‹ Les origines bénédictinesChapitre 16 sur 24 · I.E MOVKX A(iK · texte numérisé non relu

I.E MOVKX A(iK

QVOD DUCE TE MVNDVS SVRREXIT IN AS- TRA TRIVMPHANS.

HANC CONSTANTINVS VICTORTIBI CONDIDIT AVLAM.

Parce (|iie sotis Ion impulsion \o iiiiiiide ti'iomphanl fui ovallé jusqu'aux cieux.

Constantin vain([iieur fonda ce triomphe en Ion lionneur.

Si l'abbé Didier avait rapporté de ses séjours à Rome des souvenir aussi précis, il est hors de doute que la partie supérieure de TaiT de sa basilique ue dut être, de même (jue l'arc de saint Pierre, décorée d'une mosaïque magistrale représentant quelque grande scène religieuse accompagnée des quatre symboles évangéliques. Il faut encore se figurer le grand plafond avec ses caissons et ses rosaces sculptées en haut relief, doré et peint de tons éclatants, et, se rappeler (pie toute cette splendide décoration était complétée par des fresques représentant, sur les murailles, des scènes variées ou des personnages isolés.

Pour compléter son œuvre, Didier avait envoyé auprès de l'empereur Michel VU à Gontantinople, un de ses moines afin d'obtenir l'autorisation de commander aux orfèvres les plus renommés une grande table d'autel. Accueilli favorablement à la cour, ce religieux rapporta au Mont-Cassin un superbe panneau d'argent divisé en nombreux compartiments dans lesquels, des

scènes de la Bible ou de la vie de saint Benoît se détachaient en relief sur un fond émaillé. En même tem])s, le délégué de Didier avait ])u faire exécuter d'autres travaux considérables et acheter d'autres ornements, aussi, voyait-on sur le maître autel, de beaux chandeliers de bronze ; le sanctuaire était séparé des nefs par une balustrade de bronze fixée à une haute clôture en bois sculpté, doré et peint, sorte de jubé, pcrgula, porté sur six colonnes d'argent ; sur cette balustrade reposaient cincpiante candélabres également d'argent, entre lesquels s'élevaient treize statues représentant Jésus- Chi'ist et les douze a])ôtres; de ])lus, trente lampes de bronze et cin(j petites statues étaient suspendues à l'entablement de ce portique. Cette clôture, toute complète et magnifique ([u'elle fût, n'était pas une création unique et toute nouvelle en Italie ; la basilique de Saint-Pierre à Rome en possédait une analogue, bien plus splendide encore, décrite avec un soin minutieux par Ciampini, et l'on peut se faire une idée de l'effet que devaient produire ces sortes de fermetures en admirant actuellement, à la basilique de Saint-Marc à Venise, la belle balustrade qui précède le chœur. A l'entrée du transept, il y avait un autre portique, directement placé audessous de l'arc triomphal, composé d'une poutre recouverte de plaques d'argent, dorées et sculj)tées, reposant sui' (piatre colonnes d'argent hautes de cinq coudées; entre les colonnes, s'élevaient sur des piédestaux de grands crucifix.

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A toutes ces merveilles il faut encore ajouter six superbes candélabres d'argent, un magnifique ambon de bois doré et peint auquel on accédait par six degrés, et un chandelier pascal en argent de la plus grande beauté. Au-dessus du maître-autel, un immense lustre, formé d'une couronne de métal agrémentée de distance en distance par douze ])etites tours d'argent, ])rojetait sur le sanctuaire le rayonnement des trente-six lampes d'argent qui s'y trouvaient accrochées. Tout avait donc été créé sous l'inspiration de Didier pour orner la nouvelle basilique ; seul le trône abbatial ra])pelait encore la fondation initiale, car, depuis l'origine peut-être, ce siège de ])orphyre rouge, trouvé dans les ruines des thermes de Gassinum, servait aux abbés de cathedra épiscopale.

