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codici (' le nrtp a Monte Cassino. D. Andi'ea Galtola

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marches de l'escalier monumental , on arrivait à l'atrium ; sous une des galeries latérales s'ouvraient de belles chambres pour les hôtes séculiers de distinction, et un réfectoire particulier pavé de marbres provenant de l'ancienne basilique. Trois portes donnaient accès dans l'église ; celle du milieu était ornée de trente-six plaques de bronze gravées de belles lettres d'argent. A l'intérieur, au-dessus de cette porte, se trouvait l'orgue, assez bien sculpté et doré. La longueur totale de l'édifice était de cent coudées, la largeur de quarante-trois, la hauteur de cinquante ; les murs étaient portés de chaque coté par dix colonnes, les bas-côtés étaient voûtés. L'église était éclairée par sept fenêtres de chaque côté plus une grande rose située au-dessus de l'orgue ; toutes étaient garnies de vitraux de couleur enchâssés dans deslames de plomb. 11 y avait sept chapelles latérales d'un côté et huit de l'autre ; toutes les murailles étaient généralement couvertes de peintures ; on montait au sol du sanctuaire par neuf degrés ; à l'extrémité du transept, du côté droit, se trouvait le tombeau de Pierre de Médicis, avec un autel dédié au pape saint Grégoire le Grand ; du côté gauche s'élevait le mausolée de Fieramosca auquel est annexé l'autel de la Vierge mère de Dieu.

« Le maître-autel, surélevé lui-même de trois marches, contenait les rehques de saint Benoît, de sainte Scholastique, de Carloman, roi des Français, de Gonstantinius, de Simplicius abbés du Mont-Gassin, et de

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plusieurs autres saints; il était orné de tables d'or et d'argent émaillées et surmonté d'un rétable ou icône admirablement sculpté et doré. A cet autel s'en trouvait accolé un autre placé du coté du chœur où l'on disait journellement la messe ; il était également surmonté d'un rétable qui ne le cédait pas en beauté au premier; trente lampes brûlaient nuit et jour autour de ces autels ; dans les jours de fête, on en allumait un plus grand nombre. A la suite du chœur, s'élevait une grande tour carrée servant de campanile.

« Sous le chœur et le maître-autel on avait creusé une grande crypte à laquelle on descendait par deux escaliers placés sur les côtés ; elle était pavée de marbre l)lanc, et, les voûtes étaient recouvertes de stucs dorés et peints. Trois autels occupaient cette crypte : celui du milieu, dédié à saint Benoît, était surmonté d'un arc de métal, les deux autres, consacrés à saint Maur et à saint Placide, étaient élevés dans des chapelles dont les murailles étaient ornées de peintures. La portion de cette crypte, située au-dessous du chœur de l'église, était garnie de trente-six stalles de bois sculpté, et, éclairée ]iar quatre fenêtres avec vitraux et lames de plomb.

<( Au nord de la basilique se trouvait la grande sacristie, voûtée en pierre, éclairée, sur chaque côté, par trois fenêtres fermées par des vitraux coloriés. Elle contenait beaucoup de riches vêtements sacerdotaux brodés d'or et de soie, placés dans de grandes armoires en bois de noyer sculpté d'ornements et de

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figures. Le pavage était fait de marbres de diverses couleurs.

A l'entrée de la sacristie s'ouvrait le Trésor, petite pièce où l'on conservait, dans des reliquaires et des châsses d'argent, les objets les plus précieux; tels, qu'un morceau de bois de la vraie croix ; trois épines de la couronne de Notre-Seigneur; un bras de sainte Scholastique; d'autres ossements des saints Maur, Athanas, évêque, Berthaire, Faustinus, de l'apôtre Mathieu ; le maxillaire de saint Jean-Baptiste ; une goutte du sang de Jésus-Christ; un doigt de saint Benoît. A côté de ces saintes reliques on voyait de nombreux bijoux et joyaux du |)lus grand prix.

« Au midi de la basilique, un très vaste corps de logis comprenait deux étages de cellules, trente-six dans chacun d'eux, toutes éclairées par une large fenêtre ; au-dessous des dortoirs on avait disposé les salles contenant les archives admirablement classées. Non loin de ce bâtiment se trouvaient le cimetière et la chapelle de sainte Anne.

