PREMIÈRE PARTIE
SUBIAGO
SOMMAIRE
De Home à Subiaco. — Tivoli. — \'allée de l'Anio. — Vicovaro. — Cineto- Roniaiio. — Arsoli. — Les f'oniines de Saiacinesco. — Subiaco. — Villa de Néron. — Fondation du monastère des SS. Cosme et Daniien.
— Première invasion lombarde, 601. — Invasion des Sarrazins, 8i0. — Invasion hongroise, 938. — Reconstruction de l'abbaye sous le vocable de sainte Scliolastifiue. — L'abbé Jean \', 1060. — Visite et diplôme d'Innocent III, 1202. — L'abbé Lando, 1260. — Main-mise de l'autorité pontiticale, 1386. — Cardinaux désignés, li55. — Abbés comniandataires.
— Les C.olonna. — Les Rarberini. — Le cardinal Rraschi, Pie VIL — Arc triomphal. — Décrets de la République française. — Etat actuel des couvents de Subiaco.
PS
PUEMIÈUE PARTIE
C'est faire une ravissante promenade et bien peu fatigante cpie d'aller aujourd'hui de Rome à Sulnaco. Rapidement, le chemin de fer traverse la campagne ensoleillée et aborde, à Tivoli, le gi'and massif des montagnes de la Sabine. De cette ville si célèbre par les beaux restes de ses antiques monuments et ])ar sa merveilleuse situation, la ligne ferrée suit, sans ])lus s'en écarter, la direction de l'ancienne voie Valeria établie par le censeur Valerius Maximus, en l'année 447 de la fondation de Rome. Le parcours se fait dans la vallée en côtoyant presque toujours les bords de l'Anio ; aussi, (pie de sites variés, que de délicieux paysages, tantôt d'aspect sauvage, tantôt ])leins de charme et de grâce pittoresque. Ici, la gorge est resserrée, TAnio écume et bondit en prenant une allure de torrenl, le vieil aqueduc de Claude franchit le déhlé étageant hardiment les restes de ses arches superposées, une tour construite au moyen âge pour commander le passage, s'élève
IG STHIACCI
encore au-dessus de la dernière arcade. Plus loin, la sévérité de la montagne fait place à de riants pâturages, quelques éminences peu élevées, des pentes bien cultivées, de nombreuses métairies annoncent une contrée fertile ; des pâtres laissent errer leurs troupeaux un peu à l'aventure et dorment à l'ombre des grands tronçons d'aqueducs qui cou})ent la campagne de leur ligne sombre et interrompue. Voici bientôt ('astel-Madama, étageant sur la colline ses maisons aux toits de tuiles, et l'on arrive à Vicovaro, la princij)ale ville de la région.
Vicovaro a une origine fort ancienne: avant la conquête romaine elle faisait j>artie du pays des K(pies sous le nom de Varia, aussi, retrouve-t-oii dans la ville basse ({uebpies fragments des murs cyclopéens qui formaient autrefois son enceinte; un vaste cbàteau domine de sa masse imposante les auti'es constructions, car le pape Gélestin III avait, vers la lin du xiT siècle, cédé le boui'g à l'illustre famille des Orsini (pii en tit une de ses principales forteresse et en garda la ])ossession jusqu'au (lix-sei>tième. A enté du |)alais, on voit deux églises, dont l'une, construite en marbre, est de foi'ine octogonale.
De (^iineto-Roinano, station voisine de Vicovaro, une diligence amène en deux lieures à Subiaco. La l'oute (piitte la voie Valeria, et, changeant de direction, emprunte l'anciiMme voie néronienne, laissant à gauclie la petite ville d'Arsoli, dont le plus bel édilice, le palais des princes Massimo, a été habité (pielque tenqjs })ar
NOTICI- IIISTOUIOri^ 17
saint Pliili})j)e de Néri, le fondateur de l'ordre de l'Oratoire.
