dans l'ombre.
Qu'en l'abime sans fin il voit luire sans nombre !
AoAt isi9
xm
Quot libras in duce sunimo ?
C'est une chose grande et que tout homme enyie , D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie, D'être choisi d'un peuple à venger son affront, De ne point faire un pas qui n'ait trace en l'histoire. Ou de chanter, les yeux au ciel, et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.
11 est beau de courir par la terre usurpée.
Disciplinant les rois du plat de son épée,
D'être Napoléon, l'empereur radieux ,
D'être Dante, à son nom rendant les voix muettes.
Sans doute ils sont heureux les héros, les poëtes.
Ceux que le bras fait rois, ceux que l'esprit fait dieux !
Il est beau, conquérant, législateur, prophète,
De marcher dépassant les hommes de la tête ,
D'être en la nuit de tous un éclatant flambeau;
Et que de vos vingt ans vingt siècles se souviennent '.,
— Voilà ce que je dis : puis des pitiés me viennent
Quand je pense à tous ceux qui sont dans le tombeau I
Juillet 4829.
ÏX& FEUTU.es D'AUTOMNB. S5!
Oh primarera ! gioTentù dcll' anno !
Oh gioTentù, primayera dclla vitu !
Ornes lettres d'amour, de vertu, de jeunesse,
C'est donc vous ! Je m'enivre encore à votre ivresse;
Je vous lis à genoux.
Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher, moi, l'heureux (ît le sage,
Pour pleurer avec vous !
J'avais donc dix-huit ans ! j'étais donc plein de songes 1 L'espérance en chantant me berçait de mensonges.
Un astre m'avait lui !
J'étais un dieu pour toi qu'en mon cœur seul je nomme ! J'étais donc cet enfant, hélas ! devant qui l'homme
Rougit presque aujourd'hui !
O temps de rêverie, et de force, et de grâce ! Attendre tous les soirs une robe qui passe !
Baiser un gant jeté I Vouloir tout de la vie, amour, puissance et gloire ! Être pur, être fier, être sublime, et croire
A toute pureté !
A présent j'ai senti, j'ai vu, je sais. — Qu'importe
Si moins d'illusions viennent ouvrir ma porte
Qoi gémit en tournant ?
Oh ! que cet âge ardent, qui me semblait si sombre, A. côté du bonheur qui m'abrite à son ombre,
Rayonne maintenant !
Que vous ai-je donc fait, ô mes jeunes années ! Pour m'avoir fui si vite et vous être éloignées
Me croyant satisfait !
Hélas ! pour revenir m'apparaitre si belles. Quand vous ne pouvez plus me prendre sur vos ailes,
Que vous ai-je donc fait ?
Oh ! quand ce doux passé, quand cet âge sans tache « Avec sa robe blanche où notre amour s'attache.
Revient dans nos chemins, Oa s'y suspend, et puis que de larmes amères Sur les lambeaux flétris de vos jeunes chimères
Qui vous restent aux mains !
Oublions ! oublions ! Quand la jeunesse est morte, Laissons-nous emporter par le vent qui l'emporte
A l'horizon obscur.
Rien ne reste de nous ; notre œuvre est un problème. L'homme, fantôme errant, passe sans laisser même
Son ombre sur le mur !
Mai 1830.
Sioite parvulos ▼exiire ad ine.
Jisut.
Laissez. — Tous ces enfants sont bien là. — Qui vous dit Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit
A leur souffle indiscret s'écroule ?
Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leurs jeux, leurs cris Effarouchent la muse et chassent les péris ?... —
Venez, enfants, venez en foule !
Venez autour de moi ; riez, chantez, courez ! Votre œil me jettera quelques rayons dorés,
Votre voix charmera mes heures.
C'est la seule en ce monde, où rien ne nous sourit, Qui vienne du dehors sans troubler dans l'esprit
Le chœur des voix intérieures !
FAcheux, qui les vouliez écarter I — Croyez-vous Que notre cœur n'est pas plus serein et plus doux
Au sortir de leurs jeunes rondes ?
Croyez-vous que j'ai peur, quand je vois, au milieu De mes rêves rougis ou de sang ou de feu^
Passer toutes ces têtes blondes ?
La TÎe est-elle donc si charmante à vos yeux* Qu'il faille préférer à tout ce bruit joyeux
Une maison yide et muette ?
N'êtes pas, la pitié même vous le défend, Un rayon de soleil, un sourire d'enfant
Au ciel sombre, au cœur de poëte !
«c Mais ils s'effaceront à leurs bruyants ébats. Ces mots sacrés que dit une muse tout bas,
Ces chants purs oii l'ùme se noie.... » Eh ! que m'importe à moi, muse, chants, vanité. Votre gloire perdue et l'immortalité,
Si j'y gagne une heure de joie !
