Consécration de la victime
Lévit., I, 1-4; 10. Pour l'holocauste, — sacrifice où tout ranimai est brûlé, — la victime sera choisie dans le gros ou le petit bétail. Ce sera un mâle parfait que le sacrifiant présentera à la porte de la tente d'assignation en lui imposant la main sur la tête pour le faire agréer, à sa place, en propitiation par la divinité.
Le vocable "olah est une l'orme de participe présent du verbe ^alah, « monter », et on l'explique parfois en ce qu'il viserait la fumée qui monte au ciel. Sa valeur technique est donnée par Leui/., 11,12, qui spécifie que les gâteaux contenant du levain ou du miel peuvent être offerts à Yah\T', en tant qu'offrande de prémices, mais non brûlés sur l'autel : •^V'^nS nzT'^rrSx* « ils ne doivent pas être portés sur l'autel^ ». La forme du participe présent peut s'expliquer par un rite très ancien, que nous conserve le sacrifice d'Isaac par Abraham, et dans lequel la victime montait effectivement sur l'autel avant d'être égorgée. Dans le rite plus complexe décrit par le Lévitique, l'ancienne pratique subsiste en ce que tout est porté sur l'autel et, par là, l'objection que d'autres sacrifices sont égalemen portés sur l'autel sans consiituer une 'olah-, tombe si l'on observe que ces sacrifices ne sont pas
1) Cf. I Rois, III, 4; Ezéchicl, XLIII, 8; Ge«., VIII, 20, etc.
2) C'est not M minent l'objection de Clermont-Ganneau, Comptes rendus Acad. des Inscr., l^'.ts, p. ooi, et de Ehrlich, Randglussen zur hebr. Bihel, II, p. 3 et suiv.
ciilièieiHonl port'*s sur l'autel. D'ailleurs, l'objection ne serait valable rpiesi la nomonclaturc des sacrifices avait été dressée d'une façon systématique. En réalité, nous verrons que les Israélites, avant leur entrée en Canaan, ne devait connaître que le zehnh shelamim: < r n'est q::'npr6s Ipur insfnllation en Palestine qu'ils adoptèrent la 'ninh.
!iiH' le petit ou le gros bétail fourni: -ni l;i\j' liiiic (lu sMciinr»' sanijiaiil *, L'holocauste exige un nulle parfait [znliar fninim), c'est-à-dire entier, sans défaut 2. Ce sera donc un taureau, un !)'''ii"'i' ou un bouc; nous verrou- plus loin tl;ms (niclles con<Iitinns on ])eut leur substituer un pigeon ou une lourhicllc. Les autres aninjaux domestiques ou les bêtes sauvages sont exclus par cela iiiAuïe''. Le Icrnie fia-behnu't \i<.r ici Ions !<'> (in.i'lrnpèdes et s'oppose ;i fid-'oph de Lévit., I, 44.
La >ieniikha. — L'autel aux liolocaustes «Uanl à Tf-^-t <ii; la i>orte du temple^, « i)ix'î.'renloi l'animal à la porte de la tente d'assignation » signifiaif l'anicntM- à i'aulel. D'autres fois, on disait le présenter devant ^ahvt \ \]i\ même temps qu'il présente (/i/^nV^) l'animal, le sacrinaul. ■ .w le maître du sacrifice )> suivant l'oxprcssion
ptiénicicuiuc , .... .Mposc la main sur la tête. C'est le rite de la seiniUha (jui a pour objet de pénétrer l'animal de l'âme du sacrifiant et d'en faire un substitut de l'individu ^. Dès lors, l'Ame qui ra avec
le sang de la victime sera l'âme même du sacrifiant.
1) 0<('(i, V, G : « Avec leur petit cl gros bétail, ils se mettent ù In rorhcrche (le \.ilivé... M
L'} Cf. Ci-après, ad Lévit., XXII, 17 et suiv. et Malachie, I, 14 : « Malheur i\ l'hypocrite qui possède des mâles dans son troupeau, mais qui voue et sacrifie une victime détériorée » ; cf. I, 8 et suiv.