Deux chaînes de montagne bordent la vallée : ramifications des Apennins, elles portent le nom de monts j>ymbrini(pies et séparent la Sabine de l'ancien pays des K(pies et des llernitpies. On ])énèlre aloi's dans une contrée peu babitée, aux aspects sévères et grandioses, dominée par un morne silence que trouble seul le bruissement de l'Anio roulant ses eanx jtailletées sur un lit de cailloux; dans l'air, ([uelques aigles planent d'un vol solennel et décrivent de grands cercles. Aucun mouvement sur cette route, de rares habitants cultivent ces champs fertiles; au reste, nous sommes en décembre, la terre a donné ses fruits, la vigne seule s'élance encore d'arbre en arbre en guirlandes festonnées, faisant an chemin, avec ces ])ampres jaunis, une bordure dorée. Les honnnes sont partis, émigrant vers d'autres contrées pour amasser le pécule qui doit nourrir la famille. Les femmes, restées seules, dans ces villages que l'on voit accrochés aux ilancs arides du rocher, comme suspendus au-dessus de la vallée ou perchés au sommet d'une ci'ëte à des hauteurs considéraldes, suffisent aux jdiis rudes travaux; les tâches les |»lus fatigantes font du reste partie de leur labeur journalier. Je les ai vues, jeunes ou vieilles, portant, renversée sur l'épaule, la cruche de cuivre à large panse, des'^eiidre de leiii's demeures aériennes, et, toutes à la même heure, par groupes ou isolées, se rendre à la
fontaine, c'est-à-dire, au réservoir rempli parles eaux dérivées del'Anio. Là, rassemblement général et repos pendant lequel les langues ne restent pas oisives ; puis elles reviennent, remontant lentement le chemin escarpé, comme égrenées en un brillant cha])elet au long de ce dur escalier, le corps rigide, le jarret tendu, la cruche droite cette fois, reposant sur le sommet de la tête, maintenue par un bras qui s'arrondit en un gracieux mouvement. Ces femmes, aux costumes clairs, à la chevelure noire, à la peau bistrée, aux grands yeux étincelants, rappellent qu'autrefois les Sarrasins, ces terribles ])illards, contre lesquels tant de précautions étaient prises, n'en ont pas moins parcouru le pays en vainqueurs, laissant auprès des populations latines des traces durables de leur passage et de leur établissement éphémère. Le souvenir de cette race étrangère s'est non seulement perpétué ])ar le type très manpié et très original des habitants de cette vallée; on en retrouve un autre indice dans le nom de ])lusieurs de ces villages dont un des ])lus importants, et peut-être le plus inaccessible, s'apj)elle Saracinesco'.
Subiaco s'aperçoit de loin, posée sur un des versants du mont Serrone ; la ville s'élève en ])ente raide jus(ju'à
1. Le pape Jean VIII écrivait à CliaHes le (".liauve : « Ce qui reste do peuple dans Rome est accablé de misère et de pauvreté. La campagne est enlièiement ruinée par ces terribles ennemis de Dieu ; déjà ils passent le lleuve qui coule de Tibur à Rome, ils ])illent la Sabine, incendient Varia et, tous les lieux circonvoisins. Ils ont détruit les églises, tué les prêtres et les religieuses et massacré les populations... . «
Ducbesne, Ilitil. I-rtnic. Script. — Jean Vlil, KplMol. 2G.
la Rocca, la forteresse, le cliàteau des papes, qui en occupe le point culminant. Lorsqu'on vient de Rome, on entre dans la ville en passant sous un l)el arc de triomphe en marbre blanc, rappelant [)ar sa forme générale l'arc de Titus au Forum romain. La voiture s'arrête devant une maison d'assez belle apparence ornée, sur la façade, d'un oiseau peint accompagné des mots La Pc?'7îic(? (la perdrix) : c'est l'auberge principale ; l'accueil est empressé, mais le confortable fait défaut.
