‹ Les origines bénédictinesChapitre 9 sur 24 · Mabilloii, Ilcf Ilaliriiiii. y · texte numérisé non relu

Mabilloii, Ilcf Ilaliriiiii. y

Doiii Miilicl ('■t'riiiaiii à (liiiii Chuidf Brt'laync. Lellre datée de Rome, 6 décembre 1685.

cle, et devenu religieux bénédictin soi-même, se sentir courbé sous la règle que comporte un tel cadre. L'illusion fut })our nous de courte durée : après l'oftice, un moine de nationalité française, [)révenude notre arrivée, nous offrit de i]ous faire visiter le couvent. C'était un homme jeune encore, aux traits réguliers, une longue barbe noire encadrait un pâle visage où deux grands yeux intelligents et bons, largement ouverts, semblaient cependant sans éclat, comme accoutumés à regarder en dedans et à éclairer une existence étrangère aux choses de ce monde ; narrateur discret, mais dénotant une haute instruction, cet austère personnage s'offrait à nos yeux comme le parfait représentant de la grande famille bénédictine; il fut pour nous un guide précieux.

Les églises et les grottes formeid Ja i)artie la ])lus intéressante et la plus importante du monastère. Les bâtiments conventuels, peu étendus, comprennent une vingtaine de cellules, un réfectoire, (piel([ues dépendances et un })réau planté d'arbres situé en arrière, au pied d'une immense paroi verticale du rocher, perpétuelle menace suspendue au-dessus du couvent. Pour parer autant ({ue [)0ssible à cette effrayante éventualité et préserver le Sacro Speco d'une épouvantable ruine, saint Benoît est représenté sur un des côtés du mur faisant face à la montagne, debout, la main droite étendue en un geste de [)rotection et s'écrie : (( Ari'étetoi, ô rocher, et ne fais pas de mal à mes eiifaiils. » (]ette

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naïve ei très iiKMliocrc [)eiiiUii'e, l'oit etïticée du l'Cste, est très ancienne.

Qiiekjues tableaux d'assez taihle méiite (lécorent les murs du réfectoire. Dans la sacristie, on peut remar- (]uer, à côté d'une sainte famille sans grande valeur, un autre tableau représentantla vierge Marie avec son divin Pils et sainte Catherine: cette œuvre, d'une ])elle et chaude coloration, pourrait être attribué à un maître de l'école de Parme, aussi, les bons Pères ne man({uent pas de nommer le Gorrège ; nous ne croyons pas à une aussi brillante origine, mais cette peinture est bonne et nous nous hâtons de la signaler, car tout autre intérêt va disparaître en présence des souvenirs et des surprises (jue nous ménagent les églises et les grottes.

Lors(|ue saint Benoît, après avoir séjourné ([uel(|ue temps au monastère de Saint-Clément vint, sur les indications de saint Romain, habiter les cavernes creusées [)ai' la nature aux tlancs du mont Tadeo, il choisit pour sa résidence ordinaire la [)lus élevée, la [)lus inaccessible des excavations, et en lit en (juehjue sorte sa cellule ; il y méditait, il y dormait, il y prenait la maigre nourriture (pie le vieux Romanus, seul contident de sa retraite, descendait du [tlateau supérieur au moyen d'une corbeille attachée à une longue corde. Pour prier, le pieux solitaire se retirait dans une autre grotte située [)lus bas ; et, lorsque sa réputation de sainteté eut été si bien établie (pu* plusieurs de ses anciens condisciples furent venus de Rome le rejoindre dans sa

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soli(ii(le,il les réunissait dans une troisième grotte, ouverte un peu au-dessous des deux premières, pour les évangéliser, leur enseigner sa règle et leur exposer les ])rincipes de la nouvelle existence (pi'il leur proposait d'adopter, (les trois eni|)lacenients, sanctiliés par la présence du fondateur illustre de la grande société monacale d'occident, ont t(Uiiours été, depuis lors, vénérés à titre de Lieux saints; dans chacun d'eux on a élevé des autels.

L'agglomération d'églis(>s, de grottes, d'escaliers (pii l'orme le Sacro Speco, est un véritable labyrinthe ilans lequel il est assez difticile de diriger le lecteur. A ceux qui ont visité le couvent de Saint-Benoit, les souvenirs viendront en aide ; pour les autres, peut-être ])lus nombreux, qui n'ont ])as eu la joie de faire ce chai'mant voyage, nous allons nous effoicer d'en donner une descri])tion brève et précise.

L'église supérieure ou abbatiale est située au niveau des bâtiments du couvent; une nef unique aboutit à un transept irrégulier au-delà lUnjuel l'abside a (h'i être excavée dans le rocher, tant l'espace se trouvait limité de ce côté. La nef est divisée en trois travées de hauteurs différentes cl séparées par des arcs doubleaux ; les deux premières sont surmontées de voûtes ogivales avec nervures à croisillon, la dernière, la plus rapprochée du transej)t, est couverte par une voûte d'arête beaucoup ))lus basse (pie les ])récédentes.

Cette travée surbaissée iorme, avec les voûtes du

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traiise[)t et du cliœiir, un enseiiihle liouiogèue comme élévation et comme construction. Ce sont là en effet les restes de l'église primitive, de celle (fiie l'abhé Jean V lit élever au commencement du xn' siècle, landis ({ue les deux premières travées de la nef, celles ([ui ])ortent les caractères du style o<^ival, datent de la grande restauration exécutée [)ar Tabhé Jean VI en 1217. Entre la nef lit le transept, s'élève un juhé comj)Osé <le trois arcades ogivales en marbre blanc j)ortées sur des colonnettes de marbre de couleur ; c'est une adjonction assez malheureuse que ne réclamait en rien le style de l'édifice mais (pi'il ne faut imputer à aucun des anciens constructeurs.

