CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
sez toutes leurs piarres figurées {maskitam)^ détruisez toutes leurs idoles et ruinez tous leurs hauts-lieux ^ » Cette dernière prescription vise les mas^eba. Elle est certainement d'époque tardive si l'on en juge par les anciens récits qui nous ont été conservés et, aussi, par la découverte à Gézer d'une rangée de ces pierres dressées dans un sanctuaire cananéen, qui s'est maintenu après l'installation des Israélites.
Kobertson Smith a montré qu'anciennement les Cananéens et les Israélites traitaient la pierre sacrée ou masseba comme une sorte d'idole ou d'incorporation de la présence divine 2. La statue proprement dite n'a jamais été en Syrie qu'un usage étranger. Nous avons à ce sujet une indication très nette dans le récit du livre des Rois touchant le temple de Ba'al que les rois d'Israël avaient érigé à Samarie. Dans le debir^ ou naos se trouvait, non la statue de Ba'al, comme traduisent nos versions, mais sa masseba. Du fait qu'on la jette dans le feu, il ne s'ensuit pas qu'elle était en bois : le
1) lSomhre&, XXXIII, 52.
2) R. Srnith, heligion of the Sémites, p. 204. Il est intéressant de noter que cette définition a été acceptée par le P. Lagrange, dans la 2* édition de ses Études sur les Religions sémitiques, p. 194, sur les observations de Baudissin. Cela est d'autant plus significatif que le savant dominicain est obligé de combattre l'interprétation que la critique est unanime à admettre pour la pierre dressée de Jacob : ainsi parail-il retirer, p. 205, ce qu'il a accordé p. 194, avec essai d'harmonisation par disjonction, à la p. 208. Dims BealencycL, de Hauck, s. v. Malsteine, Baudissin a réuni et discuté tous les textes qui concernent le culte des pierres sacrées en Israël. Sur la diffusion du culte des pierres dressées, voir la collection recueillie par Frazer, Folk-Lore in the Old Testament, II, p. 58 et suiv. Le caractère météorique attribué parfois à ces pierres sacrées est secondaire ; il s'est considérablement développé sous l'influence des progrès de l'astrologie; mais il n'y a aucune opposition de concept (contre Lagrange) entre les pierres animées et la pierre incorporant la divinité, pas plus qu'entre celle-ci et la stèle funéraire, ainsi que R. Smith l'a parfaitement établi.
3) Dans II Rois, X, 25, d'après la correction de Klostermann. Après avoir tué les adorateurs de Ba'al qui *oîTraient des sacrifices au dieu, c'est-à-dire qui se trouvaient dans la cour du temple, et« avoir jeté leurs cadavres, les gardes et les officiers poussèrent jusqu'au [debir] du temple de Ba*al. Ils sortirent la masseba (LXX : aTrJÀr^v) de Ba'al et la jetèrent dans le feu. Ils abattirent r [autelj de Ba'al, renversèrent le temple de Ba'al, etc. » C'est à tort qu'on a voulu corriger le terme masseba bie» appuyé par les LXX.
calcaire do J^alestine se délite facilement à la chaleur d'un foyer ardente Ce procédé de destruction se double, comme nous le verrons plus loin pour le Veau d'or, d'un rite de purification '-. /
La divinité était appelée et fixée dans la pierre parla vertu du sacrifice. Nous avons déjà cité, à propos du rite de Yazkara, la promesse de Yahvé à qui lui offrira des holocaustes et des sacrifices de communion : « I^n loul lieu où tu mentionneras (1. : tazkir) mon nom, je viemli li vers toi et je te bénirai 3. » Précisément cette mention du nom est celle que dut faire Jacob quand, après avoir oint la pierre qu'il dressa à la suite de sa vision, il prononça le nom de Bethel, nom qui, dans le récit primitif de l'Elohiste, représentait, non la ville de ce nom, mais le Dieu. Le rédacteur s'est livré à un jeu de mots inoffensif avec « maison de Dieu '* », grâce auquel un renseignement précieux nous a été conservé.
Gependantla définition de Robertson Smith demande à être complétée et ce sont les pierres dressées en témoignage qui nous en fourniront l'occasion. C'est là, peut-être, un coté de leur nature sur lequel on a insisté à basse époque pour en masquer un autre ; mais ce n'est pas une conception nouvelle. On les définit volontiers des monuments commémoratifs -' ; mais le point de vue moderne qu'évoque cette expression ne donne qu'une représentation imparfaite de ce qu'étaient ces monuments pour l'ancien Israélite.
Prenons, par exemple, le pacte conclu entre Jacob et
1) D'ailleurs, môme si elle est dure comme le basalte, il est facile Uc lairc éclater la pierre surchauffée en y jetant de l'eau. On sait que la stèle de Mésa a été ainsi réduite en morceaux par les Arabes.
2) Voir ci-après, % 3.
3) Kxode, XX, 24; cf. ci-dessus, p. 49.
4) Genbse, XXVIII, 17 et 22. La confirmation qu'il faut lire Gen,, XXXHI, SO: « Jacob érigea \tï une m\a^eba\ qu'il appela fBcthjel, Dieu d'Israi*! », se trouve dans Gen., XXXI, 13; cf. ci-après, p. 234. Il faut faire abstraction de G<?n., XXVIII, 19, qui est du Yahviste et vise bien la localité.
5) Toute l'argumentalion du P. Lagrange, Études sur les Religions sémUUjuet, 2* édit., dans son chapitre sur les pierres sacrées, repose sur l'équivoque que comporte, pour l'esprit moderne, la nution du monument comraénoo* ratif.