Subiaco ne remonte pas comme Vicovaro, sa voisine, à une très haute antiquité. Jannucelli en attribue la fondation aux esclaves chrétiens que Néron avait fait venir pour construire, non loin delà, la belle villa à laquelle il donna le nom de Suhlacenta, Sublacensis ou Sublaqueiun (les historiens ne sont pas d'accord à ce sujet) après avoir réuni en cet endroit les eaux de l'Anio et les avoir disposées en plusieurs lacs superposés l'un à l'autre'. Cette agglomération de quelques familles avaitelle persisté? La petite colonie s'était-elle déplacée à la suite de l'abandon de la villa? Nul ne lésait. 11 n'existe aucun document historique donnant à cet égard une indication bien précise, et les anciennes chroniques sont muettes sur ce point '.
1. Canonico Jannucelli. Dissertazionc sopra l'origine di Subiaco. Mémoires imprimés à Rome on 1856 à la suite d'un ouvrafjo plus impnriant intilulé : Mcmorie di Siihiaco e sua Badia.
2. Les seules sources d'information auxquelles il faut toujours venir puiser lorsqu'on s'occupe de l'histoire des abbayes de Subiaco sont :
1° Le Rcgi'alum iiisignr veleruiii moiiumi'itliaii monnslcrii Scholnslici,
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Il esl, donc ])ei'mis de croire (|iie Siihiacone devint un eend'c d'habitation qu'après la fondation de l'abhave voisine, cause initiale de son existence; plus tard, son iin])ortance s'accrut sous cette puissante |)rotection, aussi riiistoire de la ville et celle de l'abbaye sont-elles intinienient liées l'une à l'autre.
On s'accorde à tixer la fuite, ou le voyage de saint Renoîtàtraversles montagnes, àl'année 521). En quittant ])oui' toujours les rives de l'AniOjil avait laissé derrière lui de nombreux disciples vivant sous la règle qu'il leur avait pi'escrite et les avait divisé en douze communautés dirigées par des religieux de son choix '. De ces douze
collcclion lirs anoicMiiio de })ièi"os iiiaiiiiscrilos coininoiirc'O au ix" siècle, conservée à la ljil>liollièi(iie du couveiil d(; Saiiile-Sclii)lasli(|ue. l^lle a élé im|)rirnée à Itonie, en 1882, i)ar Icssoiiisde la Sociélé Dclla Sloria Palria:
2" Le Clironicoii Siihiarcn.'»', composé |)ar un nioiiic anonyme de l'abbaye, s'éLendanL de l'année 595 à l'année 1390, reproduit par Muralori dans SCS deux recueils des Scriploics rcriim italicariDU el des Antif/uilalcs ilah'c(f medii d'vi :
;i" Une autre clironique rt'digée, d'après les documeiils iirimilifs, ])ar un moine du monastère appelé dom Mirzio, vers 1G28. Klle a élé éiialemenl réimprimée par les soins Dclla. sloria Pnlria en 1884 ;
4" On peut aussi consulter les Noli:c slorichc parle It. P. dom \'incenzo P>ini. abbé du monastère desan Benedello, ouvrage im|)riméàriomeen 185;i.
1. Les douze monastères ])lacés sous la haute iutelle de saint iJenoil ])ortaient les noms de : 1" Saitil-Clémcnl . délruit jiar un Iremblenu'nt de terre en 1216; 2° Saints- Cosmc cl Dainicn : 4" San liiai/io, devenu simple ermitage dépendant du Sacro Speco ; 4" Sai)ilJcan-Baptislc : 5" San Lorcnzo ; 6" SnnlWni/clo; 7" San Vittorino : 8" SanCAndrca. ruiné |iar les Lombards; 9° San Micliclc Arrhanf/cio, consti-uit sm- les bords d'un petit lac au-dessous du Sacro Sjjeco ; 10" SanCAnijcIo di Trcvi. dont il resie cpielques (b'bris im])orlanls ; II" San Girolaino, abandonné parles moines; 12" Sa ni' Andréa, al Fiumc. situé au village de Uocca di Botte, dont il reste une cLilisc (•onsliiiile au xii"' siècle, aujnuiiriiui abandonnée.