La tâche considérable des peintres et des mosaïstes n'avait pas été limitée à l'intérieur de la basili([ue ; elle s'était étendue aussi à l'extérieur. De grandes ligures en mosaïques, se détachant sur un fond d'or étincelant, occupaient les parties hautes de la façade, pareilles à celles que l'on peut encore admirer au front des basiliques romaines de Saint-Paul-hors-les-Murs, de Sainte-Marie-du-Transtévère, de Sainte-Marie-Majeure; comme il en existait autrefois à l'ancienne basilique de Saint-Pierre. Sous les ])orti(iues de l'atrium, la surface des murs avait été livrée aux peintres pour y représenter différentes scènes du Nouveau Testament et quelques-uns des miracles accomplis par saint Benoît.

Pour fermer son église, Didier avait commandé à Constantiiiople de magnifiques portes en bronze sur le modèle de celles qui venaient d'être mises en place à la cathédrale d'Amalfi (lOOG) et (fui avaient fait Tobjet de son admiration, à ce (pie rapporte le chroniqueur Aimoin.

L'art du ciseleur et du fondeur en bronze était tellement en honneur, à cette épo(pie, dans la capitale de l'empire d'Orient, que l'empereur Constantin Porj)liyrogenète avait exécuté lui-même des portes pour le" triclinium de son palais. Pantaleon, le donateur des portes d'Almati, les avait fait décorer de ])anneaux ciselés représentant le Christ, la Vierge, saint Pierre et saint André; Didier, plus modeste dans ses goûts, mais fier de la grande prospérité de son monastère, fît graver sur les siennes, en lettres incrustées d'argent, les noms de toutes les terres, villes et châteaux que ])Ossédait alors la communauté. Cette liste, quoique déjà fort longue, ne représentait pas le domaine complet de l'abbaye, car, d'après le commentaire d'Hœften, il comprenait, à cette époque, 2 princi])autés, 20 comtés, 440 villes ou villages, 250 châteaux, 336 manoirs, 23 ports et 16()2 églises ou chapelles.

Cette remarquable porte, qui devait si bien terminer l'œuvre de Didier, eut à sul)ir une foule de mésaventures. La ])lus grave fut la perte d'un des deux vantaux, occasionnée |tar le naufrage du navire (pii le ra])p()rlail. Un amalfitain nommé Roger, ayant iq)pris l'art de tra-

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vailler le bronze et s'étant signalé comme nn artiste de talent en fondant les belles j)Oi'tes du mausolée de Boemond, reçut l'ordre de faire un nouveau vantail; à peu près semblable au premier, il en diffère cependant quebjue peu, car Roger ne sut pas incruster dans le creux des lettres le fil d'argent qui leur donne un éclat tout particulier. Autre accident non moins grave : ces portes avaient été commandées d'après des mesures données avant l'achèvement de l'église, or, les dimensions de la baie qu'elles devaient remplir ayant varié pendant l'exécution des travaux, l'unique ventait arri^é au Mont-Gassin se trouva trop petit, il fallut le rallonger; cette réparation fut encore confiée à Roger, seul capable de la mener à bien. Toutes ces vicissitudes occasionnèrent de longs r'îtards, si bien (pie les portes de bronze ne ])urent être posées avant la mort de l'abbé Didier ; son troisième successeur, l'abbé Oderisius II, eut enfin la joie de les voir, en 1124, occu- ])er la place à laquelle elles étaient destinées. Ces mêmes portes ferment encore aujourd'hui l'entrée principale de l'église.

Avant de s'attaquer à la reconstruction delà basili([ue et de la pourvoir de tout ce qui était nécessaire à la célébration des cérémonies religieuses, Didier s'était occupé d'agrandir considérablement le monastère et d'en mettre les bâtiments en rajiport avec le noml)re toujours croissant de ceux qui accouraient de toute part chercher une retraite au sommet du mont Gassin. Il

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avait t'ait construire lui réfectoire lon<^ de 95 coudées sur 23 de large et 15 de liauteur, voûté et terminé par une abside dans laquelle était placée la table de l'abbé, table assez grande pour recevoir les hôtes de distinctions; cette vaste salle était éclairée par quatorze fenêtres et les murs étaient couverts de ])eintures. Non loin de ce réfectoire aucpiel correspondaient des cuisines situées à l'étage inférieur, se trouvait le dortoir, immense pièce de 200 coudées de longueur, éclairée au midi par une succession de fenêtres, dont trois, plus grandes que les autres, s'ouvraient chacune sous une arcade portée par des colonnettes de marbre. Entre la basilique et le dortoir se trouvait la salle du chapitre élégamment ])avée d'un dallage de marbre et couverte par un softite en bois décoré de peintures ; à coté, s'ouvrait la salle réservée à la bibliothèque. En avant de l'église, et au-delà de l'atrium, s'étendait un magnifique cloître de 105 coudées de long sur 70 de large entouré de portiques sup])ortés ])ar 110 colonnes de marbre. Du coté du couchant, une haute tour solidement établie servait de réserve aux munitions de guerre.

