‹ Les origines bénédictinesChapitre 5 sur 24 · LA B BAYE DE SAI ME-SC 110 L ASTI QUE · texte numérisé non relu

LA B BAYE DE SAI ME-SC 110 L ASTI QUE

aux origines si ]iiiuil)les et si lointaines de cette puissance devenue souveraine ; lorsqu'on se rejjorte au jour où, en ce même lieu, en facede ces mêmes sites, foulant ce même sol, le jeune Benoît arrivait de Rome demander riiosj)italité au pauvre monastère de Saint- Clément, bien modeste demeure occupant ce même emplacement; lors(|ue, reculant sa pensée de quatorze siècles en ari'ière, on s'imagine faire ce chemin avec le pèlei'in d'alors, fuyant Rome et arrivant auprès de saint Romain clierclier au milieu de ce même silence, de cette même solitude, le i-epos et l'isolement dont son âme avait l)esoin. Là, devant vous, se dresse, avec ses hautes murailles et son architecture pompeuse, le ])lus vivant souvenir de cette illustre et à jamais mémor-ahle vocation, et voici ce «pi'est devenu le vieux couvent, après avoir été tant de fois augmenté, démoli, ruiné, reconstruit et traiisfoi nié ()ar la suite des âges.

Allons visiter cette célèbre abbaye, mais écartons autant ([ue ])Ossible de notre pensée les hautes destinées aux(pielles a été aj)])elé Tordre bénédictin ; de nombreux auteurs en ont raconté l'histoire. Notre tache sera |)lus restreinte, nous nous bornerons à rechercher, en artiste, ce qui peut encore subsister des belles œuvres ci'éées par les maîtres du moyen-âge dans le but de glorifier saint Benoît et de rehausserl'éclat de son ancienne demeure.

L'aspect général de l'abbaye de Sainte-Scholasti((ue

estli'isle et sévère ; les niiii's noircis, où quelques ouvertures |)araissent avoir été ménagées à regret, semblent in(li(juer ([u'ici rexistence doit être tout intérieure. Cependant, la façade com])ren(l, au centre, un grand motif de cette architecture magistralement classique, lourde et banale, si fréquemment adoj)tée dans la construction des villas aux environs de Rome, et si universellement prati([uée par les élèves et les successeurs du Bernin. Derrière cette façade, dont les grands pilastres couronnés par un entablement séparent symétriquement des fenêtres rectangulaires ou cintrées, s'étend un jardin sur lequel ouvrent les bibliothèques et les salles contenant les archives. Au fond, l'église reconstruite à une époque relativement moderne dans le même style que la façade, n'offre rien de bien remanpiable: l'extérieur, avec ses quatre pilastres et son fronton, ressemble à toutes les églises italiennes datant du xvni" siècle ; l'intérieur présente un large vaisseau, une seule nef, froide, dénudée, n'ayant ])Our toute décoration cpie de mauvaises fres((uess'étalantsur les voûtes, et des autels latéraux fort sim])les, accom])agnés de tableaux médiocres relatant certains faits de la vie de saint Benoît.

Le campanile élevé comme nous l'avons vu au \i' siècle, est une haute tour carrée, de construction massive, percée de quelques petites arcades et d'ouvertures géminées, telle que la ville de Rome en fournit encore de beaux exem])les. La sacristie, dont la voule a élé peinte en 1578 j)ar Frédéric Zucchari, la salle capitu-

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laire, le réfectoire, orné d'un tableau représentant saint Grégoire le Grand distribuant la nourriture aux pèlerins, sont de vastes pièces n'offrant qu'un assez médiocre intérêt.

L'abbaye de Sainte-Scbolastique est surtout remarquable |)ar le nombre etl'étendue de ses cloîtres. On en compte trois: le j^lus vaste, le plus moderne aussi, est environné de larges arcades ])ortées sur des jùliers carrés ; les murs de ces galeries sont en partie couverts de n)auvaises fresques modernes racontant l'bistoire de l'afjbaye et représentant les portraits des papes et des princes qui l'ont visitée. Le plus ancien cloître, celui dont ras])ect est le plus triste, date de la grande restauration du monastère entreprise au x' siècle, à la suite (le l'invasion des Hongrois. Au centre, une margelle de |)uits accompagnée de deux colonnes supportant un entablement auquel j^end une poulie, indique l'emplacement de la citerne; autour du préau, où (pielques maigres plantes simulent un jaiMlin, les galeries prennent jour par d'étroites arcades percées, à larges distances, dans une épaisse muraille. Ces ouvertures primitivement cintrées ont été moditiées au xiv' siècle pour leur donner, suivant le goût de l'époque, une apparence ogivale. Par un sentiment de conservation que nous ne saurions tro]) louer, l'ancien portail donnant accès dans l'atrium (jui précédait autrefois l'église, a été reconstruit et l'établi sur une des façades de ce cloître: c'est un arc largement ouvert, jtorté sur des colonnettes

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engagées, accompagné d'une gorge formant ogive retroussée, tel que le style llamhoyant du xv" siècle es- ])agnol en offre de nombreux exemples; le tympan est occupé par une statue de sainte Scholastique ])i'iant et vue de face. L'architecture de ce monument en ra((aclie j)ai'faitement l'oi'igine à l'épocpie où le cardinal espagnol Toi'quemada gouvernait le monastère.