NOTICE IlISTOUIQUE 21
monastères, le seul qui subsiste aujourd'hui est celui qui, primitivement placé sous l'invocation des saints Cosme et Damien, fut dédié plus tard à sainte Scholasti(pie, sœur de saint Benoît; les onze autres ont disparu ou ont été réunis au monastère principal. Ilonoratius, désigné pour gouverner l'abbaye des Saints-Gosme et Damien, est considéré comme le successeur direct de saint Benoît à Subiaco.
La première invasion lombarde (bOl) détruisit, renversa et saccagea tous les nouveaux établissements ; les moines, chassés de leur vallée solitaire, se réfugièrent à Rome sous la protection du pape saint Grégoire qui leur abandonna le couvent de Saint-Erasme au Gœlius. Ge premier exil dura cent quatre ans. En 705, les Bénédictins vinrent relever les murs de leurs anciens monastères, s'y installèrent de nouveau et pendant plus d'un siècle purent jouir d'une paix ])rofonde. Vers le milieu du ix' siècle (840) les sarrazins arrivent en Italie, pillent, massacrent tout sur leur passage, pénètrent jusqu'à Subiaco ; à leur a})proche, les religieux s'enfuient de tous côtés, abandonnant leur chère retraite entre les mains de ces « ennemis de Dieu ». Restauré peu d'années après par les soins vigilants de l'abbé Pierre, le monastère des Saints-Gosme et Damien put recevoir dans ses murs le ])ape Léon IV (853) ; encore une fois dévasté ])ar les Hongrois en 938, il est alors entièrement reconstruit dans de ])lus grandes dimensions, et consacré par le pape Benoît VII, le
4 décembre 981, sous le vocable de Saiiite-Scholastique.
A partir du x." siècle, enrichie par des dons magnifiques, l'abbaye voit sans cesse accroître sa prospérité : de puissants barons de la campagne romaine lui font présent de villes, de domaines et de châteaux, le comte Rainaldus lui concède un droit de souveraineté absolue sur les fiels d'Arsoli, d'Anticoli, de Roviano; les abbés deviennent de véritables seigneurs féodaux. A cette époon constate quelques troubles au sein de la communauté, quelques désordres mentionnés par les chroniques bénédictines; ici, comme dans toutes les sociétés monacales où la dignité abbatiale comportait un pouvoir temporel, il était bien difficile d'écarter toutes les ambitions, de là, des compétitions violentes, conformes du reste à l'esprit grossier du temps.
Il faut arriver à l'élection de l'abbé Jean V, ancien moine bénédictin du couvent de Farfa, fils du sénateur Odon comte de Sabine, pour rencontrer, dans l'histoire de Subiaco, une période de calme et de véritable grandeur. Cet important personnage, créé cardinal diacre du titre de Sainte-Marie in dominica, vint, revêtu de cette haute marque d'estime et de confiance, prendre la direction du couvent de Sainte-Scholastique. L'autorité de l'abbé, augmentée de tout ce prestige, s'affermit encore sous sa longue administration qui dura soixante ans, de lOGO à 1121. .Jean V sut s'attirer l'amitié successive des pa])es Grégoire Vil, Victor 111, Urbain II et Pascal II
et accroître le nombre des domaines soumis à la juridiction de Tabbaye. Il régnait comme un prince sur vingt-(juatre villes ou châteaux dans chacun desquels un moine exerçait, par délégation, le pouvoir suprême. On retrouve encore la liste de toutes ces possessions gravée sur une pierre encastrée dans le mur de l'abbaye auprès d'une des portes de l'église. L'inscription indique la quatrième année du pontificat du pape Léon IX, ce qui correspond à l'année 1052 ; elle atteste déplus que l'abbé Humbert, prédécesseur de Jean V, fit élever le clocher. Le nom de Siiblaciun figure en première ligne ; la situation du bourg, à proximité immédiate de l'abljaye, devait, par cela même, en faire son premier fief. L'abbé Jean V construisit, au point culminant de la localité, un vaste château fortifié ; dès loi's, la ville, protégée par la forteresse contre les entreprises des barons, put se développer avec sécurité.