« Un cloître, entouré sur chaque face, de nombreuses colonnes recevant la retombée d'arcades ogivales, donnait accès, sous ses galeries, au grand trichnium ou réfectoire de quatre-vingt-quinze coudées de longueur sur vingt-trois de largeur, recouvert d'une voûte ogivale, et précédé d'un vestibule avec deux fontaines ; au-dessous du réfectoire, une pièce de même dimension servait de cellier; les cuisines étaient situées sur le côté.

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(( A la partie orientale du cloître s'ouvrait la salle capitulaire, de cinquante coudées de long sur vingtcinq de large, décorée de peintures et entourée d'un simple banc de noyer. A côté, une autre salle, identi- (juement pareille, avait été consacrée à la bibliothèque ; les livres étaient enfermés dans de riches armoires. Une autre salle, semblable aux précédentes, servait aux religieux à se réunir dans les temps rigoureux de l'hiver; une vaste cheminée permettait de la chauffer.

« D'autres pièces, situées à la suite de celle-ci, servaient à conserver le vin, le lait, les fromages; puis venaient la pharmacie, l'herboristerie et le vestiaire, enfin, la boulangerie et le four. Dix citernes assuraient toujours une provision d'eau suffisante pour les besoins de la communauté. »

On })eut se rendre compte, en consultant le plan que nous avons reproduit, des modifications importantes apportées à la disposition générale du monastère depuis le commencement du siècle. Nous retrouverons dans le cours de notre visite une grande partie des lieux si exactement décrits par le père Petrucci. La plupart n'ont pas subi de grands changements depuis cette époque, mais quelques-uns, et des plus importants, entre autres l'église et le cloître, sont devenus méconnaissables, à leur grand détriment bien certainement, si l'on en juge par ce qu'ils étaient autrefois.

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SOMMAII'.E Mil

Aspect oxtériour de Téglise. — Aspecl général intérieur. — llcconstrurlion (le 1650. — L'architecte Cosme Fansaga. — Description: les Orgues, le Chœur, le Maître-autel. — Controverse relative aux reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique. — La peinture : Luca Giordano, Bélisaire Corenzio, François Solimena, Marco Mazzaropi. — La grande Sacristie. — Le Reliquaire, le Poids du pain. — La Salle Capilulaire. — La Bibliothèque.

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A ce titre de Siècles dorés, il faudrait, pour bien définir le caractère des œuvres d'art produites au Mont- Gassin pendant les xvn" et xvnf siècles, ajouter: siècles de rexagéralion, siècles de l'exhubérance et du luxe débordant. Le génie de cette époque, néfaste parles destructions qu'elle a opérées, et pompeuse par les œuvres qu'elle a créées, s'est principalement signalé dans l'église et dans l'atrium qui la précède en s'appuyant sans doute sur le principe, bien souvent appliqué, que rien n'est fi'op magnifique pour décorer le temple du Seigneur. Toutefois, sous ce prétexte, ([u'il n'est pas, au surplus, absolument nécessaire d'admettre, il ne convient pas de transformer un monument religieux en un amoncellement bizarre de richesses et d'ornements souvent déplacés. Mais, si ceci ne peut servir d'excuse à un tel abus, au moins faut-il y reconnaître la raison principale de ces excès. Le monastère du Mont-Gassin subissait à cette époque l'influence de la politique espagnole ({ui dominait à Naples; or, le caractère général de cette

naiion, ou du moins, de l'aristocratie qui en dirigeait le sentiment en fait d'art, s'est toujours distingué par un goût manifeste pour le faste et la magnificence. Les abbés se sont dès lors, et à qui mieux mieux, efforcés de faire de leur égbse un véritable trésor en alliant de tous cotés l'ampleur de la forme à la richesse de la matière.

L'aspect extérieur du monument ne dénote du reste aucun style, aucun genre d'architecture défini, les façades latérales ne sont que de simples murailles d'une construction solide mais assez grossière, et, la façade principale, simple mur pignon, ne présente pour toute décoration que certaines portions de l'ancienne éghse d'Urbain V, réservées, à la partie supérieure, dans la maçonnerie des constructions plus récentes.

