‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 108 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

récriture se répandra, cette notion de témoignage s'obscurcira rapidement ou même disparaîtra. On se contentera alors de mettre le traité écrit ou la loi sous la sauvegarde de la divinité.

On remarquera que la pierre peut incorporer une personnalité quelconque : individu ou groupe. Lors de l'alliance pratiquée par Moïse entre Yahvé et son peuple, au pied du Sinaï, les douze ma^seba qu'il érige auprès de l'autel «selon les douze tribus d'Israël », incorporent chacune l'âme d'une tribu. On ne dit pas à la suite de quel rite, mais nous savons que la semikha suffisait. Aussi, quand on rapporte que Moïse prit le sang des taureaux sacrifiés et en versa moitié sur Tautel, puis moitié, avec des coupes, sur le peuple d'Israël, il faut comprendre que ce sang des coupes — douze probablement — était répandu sur les douze nuisseba ^

Rien n'empêche que la spécialisation du niimen se fasse dans une, deux ou plusieurs pierres et c'est vraisemblablement ainsi qu'il faut comprendre le récit rapporté par Hérodote d'après lequel, pour unir deux hommes par l'alliance, on leur incisait la paume de la main près du grand doigt et, prenant un bout du vêtement de chacun, on pratiquait avec le sang l'onction sur sept pierres en invoquant Dionysos et Uranie 2. La pluralité des pierres sacrées ou ansab qui entourent tel ou tel dieu, et autour desquelles les fidèles pratiquent un acte unique d'adoration ^ ont la même signification : elles peuvent toutes incorporer le même dieu, de même qu'une seule pierre peut incorporer plusieurs divinités comme l'atteste le terme de symbétyle d'une dédicace syrienne^.

1) Exode, XXIV, 4-8.

2) Hérodote, III, 8.

3) Exemples dans Wellhausen, PesieArab. Ueidentums, p. 99 et 102; cf. R. Smith, Religion of the Sémites, p. 210 et suiv.

4) Voir nos iWates de mythologie syrienne, p. 11l' t'I suiv. Nous maintenons notre explication de ce terme et n'admettons pas celle par Eshmoun-Bethel proposée par Lidzbarski, bien qu'elle ait eu l'approbation du P. Lagrange. Encore moins justifiée nous parait l'étymologie d'Eshmoun tirée de shem, nom.

Ces localisations étroites n'ont jamais gêné la conscience populaire, elle a toujours cru y trouver un bénéfice immédiat, par suite, d'autant plus précieux. Il faudra un théologien averti et d'époque tardive pour mettre dans la bouche de Salomon cette réflexion : « Mais est-ce qu'en vérité Dieu résiderait sur la terre? Alors que le ciel et tous les cieux ne sauraient te contenir, combien moins ce temple que je viens d'édifier M » Le contraste entre ces idées récentes et les croyances d'une époque plus ancienne, celle de Salomon, est marquée par la comparaison de ce passage auquel s'opposent le verset 3 du chapitre IXetlesversetsl2-13 du chapitre VIII, vestiges d'une source plus ancienne.

L'idée de division et, en même temps, de spécialisation de la divinité qui la réduit au rôle de Sondergott, aune autre application dont le développement mythique a été considérable. Appliquée non plus à des pierres, mais à la représentation anthropomorphe, elle a donné l'ange [mnleak) ^ ou les anges de Yahvé. Récemment, M. Lods a comparé le maleak à « l'âme extérieure 3 ». De fait, ces conceptions sont assez voisines; mais il vaut mieux garder le terme d'Ame extérieure pour les mortels ou les héros, d'autant plus qu'on n'attend jamais, de l'âme extérieure, des interventions du même ordre.

Le maleak, primitivement, est une émanation ^, un dédoublement, une spécialisation fugitive de la divinité, notamment son porte-parole ; il a une mission précise et temporaire : dès qu'il l'a remplie, il disparaît sans laisser de traces. 11 n'est pas une hypostase de la divinité ; il n'en est qu'un moment, un geste et une parole. Par son caractère momentané, il se distingue de la masseba qui est permanente de

1) I Rois, VIII, 27. Ces notions ne sont pas antérieures à l'exil et notre auteur pourrait être contemporain du troisième Isaie; cf. Isaie, l.XVI, 1.

2) Il suffira de citer l'exemple du combat de Jacob avec Dieu. Jacob est qualifié d'homme dans G«fi., XXXII, 24, et de maleak dans Osée, XII, 4-5.

3) Ad. Lods, VAnge de Yahvé et l'âme extérieure, dans Studien :. sem. Philol. und lieligionsgesch., dédiées à \Vellhausen, p. 266 et suiv. Voir ri-nprès, § 8 : Samson et le na/.iréat.

4) Le nom de Dieu réside dans le maleak: Exode, Wlll, 21 ; Nombres, XX,

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