Cet ensemble de constructions était environné d'un mur comme une véritable forteresse, et, en dehors de cette enceinte, on avait construit une hotellei'ie ])Our loger les pèlerins qui ne pouvaient trouver place ou être reçus au monastère.

L'infatigable abbé avait même fait abattre la petite église ou oratoire dédié à Sainl-Martin-de-Tours, afin

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de la remplacer par une })lus grande et plus somptueuse. Cette nouvelle église avait 44 coudées de longueur sur 28 de largueur ; elle était divisée en trois nefs par deux files de neuf colonnes chacunes ; la nef principale se terminait par une abside décorée de mosaïques ; une grande inscription en mosaïque s'étendait sur la façade extérieure. Pour mettre cette petite basilique en rapport avec la grande basilique sa voisine, Didier avait commandé pour l'autel des tables en argent doré, dont les sculptui'es en relief représentaient des scènes de la vie de saint Mathieu l'évangéliste et de celle de saint Martin.

Pendant deux cent cincjuante ans, les successeurs de Tabbé Didier respectèrent les heureuses dispositions qu'il avait ado])tées et apportèrent des embellissements successifs à son œuvre.

Oderisius, successeurde Didier, ajouta au monastère une chapelle dédiée à saint André, toute couverte à l'intérieur de marbres, de j)eintures et j)avée de mosaïques ; dans l'église de Saint-Martin il lit terminer les peintures et les mosaïques restées inachevées.

Les guerres, les déprédations, les exils, les pillages sans cesse renouvelés pendant les xn' et xm' siècles, ne permirent pas aux moines du Mont-(!lassin d'accroître l'importance des bâtiments du monastère; nniis il faut constater (pi'avec une ardeur et un zèle infatigable, ils cherchèrent sans cesse à réparer les désastres occasionnés par les nombreuses occupations militaires.

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Nous voyons môme, au cours de ces tristes événements, Tabbé Richard iirofiter d'un moment de ré})it et de tranquillité, en 1251, ])our faire orner de verrières peintes toutes les fenêtres des églises, ce qui fut regardé à cette époque comme une (puvre merveilleuse; il y avait alors à San-Germano un artiste nommé maestro Bartolomeo, halùle j^eintre verrier, à (pii s'adressa l'abbé pour mener à bien ce grand travail.

11 ne fîuit pas faire un grand effort d'imagination pour se figurer ce (pie pouvait être la grande basili(jue du Mont-Cassin vers le milieu du xiv' siècle, à la veille de sa complète destruction. Après deux cents ans d'existence, les notes décoratives, peut-être un peu violentes au début, s'étaient fondues sous l'action du temps, les tonalités des marbres-etdesmosaïques s'étaient adoucies, les boiseries s'étaient foncées, les vitraux, les châsses d'émail, les vases d'or et d'argent, les tables d'autels, les étoffes précieuses déployaient les richesses de leurs colorations variées. Tous les arts en homieur j^endant le moyen âge avaient contribué par leurs i)roductions les plus })arfaites à compléter ce merveilleux ensemble; mais, c'est à l'abbé Didier que doit en revenir toute la gloire, c'est lui qui a été le grand fondateur de toute cette magnificence. Aussi, son nom est-il resté, dans les annales de l'ordre bénédictin, comme celui de Léon X dans celles de la papauté, l'expression caractéristique du sommet le plus élevé auquel puisse atteindre le génie artisti(pie à une époque déterminée.

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Le 9 septembre 1341), à la fia du jour, tout ce que le moyen âge avait accumulé au Mont-Cassin de richesses detoutessortes, neformaitplus qu'un immense monceau de ruines.