Aux yeux d'un visiteur arrivant de la Lofigia située à l'extrémité du grand cloître, après avoir longé les majestueux porticpies, gravi le superbe escalier et traversé l'atrium, rien ne fait présager le débordement de s])lendeur que ])résente l'intérieur de cette église. Toutes les faces des murs sont revêtues d'une telle quantité de marbres précieux, juxtaposés, incrustés les uns dans les autres, qu'ils ont l'air d'être tendus d'une éclatante étoffe ; le pavement, fait de marbres multicolores, ressemble à un tapis d'Orient; on se croirait plutôt dans une splendide salle de fête que dans un lieu réservé à la prière. C'est bien là cependant, en dehors des causes (pie nous avons signalées, le reflet des mœurs de ce temps de paganisme mondain qui accom])agnait ses pratiques i-eligieuses

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d'une sorte de dilettantisme raffiné, retlet qu'il est bien surprenant de voir pénétrer ainsi au travers des murailles d'un monastère.

La peinture a envahi les voûtes et les coupoles, les nefs et les chapelles, cherchant à attirer le regard, à séduire les yeux, et, tous ces tableaux au coloris violent, ces scènes mouvementées et complexes, sont encadrés d'or; l'or règne en maître, s'étale impérieusement et avec une insolente hardiesse sur toutes les corniches, tous les cha])iteaux, toutes les arêtes et toutes les nervures de la voûte. Ajoutez à cela de nombreuses figures sculptées, en grande saillie, sur le nu des surfaces, accotant les chapiteaux, les écussons, les clefs de voûte même, laissant pendre dans l'espace leurs membres contournés en gestes inexpliqués, et vous aurez alors un aperçu du degré de folie auquel on était })arvenu, du genre d'aberration qui hantait les esprits, même de ceux qui, par état, auraient dû écarter de leur existence simple et retirée ces manifestations d'un luxe désordonné. Aussitôt qu'on pénètre dans l'église, les yeux sont éblouis, l'esprit est saisi de vertige, et, tout d'abord, il est impossible de rien distinguer.

Nous allons essayer de débrouiller ce chaos, nous y trouverons malgré tout de belles choses ; le génie artistique italien, bien que dévoyé, a toujours produit des œuvres intéressantes; mais n'oublions pas que pendant cent années, de la moitié du xvn' siècle à la moitié du xvni", on travailla sans cesse au Mont-Gassin à embellir,

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à restaurer, à cbaiiger, à créer, suivant le goût dominant et le style préféré de chaque époque.

L'église, reconstruite en 1369 par l'abbé Andréas, sous Urbain V, à la suite du grand tremblement de terre, se trouvait, après trois siècles d'existence, dans un tel état de délabrement, qu'il devenait nécessaire de tout réparer ou de tout reconstruire ; ce dernier parti prévalut. En 1650, l'abbé Domini(jue Quesada chargea de ce soin l'architecte espagnol Cosme Fansaga, alors fort en honneur dans tout le royaume de Naples.

Fansaga conçut un plan général dont les dispositions sont empreintes d'une certaine grandeur, tout en restant dans les dimensions et le périmètre de l'ancienne basilique. Trois nefs, celle du milieu beaucoup plus large que les deux autres, s'ouvrent sous le portique de l'atrium par trois baies dontl'une, la porte-majeure, estencore fermée par les célèbres vantaux de bronze de l'abbé Didier. Ces nefs, séparées par deux rangées de massifs piliers, aboutissent à un transept surélevé au delà duquel se développe un vaste chœur situé dans le prolongement de la nef principale. Le système général de l'architecture est simple; il se compose d'un grand ordre de pilastres corinthiens élevés sur piédestaux, supportant un entablement qui règne uniformément autour de toutes les parties de l'éditîce ; au-dessus, s'élancent des voûtes en plein-cintre, pénétrées de chaque côté par des lunettes dans les(}uelles s'ouvrent les fenêtres. Les nefs latérales, plus basses, sont couvertes au moyen de ('oiij)()les surl)aissées.

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séparées par des arcs doul)leaux. Quatre grands arcs, se faisant vis-à-vis à la rencontre de la nef principale, du transept et du chœur, supportent, sur pendentifs, une coupole percée à sa base de nombreuses ouvertures.

Les piliers, principaux soutiens de l'édifice, sont renforcés, sur les faces latérales, de colonnes recevant la retombée des arcs qui les réunissent. Toutes, sont de même hauteur, uniformément galbées, taillées dans de beaux monolithes de granit oriental, et proviennent de la basilique primitive.

