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CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

Laban. Que révénement soit fictif, que le récit s'attache à l'explication d'un nom de lieu, cela importe peu ; nous n'envisageons ici que la coutume décrite qui, elle, devait être réelle sans quoi le récit eût été sans objet.

Jacob s'étant enfui avec femmes, enfants, servantes et troupeaux, Laban se met à sa poursuite et, après l'avoir rejoint lui adresse de vifs reproches. A la suite de cette explication, on convient de conclure une alliance i. Le récit qui nous est parvenu est embrouillé parce qu'il amalgame des traditions divergentes. La tradition éphraïmite nous montre Jacob pratiquant son rite favori, Térection d'une stèle, invoquant la divinité sur cette stèle et offrant un sacrifice de communion ~. Dans la tradition judéenne, Laban fait ériger un monceau de pierres, on mange sur ce monceau et Ton proclame le serment d'alliance^. A quelques variantes près, le rite est le même : les monuments sont les témoins de l'alliance, c'est-à-dire que, par la vertu du sacrifice, la divinité a été incorporée dans le monument et reçoit la fonction de « témoin de l'alliance » ; on la charge de punir celui qui y manquerait. Laban est très explicite à ce sujet : si Jacob venait à maltraiter ses femmes, ce n'est pas un homme qui serait témoin, mais Dieu lui-même ^.

Ainsi, la pierre ou, en général, le monument de témoignage avait une personnalité très nette, au besoin celle d'un dieu, voire du genius loci^ mais spécialisé dans sa fonc* tion. Cela nous explique que Y « arche de Yahvé » ait fini

1) Genèse, XXXI, 44 et suiv.

2) Du récit de E, visant le traité entre Jacob et Laban, il ne subsiste plus que Gen., XXXI, 45 (où le sujet est certainement Jacob), 53'' et 54. Sur la correction à faire subir au verset 53b, mutilé par le rédacteur, voir'ci-après, p. 236-237. Sur l'expression rituelle « sacrifier » ou « manger sur la montagne », voir également ci-après, p. 235 et suiv.

3) Le récit de J réunit deux traditions concernant le serment proclamé par Laban. L'une, Gen., XXXI, 46-50 (dans 46% il faut substituer Laban à .lacob), vise les rapports de Jacob avec ses femmes, l'autre, 51-53% est un traité d'amitié. Dans ces versets, la mention de la stèle a été insérée par le rédacteur pour fondre les divers récits.

4) Gen., XXXI, 50. Sur le rôle de témoin attribué à Yahvé dans le serment, voir Jérémie, XLII, 5.

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par être dénommée *« l'arche de témoignage ». Si l'expression ne se trouve que dans les textes les plus récents, l'idée est ancienne. Dans les papyrus d'Kléphantine on trouve un serment prononcé par le sanctuaire *.

Un autre exemple nous est fourni par l'épisode qui termine la carrière de Josué. Après avoir fait jurer au peuple l'alliance avec Yahvé, le successeur de Moïse prend une grosse pierre qu'il dresse sous un chêne ~ et il proclame : « Cette pierre que vous voyez, vous servira de témoignage quelle a entendu toutes les paroles que Yahvé vous a dites, de peur qu'à l'avenir vous ne vouliez le nier et mentir à Yahvé, votre Dieu ^ » Le morceau a subi des retouches, car dans cet épisode, Yahvé ne parle pas ; seuls les protagonistes formulent le serment en pratiquant les rites. Dans le récit primitif, Yahvé, descendu dans le monument, devait entendre et retenir les paroles prononcées. Dans Isaïe, la montagne du témoignasse '• est évidemment la montagne des dieux comparable a 1 olympe.

Ainsi, par 1rs finimilcs sacramentelles auxquelles on joint un rite approprié, onction ou sacrifice, on fixe dans la pierre un esprit, la divinité, ou une parcelle de celle-ci. On constitue ainsi un dieu particulier ou à fonction spéciale, un Sondergott^ qui a pour mission de retenir les termes <lu serment ou de l'alliance et qui, s'il est nécessaire, sera invoqué pour témoigner du contrat. Ce gardien jaloux du sermen tirera vengeance de sa non-exécution. Quand l'usage de

1) Sachau, pap. 32, 3. Dans Sach. i ip -" "- nous comprenons « par le herem du dieu Belhel ».

2) Josué, XXIV, 26. Le rédacteur ajoute : « Oui était dans le sanctuaire de Yahvé; » mais s'il s'agit de l'arche sainte, elle était alors à Silo ; or, la scj'ne ne passe à Sichem. En réalité, ce chêne se dressait dans le sanctuaire de Ba'al-Berith romme l'indique Juges, IX, 4 et 6; Gen., XII, 6, le fait adopter ])<'ir Abraham, (l'est probablement un rite local qu'accomplit Jacob lorsqu'il df'pose au pied de ce chêne (cf. E/écliiel. X.X, 28) les leraphim et les bijoux <le ses femmes; cf. Gen., XXXV, 4. Cet arbre est cité encore, Deutér., XI. 30. Comparer le chêne d'Opbra {Juges, VI, VI et VIII, 33), ci-aprés, $ 6.

3) Comparer Jujes, XI. 10 : « Ouc Yahvé, qui nous entend, soit entre nous, si nous n'accomplissons pas ta demande. »

4) Isaïe, XIV, 13.

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