Cependant, lorsqu'on examine les énormes et puissantes substructions sur lesquellesestassisle monastère, il est impossible d'admettre que la destruction fût com- ])lète; faites de blocs considéral)les de granit et de travertin, elles ont dû résister. Cela est d'autant plus certain que, à l'abri de ces fortes murailles, plusieurs des services de l'ancien monastère ont put être conservés. Ainsi, le four est encore aujourd'hui tel qu'il devait être alors ; mais, de tout le vieil édilice, les cuisines sont ce (pii reste de plus remai'<{uable. Elles étaient et sont encore installées au-dessous du réfectoire, dans une grande pièce circulaire dont le centre est occupé par un énorme pilier; de ce pilier s'élancent, comme les branches d'un tronc puissant, des arcs allant aboutir à la circonférence, et de i)etites voûtes légères, jetées entre ces arcs, complètent un système qui présente ainsi la forme d'un de ces grands fv'//im que les anciens romains plaçaient au-dessus des théâtres et des cirques.

Le moyen âge a laissé au iMont-Cassin un monument ])lus glorieux peut-être que tous ceux dont nous venons de rappeler le souvenir. C'est la magnifnpie collection des chartes, des bulles, et des très nombreux manuscrits (pii ont été religieusement conservés. Ce trésor a pu être, en [tarlic dn moins, préservé de la destruc-

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tion, aussi retrouve-t-on aujourd'hui un grand nombre de ces précieux documents historiques et Httéraires. Nous nous réservons de revenir sur la haute importance de ce riche dépôt en visitant la salle des archives et la bil)liothè([ue.

ABBAYE DU MONT-CASSIN

LA RENAISSANCE

SOMMAIRE

Travaux d'Urbain V, 1367. — Travaux de l'abbé Pierre de Tarlaris, 137'i.

— Maestro Giovanni. — Porte du cardinal Garal'a. — Travaux du cardinal Jean d'Aragon. — L'abbé Squarcialupi. — Bramante arcbitecte du monastère. — Plan général. — Les grands portiques. — Le grand escalier. — Les portiques de l'atriuui. — Pierre de Médicis. — Les Sangallo. — Tombeau de Pierre de Médicis. — Tombeau de Guy Fieraniosca.

— La Crypte. — Décoration de ^Marco Pino da Siena. — A'estibule du réfectoire, les lavabos. — Le réfectoire, la « Multiplication des pains » par Bassano. — Les livres de Chœur, Benedetto da Matera. — Descri]»tiou du monastère en l'année 1580.

ABBAYE DU MONT-CASSIN

LA RENAISSANCE

Des nécessités historiques nous forcent à anticiper sur les limites habituellement assignées à cette grande et magnifique époque ({ue Ton nomme la Renaissance; la destruction presque complète du monastèi'e nous en faisait une loi. Nous allons donc, à partir de cette date funeste, suivre sans interruption les efforts successifs faits par les abbés et les religieux du Mont-('assin pour réparer ce grand désastre et rétablir leur demeure dans son antique splendeur.

Le pa})e Urbain V, ayant (piilté Avignon ])Our venir s'installer à Rome en 13()7, voulut rendre aux fiefs ecclésiastiques et aux grandes communautés leur ancienne importance. Venu au Mont-Gassin, il vit l'état déj)lorable dans lequel se trouvait l'abbaye, et, se souvenant qu'il avait été moine bénédictin, résolut d'aider de tout son pouvoir à réparer les désastre. Pour laisser aux religieux une entière initiative, il renonça d'abord, au droit <le désigner les évêques directeurs et

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permit aux moines d'élire leur abbé; juiis, il ordonna à toutes les communautés bénédictines d'envoyer des subsides et de prendre part à la reconstruction générale de leur proto-monastère. Immédiatement on se mit à l'œuvre, les murs de l'église furent relevés, les offices et les cellules furent réparées, le cloître intérieur, formé d'arcades ogivales retombant sur des colonnettes, fut entièrement restauré. A la suite de ces travaux, l'abbé Andréa da Faenza consacra à sainte Agathe une cha})elle situé auprès de l'abbaye atin d'apjieler sa protection sur le monastère et de le préserver des tremblements de terre.