Il est impossible de dénier à cet ensemble le bénéfice de combinaisons rationnelles devant nécessairement aboutir à un effet général harmonieux; aussi, serionsnous bien loin de le critiquer, si les successeurs de Fansaga n'avaient ajouté à son œuvre une abondance de détails telle quelle en détruit la simplicité et en gâte toute la majesté.

Les grandes orgues, autrefois placées au-dessus de la porte d'entrée, se trouvent aujourd'hui au fond du chœur, adossées à une large fenêtre demi-circulaire. Célèbres par la douceur et l'intensité de leur sonorité, elles élèvent leurs grands cylindres métalliques au milieu d'une profusion indescrij)tible de sculptures, de dorures, d'ornements, d'anges, de renommées embouchant des trompettes ; tout cela est du style rococo le plus échevelé et resplendit comme une auréole d'or. De chaque côté, quatre-vingt-deux stalles de chêne font miroiter, aux yeux déjà lassés, tout un monde de statues, de

bustes, de figurines, de bouquets de tleurs et de fruits, de génies, d'animaux bizarres couchés, debout, contournés, sculptés, fouillés avec une patience et un art infinis. La boiserie, car c'est une boiserie, bien que l'ordonnance adoptée puisse aussi bien convenir à une œuvre de pierre ou de marbre, est divisée en compartiments égaux par des colonnettes supportant un entablement uniforme; chacun de ces compartiments comprend une stalle haute et un escabeau. Sur ce thème assez banal, le sculpteur s'est livré à une véritable fantasmagorie de détails, répétés d'une façon monotone et fastidieuse, qui fontvivementregretterle beau chœur aux lignes sobres et sévères du cardinal d'Aragon. Ce travail, commencé en 1692, fut terminé en peu d'années. Le milieu du chœur est occupé par un énorme lutrin dû à l'imagination dévergondée et au ciseau fort habile des mêmes artistes.

Le maître-autel, élevé directement au-dessus du tombeau de saint Benoît et de sainte Scholastique, forme un assemblage de toutes les richesses lapidaires imaginables: l'albâtre, l'améthyste, le lapis-lazzuli, la nacre s'y trouvent juxtaposés et disposés suivant un dessin fort tourmenté, dans un chatoiement multicolore éblouissant. A la partie supérieure, de nombreuses lampes brûlent perpétuellement au-dessus d'une grille de bronze en l'honneur des vénérés fondateurs de l'Ordre dont les cor|)s reposeraient encore, au dire des religieux, dans leur primitive sépulture. Cette croyance ou cette certitude se trouve exprimée dans l'inscription, gravée sui'

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Tautel lui-inème, d'après les indications données en 1659 par l'abbé Angelo délia Noce :

BENEDICTVM ET SCHOLASTICAM VNO IN TERRIS PARTV EDITOS VNA IN DEVM PIE- TATE CŒLO TVMVLVS MORTALIS DEPOSITI PRO ŒTERMITATE CVSTOS.

Benoît et Scliolastique venus ensemble sur la lerre et partis ensemble pour le ciel ont ici leur dépouille mortelle ; ce tombeau en est le gardien pour réternité.

Sans qu'il nous soit permis de prendre parti dans une affaire de cette nature, nous ne pouvons passer ici sous silence la grande controverse qui s'est élevée, et, qui dure encore, entre les religieux du Mont-Gassin et ceux de tous les monastères bénédictins français. Ces derniers prétendent que le cor[)s de saint Benoît tout entier, sauf quelques petites reliques données à différentes abbayes, se trouve actuellement sous la garde des moines du monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, près d'Orléans, qu'il y fut transporté du Mont-Gassin où il était précédemment conservé: Régnante super Franeos rege Clodovœo seconda Dagoherti fllio ciim venerahilis abbas Mammoliis monasterio Floriacenciprœessit. Gette abbaye , (|ui s'appelait alors Fleury-sur-Loire, prit après cette translation le nom de Saint-Benoît-sur-Loire. D'après les mêmes autorités, saint Aigulphe, en apportant en

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France, en COO, le corps de saint Benoît, se serait également chargé de celui de sainte Scholastique, en l'honneur de laquelle on éleva au Mans une magnilique basilique. Toute cette histoire est détaillée très longuement, avec des arguments fortement présentés, dans un im- [)ortant ouvrage écrit par Dom Ignace Jehan.

