‹ Les origines bénédictinesChapitre 7 sur 24 · CL · texte numérisé non relu

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ABBAYE DE SAINT-BENOIT

LE SACKO SF^RCO

L'al)l)aye de Sainte-Scliolasti(|,ne permet d'apprécier les d(''velo])]»enieiits successifs auxquels étaient jtarvenues, à l'altri de ses murs, la puissance effective et Tintluence morale des disciples de saint Benoît. Le couvent du Sacro S])eco va nous ramener aux origines lointaines et bien humbles de cette même puissance, au moment solennel où la forme, sous laquelle elle devait se constituer, fut conçue et définie par un homme seul, isolé, mais plein d'un esprit véritablement <livin. C'est ici le vrai lieu de pèlerinage ; c'est sur cette montagne déserte, au milieu de ces rochers abruptes, c'est dans cette grotte sauvage, que l'illustre solitaire médita et édicta la l'ègle à laquelle, à travers des siècles nombrcnx, tant de générations d'hommes devaient se soumettie. (Test ici (pie. dans la détresse de son Ame, le fondateur se choisit un asile; ici, fut le bei'ceau de Tordre bénédictin tout entier.

Le chemin (pii mène de l'abbaye de Sainte-Scholas-

ÔO SrBlACO

ti(jiie au couvent de Sainl-BenoU est rude à gravir, mais enchaiiteui' à pairourir, surtout lorsque, par un clair matin, le ])aysaf^'e encoi'e un ])eu voilé de quelques brumes légères baigne dans une lumière pénétrante et douce. Le T^entier est tracé sur la pente du mont Tadeo ; vis-à-vis, se dressent les cimes rocbeuses et dentelées du Carpineto ; la très étroite vallée de la Puceja les sépare, véritable gorge au fond de la([uelle TAnio bondit et gronde, bruit intense mêlant sa voix sonore au silence d'alentour sans en troubler la majesté. Au loin, à l'endroit où cette gorge semble se fei'nier, la ])etile ville de Jeune détacbe à peine ses mui's et ses maisons aux teintes grises de la sond>re couleur du rocbei". Humble séjour de quelques montagnards, elle vit naitre autrefois le pape Alexandre VI et Tabbé Lando.

Après vingt minutes de cette pénible montée, on IVanchit une porte et l'on pénètre dans un bois de très vieux chênes-liège au sombre feuillage, aux (roues noueux, aux longues brandies tordues étendant leur ombre épaisse sur un tei'rain gazonné. Ce site a séduit bien des ])einti'es. J'ai gardé le souvenir d'un tableau fait en cet endroit: sous l'antique futaie, un moine ])asse en lisant, et, par la baie cintrée de la ])orte s'éclaire un horizon de montagnes détacliant des cimes lumineuses sur l'azur foncé du ciel; rien de ])lus, mais quelle souveraine poésie et (juels lointains souvenirs se dégageaient de cette charniante peinture; sous la robe de ce moine solilaire, l'arlisle a-(-il repi'ésenté

.\I5I5AVH DE SAI.NT-I^KXOIT

saint François venu d'Assise visiter le couvent et méditant, dans sa ])auvreté, sur l'avenir réservé à une nouvelle société monacale; ou bien, ce modeste bénédictin s'apprête-t-il par quebjue pieuse lecture à porter dignement la tiare comme tant «l'illustres paj)es sortis des rangs de la communauté? Peut-être.

Tout à COU}), au détour d'une saillie apparaît le couvent. Les bâtiments sont accrochés au flanc de la montagne, et tellement collés contre sa ])aroi qu'il a fallu, pour en accroître l'importance et augmenter rem])lacement sur lecpiel on pouvait construire, élever d'énormes contrefoi'ts prenant leur point d'appui beaucoup j)lus bas. ('es immenses ])iliers, reliés entre eux par des arceaux, forment un merveilleux soubassement supportant l'église de Saint-Benoît ; colossal j^iédestal au-dessus (Unpiel on croit voir a|)paraître la ligure du grand patriarche. L'effet est surprenant. Pour trouver un terme de comparaison, il faut se reporter à la montagne d'Assise, où la l)asilique de Saint-François repose sur des contreforts sendjlables; ou bien, abandonnant le sol de l'Italie pour trouver un exemple plus frappant encore, il faut songer à cet autre monastère situé en France, édifié sur un îlot isolé au milieu de la mer et dédié à l'archange saint Michel; il faut se représenter cette élégante église, soutenue sur l'extrême pointe du l'ocher ])ar une suite de piles tellement élevées, (l'une c(uistruction tellement surprenante ((u'nn l'a dénommée « la Merveille ».