Sous les galeries obscures de ce vieux cloître sont déposés (juelques fragments anti({ues j)rovenant, sans doute, de la villa de Néron': plusieurs colonnes en l)eau marbre de Numidie, des chapiteaux de différents styles, un grand sarcophage représentant sur ses faces des scènes de fêtes dionysiaques, avec Ariane, Silène et leur cortège de bacchantes et de sylvains. A côté tie ces souvenirs de l'anticfuité, on en l'encontre d'autres datant du moyen âge. Le ])lus intéressant est un basrelief représentant deux aninuiux, peut-être un loup et un agneau, se faisant face l'un à l'autre, dressés sur leurs pattes de derrière et buvant dans un même vase : évident symbole de l'esprit de paix et de concorde dont le monastère devait être l'asile. Une insci'i])tion placée près du coi'jts de ces animaux ra])pelle la reconstruction et la consécration nouvelle faite, en l)(Sl, ])ar le |)ape benoît VIL Cette scid|>tui'e, environnée d'une

i. Une a(lmiral)lo slaluo jii'ocquo trouvée dans la villa de Néron à Suliiacu l'ail pailii' tlii musée ouvimI à lîouie dans les hàliuienls de l'ancien (•ou\enl (les ( ',li;uli'eux, coiislruil lui-iiiènie par Michel Ange, au milieu des ruines des Ihernu's de Diocli'lien.

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tresse de jonc qui lui sert de cadre, bien que traitée d'une façon (orl imparfaite, très conventionnelle et de peu de relief, n'en est pas moins d'une haute importance, non seulement })ar rinscii|)(ion (pi'elle comporte et ([ui la rattache à un tait historique, mais aussi parce ([u'elle présente en elle-même tous les caractères distinctifs des monuments similaires des ix" et x" siècles que l'on l'encontre soit à Rome, au musée du Latran ou sous le portique de la basilique de Sainte-Marie au Transtévère, soit dans ([uehiues villes voisines, telles (|ue Castel-Saint-Elia, Bolsena, Toscanella ; c'est un remarfjuable exemple de l'ornementation lombarde et thi dej^ré de décadence au([uel l'art en général était tombé à cette é[)oque'.

Sous une des galeries de ce cloître, s'ouvre une sortie latérale de l'église. La délicate architecture, dont elle avait été encadrée au xnf siècle, a pu heureusement être conservée : au-dessus d'une baie rectangulaire, s'élève une haute et étroite arcade ogivale dont la voussure est portée sur de minces colonnettes de marbre ornées de bagues ; entre l'arc et le linteau de la porte une peinture, bien effacée aujourd'hui, représentait la sainte Vierge assise, offrant son divin l^]nfant à l'adoration <le saint Benoît et de sainte Scholastique agenouillés à ses cotés. A gauche de cette ])orte, on a relégué l'ancien troue abba-

1. \ oir Ips ^farbriors romains of le iiKibilicr pro^bytéral. p. 52... pai (iii.slavi' Claiissc, Paris, Leroux, 1897.

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lia], la calliédm de marbre qui occupait la place d'honneur au fond de vieille église. Fort simple en lui-même, ce monument est un très curieux spécimen de ce bel art de la marbrerie (pii llorissait à Rome et dans les contrées voisines pendant le coui's des xii' et xnr siècles : une dalle de marbre servant de siège est comprise entre deux accotoirs, également en marbre, formés de trois gradins dont les ressauts sont indiqués sur les faces extérieures par des bandes de mosaïque de marbre de différentes couleurs. Or, on sait que l'em- |)loi de cette sorte de mosaïque a précédé celui de la mosaïque faite de cubes d'émaux coloriés et d'or, et que celle-ci n'a})paraît guère avant la tin du xn' siècle; il est donc très probable (pie le siège de marbre de Subiaco l'cmonte aux premières années de ce même siècle ou aux dernières du ])récédent, c'est-à-dire à l'époque où l'abbé Jean V dirigeait avec éclat la communauté et lui avait fait prendre un grand essor.

A droite de la i)orte de l'église se trouve l'inscription gravée sur pierre relative à la construction du clocher et à rénumération des domaines possédés par l'abbaye; elle commence par aflirmer une date :

ANNO IV PONTIFICATVS DOMINl PAPAE LEONI

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