A cette assertion ou à cette prétention, les religieux du Mont-Gassin opjiosent des faits qui ne laissent pas que d'avoir une grande importance. Ils disent, pour |)rouver que les corps de saint Benoît et de sainte Scholastique sont toujours en leur possession, que: saint Aigulphe n'a pu opérer la translation des corps sous le règne de Glovis II en 090, puisque ce roi des Francs était mort en 050; que le pape Zacharie, quand il vint consacrer l'église en 748, vit les deux corps entiers, et, qu'il en fut fait mention dans un procès-verbal de la cérémonie ; ([ue, suivant les chroniques de Léon d'Ostie et de Pierre Damien, ces corps furent retrouvés intacts le 28 mars 1000 ; que, sous le gouvernement du cardinal d'Aragon, abbé commandataire, pareille constatation fut faite le 18 mars 1380, ainsi que sous celui de l'abbé Jérôme 1" en 1545; et que, au siècle suivant, en 1027, et, en 1050 pour la dernière fois, les corps des deux saints furent retrouvés intacts dans le tombeau qui les avait primitivement reçus. Tous ces faits sont relatés dans un grand ouvrage composé pai' le |)ape Benoît XIV, ainsi que dans la Vie de saint Benoit, écrite par le B. P. Dom Tosti.

Il faut cependant reconnaître que la date de 000,

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quelque lut à cette éjxxjue le roi régnant en France, date à laquelle le transfert aurait eu lieu, correspond bien à la période comprise entre les années 589 et 718, période pendant lacpielle le monastère fut abandonné par les religieux qui vinrent s'installer à Rome. Saint Aigulphe, visitant alors le Mont-Gassin, avait eu toute facilité pour enlever les reli({ues, et, les aurait emportées dans la crainte de les voir profaner })ar les envahisseurs ({ui se disputaient en ce moment Tltalie. Le pape Zacharie, au moment de venir consacrer l'église dn monastère, se serait-il fait rendre les corps, ou, ce qui est plus probable, une ])artie des corps? Cela semble très admissible. Aussi, comme des deux côtés du litige, on peut, dans un zèle pieux, s'être laissé entraîner au delà de l'exacte vérité, le cardinal Pitra, dont l'opinion ne laisse pas que d'avoir un grand poids en ()areille matière, estime qu'il doit y avoir en France, aussi bien qu'en Italie, d'importantes reliques des deux saints. Ce jugement de Salomon mettra-t-il fin au désaccord ? Il sei^ait consolant de pouvoir l'espérer.

La peinture joue un rôle considérable dans la décoration de l'église, et par conséquent, entre pour une grande part dans l'impression première qui se dégage de l'aspect général; nous l'avons dit, elle occupe toutes les surfaces, il n'est pas un coin, si peu visible qu'il soit, ([ui ne soit couvert de ses personnages et de ses allégories.

Beaucoup de peintres, d'un mérite du reste assez médiocre, ont travaillé à décorer l'église et les chapelles ;

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toutefois, le napolitain Liica Giordano, que la rapidité de son pinceau avait fait surnommer Luca fa presto, est l'auteur principal de cette immense décoration; il a signé vers le milieu de la grande voûte: « L. Giordaniis fecit 1077 ». Presque toutes ses compositions reproduisent quelque trait de la vie de saint Benoît; cependant, celle qui fait le plus d'honneur au peintre représente, ou du moins a l'intention de représenter, la Consécration de l'église du monastère par le pape Alexandre II en 1071. Mais, avec quelle liberté d'allure et d'imagination Giordano a traité son sujet; de quelle splendeur, de (|uelles richesses, de quelle abondance d'accessoires il a encombré sa scène! Il faut se rappeler les grandes allégories des plafonds de Venise, où Véronèse et le Tintoret laissaient libre cours à leur palette magique, pour trouver les sources où Giordano et toute son école sont venus s'inspirer.

Les voûtes du sanctuaire et de la cou])ole ont été successivement confiées àBéhzaire Gorenzio, caractère emporté, qui peignit l'Escurial et vint mo'urir à Naples à l'âge de cinquante-cinq ans d'une chute faite du haut d'un échafaudage, puis à François Solimena, compatriote et ami de Luca; tous deux peintres au faire abondant, coloré, mais incorrects et trop libres dessinateurs. Du reste, de tous cotés, il y a profusion de figures brillantes, de costumes éclatants, un luxe inouï d'étoffes et d'attributs décoratifs ((ui enlèvent à ces peintures tout caractère religieux; on voit les colliers, les bijoux étin-

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celer au col et aux oreilles des femmes; mais (jue dire, lorsque Giordano représente la Vérité étalant, sans aucun voile, les séductions (|ue peut inspirer sa superbe beauté.

