‹ Les Orientales. Les feuilles d'automneChapitre 75 sur 99 · DICTÉ APRÈS JUILLET · texte numérisé non relu

DICTÉ APRÈS JUILLET

Frères ! et vous aussi Yons avez yos journées I Vos victoires, de chêne et de fleurs couronnées, Vos civiques lauriers, vos morts ensevelis, Vos triomphes, si beaux à Taube de la vie, Vos jeunes étendards, troués à faire envie A de vieux drapeaux d'Austerlitz 1

Soyez fiers; vous avez fait autant que vos pères. Les droits d'un peuple entier conquis par tant de guerres^ Vous les avez tirés tout vivants du linceul. Juillet vous a donné, pour sauver vos familles. Trois de ces beaux soleils qui brûlent les bastilles ; Vos pères n'en ont eu qu'un seul 1

Vous êtes bien leurs fUs ! c'est leur sang, c'est leur âme Qui fait vos bras d'airain et vos regards de flamme. Ils ont tout commencé : vous avez votre tour. Votre mère, c'est bien cette France féconde Qui fait, quand il lui plaît, pour l'exemple du monde, Tenir un siècle dans un iours

L'Angleterre jalouse et la Grèce homérique, Toute r Europe admire, et la jeune Amérique Se lève et bat des mains du bord des océans* Trois jours tous ont suffi pour briser vos entraves* Vous êtes les aînés d'une race de braves, Vous êtes les fils des géants I

C'est pour vous qu'ils traçaient avec des funérailles Ce cercle triomphal de plaines de batailles. Chemin victorieux, prodigieux travail.

Qui de France parti pour enserrer la terre. En passant par Moscou, Cadix, Rome et le Caire, Va de Jemmape à Montmirail !

Vous êtes les enfants des belliqueux lycées ! Là vous applaudissiez nos victoires passées; Tous vos jeux s'ombrageaient des plis d'un étendard. Souvent Napoléon, plein de grandes pensées, Passant, les bras croisés, dans vos lignes pressées, Aimanta vos fronts d'un regar^ !

Aigle qu'ils devaient suivre, aigle de notre armée Dont la plume sanglante en cent lieux est semée. Dont le tonnerre un soir s'éteignit dans les flots, Toi qui les as couvés dans l'aire paternelle, Regarde, et sois joyeuse, et crie, et bats de l'aile, Mère, tes aiglons sont édcs I

358 IJBS CHANTS DU CEBP13SCULE.

Quand notre yille éponyantée.

Surprise on matin et sans ymz, S'éveilla toute garrottée Sons un réseau d'iniques lois, Chacun de vous dit en son âme :

c C'est une trahison infâme I Les peuples ont leur lendemain.

Pour rendre leur route douteuse Suffit-il qu'une main honteuse Change Fécriteau du chemin ?

c La parole éclate et foudroie Tous les obstacles imprudents^ Vérité, tu sais comime on broie- Tous les baillons entre ses dents :

Un roi peut te fermer son Louvre ^ Ta flamme importune, on la couvre.

On la fait éteindre aux valels) Mais elle brûle qui la touche !

Mais on ne ferme pas ta bouche Comme la porte d'un palais !

c Quoi 1 ce que le temps nous amène, Quoi 1 ce que nos pères ont fait, Ce travail de la race humaine.

Os nous prendraient tout en effet 1 Quoi 1 les lois, les chartes, chimère ! Comme un édifice éphémère

Nous verrions, en un jour d'été, Crouler sous nos mains acharnées Ton œuvre de quarante années, Laborieuse Liberté !

c C'est donc pour eux que les épées Ont relui du nord au midi l Pour eux que les tètes coupées Sur les pavés ont rebondi I C'est pour ces tyrans satellites Que nos pères, braves élites.

Ont dépassé Greos et Romains !

Que tant de villes sont désertes 1 Que tant de plaines, jadis vertes, Sont blanches d'ossements humains !