La belle ambition et le rare destin !
Chanter ! toujours chanter pour un écho loîntam t
Pour un vain bruit qui passe et tombe ! Vivre abreuvé de fiel, d'amertume et d'ennuis ! Expier dans ses jours les rêves de ses nuits !
Faire un avenir à sa tombe I
Oh ! que j'aime bien mieux ma joie et mon plaisir, Et toute ma famille avec tout mon loisir.
Dût la gloire ingrate et frivole.
Dussent mes vers, troublés de ces ris familiers, S'enfuir, comme devant un essaim d'écoliers
Une troupe d'oiseaux s'envole !
Mais non. Au milieu d'eux rien ne s'évanouit. L'orientale d'or plus riche épanouit Ses fleurs peintes et ciselées ; T^ ballade est plus fraîche, et dans le ciel grondant
L'ode ne pousse pas d'un s6u£Qe moins ardent Le groupe des strophes ailées !
Je les vois reverdir dans leui^ jeux éclatants,
Mes hymnes parfumés comme un champ de printemps.
O TOUS, dont l'âme est épuisée, O mes amis ! l'enfance aux riantes couleurs Donne la poésie à nos vers, comme aux fleurs
L'aurore donne la rosée !
Venez, enfants ! — A vous jardins, cours, escaliei^s ! Ébranlez et planchers, et plafonds et piliers !
Que le jour s'achève ou renaisse, Courez et bourdonnez comme l'abeille aux champs ! Ma joie et mon bonheur, et mon âme, et mes chants
Iront où vous irez, jeunesse !
Il est pour le s cœurs sourds aux vulgaires clameurs D'harmonieuses voix, des accords, des rumeurs.
Qu'on n'entend que dans les retraites.
Notes d'un grand concert interrompu souvent, Vents, flots, feuilles des bois, bruits dont l'âme en rêvant
Se fait des musiques secrètes !
Moi, quel que soit le monde, et l'homme et l'avenir. Soit qu^il faille oublier ou se ressouvenir,
Que Dieu m'afflige ou me console, Je ne veux habiter la cité des vivants Que dans une maison qu'une rumeur d'enfants
Fasse toujours vivante et folle.
Dç même, si jamais enfin je vouj^ revois,
Beau pays, dont la langue est faite pour ma yoix« Dont mes yeux aimaient les campagnes,
Bords où mes pas enfants suivaient Napoléon,
Fortes villes du CidI ô Valence, ô Léon, Castille, Aragon, mes Espagnes !
Je ne veux traverser vos plaines, vos cités.
Franchir vos ponts d'une arche entre deux monts jetés.
Voir vos palais romains ou maures.
Votre Guadalquivir qui serpente et s'enfuit. Que dans ces chars dorés qu'emplissent de leur hmit
Les grelots des mules sonores I
Mai I8S0.
LES FEUILLES D'AUTOMNE. Vil
Wfaere ihould I tteer ?
Byro:«.
Quand le li^re où s'endort chaque soir ma pensée, Quand l'air de la maison, les soucis du foyer. Quand le bourdonnement de la ville insensée Où toujours on entend quelque chose crier,
Quand tous ces mille soins de misère ou de fête Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné. Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tète, Le regard de mon âme à la terre tourné ;
£lle s'échappe enGn, va, marche, et dans la plaine Prend le même sentier qu'elle prendra demain. Qui l'égaré au hasard et toujours la ramène. Gomme un coursier prudent qui connaît le chemin.
£lle court aux forêts, où dans l'ombre indécise Flottent tant de rayons, de murmures, de voix. Trouve la rêverie au premier arbre assise. Et toutes deux s'en vont ensemble dans les bois !
Jain 1930.
3S8 LES FEUILLES lyAUTOMIiE
xvn
FleUle aesclo quid.
Ovide.
Oh ! pourquoi te cacher ? Tu pleurais seule ici. Devant tes yeux rêveurs qui donc passait ainsi ?
Quelle ombre flottait dans ton àme ?
Était-ce long regret ou noir pressentiment, Ou jeunes souyenirs dans le passé dormant,
Ou vague faiblesse de femme ?
Voyais-tu fuir déjà l'amour et ses douceurs, Ou les illusions, toutes ces jeunes sœurs
Qui le matin, devant nos portes.
Dans Tavenir sans borne ouvrant mille chemins. Dansent, des fleurs au front et les mains dans les mains,
Et bien ayant le soir sont mortes ?
Ou bien te venait-il des tombeaux endormis \i Quelque ombre douloureuse avec des traits anus.
Te rappelant le peu d'années.