Les peintures les plus récentes ont été exécutées dans l'église souterraine; elles sont ducs à des artistes du wui siècle, ])res({ue tous incoimus ou, du moins, dont la faible l'enommée n'a jamais dé[)assé les limites du royaume de Naples.

Parmi tous ces artistes à ])eu près ignorés, ayant ti'availlé au Mont-Gassin pendant les xvf et wif siècles, il en est un dont on peut retenir le nom: c'est Marco Mazzaro])pi, l'auteur de la grande toile, représentant saint Benoît et sainte Scliolastique, jdacée, dans la crypte, au fond de la chapelle centrale. Ge Mazzarop])i, dont on retrouve au monastère beaucou]) d'autres ])eintures disséminées un peu de tous côtés, était né à Gassino vers 1550. Ayant eu, dès son enfance, l'occasion de fré- (pienter les artistes qui travaillaient alors au Mont- Gassin, il sentit se révéler en lui une véritable vocation pour l'art de la peinture; les pères le remarquèrent, le prirent en affection et l'envoyèrent, à leurs frais, se perfectionner à Rome, à Venise et en Flandre. De ces études, il ne resta guère à Mazzaroppi qu'un dessin assez naturel et un coloris assez brillant. 11 mourut en 1020, peu apprécié en dehors de l'abbaye, partant peu connu, mais ayant toujours été encouragé par les religieux du Mont-Gassin qui réunirent à peu près toutes ses œuvres.

Pour compléter la visite de l'église, il faut entrer, ne

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fût-ce qu'un instant, dans la grande sacristie. Cet instant suffira, en effet, pour se convaincre que la décoration de cette salle, aux l)elles proportions, est d'une exagération absolue; ([ue les fresques, les tableaux, les statues, les sculptures, les dorures et les boiseries y luttent en efforts violents pour attirer les regards et forcer l'admiration. Il faut constater néanmoins que les dispositions générales sont largement établies, avec cette ampleur et cette abondance qui caractérisent les œuvres du xvu' siècle en Italie, mais, que la décoration, ])oursuivie par les ai'tistes du xvni", a atteint le degré d'une véritable folie. Pai' un contraste qui a eu lieu de surprendre, une partie de cette vaste pièce est dallée avec ce que l'on a pu sauver du pavement primitif de la vieille i)asilique de Didier; on foule aux pieds les disques de porpbyre, enlacés par les larges volutes d'une bande de mosaïque, sur les([uels, pendant tant de siècles, se sont agenouillés les moines bénédictins, et, c'est là semble-t-il, un souvenir ])lus frappant de la grandeur de l'Ordre et de la vénération due à son fondateur, que toutes les figures grotesques, de saint Benoît et de sainte Scholasti({ue, peintes ou sculptées sui' la voûte et les murailles.

Le Reli(piaire, petite salle octogone voisine de la sacristie, contient des trésors bien précieux, non seulement comme souvenii's religieux, tels qu'un niorceaux de la vraie Croix, deux épines de la couronne de Notre-Seigneur, et quelques autres d'une importance moins considérable ; mais on v conserve le très eu-

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rieux « Poi \s du pains », Pondus libre panis lieati Bénéclicti, qui servait à mesurer la (juantité de pain accordée par la Règle ])()ur la nourriture journalière des religieux. C'est une sorte de sphère aplatie, en bronze, autour de laquelle est gravée l'inscription que nous venons de rappelei'; un anneau fixé à sa partie supérieure permet de la soulever. Elle devait peser régulièrement 1,150 grammes, mais l'usage et les frottements sul)is pendant (juatorze siècles lui en ont fait perdre (pielques-uns. Cette (juantité de pain, allouée par saint Benoît à ses disciples, ])eut paraître bien abondante; mais il faut se reporter aux pénibles et tatigants travaux (pi'exigeait la fondation du monastère et aux longs voyages de l'apostolat, pour en avoir l'explication ; plus tard, elle devient peut-être superflue, bien que formant toujours la base de la nourriture monacale, mais les pauvres, en tous temps bien nombreux autour du monastère, ne devaient rien en laisser perdre. On conserve également dans cette salle du Reliquaire des objets de haute curiosité artistique, tels qu'un coffre en cuivre doré et émaillé, travail renuuujuable du \\ siècle; des coffrets d'ivoire sculpté, datant de l'époque de l'invasion sarrazine, offerts par Robert (ruiscard à l'ablu' Didier; une magniti(jue crosse scul[)tée, dorée et émaillée, du xni' siècle; le bâton })astoral du Révérend Abbé; et, sans songer à tout énumérer, une grande crosse dorée, sculptée et ciselée avec une infinie délicatesse, [>ar Benvenuto Cellini, en 1534.