« Les insensés qui font ce rêve N'ont-ils donc pas des yeux pour voir, Depuis que leur pouvoir s'élève, Comme notre horizon est noir ?

N'ont-ils pas vu dans leur folie Que déjà la coupe est remplie.

Qu'on les suit des yeux en rêvant, Qu'un foudre lointain nous éclaire, Et que le lion populaire Regarde ses ongles souvent? »

Alors tout se leva, — L'homme, l'enfant, la femme, Quiconque avait un bras, quiconque avait une âme,

Tout Tint, toot accounit. Et la ville à grand brait Sur les lourds bataillons se rua jour et nuit. En vain boulets, obus, la balle et les mitrailles, De la vieille cité déchiraient les entrailles; Pavés et pans de murs, croulant sous mille efforts, Aux portes des maisons amoncelaient les morts , Les bouches des canons trouaient au loin la foule ; Elle se refermait comme une mer qui roule. Et, de son râle affreux ameutant les faubourgs. Le tocsin haletant bondissait dans les tours !

Trois jours, trois nuits dans la fournaise Tout ce peuple en feu bouillonna, Crevant Pécharpe béarnaise Du fer de lance dléna.

En vain dix légions nouveUes Vinrent s*abattre à grand brait d'ailes Dans le formidable foyer; Chevaux, fantassins et cohortes Fondaient comme des branches mortes Qui se tordent dans le brasier.

Comment donc as-tu fait pour calmer ta colère, Souveraine cité qui vainquis en trois jours? Comment donc as-tu fait, 6 fleuve populaire, Pour rentrer dans ton lit et reprendre ton cours f O terre qui tremblais, 6 tempête, 6 tourmente. Vengeance de la foule au sourire effrayant, Comment d^nc as-tu fait pour être intelligente

Et pcfar choisir en foudroyant?

C'est qu'il est plus d'un cœur stoïque Parmi vous, fils de la cité ; C'est qu'une jeunesse héroïque Combattait à votre côté.

Désormais, dans tonte fortune, Vous avez une âme commune Qui dans tous vos exploits a lui* Honneur au grand jour qui s'écoule I Bler vous n'étiez qu'une foule ; Vous êtes un peuple aujourd'hui.

Ces mornes conseillers de paijure et d'audace, Voilà donc à quel peuple ils se sont attaqués ! Fléaux qu'aux derniers rois d'une fatale race Toujours la providence envoie aux jours marqués ! Malheureux qui croyaient, dans leur erreur profonde (Car Dieu les voulait perdre, et Dieu les aveuglait). Qu'on prenait un matin la liberté d'un monde Comme un oiseau dans un filet !

N'effacez rien* — Le coup d'épée Embellit le front du soldat* Laissons à la ville frappée Les cicatrices du combat.

Adoptons héros et victimes* Emplissons de ces morts subUmes Les sépulcres du Panthéon.

Que nul souvenir ne nous pèse :

Rendons sa tombe à Loub Seize, Sa colonne à Napoléon I

362 LES CriANTS DU CRÉPUSCULE.

Ob 1 laisses-moi pleurer sur cette race morte Que rapporta l'exil, et que Texil remporte, Vent fatal qui trois fois déjà les enleva ! Reconduisons au moins ces vieux rois de nos pères. Rends, drapeau de Fleurus, les honneurs militaires A Toriflanmie qui s'en va 1

Je ne leur dirai point de mot qui les déchire.

Qu'ils ne se plaignent pas des adieux de la lyre !

Pas d'outrage au vieillard qui s'exile à pas lents!

C'est une piété d'épargner les ruines.

Je n'enfoncerai pas la couronne d'épines

Que la main du malheur met sur ses cheveux blancs 1

D'ailleurs, infortunés ! ma voix achève à peine L'hymne de leurs douleurs dont s'allonge la chaîne. L'exil et les tombeaux de mes chants sont bénis ; Et, tandis que d'un règne on saluera l'aurore, Ma poésie en deuil ira longtemps encore De Sainte-Hélène à Saint-Denis !

