‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 109 sur 173 · CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

sa nature ; par là aussi il se distingue nettement du genius des divinités romaines ou des anges du cliristianisme qui ont soit une position très inférieure, soit une individualité très nette.

Comme la masseba^ ou ses analogues arabes les ansab^ le maleak peut être multiple. 11 est triple dans sa manifestation à Abraham'. La plupart des inconséquences qu'on a relevées dans le récit qui nous en est fait, ne sont des inconséquences qu'à notre point de vue.. Le lecteur juif prévenu, dès les premiers mots, qu'il s'agissait d'une apparition de Yahvé, n'aurait pu admettre que, même par ignorance, Abraham ne réglât pas ses actes et ses paroles en conséquence. De là, l'emploi voulu de « mon Seigneur », au lieu de « mes Seigneurs » ; de là, le caractère sacrificiel du repas offert par Abraham et de celui qu'offre Lot 2. Nous ne croyons pas que les chapitres XVIII-XIX de la Genèse proviennent de la combinaison de deux sources, l'une mettant en scène Yahvé, l'autre une représentation triple de la divinité. Nous faisons, naturellement, abstraction du passage XVIII, 23-33. Car si le rédacteur se fût trouvé en présence de telles sources, on ne comprendrait pas qu'ayant le choix, il ne se fût pas limité à la première. Il est plus probable que le récit primitif montrait Yahvé se manifestant à Abraham sous l'aspect de trois hommes ou trois maleak^ et de deux à Lot 3, personnage de moindre importance. Le rédacteur a tout embrouillé en laissant entendre que Yahvé était l'un des trois hommes et qu'il se retirait après son entretien avec Abraham. Cet entretien {Gen., XVIII, 23-33) est manifestement une addition au récit primitif.

Dans les apparitions de ce type, la parole est indistinctement prise par le maleak ou par Yahvé : cela répond à la conception du maleak et ne provient pas nécessairement d'une altération du texte ^. On comprend aussi pourquoi la

1) Gea., XVIII.

2) Voir ci-dessus, p. 175, note 1.

3) Ge/j.,XIX.

4) A basse époque, on a parfois été gêné par certaines apparitions. C'est

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vue du //2â/caA: est considérée comme offrant le môme danger que la vue de Dieu lui-môme K A basse époque, maleak en vient à être appliqué au prêtre, en tant que représentant ou messager de Dieu ^

Nous avons eu l'occasion de citer l'arche parmi les monuments de témoignage et de signaler que, si l'expression « arche du témoignage » ne se rencontrait que dans des textes récents, il ne fallait pas en conclure à la modernité du concept^. Cela a son importance pour la signification et la représentation de l'arche. Ce n'est pas le lieu de discuter les opinions récemment émises et qui tendent, notamment, à assimiler l'arche de Yahvé à un trône divin'». On remarquera simplement que, si telle était la conception israélite, on ne voit pas pourquoi, tant elle est banale, nos textes nous la cacheraient si soigneusement. 11 n'est pas suffisant de fonder cette hypothèse sur des expressions aussi générales et peu significatives que celle nous montrant Yalivé siégeant sur les keroub. Le renseignement le plus précis nous est fourni par le vocable aron qui ne peut désigner qu'un objet en forme de coffre, vraisemblablement un naos portatif. Toute autre conjecture est sans fondement et ce défaut de précision s'explique puisque l'arche disparaît dès

ainsi que, dans Exode, IV, 24, les LXX et le targoum supposent un maleak, là où riiébreu conserve la mention de Yahvé; mais il n'y a pas lieu de généraliser et de supposer que partout où il y a maleak, cela est dû à uoe correction, car la correction aurait été par trop maladroitement pratiquée. Nous verrons d'ailleurs, ci-après, un cas {Ecclésiaste, V, 5; où //«;/<.'. a été, dans les versions, remplacé par Élohim.

1) Juges, VI, 22-23.

2) Malachie, II, 7, verset postérieur à ce prophète et simple insertion qui, cependant, rend compte d' Ecclésiaste, V, 5. Dans ce dernier, le texte massorétiquc est le bon ; les LXX et la version syriaque ont corrigé malegk en Élohim.

3) Noua raisonnons dans le cas le plus désavanUigeux pour notre hypothèse; mai» il ne nous paraît nullement certain <iue l'expression • arche du témoignage» soit de basse époque. Il suffit, en effet, de comparer l'expression « montagne du témoignage « pour montagne des dieux, employée par Isaie, XIV, 13. Par là, nous voyons encore que aron mo'ed avait bien le sens i' « arche de la présence divine ».

4) On trouvera la liste de ces travaux dans les encyclopédies bibliques les plus récentes, notamment dans Healencycl., de Hauck, t. XXIH, p. 287.

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