Tous ces travaux, commencés avec ardeur, furent activement poursuivis par l'abbé Pierre de Tartaris. En 1374, il appela au Mont-Gassin un groupe d'artistes et d'artisans placés sous la direction d'un maestro Giovanni da Milano, probablement architecte, (jui s'engagea, moyennant quatre cents florins d'or à couvrir la toiture de l'église de lames de plomb, et à décorer l'intérieur de fres(pies représentant des sujets tirés des Écritures saintes. Maestro Giovanni s'engageait en outre à présenter le dessin d'un chœur à deux rangées de sièges superposés, ornés de feuilles et de figures, le tout entièrement sculpté dans du bois ainsi (pie le siège de l'abbé et le grand pupitre. Ce projet fut adopté; un certain maestro Bartolomeo, de Florence, fut chargé d'exécuter le travail moyennant quatre florins d'or par double siège. Tous ces faits sont consignés, ainsi (pie

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les noms des artistes dans les conventions oi'iginales conservées aux archives. Grâce à ces travaux, l'abbaye fnt mise dans un état de parfaite convenance.

La situation générale de la communauté fut assez misérable pendant toute la durée du xv" siècle. A la mort d'Antoine Garafa, dernier abbé élu, 1454, commence la suite des abbés commandataires. Les querelles et les guerres perpétuelles entre les maisons d'Anjou, d'Aragon et de France pour la possession du royaume de Naples affectaient trop profondémemtles intérêts des religieux pour que rien de bien important pût être entrepris. Cependant, sous l'abbé Garafa, on consti'uisit une seconde grande porte d'entrée, véi'itable ouvrage d'art, d'après la descrij)tion détaillée qu'en donne la chronique, comportant de grands pilastres et des colonnes d'ordre dorique; au-dessus de la baie, une lunette était occupée j)ar un bas-relief de marbre représentant la sainte Vierge tenant l'Enfant divin sur ses genoux entre saint Benoît et sainte Scholasti(]ue, tous deux en adoration. De chaque côté de la lunette on avait sculpté les armoiries du monastère : d'une part, un lion remj)ant, de l'autre une tour et une rivière entre deux pins. A la fm du siècle dernier, d'après le P. Gattola, on pouvait encore lire la signature : F. CELSVS, mcccclui. Le pape Paul II, en 14C4, lit achever le campanile et construire un hospice. Enfin, Jean d'Aragon, cardinal et avant dernier abbé commandataire, après s'être lait construire un superbe palais à San Germano, donna

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tous ses soins à la décoration de l'église, refit le chdnir, ouvrage admirable, disent les écrivains du tem|)s, et ])Ouvut la sacristie de nombreux vases et ornements; un inventaire portant la date de 14!)7, énumère toutes les richesses ([ui composaient alors le trésor de Tabbaye.

Avec les premières année du wf siècle, cesse le gouvernement des abbés commendataires. La dignité abbatiale, de nouveau déférée à l'élection des moines, était conférée pour trois ans; l'abbé pouvait être réélu. Ignace Squarcialupi, de Florence, bénéficia le ])remier de cette nouvelle mesure, 1510.

A])artir de ce moment, et, tout en continuant à suivre autant que possible un ordre chronologique, nous allons abandonner les souvenirs des choses disparues ])our nous occuper de monuments ou d'œuvres d'art encore existants, mais nous aurons à déplorer la ])erte ou la transformation de beaucoup d'entre elles, mutilées ou détruites par les siècles qui ont succédé à répo(|ue de la Renaissance.

Nous avons été assez heureux pour retrouver, dans l'immense collection des dessins de maître conservés à la Galerie des Offices, à Florence, un plan dessiné jtar Battista da San Gallo, très probablement à l'époque où il était question d'élever un tondjeau monumental à Pieri'e de Médicis. Ce ])lan nous montre quelles étaient les dispositions générales du monastère au commen-

LA RENAISSANCE

cernent du xvi" siècle, c'est-à-dire avantles modifications projetées par l'abbé Squarcialupi.

L'abbé Squarciahipi conçut le projet de donner au monastère une splendeur toute nouvelle, et, entreprit une restauration considérable. Pour mener à bien l'exécution d'un semblable dessin, cet abbé florentin, élevé au milieu des cliefs-d 'œuvres des Bruneleschi et des Michellosi, chercha, parmi les architectes si justement célèbres de cette époque, celui qui, par de beaux travaux déjà accomplis, lui assurerait toute satisfaction.