Et demandant tout bas quand tu viendrais le soir Prier devant ces croix de pierre ou de bois noir
Où pendeni tant de fleurs fanées ?
LES FEUILLES D'AUTOMJNE. 250
Mais non, ces visions ne te poursuivaient pas. Il suffit pour pleurer de songer qu*ici-bas
Tout miel est amer, tout ciel sombre, Que toute ambition trompe Teffort humain. Que Pespoir est un leurre, et qu'il n'est pas de main
Qui garde Tonde ou prenne l'ombre !
Toujours ce qui là-bas vole au gré du zéphyr Avec des ailes d'or, de pourpre et de saphir.
Nous fait courir et nous devance ; Mais adieu l'aile d'or, pourpre, émail, vermillon, Quand l'enfant a saisi le frcle papillon.
Quand l'homme a pris son espérance !
Pleure. Les pleurs vont bien, même au bonheur, tes chants Sont plus doox dans les pleurs; tes yeux purs et touchants
Sont plus beaux quand tu les essuies.
L'été, quand il a plu, le champ est plus vermeil, Et ]e ciel fait briller plus frais au beau soleil
Son azur lavé par les pluies I
Pleure comme Rachel, pleure comme Sara.
On a toujours souffert ou bien on souffrira.
Malheur aux insensés qui rient !
Le Seigneur nous relève alors que nous tombons ; CSar il préfère encor les malheureux aux bons.
Ceux qui pleurent à ceux qui prient !
Pleure afin de savoir ! Les larmes sont un don. Souvent les pleurs, après l'erreur et Tabandon,
Raniment nos forces brisées»
^>uvent l'âme, sentant, au doute qui s'enfuit.
t60 LES FEUILLES D'AUTOMNE.
Qu'an jour intérieur se lève dans sa nuit. Répand de ces douces rosées !
Pleure; mais tu fais bien, cache-toi pour pleurer. Aie un asile en toi. Pour t'en désaltérer.
Pour les savourer avec charmes.
Sous le riche dehors de ta prospérité, Dans le fond de ton cœur, comme un fruit pour Tété.
Mets à part ton trésor de larmes !
Car la fleur, qui s'ouvrit avec l'aurore en pleurs. Et qui fait à midi de ses belles couleurs
Admirer la splendeur timide, Sous ses corolles d'or, loin des yeux importuns, Au fond de ce calice où sont tous ses parfoms,
Souvent cache une perie humide I
J«io 1830.
LES FEUUiES D'AUTOMNE. 261
xvra
Sed sKtis est jatn posse mon*.
LUCAIW.
OÙ donc est le bonheur ? disais-je. — Infortuné I Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l'avez donné !
Naître, et ne pas savoir que l'enfance éphémère, Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère, Est l'âge du bonheur et le plus beau moment Que l'homme, ombre qui passe, ait sous le firmament ! Plus tard, aimer, garder dans son cœur de jeune homme Un nom mystérieux que jamais on ne nomme ; Glisser un mot furtif dans une tendre main, Aspirer aux douceurs d'un ineffable hymen. Envier l'eau qui fuit, le image qui vole, Sentir son cœur se fondre au son d'une parole, Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit ; Rêver lé jour, brûler et se tordre la nuit, Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes, Toujours souffrir; parmi tous les regards de femmes. Tous les buissons d'avril, les feux du ciel vermeil, Ne chercher qu'un regard, qu'une fleur, qu'un soleil !
Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
Î62 LES FEUILLES D'AUTOMIŒ.
Les boutons d'oraDgers sur le front de réponse ; Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé I Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ; Voir aux feux du midi, sans espoir qu'il renaisse. Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse. Perdre Fillusion, Tespérance, et sentir *^u'on vieillit au fardeau croissant du repentir I Effacer de son front des taches et des rides , S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides, De cieux lointains, de mers oh s'égarent nos pas ; Redemander cet âge où Ton ne dormait pas ; Se dire qu'on était bien malheureux, . bien triste, Bien fou, que maintenant on respire, on existe. Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour I
Vieillir enfin, Tieillir I comme des fleurs fanées Voir blanchii nos cheveux et tomber nos années, Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris. Boire le reste amer de ces parfums aigris ! Être sage, et railler l'amant et le poète , Et, lorsque nous touchons h la tombe muette. Suivre en les rappelant d'un œil mouillé de pleurs Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs I
Ainsi l'homme, ô mon Dieu I marche toujours plus sombre
Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre*
C'est donc avoir vécu ! c'est donc avoir été !
Dans l'amour et la joie et la félicité
C'est avoir eu sa part ! et se plaindre est folie.
