‹ Les origines bénédictinesChapitre 2 sur 24 · I.A LKdK.NDE DK S Al. M BE.NUIT · texte numérisé non relu

I.A LKdK.NDE DK S Al. M BE.NUIT

BenedicUis naquit en raiinée 480 à Nurcie, villedela Sabine, l'ancienne Norcia. Son père Probus ou Euprol)us e( sa mère Abunduntia Taisaient partie de l'illustre (jeits Anicia. Cette taniille, une des plus anciennes de Rome, remontait à répo([ue <le la Ilé[)ul)li(pie, et devint, sous les empereurs, une des [)lus puissantes de l'Etat ; à la lin du iv' siècle, un Anicius Petronius Probus occu})ait le })oste élevé de préfet du [)ré(oire, tandis que son frère était nommé évê(}ue de Bologne. Les sentiments de piété chrétienne, depuis longtenqis accrédités et solidement établis auj)rès de ces hommes et de ces femmes distingués, se transmettaient à tous les mend:)res de la famille. Abundantia faisait pai'tie de cette élite des dames romaines qui suivait avec assiduité les instructions de saint Jérôme et s'adonnait aux œuvres pieuses '.

Il n'est pas, dès lors, étonnant, (pi'élevé dans un tel miheu, le jeune Benedictus ait été de bonne heure environné d'une atmos[)hère propre à développer en lui les sentiments religieux. Confié aux soins de sa nourrice Cirilla, la véritable seconde mèi'e, d'après la cons-

avait fondé à Rome le monastère df Saint-Andro, où il s'était rencontré avec les disciples du Bienheureux.

1. La maison occupée à Home par les parents de saint JJenoit, l'ancien palais de la famille Anicia, fut, après la mort du patriarche, transformée en un lien d'asile où venaient hahiterles moines appelés à séjourner auprès du Souveiain pontife. Une chapelle dédiée à la Vierge y avait été installée. Otie petite église, placée plus lard sous l'invocation de saint Benoit et désignée sous le nom de in Piscinuln. se voit encore au Transtévère, non loin de la via Anicia. — L. Tosti, Vila di San Heiifr/ptto.

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titulion de la famille romaine, et envoyé à Rome pour Y aclievei' ses études littéraires, il fut pris vers l'âge de quatorze ans d'un désir irrésistible de retraite; se dérobant alors aux soins et aux affections dont il était entouré, il s'enfuit, abandonnant le monde pour s'isoler au milieu des solitudes des monts Symbriniques. Arrivé au bord d'une gorge étroite au fond de laquelle l'Anio, alors rAll)ula (la rivière aux eaux claires), bondit de rocbe en rocbe, le jeune solitaire s'arrêta dans un pauvre monastère élevé sur rem[)lacement d'une opulente villa construite à grands fraispar Néron. Un moine nommé Romanus dirigeait cette communauté placée sous le patronage de saint Clément; il accueillit le voyageur, lui indiqua une grotte, sorte de caverne située plus haut dans la montagne où il pouvait s'abriter et vivre, suivant ses désirs, dans un isolement absolu, s'engageant à lui fournir quelque nourriture.

C'est dans cet antre, plutôt propre à servir de tanière à quelque animal sauvage que de demeure à un patricien, que Benedictus passa trois années à prier et à méditer, jusqu'à ce que, cédant aux sollicitations de sa sœur jumelle Scliolasticjue, venue de Rome, il consentît à quitter de temps en temps sa retraite.

Heiioîl s'était ac([uis une telle réputation de sainteté que plusieurs de ses jinciens con(lisci|)les vinrent le rejoindie, désireux de suivre ses conseils et de partager ses nu)rtitications. Ne pouvant les conserver auj>rès de lui, il leur désigna douze emplacements choisis dans le

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voisinage, et bientôt, grâce au nombre toujours croissant des nouveaux arrivants, chacun de ces ermitages devint le centre d'une petite communauté.

Une telle autorité ne pouvait s'étendre ainsi sans exciter de violentes jalousies. Non loin de Tivoli, auprès de Vicovaro, sur l'antique voie Valeria, quelques cellules creusées dans le rocher servaient alors d'habitation à un petit nombre de cénobites '. Ces religieux vinrent prier Benoît de se mettre à leur tête. Il hésita longtemps, mais ayant enfin accédé à leur demande, il voulut leur imposer le travail, le jeûne et la prière. Cette nouvelle existence de labeurs et de privations ne pouvait convenir à tous, des murmures et des protestations se firent entendre, un des ])lus violents dissidents tenta même d'empoisonner le nouveau directeur. Une autre fois, l'esprit de révolte et de jalousie se manifesta d'une façon moins brutale peut-être, mais plus certaine d'atteindre le cœur même de saint Benoît : de belles filles vinrent, à l'instigation d'un })rêtre du voisinage nommé Fiorenzio, tenter, jusque dans leurs retraites, ses disciples les plus aimés ". Sous le coup de ces haines déchaînées, Benoît quitta le pays accompagné de quel-

1. Les cellules dont il est ici question se voient encore auprès de V^icovaro ; elles formaient un ensemble, une agglomération religieuse comme il y en avait un grand nombre dans l'Italie méridionale ; on en retrouve encore de nombr'euses traces en (lalabre dans la Terre d'Otrante et les Abruzes (Cli. Diehl, VA)t Byzantin dans Vllalic mciidionale). On les nommait Laurc. (Iliaque religieux habiluil une cellule. Le dimanche ils se réunissaieni dans une chapelle pour entendre la messe.

2. Don). Luigi Tosli, Ddlti vila di san Bcncdcllo, c. tu, [i. 100.

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ques relijjiieux et s'achemina vers le mont Gassin où il établit une nouvelle communauté.

L'ordre bénédictin prend donc son point d'appui sur deux bases de nature bien dilïérente et d'aspect bien divers. La vallée sauvage de l'Anio, perdue au milieu des liantes montagnes, représente l'étroit sillon dans lequel le premier grain de blé germe à l'écart et fournit son é})i; transporté au mont Gassin, au centre de campagnes tlorissantes et de fertiles contrées, l'épi va devenir moisson et couvrir de ses fruits non seulement l'Italie, mais bientôt la terre entière.

(j'est rendre un suprême hommage à l'auguste fondateur de la grande société monacale d'occident, au chef suprême et vénéré de ces religieux (jui nous ont transmis les chefs-d'œuvre de la littérature ancienne, qui ont créé au moyen âge un centre de production et une remar([uable école d'art, qui, dans tous les temps et à travers tous les obstacles, ont toujours tenu à honneur de porter haut, avec la croix du Ghrist, le drapeau des lettres, des sciences et des arts, c'est, disons-nous, témoigner envers l'ordre bénédictin tout entier un sentiment d'admiration, de gratitude et de reconnaissance que d'aller visiter les lieux (jui furent son berceau et auprès desquels il s'est dévelo})pé.

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