Il y avait alors à Rome un homme jouissant d'une grande réputation, qui s'appelait Donato Lazzari, dit Bramante.

Né en 1444, de jjarents pauvres, à Castel Durante, petite ville de l'Etat d'Urbin, Bramante avait beaucoup voyagé dans l'Italie du Nord, cherchant à s'employer à de modestes travaux; pendant longtemps, il avait fait partie de la pléiade de constructeurs que nécessitait l'édification de l'immense cathédrale de Milan. Arrivé à Rome, dans un âge relativement avancé, il se livra avec ardeur à l'étude des monuments antiques; aussi, était-il peu connu lorsque Jules II se l'attacha comme architecte et lui confia la direction des travaux du Belvédère au Vatican. Bien digne, par son mérite, de ré})ondre à cette haute confiance, Bramante fut aussitôt recherché de tous : le roi Ferdinand VI, de Naples, l'appela ])Our lui construire un palais ; le roi d'Angleterre se fit élever

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|)ai' lui iiii palais à Rome ; ])alaisdela Chancellerie; petit temple de Saint-Pierre in Montorio; j^lusieurs églises, et enfin, la reconstruction de la grande basilique vaticane où son ambitieux génie voulait « élever dans les airs la coupole du Panthéon », il suffisait à tout avec une merveilleuse activité. Tel était l'homme auquel l'abbé Squarcialuj)i s'adressa pour l'aider dans l'exécution de ses projets.

Peut-être le hasard favorisa-t-il l'abbé dans son choix, et Bramante, dans un de ses voyages à Naples, ne s'étaitil arrêté au Mont-Gassin (fu'en simple visiteur. Quoi ([u'il en soit, car nous n'avons aucune indication bien précise à ce sujet, Bramante est l'architecte désigné par tous les auteurs bénédictins qui ont écrit l'histoire de leur grand monastère Ml se mit à l'œuvre en s'attachant à conserver, autant que possible, les dispositions générales anciennement adoptées ; néanmoins, toutes les créations nouvelles ])ortent la marque d'un sentiment élevé, guidé par une admiration profonde ])Our les monuments antiques, s'efforçant de s'inspirer de leur grandeur et d'en faire renaître les beautés.

Le })lan d'ensemble, adopté par Bramante, aurait été suivi par ses successeurs; c'est le plan général actuel, sinq)le, magistral, amenant par des gradations successives de richesse et d'élégance jusqu'au point culminant,

1. Voy. / codici e le avli a Mont-Cassino par D. Andréa GaUola. — I codici e le arli n Monte-Cns.tino par D. Andréa Caravila. Vol. ll[. — Sloria délia Badia di Monte-Cassino par G. Luigi Tosti. Vol. 111.

LA IIEXAISSA.NCE

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jusqu'à l'église, (jui, semblable à une acropole antique, domine du haut du rocher l'immense piédestal que lui fait cette réunion d'atriums, de |)ortiques et de cloîtres.

Bramante ne séjourna pas longtemps au Mont-Gassin, carie soin de surveiller l'exécution de ses plans ou de ses dessins l'ut immédiatement dévolu à diflerents artistes dont les archives de l'abbaye ont conservé les noms, inscrits dans des traités spéciaux passés pour lîxer le prix et la durée de chaque partie du travail; il y avait un China, de Florence; Girolamo et Riccio, de Carrare; les frères Tomasso et Andréa, de Milan; Gasparo, de Venafre; Nicolo, de Brescia; et le peintre iVntonio Solosmeo, de Florence. (]es travaux durèrent environ trente années; toutes les pierres employées, beaux blocs de travertin, furent tirées des très anciens murs de l'enceinte étrusque. Solosmeo s'appliqua particulièrementà peindre une chapelle dédiée à saint Bertaire, à l'entrée de l'église.

