‹ Les originaux de la dernière heureChapitre 130 sur 222 · LE GÉNÉRAL-MAJOR CLAUDE MARTIN · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL-MAJOR CLAUDE MARTIN

Fils d’un tonnelier de Lyon, Claude Martin avait quitté très-jeune sa ville natale pour se rendre dans l’Inde. Il était entré, comme simple soldat, dans les troupes françaises, puis avait pris du service dans l’armée de la Compagnie des Indes. — Lorsqu’il mourut, en 1800, il était parvenu au grade de général- major et avait amassé une fortune d’environ douze millions.

Son testament est l’œuvre d’un brave homme, mais plus propre à manier le sabre que la plume :

« ... Mes louanges les plus exaltées, s’écrie-t-il, et mes remerciements les plus respectueux soient reçus par le Tout-Puissant, créateur de tout ce qui existe, pour sa grande clémence envers moi pendant ma vie; étant miséricordieux pour tous, j’ai de grandes espérances qu’il me pardonnera les'péchés que j’ai commis, si sa créature peut en commettre...

« Article 1. Toutes les femmes, domestiques mû.lcs et femelles, eunuques et autres qui m’appartiennent, et pour lesquels j’ai payé, pour les avoir en propriété, à ma mort ou en quittant cette vie, je leur donne la liberté, et ils sont libres, à l’exception de ceux ci-après mentionnés, desquels j’ai disposés en faveur de ceux sous-nommés, les ayant acquis, achetés, élevés et instruits pour être les domestiques pendant la vie de ceux chez qui je les ai pla-

cés, ou donnés, lesdits mâles, femmes ou eunuques, comme serviteurs pendant la vie de ces dames...

«... Et celles-ci je les ai acquises pour être les compagnes de ma bonne et mauvaise fortune... Je les ai eues lorsqu’elles étaient dans leur enfance et je les ai fait instruire aussi vertueusement que je l’ai pu. Elles ont rempli mon intention ;i ma grande satisfaction. Puisse Dieu les récompenser ! Elles sont innocentes d’aucun crime ou péché dont je suis coupable ; si elles en ont commis en partageant mon lit, elles devaient de la complaisance à mon commandement. Ayant toute raison d’être satisfait de leurs services, mes désirs sincères sont de leur donner une prompte récompense dans ce monde... »

Suit une longue série de legs que clôlce paragraphe :

« Lorsque je mourrai, je requiers que mon corps soit salé... »

DANIEL MAUTIN'ETT.

Daniel Martinet t, cntr’autres fantaisies, eut celle de léguer ses dettes au gouverneur du Bengale, qui se montra aussi généreux que les deux amis d’Eudamidas.

Il commence, dans son testament (1823), par recommander son ùme à Dieu, puis il ajoute :

« Quant à ce corps misérable, comme il a bien assez vu de pompes dans ce bas-monde, tout ce que je désire, c’est qu’on l’emporte dans un vieux coffre vert pour évi-

ter toute dépense, car, ayant vécu eu prodigue, je veux mourir en économe ;

« Mon enterrement ne doit rien coûter; j’en ai gagné les frais à l’entrepreneur des" pompes funèbres, dans une partie de billard, que nous avons faite en présence de’ MM. Thomas Morice et William-Parkes, chez ledit William-Parkes, au mois de février dernier ;

« Je demande que le révérend M. Henri Butler lise les prières d’usage aux enterrements, et de plus qu’il prêche un sermon, le premier dimanche après mon décès, en prenant pour texte ces paroles de Salomon : toit est vanité. En considération de ce petit service, je lui lègue toute mon hypocrisie: il en a besoin pour être honnête homme comme on l’est aujourd’hui ;

« Je lègue au gouverneur Henri Wansiltart le soin de payer toute somme dont je me trouverai redevable à des personnes peu aisées de cette ville. Le tout ne monte pas à plus de trois cents roupies *...

« J’ai été, pendant ma vie, l’objet des plaisanteries d’un gentleman à la mode, et le point de mire de ses sarcasmes : il est vrai que ma conduite était un peu extraordinaire ; j’espère lui pardonner.

« Comme je n’ai rien à laisser à mes parents dans ma patrie, je n’ai rien non plus à en dire; au reste, ils ne se sont guère occupés de moi depuis longtemps. Seulement ii je leur souhaite à tous une bonne santé » , et je désire que mes frères et sœurs fassent un voyage plus prospère dans cette vie que celui que j’ai fait. «

1 La roupie d'argent vaut 2 fr. 42 cent. ; la roupie d’or, 38 fr. 72 cent. Il Vagissait donc ou de 726 fr., ou do 11,616 fr.

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