Mais que la leçon reste, étemelle et fatale, A ces nains, étrangers sur la terre natale. Qui font régner les rois pour leurs ambitions ; Et, pétrifiant tout sous leur groupe immobile,^ Tourmentent accroupis, de leur souffle débile, La cendre rouge encor des révolutions I

LES CHAlfTS DU CRÉPl^SCULE. 363

Oh ! Tayenir est magnifique !

Jeunes Français, jeunes amis, Un siècle pur et pacifique S'ouvre à vos pas mieux afTermi»* Chaque jour aura sa conquête.

Depms la base jusqu'au faîte, Nous Terrons avec majesté, Gomme une mer sur ses rivages, Monter d* étages en étages L'irrésbtible liberté I

Vos pères, hauts de cent coudées, Ont été forts et généreux.

Les nations intimidées Se faisaient adopter par eux* Us ont fait une telle guerre, Que tous les peuples de la terre De la France prenaient le nom, Quittaient leur passé qui s'écroule, Et venaient s'abriter en foule A l'ombre de Napoléon 1

Vous n'avez pas l'&me embrasée

D'une moins haute ambition.

Faites libre toute pensée

Et reine toute nation ;

Montrez la liberté dans Pombre

A ceux qui sont dans la nuit sombre $

Allez, éclairez le chemin^ Guidez notre mtrche anânime.

Et faites, vers le bat sablime, Dijubler le pas au genre humain I

Que Tesprity dans sa fantaisie, Suive d*un vol plus détaché Ou les arts, ou la poésie.

Ou la science au front penché 1 Qu'ouvert à quiconque Timplore Le trône ait un écho sonore Qui, pour rendre le roi meilleur, Grossisse et répète sans cesse Tous les conseils de la sagesse, Toutes les plaintes du malheur 1

Revenez prier sur les tombes.

Prêtres 1 Que craignez-vous encor?

Qu'allez-Tous faire aux catacombes Tous reluisants de pourpre et d'or?

Venez 1 mais plus de mitre ardente, Plus de vaine pompe imprudente, Plus de trône dans le saint lieu !

Rien que Taumône et la prière I La croix de bois, Tautel de pierre SufQt aux hommes comme à Dieu !

Et désonnais, chargés du seul fardeau des àmes^ Pauvres comme le peuple, humbles comme les femmes.

r^e redoutez plus rien. Votre église est le port! Quand longtemps a grondé la bouche du Vésuve, Quand sa lave, écumant comme un vin dans la cuve, Apparaît toute rouge au bord,

Naples s'émeut ; pleurante, effarée et lascive, Elle accourt, elle étreînt la terre convulsive; Elle demande grâce au volcan courroucé ; Point de grâce I Un long jet de cendre et de fumée Grandit incessamment sur la cime enflammée. Comme on cou de vautour hors de Paire dressé.

Soudain un éclair luit ! hors du cratère immense La sombre éruption bondit comme en démence. Adieu le fronton grec et le temple toscan ! La flamme des vaisseaux empourpre la voilure, La lave se répand comme une chevelure Sur les épaules du volcan.

Elle vient, elle vient, cette lave profonde Qui féconde les champs et fait des ports dans Fonde ! Plages, mer, archipels, tout tressaille à la fois. Ses flots roulent, vermeils, fumants, inexorables, Et Naple et ses palais tremblent plus misérables Qu'au souffle de Forage une feuille des bois !

Chaos prodigieux 1 la cendre emplit les mes, La terre revomit des maisons disparues.

Chaque toit éperdu se heurte au toit voisin, La mer bout dans le golfe et la plaine s'embrase, Et les clochers géants, chancelant sur leur base, Sonnent d'eux-mêmes le tocsin I

Mab — c'est Dieu qui le vent — tout en brisant des villes, En comblant les vallons, en effaçant les Ues, En charriant les tours sur son flot en courroux, Tout en bouleversant les ondes et la terre, Toujours Vésuve épargne en son propre cratère L'humhle ermitage où prie un vieux prêtre à genoux !

lOaoAtU'^O.

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