3) Dealer., XII, 15 et 22, prouve que la gazelle (sebl) et le < . n n'étaient pas acceptés en sacrifice.
4) Kxode^ XL, 6 et ci-dessus, p. 50-52.
5) UvH.,\y\\,'A-\. Comparer /j-p/i«nè Vu/iw< de /.'■'//.. llî. ii: n.. •mizhcah de Notfibres, V, 25.
G) C'est, par exemple, le rite par lequel Mo'ise transmet l'esprit de sagesse à Josué et j'insfiftip son remplaçant, Dealer., XXXIV, 9, où nous hiiTons ish, doublon de </ qui a entraîné une perturbation dans le texte parle déplacement de aslicr niunh bo, qu'il faut reporter à la fin du verset: « Tu lui irajtoscras ta main afin que l'esprit soit en lui. » On transmet également ainsi l'âme végétative ou ar/)/»e«/» ; l'expression asima naphsUi be'knppi, «je pris mon Ame dans ma main » {Juyes, XII, 3; I Sara.. XI.K, 5; XXVIII, 21 ; .lob. XIII. H; peut-être au sens littéral dans Psaumes, CL\, 119) est caractéristique; elle explique le rite de deuil et de désespoir consistant à mettre In main sur sa propre tôte : on s'oiTre ainsi soi-même en victime. La croyance que la main pouvait contenir et transmettre l'âme, explique encore Psaumes, CXLI, 2, où l'acte de tendre les bras vaut pour l'offrande. La main «le Dieu, quand elle s'agite sur quelqu'un ou (juclque chose, opère en dégageant la rouah divine et en la dirigeant comme l'explique une glose dans Isale.XI, 16. qu'il faut lire :
CflAPirUfc; l. — ' LKS SACRTFTCES ISRAELITES 73
Le caractère personiu'l que i)renait la victime est bien marqué par l'épisode qui nous montre Job, offrant un holocauste pour chacun de ses fils, afin de les sanctifier ^ On conçoit, puisque tout l'intérôt du rite se concentre sur la victime qui absorbe la personnalité du sacrifiant, que celui-ci puisse être remplacé dans tous les actes postérieurs à la semikhn. Un exemple remarquable de semikha à deux degrés marque l'installation des Lévites. Une première imposition des mains est faite par les Israélites aux Lévites qui, dès lors, les représoiiUiit ; une seconde est pratiquée par les Lévites sur deux tnuroaii\ (lui leur sont ainsi substitués pour le sacrifice 2.
1ji s[)t'ciliant que le sacrifiant ne pose qu'une main sur la tôte de l'animal, le Lévitique nous conserve un trait ancien du rituel, qui correspond au temps où l'immolation était pratiquée par le sacrifiant et où, par suite, lîne de ses mains devait rester libre. Dans Lévit., XVI, "21, l'immolation n'étant pas faite par Aaron, celui-ci peut imposer les deux mains. Ce sera, à basse époque, le rite habituel parce que regorgement n'est plus pratiqué par le sacrifiant^.
Agréer la victime. — Toutes les conditions que nous venons d'indiquer pour la victime : la nature de l'espèce animale, le sexe, parfois l'âge, l'intégrité, le lieu où on doit l'amener, la présentation à la divinité, le rite de la semikha, sont nécessaires pour la réussite de l'opération, c'est-à-dire pour que la victin;e soit « agréée pour le sacrifiant (c'est-à-dire à sa place), en vue de pratiquer sur ce dernier l'expiation ou la propitiation "^ ». Déjà, un simple présent qu'on agrée constitue un lien effectif, combien plus fort sera le lien du sacrifice. On se rend compte de l'importance attribuée par les Orientaux à l'acte d'agréer, en constatant qu'il est à la base des efforts que déploie Jacob pour se prémunir contre le ressentiment d'Ésaû. Afin de trouver grâce à ses yeux, Jacob lui offre des présents et se prosterne devant lui comme devant un Dieu. Esaû l'accueille favorablement et refuse les présents. Mais Jacob l'y contraint u car, dit-il, j'ai regardé ta face comme on regarde celle d'un eloliim et tu m'as agréé ^ ». Ainsi celui qui agrée est lié.
i>e-^o\se]ni rouho, par la puissance de sa rouah, de son esprit. Pour l'expression yesk le'el yadi, voir ci-après, p. 84, note 5. Pour la guérison des malades, voir II Rois, V, 11.