Voilà de quel nectar la coupe était remplie t
Hélas I naître pour vivre en déûrant la mort ! Grandir en regrettant Tenfance où le cœur dort, Vieillir en regrettant la jeunesse ravie« Mourir en regrettant la vieillesse et la vie I
Où donc est le bonheur, disais^je? — Infortuné 1 Le bonheur, ô mon Dieu, vous ne Favex donné !
Mai i880.
Le toit t*^ye et rit.
AiroKà Cnbnca
Lorsque l'enfant parait, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux*
Soit que juin ait ^erdi mon seuil, ou que noTcmbre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher, Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire. On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mèie
Tremble à le voir marcher.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme. De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme
Qui s'élève en priant ; L'enfant parait, adieu le ciel et la patrie Et les poètes saints 1 la grave causerie
S'arrête en souriant*
Lannit, quand rhomme dort, qnand l'esprit rèYC) à l'heure Où Ton entend géuiir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux, Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare. Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux !
Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ; Mon àme est la forêt dont les sombres ramures S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés I
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies, Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor ; Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange , . Tête sacrée I enfant aux cheveux blonds I bel ange
A Tauréolâ d'or 1
Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche,
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde. Double virginité ! corps où rien n'est immonde.
Ame où rien n'est impur!
U est si beau, l'enfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés.
Laissant errer sa vue étonnée et ravie.
Offrant de tontes parts sa jeune ftnie à la vie Et sa Ixmche aox baisers I
Seîgneor 1 présenres-moi, préservez ceux qae j'aime. Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants.
De jamais voir, Seigneur 1 l*été sans fleurs yenneilles, La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !
LES FEUILLES D'AUTOBOÏF. «M
Beau, frais, loariant d*aîse à cette vie am^.
SAnm^BmnTK.
Dans TalcÔYe sombre.
Près d'un humble autel, L'enfant dort à Tombre Du lit maternel.
Tandis qu'il repose, Sa paupière rose, Pour la terre close, S'ouvre pour le ciel*
Il fait bien des rèyes.
Il Yoit par moments Le sable des grèves Plein de diamants, Des soleils de flammes.
Et de belles dames Qui portent des âmes Dans leurs bras charmants*
Songe qui l'enchante t Il voit des ruisseaux ; Une Yoiz qui chante
Sort da fond des eaox* Ses sœurs soDt plus belles ; Son père est près d*elles ; Sa mère a des ailes Gomme les oiseaux.
U Ydit mille choses Plus belles encor ; Des lis et de» roses Plein le corridor ; Des lacs de délice Où le poisson glisse, Où Tonde se plisse A des roseaux d'or I
Enfant, réye encore !
Dors, ô mes amours !
Ta jeune &me ignore Où s'en vont tes jours.
Comme une algue morte, Tu Tas, que t'importe?
Le courant t'emporte. Mais tu dors toujours i
Sans soin, sans étude.
Tu dors en chemin ; Et l'inquiétude A la froide main.
De son ongle ande, Sur ton front candide Qui n'a point de ride.
N'écrit pas : « Demain ! »
Il dort, innocence f Les anges sereins Qui savent d'avance Le sort des humains, Le voyant sans armes, Sans peur, sans alarmes, Baisent avec larmes Ses petites mains.
Leurs lèvres effleurent Ses lèvres de miel.
L'enfant voit qu'ils pleurent Et dit: «Gabriel!»
Mais l'ange le touche.
Et berçant sa couche, Un doigt sur sa bouche , Lève l'autre au ciel I
Cependant sa mère, Prompte à le bercer, Croit qu'une chimère Le vient oppresser; Fière, elle l'admire, L'entend qui sonpii-e, Et le fait sourire Avec un baiser*
Novembre 1881.
270 LES FEUILLES IVAITTOMNE.
^ ii6a|a* oOÔév {toi Kpéttpov, oO^ 6^)H|iovy t6 aol tiîiiaipov* icâv «apK^ 8 çtfpovvtv al aac âpoi, 6 f^OK* 1» 9oO «dvta, Iv aol icàvrat tic oè icdvTflu
llAmG-AUBiLl.
Parfois, lorsque tout dort, je m'assieds plein de joie Sons le d6me étoile qui sur dos fronts flamboie ; J'écoate A d'en haut il tombe quelque bruit ; Et l'heure vainement me frappe de son aile Quand je contemple, ému, cette fête étemelle Que le ciel rayonnant donne au monde la nuit I
Souvent alors j'ai cru que ces soleils de flamme
Dans ce monde endormi n'échauflaient que mon Snu»
Qu'à les comprendre seul j'étais prédestiné;
Que j'étais, moi, vaine ombre obscure et taciturne.
Le roi mystérieux de la pompe nocturne ;
Que le del pour moi seul s*était illuminé I
Novembre 182$
ISS FEUILLES D'AUTOMNE. tîl
xxn