PI. XII
Photo, spéciale du Mont-Cassin
ABBAYE DU MONT-CASSIN Tombeau de Pierre de Médicis
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Après la défaite des Français par les troupes de (louzalve de Gordoiie, Pierre de Médicis, ne ])OiiYant résister aux Espagnols, s'ernbanjua dans un bateau pour rejoindre, en suivant le cours du Garigliano, l'armée qui s'était réfugiée à Gaëte. Cette barcjue déjà chargée de quatre pièces de canon cbavira, le jeune prince fut noyé, et, son cor])s, retrouvé (pielques jours après étendu sur une des berges du tleuve, fut porté au Mont-Gassin, 1503. Le corps de Pierre de Médicis, recueilli par les religieux et inhumé dans un simple caveau de briques, y séjoui-na pendant plus de quarante années. En 1532, son cousin, Jules deMédicis, devenu pape sous le nom de Glément VII, songea à lui faire élever un tombeau digne de la haute situation de la famille. A son instigation, les moines, ses débiteurs pour une somme de 16,000 florins, votèrent un crédit de 4,000 florins destiné à payer les frais de cette nouvelle sépulture, et, prièrent le pape d'en confier l'exécution à un architecte de son choix ; grâce à cet arrangement, leur dette entière leur fut remise.
Il était bien naturel à un Médicis de s'adresser dans cette circonstance à un San Gallo ; ces deux noms se rencontrent en effet généralement à côté l'un de l'autre dans l'histoire des arts à l'époque de la Renaissance.
Le chef de la grande famille des San Gallo, Francesco Giamberti, était né à Florence en 1443. Il appartenait à une vieille race de travailleurs remontant peut-être juscpi'au Mil' siècle, tous charpentiers ou (ailleurs de pierre. Devenu par son seul mérite architecte de talent,
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Giamberti trouva auprès de (iOsme deMédicis l'Ancien, celui ({ui avait été surnommé le Père de la pairie, une protection éclairée et généreuse. Il eut deux tîls, Giuliano et Antonio, qui devinrent tous deux sous le nom de San Gallo architectes de grande réj)utatiou.
Giuliano da San Gallo avait un fds nommé Francesco qui lui succéda, comme sculpteur et architecte, dans les bonnes grâces de la famille de Médicis. Ce serait lui, si l'on en croyait Vasari, (|ue le pape Clément VII aurait désigné pour exécuter le tombeau du Mont-Gassin, mais cette allégation est une erreur manifeste, rectifiée du reste par le commentateur Milanesi, d'après les pièces authenti([ues conservées aux archives de l'abbaye.
La famille Giamberti comprenait, outre les deux architectes Giuliano et Antonio, deux sœurs de ces derniers, mariées à de simples artisans; elles eurent des fils qui tinrent à honneur d'embrasser la profession de leurs oncles. L'un d'entre eux, Antonio Battista Gobbo, se lit d'abord connaître })ar quehpies travaux et par une traduction estimée de Vitruve ; un autre, Bastiano, peintre, décorateur et machiniste, ami de Ra})haël et de Michel- Ange, professa à Florence la pers})ective et l'anatomie ; mais de tous, le plus célèbre, celui ([ui illustra à nouveau le nom déjà glorieux de San (îallo, était frère de Battista et s'a})pelait Antonio comme un de ses oncles. Ce second iVntonio da San Gallo jouissait d'un grand crédit à la cour |)ontilicale ; cette situation ayant atteint son apogée sous le haut patronage du i)ape Clément V et de son
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neveu, le duc Alexandre de Médicis, Antonio appela alors son frère Battista ou Baptista à concourir à ses travaux et à partager sa haute fortune. Pendant près d'un siècle tout ce fpii avait nom Médicis, ])ape ou prince, fut donc le protecteur déclaré d'un ou de plusieurs membres de la famille SanGallo. C'est ainsi (pi'Antonio daSan Gallo se trouva désigné par Clément VII, pour érigerle mausolée de Pierre de Médicis. Il en donna tous les dessins, se réservant pour lui et son frère Baptista la haute direction du travail, et, en confia l'exécution à un sculpteur florentin nommé Antonio Solosmeo qui vint s'établir au Mont- Cassin avec sej)t de ses aides ou élèves'.
Ce grand monument, construit en belle pierre de travertin, se compose de quatre colonnes cannelées d'ordre corinthien, exhaussées sur un soubassement et supportant un entablement. Les colonnes sont groupées deux par deux de chaque coté d'une grande arcade dont les tympans sont occupés par des figures d'anges volants scul})tées en bas-relief. Entre les colonnes, des niches, contenant les statues colossales de saint Pierre et de saint Paul, sont surmontées de médaillons dans lesquelles se détachent les bustes d'un saint et d'une sainte, et, au-dessus, des guirlandes passent d'un chapiteau à l'autre. Le soubassement est orné, sur les quatre piédestaux des colonnes, d'écussons aux armes des
1. l'nc leUrc d'engagemcnl écrito et signée par Antonio da San Gallo, on date du 13 juin 1531, avail été apportée au monastère par son frère Baptista.
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Médicis suspendus à des têtes de lion, et, dans les parties correspondantes aux entre-colonnements, de bas-reliefs de marbre re])roduisant des épisodes relatifs à Tbistoire des deux apôtres. Encadrée ])ar l'arcbivolte de l'arcade, le sculpteur a représenté la /J^^s/^'/'<?c?^o?^, le Christ triompbantsortde son tonibeauen élevant la Croix. Enfin, le véritable sarcophage, taillé dans un énorme bloc de marbre noir appuyé au mur, occupe le ])oint central de la composition ; il supporte la statue assise de Pierre de Médicis que deux rideaux de marbre blanc, relevés de chaque côté, semblent pouvoir au besoin dérober à la vue.
Il y a beaucoup à louer, et quelques critiques à faire lorsqu'on examine ce très remarquable monument. Les éloges s'adressent à l'architecte qui a su trouver une forme magistrale parfaitement pondérée et ordonnée dans son ensemble et dans ses détails. Les critiques s'adressent au statuaire qui n'a pas su donner à ses figures des proportions en rapport avec l'architecture ; il y a désaccord complet entre les statues des deux saints, qui sonttro]) grandes, et celle de Pierre de Médicis qui est trop ])etite. Si l'on fait abstraction de cette disproportion, on ne saurait trop admirer le style énergique et la belle allure des deux saints ; mais il est impossible de ne pas s'apitoyer sur le sort réservé par l'artiste à ce pauvre Pierre de Médicis. Malgré une facture indiscutablement soignée et délicate, savante même, le personnage est tellement affaissé sur son siège, sa tête