1) Job, I, 5. C'est Job qui sacrifie; s'il fait venir ses fils, c'est afin que ces derniers pratiquent la semikha.
2) Pour plus de détails, voir ci-après, chap. IV, § 4.
3) Mishna, Menahoih, LX, 8.
4) Lévit., I, 4 : vr-nirsah lo le-kapper ^alav. Nous étudierons ci-après la valeur de kipper.
5) Genèse, XXXIII, 10. Les deux termes : « laisser voir sa face » et « agréer »
Pur (untic, m; p;i.s agrct'i, c'est pour Dieu se souvenir des tautes et les punir : « Yahvé ne les a pas a;»réés. Alors, il se souvient de leurs fautes et les punit de leurs péchés*. » C'est pourquoi on adresse à celui qui s'apprête à olTrir un sacrifice le souhait : o Que ton Dieu t'agrée*. » Car agréer quelqu'un ou agréer la victime qu'il présente, c'est tout un ^. L importance de cette préoccupation tient encore à ce qu'elle introduit la prière dans le rituel sacrificiel.
'1. — V immolation.
Léuit., I, .5 et suiv. ; 11 et suiv. La victime est immolée devant Yahvé, sur le côté nord de l'autel, par le sacrifiant. C'est lui, également, qui écorchera la bête, la dépècera en
ses ^T" "'"'M's, lavera dnns l'eau les intestins pf les patt^^.
Il II <->i ^tas douteux t[iic le rùJe du sacriiiani élail lurt impi^rhiiit el (.est là une survivance de l'état ancien où, comme encore chez les Arabes, chacun procédait au sacrifice*. Cela va nettement à rencontre des hypothèses émises par l'école rie critique biblique. Dès l'époque des LXX la coutume avait changé, car \v texte grec met les verl)es an pluriel et attribue donc aux prêtres les actes réservés jusqu'alc sacrifiant : les prêtres immolent, écorchent, dépècent la bêle, h. v ..i les intestins et les pattes. Dans l'organisation prévue par Ézéchiel ce sont les simples lévites qui immolent les holocaustes et les divers sacrifices offerts par le peuple^. Cela répond à l'idée sacerdotale postexiliipie qui tendait à envisager les simples lévites comme des substituts des Israélites.
Os opérations nécessitaient l'emploi de cou l 'aux souvent montionn«'is dans l'A. T. qui les appelle mezammeri. I i 15« édition du dictionnaire de Gesenius, établie par Fr. Buhl, explique à tort ce terme par mouchette, accessoire du chandelier : Messer zum Lirhtputzeriy ah Geràte des Armleachters^. Dans les listes qui nous sont par-
sont synonymes; cf. .lob, XXXIII, 20. mie de « re«:ar-
der le sacrifice » et « agréer »; cf. Anu.r.. > . -.
1) Jérémie, XIV, 10; cf. Osée, VllI, 13.
2) Il Samuel, X.XIV, 28.
:{) Il n'y a donc pas lieu de corriger « t'agréera-t-il » de Malacbie, I, 8, par M l'agréera-t-il » (vinantle présent) que portent certains mss. des LXX; les deux expressions sont équivalentes.
4) Ezéchiel, XLIV, 11, fait immoler l'holocauste par les Lévites qui se sub.sliluent aux Israélite», .loh. I, 5, conserve la pratique arabe de l'immolation directe. Voir Exode., XXIV, 6.
5) Cf. I Samuel. XIV, 34 el suiv.
<) Même erreur dans Ed. KOnig, Uebr. n. Aram. Worterbuck zam A. T.