Il semble bien, après un examen attentif, ([u'une moditication importante et postérieure à la construction des nefs ogivales a été apportée à l'entrée de l'église; le vestibule ou })orti([ue couvert sous lequel s'ouvre la porte princij)ale doit avoir été pris sur l'espace réservé à la première travée. Cej)endant, cette porte est accom- ])agnée d'une décoration de marbre et de inosaïcjue avec une inscription gravée:

LAURENTIVS CVM lACOBO FILIO SVO FECIT HOC OPVS,

Lauiciil cl son fils .laciiues Hreul ccl oiivrajjco.

Et l'on sait (pie le marbrier romain Laurent, le chef ou du moins le plus ancien membre connu de la famille

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des Gosmati, vivait entre les années 1140 et 1210; son nom ainsi (|ue celui de son tils Jacques font partie d'inscriptions senil)lal)les à celle-ci, gravées aux portes des éj^lises de Falieri et de Givita-Castellana, églises restaurées pendant les premières années du pontificat d'Innocent 111. 11 faut donc admettre (]ue l'encadrement de la })orte du Sacro S])eco, exécuté sans aucun doute à la même é])0(|ue, a été déposé avec soin, conservé, puis rétabli où nous le voyons aujourd'hui, lorscpie le porti(pie actuel fut élevé à l'intérieur <le la nef, faute d'espace en avant de l'église permettant de le placer à l'extérieur.

Le séjour de Laurent et de .lac(pies à Subiaco avait fait a|)précier le mérite de leur art et avait ouvert la voie à leurs successeurs; Cosme etsestils travaillèrent, comnie nous l'avons vu, j)endant })lusieurs années au cloître de Sainte-Scbolastique.

Au([uel de ces habiles artistes faut-il a(lril)uer les autres travaux de marbrerie qui ornent l'église de Saint- Benoît? A défaut de renseignements certains, il est bien (liflicile de se })rononcer. Le maître-autel a pour façade un très beau panneau de marbre blanc (bms lerpiel sont disposés des tables et des dis(pies de serpentine accompagnés de bandes de mosaïque d'émaux sur fond d'or, et certes, l'auteur de ce remarquable ouvrage était un marbrier de la grande école romaine; mais le gradin, également en marbre orné de mosaï({ues, cpii, au-dessus de la table sainte, supporte à ses extrémités deux colonnes

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tordues en spirale, cannelées et incrustées de mosaïques, recevant la retombée d'une arcade ogivale trilobée, nous paraît être une adjonction toute moderne, un enjolivement d'un goût assez malheureux, apporté à l'ancien autel; probablement parles constructeurs du jubé. Sous cet autel on conserve les reli({ues de sainte Anatolie, vierge et martyre. Dans le transept se trouve un autre autel également en marbre blanc incrusté de mosaïques, mais décoré plus simj)lement que le précédent ; il renferme quelques l'eliques j)rovenant des cor[)s de saint Grégoire le Grand et de saint Thomas de Gantorbéry.

On voit, accolée au mur, du coté gauche de la nef, une chaire à prêcher de forme assez bizarre : c'est une sorte de cuve demi-cylindrique en marbre blanc, supportée par de simples consoles. Il ne conviendrait pas de traiter ce morceau de scul[)ture avec indifférence; nous avons en effet sous les yeux une œuvre datant du ix' siècle, et provenant, très probablement, des premiers autels élevés dans les grottes et consacrés en 853 par le pape Léon IV. Le parapet est divisé, sur sa face extérieure, en deux séries superposées de caissons carrés comprenant des rosaces, des croix et des fleurons, le tout encadré dans un entrecroisement de baguettes formant par leurs combinaisons une série d'oves. Si la facture de ces divers ornements est grossière, ils n'en sont pas moins fouillés avec une rare fermeté et rappellent certains motifs de l'ornementation antique; les

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l'osaces, surloul, seiiibieiil copiées sur de hoiis motlèles. Un aif^le de mai'])re,les ailes déployées, est fièrement posé sur le bord du parapet pour servir depupitre au lecteur.

Par un escalier droit prenant naissance dans le transept de l'église supérieure, on descend à ce que l'on est convenu d'appeler l'église inférieure, quoi([ue le mot église, s'a])pliquant ordinairement à un monument ayant une certaine unité, soit ici bien peu à sa place; il faut cependant s'en servir, à défaut d'autre, ])our désigner cet asseml)lage bizarre de nefs, de i)orli(pies, d'escaliers, de grottes, conq)Osant, au-dessous de l'église princi- |)ale, le sanctuaire établi au])rès de la cavei'ne liabitée ])ai' saint benoît. On pénètre tout d'abord dans une nef voûtée, 'correspondant à la nef supérieure, au delà de la([uelle s'ouvre une cliapelle assez vaste ; celle-ci est oi'icntée à angle droit par ra])])ort à la nef, et se termine à l'une de ses extrémités, à la jtlace de l'abside habituelle, ])arla Sainte Grotte, le véritable Sacro Speco, et à l'autre, par un portique ouvert à trois arcades. L'intérieur est éclairé par trois baies latérales prises entre les hauts contreforts qui soutiennent les constructions supérieures. L'autel occupe le milieu de la grotte; tout aui)rès se trouve une statue de saint Benoît en marbre à laquelle il est de tradition, parmi les religieux, d'atti'ibuer un grand mérite artisti(iue. Nous sommes loin de j)artager ce sentiment admii'atif.

Assis sur un banc de [)ieri'e ([ui, selon la légende, lui

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