Dès l'année 1515, sur trois des côtés de la grande cour, s'élèvent des portiques formés d'arcades retombant sur de larges piliers renforcés extérieurement |)ar la saillie d'un pilastre cannelé; au-dessus, passe un entablement régulier, avec frise alternée de métopes et de trigly|)hes; des balustrades couronnent ces galeries : voici bien l'ordonnance du véritable ordre dorique romain interprétée avec un rare l)onheur ; c'est bien la main d'un maître qui a tracé ces lignes pures et élégantes, ([ui a dessiné cet ensemble plein de noblesse

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et d'harmonie. Comme il convient à un type d'architecture romaine, l'espace que limitent ces porli(jues est couvert par des voûtes d'arête régulières supportant le sol des terrasses supérieures.

Sous cette cour centrale, pavée de larges dalles de pierre, se trouve, creusée à même le rocher, une vaste citerne servant à recueillir les eaux; une ouverture ménagée au milieu de la cour permet d'y puiser. Cet orifice est entouré par une su])erbe margelle polygonale en pierre ornée de puissants gaudrons; au-dessus, s'élève une sorte de portique composé de deux belles colonnes corinthiennes supportant un entablement couronné de l'écusson du monastère et de la double croix })lacés entre deux cornes d'abondance; allégorie transparente, imaginée dans un moment de grande prospérité. Tout cet ensemble, également attribué à Bramante, est conçu avec une sobriété d'ornementation bien ap])ropriée à la destination du monument, avec une absence voulue de détails qui en augmente encore la grandeur. Deux cloîtres latéraux, construits beaucoup plus tard, mais sur le modèle de celui-ci, sont transformés en jardins ; (piehpies Heurs en égayent la froide austérité.

Le quatrième côté de la cour centrale est occupé tout entier ])ar un magistal escalier dont les cin(| ])aliers successifs montent jusqu'au sol de l'église. Cet escalier existait-il déjà au temps de Bramante? Nous en sommes [)ersuadés. Faut-il faire honneui' de cette hardie et belle conception à l'illustre abbé Didier? Nous ne le

LA IIE.NAISSAACE

croyons inomo pas. Nous supposons, avec, toutes chances de ])r()j)al)ilité, que ce même escalier, ou du moins, un escalier ayant une grande analogie avec celuici, devait, à l'époque où saint Benoît parvint au Mont- Gassin, donner accès au tem])le d'Apollon ; le paganisme savait ti'ouver pour ses édifices sacrés des situations bien en vue et augmenter leur sévère beauté en les élevant sur des soubassements considérables. Bramante s'est bien gardé de changer quoi que ce soit à cette conception monumentale; mais le wur siècle, avec son besoin d'ornementation, a fait placer de cha({ue côté du premier palier les statues colossales de saint Benoît et de sainte Scholastique, toutes deux dressées sur de grands socles, toutes deux drapées dans des vêtements d'une ampleur invraisemblable, soulevés par je ne sais (piel souffle en plis désordonnés. Les PP. Bénédictins se sont sans doute inspirés de ce qui existait alors à la basilique vaticane, où les énormes statues de saint Pierre et de saint Paul avaient été placées, par les ordres de Pie 11, en 1453, de cha([ue coté du grand perron extérieur. Mais, ce ([ui jxuivait être acceptable à Rome, devant une immense façade, semble dé])lacé ici et n'ajoute rien à la beauté de l'ensemble.

En haut de l'escalier, un portique à cinq arcades précède l'atrium. Avant d'y pénétrer, qu'il nous soit permis d'ex])rinier un regret : ce porti(pie ne devrait-il pas être ouvei't sur les deux faces, afin que, du niveau de la grande cour, la vue, passant sous ses arcades, put

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s'étendre jiis(jirà la façade de Téglise? Au lieu de cela, un mur en occupe le fond, et, malgré les trois portes dont il est percé, malgré ses niches et ses statues, ne remplace pas la Ijelle perspective (jue l'on aurait pu ménager.