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llonoiatius, l'un des |)i"ciiiiers disciples de saint Benoît lui avait succédé dans la direction (]e l'abhaye des Saints-Cosnie et Dainien et avait élevé un autel dans la grotte où son maître avait coutume de venir prier. Plus tai'd, une clia})elle fut installée dans la caverne voisine, celle qui avait servi d'hahilation au solitaire et (pii depuis a été dénommée « la Grotte sainte,» le Sacro Spcco ; ces deux sanctuaires, mis en communication ])ar un escalier, la Scala Sancta, devinrent les j)remiers éléments dont se composa le fameux monastère. Longtemps après, en 853, le pape Léon IV consacra les deux autels, Tun à saint Sylvestre, l'autre à sainte Scholastique, et, pendant deux siècles, ce modeste asile fut ainsi vénéré par la piété des fidèles.

Au milieu du xi' siècle, l'abbé Ihunbert, encouragé par le pape Léon IX, conçut la pensée d'élever un édifice j)lus important sur « l'une et l'autre crypte » comme il est écrit dans la chronique. L'église ainsi construite ne devait pas avoir des proportions bien considérables, car quelques années après, vers 1H(), date (jue doime une inscription, l'abbé Jean V em])loya tous ses soins à en augmenter l'importance. Les chapelles primitives, dépendant de la grande al)baye de Sainte- Scholastique, n'étaient <jue des lieux de ])i'ière et n'avaient jamais été desservies régulièrement ; après les travaux de Jean V, un moine nommé Paluinbo se fit le gai'dien de la nouvelle église et remplit seul son saint ministère ])iMidanl vingt-f'in(( années. Ouehjues l'eligieux

ABBAVR DE SAIXT-BEXOIT 53

désirant mener une vie plus retirée et plus austère qu'ils ne le pouvaient faire dans les ninrs de l'abbaye, vinrent alors demeurer auprès des grottes saintes et formèrent ainsi le noyau d'une nouvelle communauté.

Un siècle presque entier s'écoula sans a])])orter de changement à cet état de choses; le service du Sacro Speco demeura toujours étroitement rattaché à la direction de l'abbaye, jusqu'à ce ({ue le pape Innocent IIl, venu à Subiaco en 1202, en eût décidé autrement. Par un diplôme spécial, pièce d'une importance ca])itale, précieusement conservée, à juste titre, dans les archives du monastère, Innocent donna à cette association de quelques moines une existence régulière ; il decréla (pie la nouvelle institution serait [ilacée sous le vocable de saint Benoît et qu'elle serait composée de dix religieux habitant des bâtiments conventuels élevés auprès de la grotte et vivaid sous l'autorité d'un prieur particulier. Ainsi fut créée l'abbaye de San-Benedetto. En 1254, Alexandre IV, porta à douze le nombre des membres de la communauté.

Le premier prieur fut un moine appelle Tagliacozzo. Devenu j)lus tard abbé de Sainte-Scholasti(pie, et disposant de ressources importantes, Tagliacozzo, pins connu dès lors sous le nom de Jean VI, lit reprendre activement, vers 1217, les travaux commencés par Jean V, un siècle auparavant. Non seulement l'église l'ut agrandie et transformée, mais les bâtiments du cou-

veut furent édiliés, on couvrit (runc voûte lu Scala Sancta et Ton établit une communication directe reliant l'église avec les grottes. Depuis cette époque rien n'a été changé dans la disposition du monastère ; tel il était alors, tel il a])paraît encore aujourd'hui.

Ge])endant cette sainte maison, autrefois si prospère et si ilorissante, eut à subir bien des vicissitudes. A la suite de guerres soutenues par la famille Colonna, vers le milieu du xvi'" siècle, la communauté chargée de desservir le Sacro Speco fut fra})pée des ])lus funestes atteintes, et, aj)rès avoir langui (piehjue tem[)s, linit par se dissoudre tout à fait. Longtemps après, Clément X, en 1070, voulant faire cesser un pareil abandon, chargea l'abbé de Sainte-Scholasti(pie d'entretenir })rès de la Sainte Grotte deux religieux ])our satisfaire aux })ieux exercices des fidèles et des [)èlerins.

C'est vers cette époque (pie se ])lace le voyage à Subiaco de deux savants bénédictins français de la coni>ré<ïation de Saint-Maur, dom Jean Mabillon et dom Michel Germain. Dans leur corres})ondance, ils fout l'éloge des moines de Sainte-Scholasticpie qu'ils ont trouvés au noml)i'e de douze seulement, vivant assez médiocremeid, les revenus de la terre étant absorbés par ra])l)é commendataire ; ils déplorent l'abandon du Sacro Speco, où ils n'ont rencontré qu'un seul père avec un seul frère occu|)ant à eux deux des bâtiments assez vastes poui' pouvoir loger vingt moines.

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