Non loin de l'église, on trouve la Salle Capitulaire, yaste pièce dont la voûte en plein-cintre est pénétrée par des lunettes au droit de chaque fenêtre. Un simple banc de bois à dossier où prennent place, dans les circonstances importantes, tous les membres de la congrégation cassinienne, règne autour des murailles. La décoration de cette salle est de pur style rococo : bizarre assemblage d'une fantaisie ornementale absolument baroque, cherchant à travestir une construction logique et simple datant d'une époque bien antérieure.

La bibliothèque, une des gloires du Mont-Cassin, est située tout à côté de la salle Capitulaire ; elle a la même forme, elles mêmes dimensions; ses murailles sont garnies (le vastes compartiments en menuiserie, séparés entre eux par des colonnes cannelées supportant un entablement au-dessus duquel sont placés les bustes de quatorze docteurs de l'ordre bénédictin. Dans ces compartiments sont rangés les vingt mille volumes dont se compose encore cette belle collection, tous reliés en parchemin blanc, ce qui éclaire la salle et lui donne un aspect uniforme de recueillement favorable aux sérieuses recherches. C'est là, dans cette atmosphère de science et de travail, ([ue les Caravita, les Délia Noce, les Gattola, tous les moines historiens qui ont laissé les plus précieux ouvrages sur les constitutions de l'Ordre et les étonnantes vicissitudes qu'il a dû traverser, sont venus passer une partie de leur existence ; c'est là que le dernier de ces grands écrivains, le R. P. Tosti, le

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ca])iichon rabattu sur la tête, la croix d'or abbatiale au col, méditait et composait ses savants ouvrages, tout en recevant avec une extrême bienveillance les étrangers désireux de lui être présentés. Le seul catalogue des richesses renfermées dans ce sanctuaire de la science bénédictine se compose de vingt-huit volumes, et encore, ne comprend-il que les ouvrages imprimés. Sans entrer dans un détail qui semblerait ici fastidieux, nous pouvons citer les plus remarquables par ordre de date. Ce sont: 1" Le RationaUs divinorum codex officiorum, du célèbre Guillaume Durand, évêque de Mende, infolio imprimé en écriture gothique sur parchemin, par Jean Furst de Mayence, l'un des trois inventeurs de l'imprimerie: il porte la date du 6 octobre 1459'; 2° Les œuvres de Lactance, imprimées à Subiaco en 1465 ; 3° Expositiones Lihrorum novi testamenti de Nicolas de Lyre, imprimées à Rome parles mêmes typographes en 1472; 4" Le Tite-Live également imprimé à Rome par les mêmes; 5° Les Dialogues de saint Grégoire le Grand; 6° La Règle de Saint-Benoist imprimée à Venise en 1505 par Luc-Antoine Giunta de Florence; 7° Un grand Missel monastique de 1506, etc., etc., et une quantité de belles éditions du temps de Louis XIV.

1. Guillaume Durand, célèbre par son grand savoir et les hautes fonctions qu'il avait occupées à la cour pontificale, doit également une partie de cette célébrité à l'artiste illustre auquel le pape Boniface VIll confia le soin d'exécuter son tombeau. Ses restes reposent dans la belle église de Sainte- Marie-sur-Minerne à Rome ; Jean Cosmati érigea le mausolée vers 1297.

SOMMAIRE

Division de l'Ordre hénédictin en deux branches. — Hiérarchie cassinienne. — L'Imprimerie et la Typographie. — La Paleografla arlislica. Le Miniature nei codici Cassinesi. — Les archives. — Les novices. — Le grand séminaire. — Les chambres de saint Benoit. — Les peintures modernes. — L'École d'art de Beuron. — Comparaison.

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