Ce mur, cet épais rideau une fois franchi, on se trouve dans l'atrium. Dans cette cour supérieure, on ne rencontre plus l'ample majesté des grands cloîtres ; c'est un espace plus restreint, plus resserré, plus intime surtout, où l'approche du saint lieu devant se faire sentir, exige déjà du recueillement; et, c'est là, peutêtre, la meilleure raison à donner de l'édification du mur (pie nous avons critiquée. Aussi, l'architecture des })ortiques es-t-elle plus fine, plus svelte, plus sobre, et cependant, sa grâce n'exclut pas une haute dignité; les arcades se succèdent directement les unes aux autres, cinq sur les petits côtés, sept sur les grands, et retombent sur les cha})iteaux de simj)les colonnes. Ce type de portique n'est pas rare, il est vrai, dans ritahe monumentale du xvi' siècle, Florence et Rome en offrent de nombreux exemples, mais il ac([uiert ici une valeur considérable par son opposition avec le style ])uissant des galeries inférieures : c'est léger, c'est aérien, la lumière et le soleil pénètrent librement sous ces voûtes élancées, et, les balustrades qui les couronnent leur font comme un diadème ciselé se détachant sur l'azur du ciel. Les colonnes sont ])Our la plu})art, en granité orienlul aiiti(pie; il est donc certain (pie

LA REXAISSANCE

raiTliilecte s'est servi de matériaux déjà mis en œuvre ])ar ral)l)é Didier, et, dès lors, il est infiniment probable ({ue l'atrium actuel reproduit, dans ses dimensions et dans ses dispositions générales, celui qui existait autrefois. Au milieu de cette cour, pavée d'un dallage régulier formant une sorte de mosaïque, une margelle de pierre élevée sur deux degrés, permet de puiser l'eau d'une citerne creusée dans le rocher.

En pénérant dans l'atrium nous avons exprimé un regret, pourquoi faut-il qu'avant d'en sor(ii', nous ayons à en formuler un autre ? Pourcjuoi des niches encadrées d'une architecture bizarre, décorent-elles la muraille qui fait le fond des ])orti({ues ? Pour(pioi ces statues? Pourquoi ces médaillons? Pourquoi ce désastreux xvni" siècle est-il, encore une fois, venu gâter l'œuvre de la Renaissance? Ce malheur est, il est vrai, arrivé bien souvent en Italie ; il n'en est pas moins déplorable. Le sentiment qui a porté les moines à faire représenter les fondateurs et les bienfaiteurs de leur ordre, et, à placer leur image auprès de l'église, comme à une place d'honneur, est certainement fort louable ; ce qui est à blâmer, c'est de n'avoir pas compris que cette adjonction ])Ouvait se faire sans rompre l'harmonie de l'ensemble et sans en détruire la ])ureté. Dans ces niches, on voit les statues oulesbustesd'Abondantia la mère de saint Benoît, de son père Probus, de Tertulus le premier bienfaiteur, de saint Grégoire le Grand, de Charlemagne, des papes Grégoire II, Zacharie, Victor III

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et du normand Robert Guiscard, toutes figures maniérées, n'ayant rien de Yérital)lement religieux, ni dans la pose, ni dans le geste, et, en complet désacord avec la sobre élégance de cet atrium.

L'Architecture de la renaissance, toute belle qu'elle soit, a le tort, il est vrai, d'être un peu uniforme, de ne pas posséder rexj)ression religieuse au même degré (pie celle des siècles précédents, de manquer de ce(te pittorescpie variété dont le style ogival est le véritable type, mais elle reflète admirablement le sentiment de son époque, le besoin de faste, de grandeur et de magnificence joint au désir de voir renaître les belles formes qui, chez les anciens Romains, avaient marqué au suprême degré ce caractère. Elle se prête mieux qu'aucune autre, cependant, à la traduction matérielle d'une grande ])ensée, aussi, devons-nous féliciter Rramante, si simple et si discret quelquefois, de l'avoir a})pliqué au Mont-Gassin dans toute sa majesté.

Les grands architectes duxvi'' siècle ontencore laissé d'autres souvenirs au Mont-Gassin. Aux deux extréuiités du transept de l'église, deuxsu])erbes tombeaux se font vis-à-vis. D'un côté, le mausolée de Pierre de Médicis, de l'autre, celui du cai)itaine Guy Fieramosca.

Pierre de Médicis était fils de Laui'cnt le Magnifique et frère de Jean, quifutal)l)é commandataire de l'abbaye du Mont-Gassin dès l'âge de dix ans, cardinal à quatorze et pa])e sons le nom de Léon X ; Pierre avait été créé, parle roi de France, Louis Xil, vice-roi du Mont-Gassin.

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