L'abbaye de Sainte-Scholastique, devenue puissance territoriale, entrait bientôt en lutte avec ses terribles voisins les Colonna et les Orsini, faisait la guerre, soutenait des sit'ges, soldait une armée; aussi, dans les cérémonies, l'abbé paraissait-il revêtu de la cuirasse et portant l'épée.
Innocent III, l'illustre pape, vint à Subiaco en 1202, et réforma la discipline intérieure de l'abbaye, fortement relâchée au milieu des situations critiques ou anormales qu'elle avait dû traverser. Pendant son séjour, il institua une nouvelle communauté avec un prieur
particulier pour hahiter auprès de la sainte (irotte, retraite de saint Benoît, et desservir les autels ([ui y avaient été élevés.
Peu de temps après cette visite pontiticale, le siège abbatial étant devenu vacant, les suffrages se })ortèrent sur le moine Lando ou Landi, neveu d'Innocent. L'abbé Lando fut un de ceux(pii administrèrent le plus longtemps et avec le |)lus d'autorité l'abbaye de Sainte- Scholastique ; il se signala par de bellicjueuses entreprises contre les évê([uesde Tivoli, Préneste et Anagni, et })ar d'importants travaux d'embellissement et de restauration exécutés à l'intérieur du monastère. Il avait, dit une des anciennes chroniques, « fait beaucoup de belles choses; il construisit un cloître de pierre et de marbre et, à coté de ce cloître, une chapelle dédiée à la Sainte-Trinité ». Le nom de l'abbé Lando est encore mentionné en l'année 12t)0, sous le pontilicat d'Alexandre IV, (pii lui-même avait été religieux de l'abbaye.
Les crises subies par hi papauté à Rome, et l'exil d'Avignon, eurent une influence considérable sur les destinées de la communauté de Subiaco. Après de longues années d'interrègne, des hommes grossiers, (tissolus, (yranniques, en ol)linrent fe gouvernement, les qucrelfes intestines se multiplièrent, l'indiscipline arriva à son comble ; alors, le pape Url)ain VI résolut, pour mettre tin à tant de désordre, de retirer aux moines le droit d'élire leur abbé. A partir de ce moment (1380) le Saint-Siège désigna, de sa haute autorité, celui ([u'il
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croyait di^iie (l'occuper un poste aussi important. Cet état de choses dura jusqu'en 1455. A la suite d'une révolte delà population exaspérée, voulant se soustraire à tout ])rix à la tyrannie et à la cruauté de la domination exercée par les moines, l'abbaye Fut saccagée et ses habitants chassés ou précipités [)ar les fenêtres. Pour remédier à un tel scandale, le pape Gallixte III transforma l'abbaye en bénélice cardinalisé, et décréta que dorénavant la dignité abbatiale serait toujours déférée à un des maîtres du Sacré Collège : ainsi fut introduit à Subiaco le régime des abbés commendataires.
Le premier cardinal désigné, JeanTorquemada, jura devant les habitants de gouverner avec justice, et ses nouveaux sujets lui prêtèrent serment d'obéissance. Son successeur, RodcricBorgia, fit exécuter de grands travaux de restauration à la vieille forteresse de Subiaco, éleva au centre une grosse tour carrée, véritable donjon (pii existe encore et })orte ses armoiries, puis, lit décorer somptueusement les appartements d'habitation. Après Borgia, un (^olonna obtint la riche investiture, sut la transmettre à son neveu le savant et galant Pompeo, (pii, à son tour, put en faire bénéficier son propre neveu Scipion. Pendant llGans, la famille Colonna ne lâcha pas cette magnifique proie, et gouverna la communauté de Subiaco avec la même tyrannie que ses autres états de la campagne romaine.
Cette main niise sur un si beau lleuron de la tiare pontificale souleva, à certains moments, de sérieuses
difficultés. En 1529, Clément VII, voulant rentrer dans ses droits, fait assiéger la Roccade Subiaco; ses troupes s'en emparent, mais, l'année suivante, Napoléon Orsini, à la tête des gens de Subiaco, détruit l'armée pontificale, et lui enlève sa bannière. Cet étendard se voit encore accroché aux murs de l'église de la ville, et, chose étrange, Subiaco n'a jamais cessé de célébrer par une procession solennelle le souvenir de cette victoire.
Après les Golonna, vinrent, à titre d'abbés commendataires, les Borghèse ; bientôt après, les Barberini, tous neveux de pa])es. Ces derniers, à l'imitation des Golonna, furent assez habiles pour se transmettre les uns aux autres la direction de la belle abbaye, et la conserver ])endant 105 ans. Au cours de cette longue période, le sort des habitants de la contrée se trouva bien amélioré, l'industrie lit son apparition sur les bords de l'Anio en utilisant ses chutes; des fabriques de papier et d'étoffes, installées à cette époque auprès de Subiaco, existent encore. Néanmoins, des haines, excitées par de nombreux abus de pouvoir, soulevèrent dans la population un tel esprit de révolte que le pape Benoît XIV supprima à jamais la juridiction temporelle du cardinal-abbé et réunit complètement la principauté à l'État : ce fut l'arrêt de mort de la vieille constitution féodale.
Le pouvoir spirituel, le seul subsistant aux mains des abbés fut, ({uelques années après, dévolu au cardinal Braschi. Devenu pape sous le nom de Pie VII, Braschi tint à honneur de conserver son titre d'abbé de
Subiaco, et exerça cette charge à la grande satisfaction des habitants. On hii doit l'église moderne, élevée sur l'emplacement de l'ancienne, ainsi que le grand séminaire qui l'avoisine. Il fit également restaurer les appartements du palais abljatial ; mais, son plus beau titre à la reconnaissance publique est d'avoir retracé et reconstruit les anciennes voies Néronienne et Valeria, établissant ainsi une communication facile entre toutes les villes situées sur le cours de l'Anio, depuis Subiaco jusqu'à Tivoli. Cette reconnaissance se traduisit par l'éi'ection de l'arc de triomphe dont nous avons parlé plus haut. Pie VII entrant triomphalement à Subiaco, au mois de mai de l'année 1789, put lire, gravée sur le haut acretère qui domine l'arcade :
OB ADVENTVM OPTIMI PRINCIPIS ORDO ET POPVLVS SUBLAQVENSIVM
Après avoir échappé pendant quelques années aux décrets de larépubhque française qui supprimaient toutes les communautés rehgieuses, les monastères de Subiaco furent forcés, en 1810, de se soumettre à la loi. Les moines se dispersèrent, mais peu de temps après (1814) ils rentraient dans leurs abbayes avec la jouissances de leurs anciens i)rivilèges, et vécurent dans une profonde tranquilité jusqu'au moment où le gouvernement italien mit la main sur tous les biens ecclésiastiques.
Depuis cette époque, les couvents de Sainte-Scholas-
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tique et de Saint-Benoît ne sont plus habités que par quelques religieux entretenus aux frais de l'Ordre bénédictin dont ils rejH'ésentent une branche très importante; ils vivent là d'une existence très retirée et assez précaire, mais, placés à un })oste d'honneur, ils ont à charge de glorifier le souvenir de saint Benoît, de vénérer sans cesse le lieu de sa première retraite et de veiller sur les précieuses collections de manuscrits et d'éditions rares (jue renferment encore les bibliothèques .
AlUiAYE DE SAINÏE-SGUOLASTIQUE
SOMMAIRK
\'illo do Subiaco. — (lliapellc de Sainl-Placido. — Aljl)ayo de Sainle-Scliolastique. — Aspect général, égliso, campanile, sari'islie. — Grand cloître. — (',l()ilre(lii X" siècle, Ancien [lorlail de l'alriiun, iM'agnienls aniiipies, lias relief de Henoit Vil, '.)81. — Portail laléral de réglise. —Cathedra de marbre. — liiscriplion cominémoralive. — Le cloître de marbre. — Inscriptions des Cosmali, — Anciennes peinlui'cs. — I.,es premiers imprimeurs allemands à Snbiaco. — Leurs iravaux. — Les archives.
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